Au-delà de Beijing, l'exemple d'une stratégie de survie : l'existence difficile des marchandes d'aliments du secteur informel à Limbé (Cameroun)
Pages 263 à 276
Citer cet article
- FONCHINGONG, Charles Che,
- Fonchingong, Charles Che.
- Fonchingong, C.-C.
https://doi.org/10.3917/riss.184.0263
Citer cet article
- Fonchingong, C.-C.
- Fonchingong, Charles Che.
- FONCHINGONG, Charles Che,
https://doi.org/10.3917/riss.184.0263
Note
-
[*]
Mes remerciements vont à M. Molem Sama Christopher pour ses observations utiles sur les premières ébauches, à Ayu’nwi N. Neba pour son aide dans la préparation de cet article et à Nkotan Mildrate Takah pour la collecte des données.
1La croissance rapide de la population et l’aggravation de la pauvreté dans les zones urbaines exigent de porter une attention accrue aux activités des femmes dans le secteur informel des villes. Les moyens de subsistance y sont caractérisés par une dépendance croissante vis-à-vis de revenus en liquide tirés le plus souvent de l’économie parallèle. Une proportion élevée de femmes camerounaises font partie de la main-d’œuvre informelle et doivent mener de front leurs rôles de ménagère, de mère et de soutien économique. En 1996, selon le ministère de la Condition féminine (1999), le secteur de la production alimentaire, le commerce et le secteur informel comptaient respectivement 96 %, 52,8 % et 94,6 % de femmes. Poussées par la volonté farouche de préserver leur famille et de nourrir leurs enfants, les femmes démunies ont fait leur apparition sur les principaux marchés du secteur informel en dépit des risques, de la discrimination et des préjugés sexistes auxquels elles se heurtent (MacEwen, 1995 ; Narayan et coll., 2000). Les femmes contribuent à l’activité économique et à la lutte contre la pauvreté par leur travail, rémunéré ou non, au foyer, dans la communauté et dans le monde du travail, et le renforcement de leur position est un élément décisif du combat pour l’élimination de la pauvreté (Déclaration et Programme d’action de Beijing, 1995).
2À mesure qu’augmente le nombre des hommes au chômage ou sous-employés, les ménages dépendent de plus en plus des revenus que les femmes tirent d’emplois souvent considérés comme marginaux ou dégradants. Selon les pays, la participation des femmes à la main-d’œuvre informelle varie de 20 à 80 % (Charmes, 1998). L’accès aux ressources est très différent selon le sexe et les possibilités offertes aux femmes restent limitées (House-Midamba et Ekechi, 1995). On peut se demander pourquoi les femmes sont de plus en plus nombreuses dans les zones urbaines du Cameroun à vendre des denrées alimentaires pour compléter les revenus du ménage. Mais le fait est qu’en raison du marasme économique et de la mise en place de programmes d’ajustement structurel, les femmes se trouvent prises au piège de la vente à la sauvette, qui constitue leur principale option de survie. Cette situation est provoquée par la détérioration des services publics et par le déclin des revenus individuels et familiaux (Fonchingong, 1999). Face à ces problèmes, les femmes se battent pour échapper à l’emprise de la pauvreté (Jackson, 1996). Elles occupent désormais une position dominante dans un secteur informel en pleine expansion. Dans certaines régions, on constate que les femmes sont de plus en plus nombreuses à créer leur propre entreprise ou à se lancer dans des activités autonomes, en particulier dans le secteur informel (Déclaration et Programme d’action de Beijing, 1995).
3Du fait que les populations urbaines connaissent une croissance plus rapide que la demande de main-d’œuvre du secteur formel, la vente dans la rue est devenue un phénomène mondial. Même si, de l’avis général, ce commerce des rues est appelé à perdre du terrain à mesure que les économies et les revenus augmenteront, il est pour l’heure en augmentation dans de nombreux endroits. Ainsi, dans les pays en développement, on estime qu’entre 45 et 85 % de la main-d’œuvre sont employés dans le secteur informel, dont les vendeurs de produits alimentaires constituent une part notable. Dans de nombreux pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, excepté dans ceux où les normes sociales empêchent les femmes de travailler ailleurs que chez elles, les femmes sont majoritaires parmi ces vendeurs (oit, 1998 ; wiego, 2002 ; Muzvidziwa, 2000).
4Dans les zones rurales d’Afrique occidentale, les femmes constituent entre 60 et 80 % de la main-d’œuvre dans le commerce (Tinker, 1997). Des études récentes montrent l’importance que revêt l’emploi des femmes pour le bien-être de la famille, mais la plupart de ces études concernent les zones rurales. Une forte proportion des données recueillies montrent que les femmes qui exercent un contrôle sur leurs revenus et leurs ressources, ou sur ceux du ménage, peuvent obtenir de bons résultats pour la sécurité alimentaire de la famille et la nutrition des enfants (Quisumbing et coll., 1995 ; Kennedy et Peters, 1992 ; Rogers, 1996 ; Handa, 1996 ; Agarwal, 1997 ; Levin et coll., 1999).
5Les femmes jouent un rôle crucial dans l’économie urbaine du Cameroun puisqu’elles contrôlent une large part des échanges des acheteurs/vendeurs (buyam-sellams) et du commerce des produits de base. Elles sont très présentes dans la vente des produits alimentaires. On ne sait pas grand-chose de l’incidence de la vente de denrées alimentaires par les femmes sur les moyens de subsistance, l’emploi, l’autonomisation, l’atténuation de la pauvreté ou encore les relations entre les hommes et les femmes dans la famille et à l’extérieur. Dans la présente étude, nous nous efforcerons de déterminer le rôle des vendeuses de denrées alimentaires dans le secteur informel, comment elles améliorent leurs moyens de subsistance en faisant reculer la pauvreté et les obstacles auxquels elles doivent faire face dans le cadre de leurs petites entreprises.
