Les femmes, la pauvreté et le commerce informel en Afrique orientale et australe
Pages 277 à 300
Citer cet article
- AKINBOADE, Oludele Akinloye,
- Akinboade, Oludele Akinloye.
- Akinboade, O.-A.
https://doi.org/10.3917/riss.184.0277
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- Akinboade, O.-A.
- Akinboade, Oludele Akinloye.
- AKINBOADE, Oludele Akinloye,
https://doi.org/10.3917/riss.184.0277
Notes
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[1]
Si l’on additionne chômage et sous-emploi, on parvient à un chiffre de plus de 60 %.
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[2]
Cela est un grave motif de préoccupation, étant donné que les ménages déjà pauvres seront confrontés à une pauvreté encore plus grande et que ceux qui ont précédemment « échappé » à la pauvreté ne pourront plus s’y soustraire. Pour les ménages pauvres qui dépendent de salaires, l’accroissement du chômage signifie que cette source de revenus diminuera, vu que davantage de membres du ménage risquent de se retrouver sans emploi.
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[3]
Une caractéristique de la pauvreté dans les pays en développement est que les ménages concernés comptent moins de soutiens de famille mais plus de personnes à charge que les autres ménages.
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[4]
La situation est différente en Afrique orientale et dans certaines régions de l’Afrique centrale. La prévalence du vih en Afrique orientale et australe recule en Ouganda, où elle est tombée à 8 % à Kampala en 2002 contre environ 30 % parmi les femmes enceintes fréquentant deux dispensaires de soins prénataux il y a une décennie. En Ouganda, les taux de prévalence supérieurs à 10 % sont maintenant devenus rares. La proportion de femmes enceintes testées séropositives dans les dispensaires de soins prénataux est tombée à 13 % dans la capitale du Rwanda, Kigali, contre un maximum de près de 35 % en 1993. À Addis-Abeba, chez les femmes enceintes âgées de 15 à 24 ans, la prévalence du vih a chuté presque aussi fortement – tombant à environ 11 % en 2003 après avoir atteint un maximum d’environ 24 % en 1995 (onusida, 2003).
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[5]
Les ménages pauvres ont besoin du travail de leurs enfants, parfois selon des modalités qui défavorisent aussi les garçons.
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[6]
Rares sont les gouvernements de pays africains à avoir fait des efforts systématiques pour institutionnaliser et traduire leurs engagements internationaux – pris aux conférences du Caire, de Copenhague, de Beijing et d’Istanbul ainsi que dans la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes – en stratégies concrètes.
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[7]
Les entreprises dirigées par des femmes sont souvent proscrites par les règlements municipaux, et elles peuvent être soumises à des tracasseries par les autorités locales.
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[8]
Les recherches menées ailleurs et dans la région (Nattrass, 1990) donnent à penser que cette situation pourrait s’expliquer par les problèmes liés aux structures patriarcales, aux expériences coloniales, à l’apartheid et à la division internationale du travail.
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[9]
Killick constate que les indications selon lesquelles l’ajustement structurel conduit à la pauvreté sont quelque peu contradictoires. Dans certains pays, la pauvreté a chuté (comme par exemple en Indonésie ou en Malaisie), dans d’autres les résultats sont mitigés, et dans des pays africains comme le Malawi la pauvreté s’est accrue.
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[10]
Il y a toujours des divergences considérables sur le point de savoir si ce sont les politiques d’ajustement ou les conditions préexistantes qui ont eu des effets négatifs sur les femmes (Moghadam, 1997 ; Haddad et al., 1995).
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[11]
Les produits négociés informellement le long des frontières des pays d’Afrique australe sont essentiellement des produits agricoles – sucre, maïs, crevettes et poissons, viande, arachides, pommes de terre, haricots et autres légumes – et des produits non agricoles comme la bière, les chaussures, les produits du bois, les matériaux de construction, les bicyclettes, les pièces détachées pour bicyclettes et automobiles, et les appareils électriques.
