Article de revue

Éditorial

De l’angoisse à l’objet a

Pages 5 à 7

Citer cet article


  • Castanet, D.
(2020). De l’angoisse à l’objet a. L'en-je lacanien, 34(1), 5-7. https://doi.org/10.3917/enje.034.0005.

  • Castanet, Didier.
« De l’angoisse à l’objet a ». L'en-je lacanien, 2020/1 n° 34, 2020. p.5-7. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-l-en-je-lacanien-2020-1-page-5?lang=fr.

  • CASTANET, Didier,
2020. De l’angoisse à l’objet a. L'en-je lacanien, 2020/1 n° 34, p.5-7. DOI : 10.3917/enje.034.0005. URL : https://shs.cairn.info/revue-l-en-je-lacanien-2020-1-page-5?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/enje.034.0005


Notes

  • [1]
    J. Lacan, Écrits, Paris, Le Seuil, 1966, p. 799.

1On pourrait dire qu’Inhibition, symptôme et angoisse est le dernier grand texte métapsychologique de Freud, texte de 1926 et postérieur à la seconde topique, qui date de 1923.

2On pourrait aussi dire que ce texte n’est pas le point d’aboutissement de la démarche freudienne. Il est un nouveau départ pour Freud, où l’angoisse est au centre de ses élaborations.

3L’angoisse devient une angoisse du moi et non plus une angoisse du ça. C’est dans le moi qu’elle a sa source. L’angoisse signale un danger. Elle se lie à une représentation et l’expérience des névroses de transfert la désigne comme angoisse de castration. L’angoisse de castration fonctionne dans le moi comme un signal, elle provoque le refoulement, et non plus en résulte, comme l’avait jusque-là défendu Freud. Le danger a une fonction causale : c’est lui qui suscite le signal d’angoisse, qui conduit le moi à mettre en œuvre le refoulement.

4De quel danger s’agit-il ? Le danger d’une augmentation excessive de tension, d’une exigence libidinale qui laisserait le moi sans recours, en détresse. L’angoisse signale au moi l’imminence de cette situation de détresse. Cette situation résulte de la perte d’une médiation dans le rapport du sujet à une exigence pulsionnelle. Freud formule différemment cette médiation : perte de la mère, séparation d’avec elle ou perte de son amour.

5Dans Inhibition, symptôme et angoisse, il y a un débat entre Freud et Otto Rank sur le traumatisme de la naissance. Freud décidera de prendre la naissance comme prototype, modèle originel de cette perte. S’il le fait, c’est parce que cette naissance est pour lui une castration de la mère qui fonctionne sur le modèle de l’équivalence freudienne « enfant-pénis ».

6On peut reformuler provisoirement l’énoncé de Freud selon lequel l’angoisse signale un danger : la menace de castration qui donne son contenu à l’angoisse donne le signal d’un manque dans l’Autre, si l’on veut bien traduire ainsi « castration maternelle ».

7Ce n’est pas sur ce point que Lacan va reprendre la question de l’angoisse. Pour lui, la question se pose d’abord dans le cadre d’un débat sur la relation d’objet, et l’angoisse lui sert de fil dans la critique qu’il va faire de cette dernière. À cette époque, l’angoisse avait pour lui la même importance que pour Mélanie Klein, dont en quelque sorte il retrouve l’inspiration. Mélanie Klein a attribué un rôle prépondérant à l’angoisse dans la constitution du monde des objets. Je renvoie à son article de 1930, « L’importance de la formulation du symbole dans le développement du moi », qui contient l’analyse du petit Dick. Mais c’est aux textes de Glover que Lacan en appelle. En effet, Glover était plutôt réservé sur les développements théoriques de Mélanie Klein. Lacan retiendra de Glover que les relations du sujet à l’objet, aux différentes étapes du développement, s’établissent sur fond d’angoisse.

8Le deuxième point qui sert à Lacan pour avancer dans sa critique de la relation d’objet (dans le séminaire de 1956-1957, La relation d’objet) est l’une des définitions de l’objet chez Freud, et même sa définition la plus radicale : l’objet est foncièrement perdu, il donne la raison des autres objets qu’on trouve chez Freud, l’objet de la pulsion orale, celui de la pulsion anale et l’objet d’amour.

9Dans le séminaire L’angoisse, de 1962-1963, la question de l’affect se trouve véritablement posée. Non pas, comme Lacan le signale, qu’il l’avait jusqu’alors négligée, mais il estime qu’il l’avait abordée plutôt par ses caractères négatifs : l’affect n’est pas l’être donné dans son immédiateté, il n’est pas non plus le sujet donné sous une forme brute, protopathique. La formule se trouve dans le texte « Subversion du sujet et dialectique du désir [1] ». S’il s’agit bien des affects dans ce séminaire, Lacan évite d’en donner la doctrine, en raison même de l’axe choisi, le désir, qui seul, pour Lacan, répond à ce qu’est la pratique de l’analyse, c’est-à-dire une « érotologie ». Et l’affect le plus sûr pour se guider dans cette érotologie est l’angoisse. Entre La relation d’objet de 1956 et L’angoisse de 1962, l’élaboration de la fonction de l’objet perdu a évidemment beaucoup évolué. C’est la détermination du sujet au lieu de l’Autre qui provoque la perte de l’objet, qui est donc un objet du sujet. Cela pour situer l’objet perdu.

10Lacan s’attache à définir le statut de l’objet (a), qui n’est pas l’objet perdu, mais qui, sur le vide que cet objet a laissé, se trouve mis en jeu dans une dialectique où le désir de l’Autre a une fonction décisive. Il dégage la fonction de cet objet (a) dans le fantasme et dans la relation spéculaire, toujours en se servant de l’angoisse comme guide théorique et repérage pratique.

11Cet objet est manquant dans les trois registres du symbolique, de l’imaginaire et du réel. Sur le nœud borroméen, il est placé au centre des trois consistances. Dans l’imaginaire parce qu’il est sans image, dans le symbolique parce qu’il n’est inscriptible dans aucun signifiant – il ne passe pas au verbe. C’est l’action du symbolique qui soustrait cet objet du réel. Il est cause du désir et non objet du désir, il inscrit la fonction dynamique de castration de jouissance qui le fait équivaloir à un – φ réel. Il n’est pas objectivable, il est tout aussi incompatible avec la parole que le désir. Du fait du langage, du manque phallique, cet objet peut être déduit. L’objet (a) comme réel est la condition de la cure analytique.

12La référence à l’objet (a) dans l’expérience analytique est souvent posée par ceux qui s’intéressent au fonctionnement de la pratique lacanienne. Comment cet objet se manifeste-t-il ? Quel traitement lui donnons-nous dans le dispositif analytique ? Quel rapport entretient-il avec le réel ? C’est l’objet du dossier du présent numéro de L’en-je lacanien.

13En vous souhaitant bonne lecture.


Date de mise en ligne : 18/05/2020

https://doi.org/10.3917/enje.034.0005