Axes de recherche et contexte socio-économique
6Comme dans la plupart des villes du Cameroun, les femmes sont très présentes dans l’économie urbaine de Limbé. Le secteur informel, qui se développe rapidement, constitue une solution pour la population extrêmement nombreuse qui est prise au piège de la pauvreté. Limbé se situe dans le département du Fako, dans la province du Sud-Ouest, dans la baie d’Ambas, où les montagnes du Cameroun arrivent jusqu’à la mer. La ville est bordée à l’est par Tiko et le pont sur l’Ombé, à l’ouest par la plage de Batoké, au nord par le camp de la Cameroon Development Corporation (cdc) à Moliwé, et au sud par l’océan Atlantique (Municipalité de Limbé, 1998). Selon le recensement effectué en 1995, 81 549 personnes vivaient sur une superficie de plus de 2 500 km2 (Délégation provinciale de l’investissement). Limbé rassemble une mosaïque de groupes ethniques originaires de la région du Fako – comme les Bakweri, les Isuwu, les Wovea, les Bakolé, les Mungo – ou d’autres régions du Cameroun et du Nigeria voisin. La pêche est la principale activité économique des autochtones de Limbé et des villages côtiers voisins. Mais une majorité de la population exerce des activités dans le secteur informel, en particulier la vente d’aliments déjà cuits dans les rues de Limbé. Ce phénomène s’explique par le fait que la population active est de plus en plus demandeuse de produits prêts à consommer. C’est pourquoi certains habitants se lancent dans le commerce à petite ou grande échelle en ouvrant des échoppes ou des magasins. Étant donné la situation stratégique de la province, Limbé compte un nombre important de fonctionnaires, qui travaillent pour des administrations. La ville compte aussi des industries telles que la Société nationale de raffinage (sonara), et des sociétés nationales gigantesques telles que la Cameroon Development Corporation (cdc). Ces entreprises emploient plus de la moitié de la main-d’œuvre de Limbé et des environs.
7Afin de faire mieux comprendre les stratégies mises en œuvre par les femmes en ville pour trouver des moyens de subsistance et mesurer l’incidence de leurs activités sur l’économie des ménages, la présente étude s’articule autour des axes de recherche suivants : qui sont ces femmes qui se lancent dans la vente de denrées alimentaires, et comment gèrent-elles cette activité ? Quelle est la contribution de ces marchandes d’aliments à la vie du ménage ? À quels obstacles se heurtent ces femmes chefs de petites entreprises dans le secteur informel ? Leurs activités se traduisent-elles par une amélioration des niveaux de vie ? Ces activités changent-elles les relations entre hommes et femmes ?
Collecte de données et analyse de l’étude
8Les données utilisées pour la présente analyse proviennent d’une enquête menée à Limbé sur un certain nombre de sites (tableau 1). L’enquête de terrain a été menée en avril-mai 2004 et la population étudiée était composée de vendeuses de denrées alimentaires appartenant à divers groupes ethniques, qui exerçaient leurs activités dans les rues et autres lieux propices de Limbé. Un échantillon aléatoire stratifié de 50 vendeuses a été sélectionné parmi une population totale de 95 vendeuses enregistrées auprès du conseil municipal de Limbé. Ces chefs de petites entreprises paient une taxe pour l’inspection sanitaire, un droit de place les jours de marché, des redevances pour l’occupation temporaire de la voie publique et les marchandes qui disposent d’un local sur le bord de la route paient en outre une taxe municipale (voir tableau 1, page suivante).
Rues étudiées et échantillon de la population de vendeuses de denrées alimentaires
| Rues étudiées | Taille de l’échantillon |
|---|---|
| Church street | 7 |
| Garden street | 7 |
| Mbende street | 10 |
| Cassava farm | 11 |
| Half mile | 12 |
| New town | 3 |
Rues étudiées et échantillon de la population de vendeuses de denrées alimentaires
9Les recherches ont exploité tant les données primaires que les données secondaires. Les données primaires ont été recueillies grâce à des guides d’entretiens structurés et à un questionnaire rempli par les membres de l’échantillon sélectionné. Les modules du questionnaire et de l’entretien concernaient des données démographiques, des informations sur les vendeuses, des renseignements sur l’acquisition de capitaux, les emplacements de vente, les frais de fonctionnement et les marges bénéficiaires, les stratégies d’adaptation utilisées pour trouver des moyens de subsistance et surmonter les obstacles. Des discussions et des conversations ciblées ont été utilisées pour enrichir le questionnaire. Les femmes interrogées ont ainsi eu beaucoup de liberté pour exprimer leurs points de vue. Afin de faciliter la collecte des données, des rendez-vous avaient été pris avec les vendeuses au jour de leur choix ou pendant une période qui leur convenait. Celles qui n’étaient pas en mesure de remplir le questionnaire ont reçu l’aide de l’assistant de recherche. Cinquante questionnaires ont ainsi été remplis, puis analysés selon des critères quantitatifs et qualitatifs.
Caractéristiques et activités des vendeuses de denrées alimentaires
10Les tableaux 2 à 5 (p. 266-267) présentent des informations concernant la répartition par âge, la situation familiale, le niveau d’éducation et le nombre d’enfants des personnes qui ont répondu aux questionnaires. Il en ressort que les vendeuses sélectionnées ont un certain âge, ne sont pas mariées en général (pourcentage supérieur à la moyenne), ont un niveau d’éducation relativement faible et appartiennent à une famille petite ou moyenne (tableaux 2 à 6).