La pauvreté et l’inégalité en Afrique
1Le revenu par habitant est faible dans nombre de pays africains. En 2000, le produit national brut de l’Afrique du Sud – 130 milliards de dollars des États-Unis – était exactement égal au pnb total de 46 des 47 pays d’Afrique subsaharienne (Nigeria exclu). Les indicateurs sociaux reflètent l’ampleur de la pauvreté sur le continent. L’espérance de vie à la naissance n’atteint que 54 ans (et pour l’Afrique subsaharienne ce chiffre s’abaisse à 47 ans) ; le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans est de 140 pour 1 000 naissances vivantes. De plus, il n’y a que 16 médecins pour 100 000 habitants. Le taux d’analphabétisme des plus de 15 ans atteint, selon les estimations, 41 % et le continent est la seule région où, durant la décennie écoulée, la scolarisation a diminué à tous les niveaux, en particulier chez les femmes et les filles. Sur le plan des infrastructures, 58 % seulement des Africains ont accès à l’eau potable tandis que la télédensité pour 1 000 personnes s’établit à 18, contre 146 pour l’ensemble de la population mondiale.
2Avec 47 % de la population mondiale vivant dans la pauvreté (moins de 2 dollars par jour), la pauvreté demeure un énorme problème non résolu à l’échelle mondiale (Banque mondiale, 2001a). Ce n’est pas un problème que l’on peut résoudre du jour au lendemain. Sa solution requiert une planification attentive. L’ampleur et les raisons de la pauvreté diffèrent d’un pays à l’autre et il n’y a pas de solution unique pour la surmonter. 35 % des Ougandais (en 2001), 36 % des Tanzaniens (en 2002), 49 % des habitants du Lesotho (en 1999), 50 % des habitants du Kenya, de la Namibie et de l’Afrique du Sud (en 2000) et 70 % des habitants du Mozambique et du Zimbabwe (en 2001 et 2002 respectivement) vivaient dans la pauvreté (The World Fact Book, 2003). Plus de 65 % des pauvres vivent dans des zones rurales, ce pourcentage atteignant 70 % en Afrique et 76 % en Afrique du Sud (Banque mondiale, 2001b). Et les pauvres ruraux continueront longtemps d’être plus nombreux que les pauvres urbains (Ravallion, 2001).
3Les ouvrages publiés sur la question montrent que la pauvreté ne saurait être considérée comme un fait purement économique, vu que ses causes et ses effets sont très divers. Les pauvres ruraux d’Afrique manquent de ressources et de technologie et ils n’ont pas accès à des infrastructures qui offrent des opportunités économiques et préservent la santé.
4Les questions de droits de l’homme, la santé et la nutrition, les traditions culturelles, les influences environnementales et les conditions politiques, sociales et historiques qui se conjuguent pour créer la pauvreté forment un cercle vicieux. Sans cette compréhension plus globale, les solutions seront difficiles à trouver. D’aucuns soutiennent que la discrimination fondée sur le sexe constitue le dénominateur commun de ces facteurs et que cela pourrait servir à formuler des solutions efficaces. Depuis la décennie des Nations unies pour la femme lancée en 1975, des programmes d’action ont été formulés aux conférences mondiales sur les femmes de 1985 à Nairobi et de 1995 à Beijing. Des études sur le rôle des femmes dans le développement économique dans différents pays ont examiné les résultats des réformes du développement et documenté les avantages et les vulnérabilités sexospécifiques. Des organismes donateurs, des ong internationales et locales et des institutions de recherche sur la problématique hommes-femmes ont recueilli des informations sur différentes dimensions des expériences de pauvreté et souligné la nécessité de prendre en compte le facteur genre de la conception au suivi et à l’évaluation des initiatives de lutte contre la pauvreté, en passant par la phase d’exécution.
5Depuis les années 1990, les rapports du pnud sur le développement humain fournissent des données internationales sur les disparités entre les sexes et encouragent implicitement les pays à améliorer la participation des femmes au développement. Les actions de plaidoyer du mouvement des femmes ont encouragé certains pays de la région à élaborer des politiques nationales en matière de parité entre les sexes, tandis que d’autres sont en train d’élaborer de telles politiques. L’agenda de la réduction de la pauvreté exige des efforts continus et intensifiés de la part des pays participants pour mettre en œuvre des mesures sur la base d’une compréhension claire de la dynamique de la pauvreté et de la vulnérabilité et des moyens de rompre le cercle vicieux du dénuement des femmes et des hommes.