Répartition des vendeuses de produits alimentaires par groupe d’âge
| Âge | Réponses | |
|---|---|---|
| Nombre | % | |
| Moins de 30 ans | 15 | 30 |
| De 30 à 40 ans | 10 | 20 |
| De 40 à 50 ans | 10 | 20 |
| Plus de 50 ans | 5 | 10 |
| Total | 50 | 100 |
Répartition des vendeuses de produits alimentaires par groupe d’âge
Répartition selon l’état civil
| États civil | Réponses | |
|---|---|---|
| Nombre | % | |
| Célibataires | 16 | 32 |
| Divorcées | 12 | 24 |
| Mariées | 15 | 30 |
| Séparées | 4 | 8 |
| Veuves | 3 | 6 |
| Total | 50 | 100 |
Répartition selon l’état civil
Niveau d’instruction des vendeuses
| Scolarité | Réponses | ||
|---|---|---|---|
| Nombre | % | ||
| Primaire | 30 | 60 | |
| Secondaire, 1er | cycle | 5 | 10 |
| Secondaire, 2e | cycle/Université | 5 | 10 |
| École professionnelle | 6 | 12 | |
| Éducation non formelle | 4 | 8 | |
| Total | 50 | 100 | |
Niveau d’instruction des vendeuses
Nombre d’enfants
| Nombre d’enfants | Réponses | |
|---|---|---|
| Nombre | % | |
| 1-5 | 30 | 60 |
| 6-11 | 12 | 24 |
| 12 et plus | 8 | 16 |
| Total | 50 | 100 |
Nombre d’enfants
Taille du ménage
| Taille du ménage | Réponses | |
|---|---|---|
| Nombre | % | |
| 1-3 personnes | 9 | 18 |
| 4-6 personnes | 12 | 24 |
| 7-9 personnes | 15 | 30 |
| Plus de 10 personnes | 14 | 28 |
| Total | 50 | 100 |
Taille du ménage
11La taille du ménage (tableau 6, p. 267) est supérieure à ce que l’on pourrait attendre au vu des éléments qui précèdent. Cependant, ces chiffres reposent sur le concept africain de la famille, qui ne se limite pas à la famille nucléaire. Bien que la majorité de ces femmes soient célibataires, elles hébergent souvent des membres de leur famille immédiate et étendue ; c’est pourquoi il leur faut des revenus pour faire face aux dépenses du ménage.
12Quelque 72 % des femmes ayant répondu au questionnaire louent leur local commercial et 20 % d’entre elles en sont propriétaires (tableau 7, p. 267). Du fait que certaines reçoivent une aide de leur mari, 8 % d’entre elles utilisent des locaux appartenant à celui-ci. Il convient de noter que, du fait que la plupart des vendeuses sont propriétaires de leur local commercial ou paient un loyer, leurs bénéfices en sont réduits d’autant. Elles ont indiqué que leur loyer allait de 10 000 à 40 000 francs cfa, en fonction de l’emplacement et des installations. Outre le loyer, la pression fiscale est forte. Elles doivent verser une taxe professionnelle, une patente, un droit de place et une taxe municipale. Cette dernière varie entre 7 200 et 12 000 francs cfa, et elle est versée trois fois par an.
Propriété des installations commerciales
| Propriétaire | Réponses | |
|---|---|---|
| Nombre | % | |
| Mari | 4 | 8 |
| Vendeuse | 10 | 20 |
| Local loué | 36 | 72 |
| Total | 50 | 100 |
Propriété des installations commerciales
13La plupart des femmes ayant répondu au questionnaire ont des enfants d’âges variés qui sont scolarisés ; 46 % font appel à leurs enfants, en particulier pendant les grandes vacances et les week-ends (tableau 8, p. 267). Il convient en outre de noter qu’il est rare que ces femmes emploient des salariés ou reçoivent l’aide de leur mari. L’enquête montre que les vendeuses travaillent en moyenne six heures et demie par jour pendant des périodes qui varient en fonction du type de denrées alimentaires vendues. D’ordinaire, elles commencent à cinq heures du matin et finissent à minuit. Ce sont les travaux ménagers qui entretiennent l’économie parallèle car la procréation et les soins dispensés dans le cadre de la famille assurent la production et la productivité de la force de travail qui fait tourner cette économie et la fait croître (Kabeer, 2003). Les études menées dans des zones urbaines du Zimbabwe (Muzvidziwa, 2000) et en Tanzanie montrent combien les petites filles et les enfants en général contribuent aux activités menées par les femmes dans le secteur informel. En Tanzanie, nombre de femmes issues d’une famille pauvre et dirigée par une femme, qui ne trouvent pas d’emploi dans les centres urbains, dépendent du secteur informel pour leur subsistance. Bien que les revenus tirés du secteur informel, en plein essor en milieu urbain, soient très faibles, les femmes actives dans ce secteur ont une charge de travail trois fois supérieure à la moyenne, d’où la participation des enfants jusque tard le soir (Havnevik et coll., 1988, p. 181 ; urt, 2002, p. 14).