6Le présent article entend offrir une contribution à l’analyse des questions touchant la pauvreté, le genre et le commerce du secteur informel dans la sous-région d’Afrique orientale et australe. Il comprend trois parties. La première examine les aspects sexospécifiques de la pauvreté dans la sous-région, tandis que la deuxième porte sur le commerce du secteur informel et les questions sexospécifiques connexes. La dernière partie tire les conclusions de ces considérations pour ce qui est de la problématique hommes-femmes et formule des suggestions en vue de l’intégration des questions sexospécifiques dans les initiatives de réduction de la pauvreté.
Les femmes et la pauvreté en Afrique orientale et australe
7Un certain nombre d’auteurs constatent que la plupart des pauvres sont des femmes, au sens statistique. À la Quatrième Conférence mondiale sur les femmes à Beijing en 1995, l’onu a estimé que « la pauvreté a un visage féminin » et que 70 % des pauvres du monde étaient des femmes (pnud, 1995). Le Rapport régional de l’onu sur le développement humain pour la Communauté de développement de l’Afrique australe (sadc) affirme que les femmes de la région connaissent des niveaux de pauvreté disproportionnés par rapport aux hommes (pnud, 2000). Cette constatation est encore plus importante si l’on pense à la proportion de ménages dirigés par des femmes dans toute la région et à la différence entre zones rurales et zones urbaines. Jusqu’à un cinquième des ménages urbains en Tanzanie et une moyenne de 33 à 40 % au Botswana ont à leur tête une femme (Jefferis, 1997). En Afrique du Sud, le taux de pauvreté des ménages dirigés par une femme atteint 60,3 % contre 31 % pour les ménages ayant un homme à leur tête. En Afrique australe, les ménages dirigés par des femmes sont relativement plus importants en tant que soutiens de famille dans les zones rurales parce que les hommes du Malawi, du Lesotho, du Swaziland et du Botswana vont travailler dans les mines sud-africaines.
Les causes de la pauvreté en Afrique orientale et australe
8On trouvera ci-après une énumération de quelques-unes des causes profondes de la pauvreté en Afrique orientale et australe.
Le défaut d’accès des femmes à l’éducation cause et conséquence de la pauvreté
9D’une manière générale, les femmes africaines sont moins éduquées que les hommes et sont donc peu qualifiées pour occuper les emplois du secteur formel. Dans le groupe d’âge 15-24 ans, le ratio du taux d’alphabétisme des femmes à celui des hommes s’établissait à 0,89 en 2002. Au Kenya, les femmes représentent environ 70 % de la population analphabète (unesco, 2003). En Afrique, un enfant sur cinq meurt avant d’avoir atteint l’âge de cinq ans si la mère n’a pas reçu d’éducation. La pauvreté est à la fois une cause et un effet de l’insuffisance d’accès ou de l’inachèvement d’une éducation de qualité. Les femmes des ménages les plus pauvres ont souvent des familles nombreuses alors que les femmes instruites ont des enfants moins nombreux et en meilleure santé. Les enfants de familles pauvres ont moins de chances d’être scolarisés et de terminer leur scolarité en raison des coûts qu’impose la fréquentation de l’école. En soi, l’abandon scolaire dû à la pauvreté garantit pratiquement la perpétuation du cycle de la pauvreté (Venkatasubramanian, 2001).
10L’enseignement primaire universel est en place au Malawi, en Tanzanie, au Botswana et en Ouganda. À l’exception de la Zambie, où le taux net de scolarisation a chuté de 12 % entre 1990 et 2002, la tendance générale est positive. Les pays qui ont réalisé la parité entre les sexes dans l’éducation ou réduit les disparités entre les sexes dans l’éducation comprennent le Malawi, l’Afrique du Sud, Madagascar, le Mozambique et la Namibie (cea, 2004). Cependant, le taux d’achèvement du primaire est faible dans certains pays, et il était inférieur à 35 % à Madagascar en 2000.