Main-d’œuvre employée par les vendeuses
| Main-d’œuvre employée | Réponses | |
|---|---|---|
| Nombre | % | |
| Enfants | 23 | 46 |
| La vendeuse seule | 13 | 26 |
| Membres de la famille | 7 | 14 |
| Main-d’œuvre salariée | 4 | 8 |
| Mari | 3 | 6 |
| Total | 50 | 100 |
Main-d’œuvre employée par les vendeuses
La vente d’aliments comme stratégie de subsistance
14Chez les femmes, les activités génératrices de revenu se cantonnent essentiellement dans le petit commerce, solution clé pour amortir les chutes de revenu du ménage et les hausses du coût de la vie résultant de l’ajustement économique. Il apparaît que la vente d’aliments sur la voie publique est une source de revenu exclusivement adoptée par les femmes, bien qu’elles travaillent aussi comme marchandes ambulantes, itinérantes, ou comme exploitantes des cultures vivrières, de salons de beauté, de services de restauration, de bars, entre autres, pour essayer de s’en sortir (Fonchin-gong, 1999). Néanmoins, quelques hommes gèrent des points de vente d’aliments à emporter et des restaurants à Limbé, même si plus de 90 % de la vente d’aliments est assurée par des femmes. Étant donné leur faible niveau de compétence et de qualification, il n’est pas surprenant que celles-ci pratiquent des activités indépendantes qui n’exigent pas beaucoup d’investissement en ressources humaines, matérielles ou financières.
15Selon les stéréotypes identitaires, la vente d’aliments est considérée comme une extension du rôle féminin de prestation de soins à autrui. Plusieurs études montrent que les femmes tendent à affecter une plus grande part de leurs ressources propres à l’alimentation et autres besoins fondamentaux de leurs enfants et de leur famille (Kennedy et Peters, 1992 ; Lloyd et Gage-Brandon, 1993 ; Quisumbing et coll., 1995 ; Handa, 1996 ; Dollar et Gatti, 1995).
16Pour vivre, les femmes vendent principalement des denrées cuisinées. Mais l’inquiétude concernant les moyens de subsistance est partout palpable. La plupart des pauvres qui ne travaillent pas dans l’agriculture vivent du secteur informel (Narayan et coll., 2000). À ce propos, les plats cuisinés que vendent les femmes sont à base de produits locaux, tels fufu/eru, dodo/haricots, fufu de maïs/légumes, ndolé/plantains, purée de taro/soupe jaune, garri/okro, riz, haricots, cocoyams, yams, ekwang, soupe au piment, poisson rôti. Ces denrées consommées séparément ou en combinaison coûtent de 100 à 500 francs cfa par portion (550 francs cfa équivalaient à 1 dollar des États-Unis et 650 francs cfa s’échangeaient contre 1 euro en octobre 2004).
17Le capital de démarrage de ces vendeuses d’aliments (tableau 9) est insuffisant en raison de l’augmentation du coût des denrées et autres produits, des loyers et de la pression fiscale. L’obtention du capital de départ est la condition décisive du lancement d’une activité.
Répartition du capital de départ
| Capital | Réponses | |
|---|---|---|
| Nombre | % | |
| Moins de 20 000 | 5 | 10 |
| 21 000 - 40 000 | 13 | 26 |
| 41 000 - 60 000 | 10 | 20 |
| 61 000 - 80 000 | 14 | 28 |
| 81 000 - 100 000 | 8 | 16 |
| Total | 50 | 100 |
Répartition du capital de départ
18Comme personne ou presque ne se porte garant pour les femmes, 42 % d’entre elles ont eu recours au système de la tontine (Njangi) comme principale source de capital de démarrage (tableau 10) ; 18 % ont utilisé des économies personnelles, 16 % ont bénéficié de prêts de la part d’ami(e)s ou d’autres relations et 10 % ont obtenu une somme auprès de mutuelles de crédit. Quelques-unes (8 %) ont reçu des prêts bancaires, alors que 6 % ont profité de l’aide financière de leur mari. Les njangi (tontines) sont de petites associations d’épargne et de crédit. L’argent y est collecté et distribué aux membres par rotation. Ces fonds sont utilisés pour une large gamme d’activités, pour la plupart assimilables à une entreprise, puisque la bénéficiaire doit rembourser à un moment donné (voir Fonchingong, 1999). La tontine commerciale, comme le précisent les intéressées, leur permet d’épargner exclusivement pour leur projet de petite entreprise. En cas de difficultés financières, elles peuvent rapidement se retirer de l’association d’épargne.
Sources du capital de départ
| Sources | Réponses | |
|---|---|---|
| Nombre | % | |
| Économies personnelles | 9 | 18 |
| Tontine | 21 | 42 |
| Prêt bancaire | 4 | 8 |
| Mari | 3 | 6 |
| Coopérative de crédit | 5 | 10 |
| Prêt consenti par des amis/parents | 8 | 16 |
| Total | 50 | 100 |
Sources du capital de départ
19Les femmes interrogées devaient indiquer par ordre de priorité les besoins à satisfaire. L’amélioration des conditions de vie vient en tête de la liste : 30 % ont indiqué qu’elles habillaient et nourrissaient la famille, condition déterminante de la survie de celle-ci. Elles étaient aussi en mesure de financer l’éducation des enfants, le loyer, de compléter le revenu de leur mari et de mettre de l’argent dans la tontine (système d’épargne).
Les vendeuses d’aliments sont-elles économiquement autonomes, dépendantes ou à peine en mesure de s’en sortir ?
20Le concept d’autonomisation a fait l’objet de nombreux articles et analyses avant et après la Conférence de Beijing de 1995 (Momsen, 1991 ; Young, 1993 ; Mayoux, 1995 ; Organisation des Nations unies, 2001). Pour les besoins de la présente étude, le cadre conceptuel présenté par l’onu (2001) et Kabeer (2001) est utile.
Principales raisons du choix de la vente d’aliments
| Raisons | Réponses | |
|---|---|---|
| Nombre | % | |
| Encouragée par une autre marchande | 4 | 8 |
| De sa propre initiative | 2 | 4 |
| Difficultés et survie | 10 | 20 |
| Raisons agricoles | 4 | |
| Contribution au revenu du ménage | 9 | 18 |
| Autre source de revenu | 9 | 18 |
| Peu ou pas d’autres solutions | 7 | 14 |
| Activité considérée comme rentable | 7 | 14 |
| Total | 50 | 100 |
Principales raisons du choix de la vente d’aliments
Principaux besoins satisfaits grâce au produit de la vente
| Besoins | Réponses | |
|---|---|---|
| Nombre | % | |
| Habillement et nourriture pour la famille | 15 | 30 |
| Éducation des enfants | 10 | 20 |
| Loyer | 10 | 20 |
| Complément du revenu du mari | 10 | 20 |
| Réinvestissement éventuel de la tontine | 5 | 10 |
| Total | 50 | 100 |
Principaux besoins satisfaits grâce au produit de la vente
21Combattre la pauvreté signifie s’attaquer à ses causes, sachant que le développement consiste à donner aux pauvres les outils leur permettant de faire évoluer leur situation et sachant aussi que l’autonomisation suppose la capacité de faire changer les choses (Thompson, 1996). Pour les femmes, on entend par autonomisation les processus qui leur permettent de prendre leur destin en main par l’expression de leurs choix. L’autonomisation exige les traits de caractère suivants : le sens de l’action (aptitude à définir et à réaliser ses objectifs), la conscience de la place respective des hommes et des femmes dans les structures du pouvoir, l’estime de soi et la confiance en soi.
22Les femmes visées par l’étude semblent bien en charge de leur vie quotidienne et de leur famille. Leur petite entreprise a relevé leur statut au fil des années. Il reste à savoir si leurs stratégies de subsistance leur permettent de subvenir tout juste aux besoins du ménage (« de s’en sortir ») ou si elles leur valent un rapport substantiel. Bien que ce commerce dégage une marge brute (tableau 13), la pression fiscale, les autres dépenses courantes et les loyers engloutissent à l’évidence une très forte part des recettes. En outre, le cumul des deux rôles, gagne-pain et soins à autrui, est écrasant pour les femmes. Chaque jour, elles ont du mal à venir à bout de leurs nombreuses tâches : notamment s’occuper des enfants, des travaux agricoles, des courses, de la cuisine, de la corvée d’eau et du ramassage du bois de chauffe. En dépit des obstacles, les femmes déclarent être en mesure de s’occuper de leur famille, de gagner le pain du ménage, d’acquérir plus d’assurance et une plus grande estime de soi. Cependant, les possibilités de génération de revenu présentent tellement de contraintes qu’il est difficile d’affirmer que leurs minces marges se traduisent véritablement par une amélioration de leurs conditions de vie. À cela s’ajoute le fait que pour s’acquitter de leurs lourdes tâches, les vendeuses continuent de se faire aider par les enfants, ce qui se répercute sur leur éducation, leur santé et leur insertion sociale.
Marge brute d’exploitation
| Période | Montant | Réponses | |
|---|---|---|---|
| Nombre | % | ||
| Jour | 2 000 - 4 000 | 5 | 10 |
| 5 000 - 6 000 | 12 | 24 | |
| 7 000 - 8 000 | 15 | 30 | |
| 8 000 - 10 000 | 18 | 36 | |
| Total | 50 | 100 | |
| Semaine | 20 000 - 30 000 | 5 | 10 |
| 31 000 - 40 000 | 20 | 40 | |
| 41 000 - 50 000 | 25 | 50 | |
| Total | 50 | 100 | |
| Mois | 100 000 - 108 000 | 5 | 10 |
| 110 000 - 120 000 | 20 | 40 | |
| 121 000 - 144 000 | 25 | 50 | |
| Total | 50 | 100 | |
Marge brute d’exploitation
23Comme la plupart des femmes ne tiennent pas de comptes, exerçant leur activité au jour le jour, les marges indiquées donnent l’impression que le commerce est florissant. Celles qui tiennent des comptes disent qu’elles enregistrent les ventes quotidiennes pour suivre les bénéfices. D’autres inscrivent les dépenses sur un carnet, alors que certaines travaillent en fonction des pertes et profits.
24En ce qui concerne le mode d’épargne, 42 % des femmes interrogées ont recours à la tontine simple et 32 % à la tontine commerciale. En outre, 18 % font appel aux caisses d’épargne privées et 8 % aux banques. Le faible pourcentage qui bénéficie des services bancaires concerne celles qui ont accès aux prêts grâce à l’intervention de leur mari. Les femmes qui épargnent sur une base journalière et hebdomadaire ont tendance à gérer des activités à petite échelle. Elles déclarent épargner pour diverses raisons : problèmes de santé imprévus, éducation, retraite, réinvestissement dans l’entreprise et satisfaction des besoins personnels. D’après Moser (1996), l’aptitude des femmes à vaincre ou atténuer leur vulnérabilité et à accroître leur productivité économique dépend non seulement de leurs ressources initiales, mais aussi de leur capacité de les transformer efficacement en revenu, vivres et autres biens de première nécessité.
Relations hommes-femmes
25Il faut examiner en détail les différentes façons dont les hommes et les femmes contribuent à l’économie du ménage, les hypothèses sur lesquelles ils/elles se fondent et la répartition des ressources au sein du ménage pour savoir comment évoluent les relations hommes-femmes (Whitehead, 1981 ; Moser, 1989 ; Kabeer, 1997). La plupart des pays du tiers-monde ont des taux de chômage plus élevés pour les femmes que pour les hommes. Mais environ un tiers des ménages sont dirigés par des femmes qui, souvent, doivent subvenir à leurs propres besoins et à ceux de leurs enfants. La poursuite du mythe selon lequel les hommes sont pour l’essentiel les seuls soutiens de famille entretient celui du statut secondaire des femmes sur le marché du travail (Momsen, 1991).