Le chômage, cause de pauvreté
11Les taux de chômage ouvert au Botswana et au Zimbabwe tournent autour de 20 %. Le taux de chômage dépasse 30 % en Afrique du Sud (Banque africaine de développement, 1998). Au Lesotho, le taux global de chômage atteignait 40,5 % en 1999. Le chômage est en hausse dans la région. Le taux de chômage est passé de 19 % en 1991 à 34,8 % en 1997 en Namibie [1] (nepru, 1999), et de 22,9 à 30,5 % entre 1997 et 2002 en Afrique du Sud (Statistics South Africa, 2002b). Le chômage est plus élevé parmi les femmes. En septembre 2002, 26,8 % des hommes étaient sans emploi en Afrique du Sud, contre 34,7 % des femmes en général et 41,2 % des femmes africaines. Au Kenya, les femmes risquent plus d’être sans emploi que les hommes, et même quand elles ont un emploi, elles gagnent en moyenne moins que les hommes (pnud, 2002). Alors qu’au Kenya à la fin des années 1990 le chômage se situait autour de 25 % dans les zones urbaines, le taux de chômage des femmes atteignait 38 % (Manda, 2002) [2].
Défaut d’accès aux terres arables en Afrique orientale et australe
12La possession de droits d’accès aux terres et autres ressources foncières est un facteur crucial pour déterminer comment les individus pourront assurer leur subsistance. L’immense majorité de la population africaine dépend de la terre et des ressources foncières pour assurer sa subsistance. Les droits d’accès des femmes aux terres arables sont plus faibles que ceux des hommes et ils varient en fonction du temps et du lieu, du groupe social (ethnicité, classe et âge), de la nature des terres en question, des fonctions qu’elles occupent et du régime juridique applicable localement. Étant donné la raréfaction des ressources en terres et en eau, même dans les sociétés où certaines femmes jouissent de droits d’usage sur les terres appartenant à leur mari ou à leurs fils, ces droits ont été érodés. Cela entrave les efforts que déploient les femmes pour réduire la pauvreté au niveau individuel. Les données provenant de nombreux pays indiquent l’absence quasi totale des femmes dans les registres fonciers : en général, moins de 10 % des obtenteurs de titres fonciers étaient des femmes (Shimwaayi et Blackden, 2001).
Le défaut d’accès aux services d’investissement financiers accroît le risque de pauvreté
13Les données disponibles semblent indiquer que les pauvres en général n’ont guère accès aux financements. La plupart des femmes entrepreneurs ne peuvent pas obtenir de prêts bancaires mais doivent réunir elles-mêmes les capitaux dont elles ont besoin, souvent en « mendiant » des fonds auprès de leur conjoint ou de leurs proches (Quachey, 1999). Women’s World Banking estime que moins de 2 % des entrepreneurs à faibles revenus ont accès aux services financiers. Des études récentes réalisées au Botswana et dans la région (Bolnick, 1992 ; Grosh et Somolekae, 1996) montrent que la plupart des femmes n’ont pas accès aux services financiers. C’est là un problème surtout pour les entreprises créées par les femmes vu que « les besoins financiers des familles sont souvent indissociables des besoins financiers des entreprises créées par les femmes » (Rhyne et Otero, 1992, p. 1565). En Afrique australe, la législation des services financiers est généralement fondée sur le système patriarcal, qui traite les femmes comme des mineurs et au mieux comme des femmes au foyer. Par exemple, les femmes mariées sous le régime de la communauté des biens ne peuvent pas obtenir de prêts des banques commerciales si leur mari n’autorise pas la banque à traiter leur demande de prêt.
14En Afrique, les femmes reçoivent moins de 10 % des crédits accordés aux petits exploitants agricoles et 1% du total des crédits à l’agriculture. En Ouganda, environ 9 % de tous les crédits sont alloués aux femmes, qui représentent de 5 à 20 % du total des encours bancaires (Tsikata et Kerr, 2000). Au Kenya, 3 % seulement des agricultrices contre 14 % des agriculteurs enquêtés avaient obtenu des crédits d’une banque commerciale. En Tanzanie, 45 % seulement des femmes entrepreneurs enquêtées obtenaient leurs capitaux auprès des établissements financiers (Tundui, 2002).
15Les femmes se heurtent à des obstacles spécifiques pour accéder aux services financiers, dont le manque de garanties (représentées généralement par des terres), le faible niveau de leurs compétences de lecture, d’écriture et de calcul, et le fait qu’elles ont besoin d’emplacements appropriés (Bolnick, 1992). En conséquence, les femmes constituent la majorité de la population touchée par le microcrédit. Même dans ce cas, elles bénéficient de prêts d’un très faible montant, et les hommes, moins nombreux, qui recourent au microcrédit reçoivent une proportion plus grande des prêts que toutes les femmes réunies. Si en Zambie, les femmes bénéficiaient à égalité avec leurs homologues masculins d’investissements dans les intrants agricoles, leur production pourrait augmenter dans une proportion allant jusqu’à 15 % (Blackden et Bhanu, 1999).
La nature de l’accès et de la participation des femmes à la main-d’œuvre [3]
16Les hommes et les femmes n’ont pas le même accès au travail rémunéré. La main-d’œuvre familiale, y compris les femmes, est souvent contrôlée par les maris. Le manque de main-d’œuvre limite l’activité agricole des femmes. La présence de femmes dans les activités productives de la région reste invisible ou méconnue. Par exemple, les indicateurs nationaux du développement tels que le produit national brut (pnb) ou le produit intérieur brut (pib) ne prennent pas en compte la plupart des activités des femmes. Lorsque des millions de femmes africaines s’occupent de leur famille et complètent les revenus du ménage par de modestes activités agricoles et commerciales, ces activités ne sont pas reflétées dans les données sur l’emploi. En conséquence, elles ne sont pas intégrées dans le processus de planification du développement économique. La rémunération du travail diffère également en fonction du sexe. La part du revenu total reçue par les hommes est parfois plus de deux fois plus élevée que la part reçue par les femmes. En conséquence, les personnes à charge des ménages dirigés par des femmes vivent dans la pauvreté.
Mauvaise santé, infection par le vih/sida et pauvreté
17Beaucoup de ménages, dans la région, n’ont pas accès à une eau salubre. Pour répondre aux besoins en eau des ménages, les femmes et les enfants font plusieurs trajets, qui durent des heures, jusqu’aux points de collecte de l’eau. Dans certaines régions montagneuses d’Afrique orientale, les femmes consacrent 27 % de leur consommation de calories au transport de l’eau (Lewis, 1994).
18La pandémie de vih/sida est un problème sanitaire, économique et social important et dont la gravité s’accroît – pour l’Afrique subsaharienne. Les études révèlent des liens complexes entre la pauvreté, l’inégalité (et en particulier l’inégalité entre les sexes) et l’épidémie de sida (Banque mondiale, 1997). L’Afrique subsaharienne comptait 29,4 millions de personnes séropositives en 2002. Dans quatre pays d’Afrique australe, la prévalence du vih chez les adultes a augmenté davantage que prévu – au Botswana (38,8 %), au Lesotho (31 %), au Swaziland (33,4 %) et au Zimbabwe (33,7 %). L’Afrique australe compte à elle seule environ 30 % des personnes vivant avec le vih/sida dans le monde.
19Les femmes de moins de 25 ans constituent le groupe de malades du sida qui augmente le plus vite, représentant près de 30 % de toutes les malades du sida dans la région [4]. Les données collectées dans de nombreux pays indiquent que la prévalence du vih est deux fois plus grande chez les femmes de 15 à 24 ans que chez les hommes du même groupe d’âge. La vulnérabilité des femmes au vih/sida augmente en raison de l’instabilité de l’emploi associée aux activités à forte intensité de main-d’œuvre, aux bas revenus, à un accès minimal à la sécurité sociale officielle et à des droits minimums ou à une propriété minimale d’actifs et d’épargne. Les femmes courent, de par la physiologie, de grands risques d’être infectées par le vih/sida. Le risque d’infection par le vih est deux à quatre fois plus grand chez les femmes que chez les hommes lors de rapports sexuels non protégés en raison du fait que les zones exposées au contact sont plus étendues (nacp, 1998 ; De Bruyn, 1992).