26Le pourcentage élevé de foyers dirigés par des femmes (tableau 14) confirme le fait que la vente d’aliments dans la rue est vécue comme une stratégie d’adaptation pour les femmes. En tant que chefs de famille, elles ont des responsabilités majeures à assumer, qui vont de la production à la reproduction (frais de scolarité, factures médicales) entre autres. L’une de nos questions concernait les raisons pour lesquelles les femmes déclaraient assumer le rôle de chef de famille. Les réponses ont été les suivantes : elles prennent les principales décisions relatives au ménage, elles font vivre leur famille grâce à leurs activités commerciales, elles sont responsables de la gestion quotidienne du foyer et elles assument davantage de responsabilités concernant les frais de scolarité, les factures médicales et autres dépenses telles que l’habillement. Du fait des pressions économiques croissantes, les hommes dans de nombreuses régions du monde ont perdu leurs moyens d’existence traditionnels et les femmes sont obligées d’assumer des tâches supplémentaires génératrices de revenus (Narayan et coll., 2000).
Qui assume le rôle de chef de famille ?
| Chef de famille | Réponses | |
|---|---|---|
| Nombre | % | |
| La vendeuse elle-même | 21 | 42 |
| Le mari | 15 | 30 |
| Conjointement | 12 | 24 |
| Un homme de la famille | 2 | 4 |
| Total | 50 | 100 |
Qui assume le rôle de chef de famille ?
2770 % des personnes interrogées ne partagent pas leurs gains avec un mari (y compris bien sûr celles n’ayant pas de mari) tandis que 30 % partagent ces gains. Ces dernières sont pour la plupart des femmes mariées qui ont obtenu une partie de leur capital de démarrage auprès de leur mari et qui utilisent les locaux lui appartenant et la réserve de main-d’œuvre supplémentaire que représente soit le mari, soit d’autres membres de la famille. Malgré leur double charge, 30 % seulement des femmes reçoivent une aide de leur mari. Selon les personnes interrogées, il s’agit d’une aide financière supplémentaire pour leur activité commerciale, d’une participation à l’activité elle-même ou aux tâches ménagères. La vision traditionnelle du mari soutien de famille et décideur est de plus en plus menacée à mesure que la femme assume un rôle-clé dans l’économie du ménage. L’évolution des relations entre l’homme et la femme au niveau des ménages est un facteur important de l’autonomisation comme l’ont indiqué les vendeuses interrogées. Dans des études sur le terrain entreprises par le fida sur l’intégration des questions de parité au Bangladesh, Krishnaraj et Kay (2002) notent que les femmes qui ont contribué à accroître les revenus du ménage estiment qu’elles y ont gagné davantage de respect, ce qui se traduit souvent par un changement perceptible des comportements. Telles sont les conséquences d’un pouvoir accru des femmes qui réussissent à transformer leurs moyens d’existence et à gagner un minimum de ressources.
Obstacles
28L’environnement politique général et d’autres obstacles continuent à limiter la capacité des femmes à obtenir leur autonomie économique et à assurer des moyens d’existence durables pour elles-mêmes et les personnes à leur charge. Comme l’ont indiqué les marchandes interrogées (tableau 15), les tâches ménagères réduisent beaucoup le temps qu’elles peuvent consacrer à leurs activités de vente d’aliments ; par ailleurs, le manque de capitaux pour s’agrandir, la pression fiscale, le soutien insuffisant du conjoint, le manque de qualifications, la concurrence exacerbée par des politiques réglementaires inadéquates dans les activités du secteur informel, le caractère pléthorique du secteur informel résultant des taux de chômage élevés font partie de la litanie des problèmes évoqués.
Poids des tâches ménagères incombant aux vendeuses d’aliments
| Effets | Réponses | |
|---|---|---|
| Nombre | % | |
| La charge de travail est immense | 18 | 36 |
| Il faut accompagner et aller chercher les enfants à l’école | 10 | 20 |
| Manque de temps | 20 | 40 |
| Il faut s’occuper du mari et des enfants | 2 | 4 |
| Total | 50 | 100 |
Poids des tâches ménagères incombant aux vendeuses d’aliments
29Malgré la contribution stratégique des femmes à l’économie du foyer, elles travaillent dans des environnements socioculturels et économiques hostiles. Les petites et micro-entreprises sont considérées comme moins productives et moins importantes que les grandes et donc peu fiables et de portée limitée pour l’économie nationale (Soetan, 1997).
30Le milieu culturel et la tyrannie de certains hommes empêchent les femmes de se concentrer efficacement sur leurs activités commerciales. Certaines femmes mariées interrogées ont indiqué que leurs maris les soupçonnaient de se livrer à la prostitution et de se lancer dans une entreprise pour s’échapper. Elles ont aussi laissé entendre que certains maris ne voulaient pas encourager leur femme à participer à des « tontines » sous prétexte que ces réseaux étaient des occasions de commérages. Ces réseaux privaient aussi les hommes des revenus dégagés et des informations concernant la gestion des fonds.
31La plupart des personnes interrogées ont également indiqué que leur mari avait des doutes quant à la rentabilité de l’entreprise car elles ne rapportaient pas de gains substantiels. Les bénéfices sont généralement réinvestis dans la gestion du foyer au quotidien. Ainsi, les hommes qui ne sont pas très à l’aise sur le plan de leur salaire ne sont généralement pas prêts à laisser leur femme se lancer dans une activité commerciale. Ils préféreraient qu’elle reste femme au foyer, situation à laquelle les femmes renoncent de plus en plus. Ces obstacles confirment les travaux de l’oit (1998) et de Momsen (1991), qui considèrent que les attitudes et les normes culturelles représentent des obstacles puissants à l’entrée des femmes sur le marché du travail informel et à leur survie économique.