20La pauvreté a conduit de plus en plus de femmes à pratiquer le travail sexuel, dans lequel les taux de séropositivité dépassent souvent 50 % – des pays comme l’Éthiopie, la Zambie et l’Afrique du Sud enregistrant respectivement des taux de 74, 69 et 50,5 % (onusida, 2004). Les jeunes filles courent de grands risques du fait des pratiques traditionnelles, des violences sexuelles, des mariages forcés, de la prostitution et du mythe selon lequel les hommes infectés peuvent guérir en ayant des rapports sexuels avec une vierge. Le harcèlement sexuel des écolières contribue aussi à la propagation de la maladie. Les femmes risquent en outre de transmettre la maladie à leurs enfants à naître. Les femmes et les filles doivent souvent s’occuper des orphelins du sida, en nombre croissant. La plupart des femmes séropositives sont pauvres ; elles finissent généralement par être rejetées par leur mari et leur famille, et elles n’ont donc pas les moyens de se procurer des médicaments antirétroviraux.
21Un certain nombre de pratiques traditionnelles largement répandues en Afrique orientale sont aujourd’hui considérées comme directement responsables de la propagation du vih/sida. La transmission des veuves en héritage, la « purification » des veuves, le partage des épouses et leur échange contre des terres ou du bétail, et la polygamie sont quelques-unes des pratiques traditionnelles clés, qui sont toutes des menaces pour la santé des femmes car les parties en cause ne se soumettent pas à des tests de séropositivité. En conséquence, au Kenya, jusqu’à 80 % des infections chez les femmes surviennent dans des relations stables.
22Une mauvaise santé limite la capacité des individus de produire et de gagner leur vie, la pauvreté rend les gens vulnérables à l’exploitation de leur travail et de leurs ressources environnementales, et la conjugaison de la pauvreté et de services de santé médiocres conduit à l’accroissement de la taille des familles, qui aggrave la pauvreté et les pressions sur l’environnement.
Il y a des différences entre les sexes dans l’utilisation du temps
23Une analyse de l’utilisation du temps par sexe montre l’interdépendance entre l’économie « de marché » et l’économie « familiale ». Les femmes travaillent souvent plus que les hommes dans toute l’Afrique subsaharienne, et le temps cumulé de travail rémunéré et de travail non rémunéré des femmes est plus long que celui des hommes (pnud, 1997). Une grande partie des activités productives des femmes ne sont pas prises en compte. On estime par exemple qu’au Kenya près de 60 % des activités féminines ne sont pas enregistrées par la comptabilité nationale, contre 24 % seulement des activités masculines. Les enfants sont étroitement intégrés dans les systèmes de production familiale, et les modalités qui défavorisent les filles apparaissent très tôt [5].
24Les contraintes de temps sont un des principaux facteurs inhibants pour les femmes pauvres, qui n’ont pas les moyens de se payer une aide et sont occupées à répondre aux besoins de subsistance immédiats. Certaines études semblent indiquer que les disparités entre les hommes et les femmes sur le plan de l’utilisation du temps sont particulièrement marquées au niveau du minimum vital. En Tanzanie, la réduction des horaires de travail des femmes pourrait, dans le cas des petits cultivateurs de café et de bananes, augmenter les revenus en espèces des ménages de 10 %, la productivité du travail de 15 % et la productivité des capitaux de 44 % (Blackden et Bhanu, 1999).
Participation et représentation des femmes dans les processus de décision de haut niveau
25Dans la région, les obstacles sexospécifiques limitent la participation des femmes à la gouvernance et aux décisions, et renforcent de ce fait les différences de pouvoir. En Afrique subsaharienne, les femmes représentent un faible pourcentage (environ 14 %) des membres des organes législatifs locaux et nationaux et elles sont aussi peu représentées dans les gouvernements nationaux. Nombre de gouvernements de pays d’Afrique subsaharienne ne comptent aucune femme [6]. Sur les 122 pays pour lesquels l’Union interparlementaire dispose de statistiques au 20 septembre 2002, le Kenya se plaçait au 109e rang, avec 3,6 % de parlementaires femmes. En Afrique australe, la représentation des femmes dans les parlements comme dans les gouvernements est également faible au Lesotho, au Malawi, à Maurice, au Swaziland, en Zambie et au Zimbabwe. Il n’y a qu’au Mozambique, en Afrique du Sud, aux Seychelles et en Tanzanie que la représentation des femmes au Parlement et au gouvernement soit appréciable.