32C’est grâce au circuit complexe des vendeuses d’aliments sur la voie publique que les besoins alimentaires des populations urbaines sont satisfaits. Leur double métier et d’autres obstacles sont source de préoccupation et c’est une équation difficile à résoudre. Comme le note Momsen (1990), les femmes ayant des responsabilités familiales ont des horaires de travail trop lourds et n’ont pas de congés payés, en particulier dans les pays en développement. Ainsi, de nombreuses femmes multiplient les emplois autonomes pour gagner un revenu suffisant ou cherchent du travail dans le secteur informel à cause de sa souplesse. Malgré les espoirs nourris depuis Beijing, l’environnement politique reste défavorable. L’absence de réglementation officielle dans le secteur informel attire beaucoup de chômeurs, et la concurrence est vive et chaotique. Les vendeuses doivent aussi faire face à la concurrence acharnée des hôteliers et restaurateurs pour lesquels Limbé est une destination touristique majeure.
33L’absence de sécurité financière et la fragilité du système bancaire ne permettent pas aux femmes d’épargner pour les temps difficiles. La plupart sont obligées d’ouvrir des comptes d’épargne auprès des « tontines », des mutuelles de crédit et des caisses d’épargne de la poste, avec les risques connus en matière de sécurité financière ; 65 % des personnes interrogées ont indiqué que leur compte était bloqué depuis la faillite qui a ébranlé la Caisse d’épargne de la Poste du Cameroun début 2004. La répression par les autorités municipales et les tracasseries incessantes de la part des fonctionnaires des impôts ne permettent pas aux vendeuses de travailler dans un environnement économique favorable. Environ 25 % ont indiqué qu’elles ne payaient pas les impôts tandis que d’autres s’en tirent en soudoyant le percepteur. Comme la vente des aliments sur la voie publique est une activité urbaine importante dans les pays en développement, les urbanistes ont tendance à considérer les vendeuses comme une gêne dans le développement de la ville et les autorités locales se lancent sans arrêt dans des opérations de nettoyage des rues, de destruction des étals en plein air et de confiscation des réserves (Tinker, 1999).
34Les femmes qui ont un foyer à charge se plaignent de ne pas avoir accès aux ressources productives, en particulier à la terre, indispensable pour obtenir du crédit en vue d’un capital d’amorçage et pour se développer. Comme la plupart des vendeuses ont comme principaux clients des étudiants, elles connaissent un ralentissement de leurs activités et donc une baisse de leurs gains pendant les vacances scolaires d’été qui durent de juin à début septembre.
Conclusion
35Confrontées à l’évolution de la situation économique, les femmes constituent la cheville ouvrière du secteur informel et se battent chaque jour pour nourrir une population urbaine en augmentation. Cela signifie que l’on compte davantage sur les enfants, en particulier les filles, comme main-d’œuvre dans les petites activités commerciales, avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur le développement, la santé et la scolarité des enfants.
36Conformément aux conclusions d’autres études sur ce sujet (par exemple Charmes, 1998 ; Moser, 1996), le fait d’assumer un rôle supplémentaire de productrice de revenus n’est pas synonyme d’autonomisation économique : les femmes, la plupart du temps, ne font qu’essayer de s’en sortir – leurs maigres gains sont absorbés par le loyer, les impôts et les dépenses du ménage ; en période creuse, les produits s’écoulent mal. Les capitaux sont limités, de même que les possibilités d’expansion. Certaines femmes indiquent cependant qu’elles ont acquis une certaine indépendance économique, qu’elles ont amélioré leur aptitude à faire face et que leurs activités commerciales ont des effets positifs sur les conditions d’existence de la famille. D’autres estiment qu’elles vivent mieux malgré des profits limités. La répartition des ressources à l’intérieur du ménage a des effets sur les relations entre l’homme et la femme : certains hommes se sentent menacés lorsque la femme assume un plus grand rôle dans la gestion du ménage. Toutefois, certains hommes apportent une contribution sous la forme d’heures de travail et de capitaux pour développer l’activité. Selon Standing (1999), la féminisation de la main-d’œuvre et le caractère informel de cette économie reflètent l’affaiblissement de la situation des hommes plutôt qu’une amélioration des chances économiques pour les femmes. Si l’on veut aider les femmes dans leurs activités de vente d’aliments dans la rue, il faudra leur faciliter l’accès au crédit, mieux réglementer les activités du secteur informel, leur donner une meilleure formation aux compétences nécessaires et il faudra aussi que les responsabilités du ménage soient partagées. Narayan et coll. (2000) notent que pour aider les femmes, il est indispensable de comprendre le rôle des hommes et de s’adresser aussi à eux. Comme cela avait été noté dans le Programme d’action de Beijing (1995), le changement est possible lorsqu’il y a des alliances entre les hommes et les femmes. Ces partenariats permettraient aux femmes d’acquérir un pouvoir économique car ils permettent de rapprocher les deux sphères que sont les tâches domestiques et d’autres activités commerciales. Une meilleure réglementation des activités du secteur informel par les pouvoirs publics, une baisse de la pression fiscale et un climat économique favorable permettront aux femmes d’accéder plus facilement aux sources de crédit. Cela peut aussi se faire moyennant des politiques bancaires qui encouragent le rapprochement entre la clientèle des petites entreprises et les institutions financières formelles et informelles.
37Traduit de l’anglais
Références
- Agarwal, B., 1997. « Bargaining and gender relations: within and beyond the household », Feminist Economics 3(10), 1-51.
- Charmes, J., 1998. « Informal sector, poverty and gender: A review of empirical evidence », Contributed paper for World Development Report 2000. Washington DC : Banque mondiale.
- Dollar, D. ; Gatti, R., 1995. « Gender inequality, income and growth: are good times good for women? », Policy Research Report on Gender and Development No. 1 Washington, DC : Banque mondiale.
- Fonchingong, C., 1999. « Structural adjustment, women and agriculture in Cameroon », Gender and Development 7 (3), 73-79.
- Handa, S., 1996. « Expenditure behaviour and children’s welfare: An analysis of female-headed households in Jamaica », Journal of Development Economics 50 (1), 165-187.
- Havnevik, K. et coll 1988. Tanzania: Country Study and Norwegian Aid Review. Bergen : Centre for Development Studies, université de Bergen.
- House-Midamba, B ; Ekechi, F., eds, 1995. African Market Women and Economic Power: the Role of Women in African Economic Development, West Port, CT : Greenwood Press.
- oit, 1998. « Women in the informal sector and their access to micro-finance ». Document présenté à la 99e Conférence annuelle de l’Union interparlementaire, Windhoek, Namibie.
- Jackson, C., 1996. « Rescuing gender from the poverty trap », World Development 24 (3), 489-504.
- Kabeer, N., 1997. « Women, wages and intra-household power relations in urban Bangladesh », Development and Change 28 (2), 261-302.
- Kabeer, N., 2001. « Resources, agency, achievements: reflections on the measurement of women’s empowerment ». In: Discussing women’s empowerment – theory and practice, SIDA studies 3.
- Kabeer, N., 2003. Gender Mainstreaming in Poverty Eradication and the Millennium Development Goals. Londres : Secrétariat des pays du Commonwealth.
- Kennedy, E. ; Peters, P., 1992. « Household food security and child nutrition: the interaction of gender and income of household head », World Development 20(8), 1077-1085.
- Krishnaraj, M. et Kay T., 2002. « Report of review of ifad gender mainstreaming projects in Asia ». Document non publié préparé pour le fida.
- Levin, C. ; Maxwell, D.; Armar-Klemesu, M. ; Ruel, M. ; Saul, M. ; Ahiadeke, C. 1999. « Working women in an urban setting: traders, vendors, and food security in Accra ». Discussion paper No. 66, Food Consumption and Nutrition Division, International Food Policy Research Institute, Washington DC.
- Lloyd, C. ; Gage-Brandon, A., 1993. « Women’s role in maintaining households, family welfare and sexual inequality in Ghana », Population Studies 47(1), 115-131.
- Mac Ewen, S., 1995. « Informal sector or female sector? Gender bias in urban labour market models ». In Elson, D., ed, Male Bias in the Development Process. Manchester : Manchester University Press.
- Mayoux, L., 1995. From Vicious to Virtuous Circles: Gender and Micro-enterprise Development. Genève : unrisd.
- Ministère de la Condition Féminine, 1999. Annuaire statistique sur la situation de la femme au Cameroun. Yaoundé.
- Momsen, J., 1991. Women and Development in the Third World. Royaume-Uni : Routledge.
- Moser, C., 1989. « Gender planning in the third world: meeting practical and strategic gender needs », World Development 17(11), 1799-1825.
- Moser, C., 1996. « Confronting crisis: a comparative study of household responses to poverty and vulnerability in four poor urban communities ». Environmentally Sustainable Development Studies Monograph Series No.8. Washington DC : Banque mondiale.
- Muzvidziwa, V., 2000. « Food vending: adaptation under difficult circumstances », Journal of Social Development in Africa 15(2), 69-92.
- Narayan, D. ; Raj, P., Kai. S. ; Rademacher, A. ; Koch-Schulte, S., 2000. La parole est aux pauvres : écoutons-les, Banque internationale pour la reconstruction et le développement/Banque mondiale.
- Quisumbing, A. ; Lynn, B. ; Feldstein, H. ; Haddad, L. ; Peña, C., 1995. « Les femmes ou la clé de la sécurité alimentaire ». Rapport de politique alimentaire, Institut international de recherche sur les politiques alimentaires, Washington DC. hhttp:// www. ifpri. org/ french/pubs/fpr/fpr21fr.pdf.
- Rogers, B., 1996. « The implications of female household headship for food consumption and nutritional status in the Dominican Republic », World Development 24(1), 113-128.
- Soetan, F., 1997. « Entrepreneurship and Nigerian women: is there any meeting point? » Small Enterprise Development. 8, 1.
- Standing, G., 1999. « Global feminization through flexible labour : a theme revisited ». World Development 27 (3), 583-602.
- Thompson, M., 1996. « Empowerment and survival : humanitarian work in civil conflict », Development and Practice 6 (4), 324-333.
- Tinker, I., 1997. Street Foods: Urban Food and Employment in Developing Countries, Oxford University Press : Oxford.
- Nations unies, 1996. Quatrième Conférence mondiale sur les femmes. Beijing, Chine 4-15 septembre 1995. Déclaration et Programme d’action de Beijing, New York : Nations unies.
- United Nations, 2001. « Empowerment of Women throughout the life cycle as a transformative strategy for poverty eradication » EGM/POV/2001/REPORT.
- United Republic of Tanzania, 2002. Research and analysis working group. 2002 Poverty and Human Development Report, Dar es-Salaam : Mkuki Na Nyota Publishers.
- Whitehead, A., 1981. « I’m hungry Mum’: The politics of domestic budgeting » in Young, K. ; Wolkowitz, C. ; McCullough C. ; eds, Of Marriage and the Market, Londres : cse.
- Wiego, 2002. http:// www. wiego. org/ main/ areas1. shtml. Consulté le 27 août 2004.
- Young, K., 1993. Planning development with women: making a world of difference. Londres : Macmillan.