26En Afrique orientale et australe, de légers progrès sont enregistrés en ce qui concerne la représentation des femmes dans les processus de décision. L’Éthiopie, le Rwanda, le Lesotho et l’Ouganda ont adopté des lois et institué des politiques et des plans pour accroître la participation des femmes aux processus de décision (cea, 2004). Dans le cadre de leurs efforts visant à transformer leurs processus électoraux, le Lesotho et l’Afrique du Sud ont nommé des femmes à la tête de leurs commissions électorales. Pour corriger les déséquilibres des processus de décision, l’Érythrée, la Tanzanie, l’Ouganda et le Rwanda ont pris des mesures d’action positive, et l’Ouganda et le Rwanda ont même étendu au-delà du Parlement la portée de ces mesures pour les appliquer aux conseils provinciaux et locaux. En Afrique du Sud et au Swaziland, des femmes ont été élues à la présidence ou à la vice-présidence du Parlement. Les pays les plus performants de la région font aussi partie des dix pays les plus performants du monde pour ce qui est de la représentation des femmes au Parlement. Le Mozambique et l’Afrique du Sud ont tous deux atteint l’objectif des 30 %, et le Parlement des Seychelles compte 24 % de femmes. Près de la moitié des membres du Parlement rwandais élus en 2004 étaient des femmes. Cependant, sur le plan de la représentation au sein des gouvernements, les femmes continuent d’occuper pour l’essentiel des postes ministériels subalternes. C’est le cas de près des deux tiers des femmes ministres du gouvernement ougandais, de plus de la moitié de celles du gouvernement sud-africain et d’un peu moins d’un tiers de celles du gouvernement tanzanien.
27La représentation des femmes dans les organes judiciaires s’est améliorée grâce à l’augmentation du nombre des avocates, mais leur proportion reste faible. Au Kenya, les femmes représentaient 8,1% des juges des tribunaux de grande instance et 23 % des juges d’instance en 1992, tandis qu’en Zambie, les femmes représentaient 11 % des juges et 20 % des juges d’instance en 1993. En Ouganda, les femmes représentaient 17 % des juges et 23 % des juges d’instance en 1994. Dans la fonction publique, la proportion de femmes aux niveaux de décision les plus élevés était de 4,6 % au Kenya en 1992, de 5,4 % au Swaziland en 1989, de 4,6 % en Côte d’Ivoire en 1990, de 12 % en Zambie en 1991 et de 10 % au Sénégal en 1993. Aux Seychelles, en revanche, les femmes représentaient 40 % des secrétaires principaux, des directeurs généraux et des directeurs adjoints de la fonction publique en 1994, grâce aux stratégies d’action positive en faveur des femmes (Manuh, 1998).
Représentation des femmes au Parlement dans le gouvernement en Afrique orientale et australe 2002-2003
Représentation des femmes au Parlement dans le gouvernement en Afrique orientale et australe 2002-2003
28Malgré la présence de quelques femmes dans les organes judiciaires, parlementaires et ministériels des pouvoirs publics, leur faible nombre les empêche d’agir efficacement pour amorcer le changement en faveur des femmes. Là où les femmes sont convenablement représentées en politique et travaillent dans des environnements propices, tout semble indiquer qu’elles font une nette différence dans la gouvernance (Lowe-Morna, 2003).
Pratiques culturelles en relation avec la pauvreté chez les femmes en Afrique
29Les spécialistes font observer que les idéologies patriarcales ou favorables aux hommes [7] font souvent obstacle à une prise en compte adéquate des contributions féminines et limitent parfois la participation des femmes (Robertson, 1998). La subordination culturelle des femmes crée aussi un environnement très défavorable à la prévention de l’infection par le vih, surtout dans des situations où les principales stratégies de prévention de la maladie recommandées sont la continence, la fidélité mutuelle ou l’usage du préservatif masculin, aucun de ces moyens n’étant contrôlé par les femmes. De nouveaux produits tels que les microbicides peuvent renforcer les efforts de prévention des femmes en leur permettant de contrôler leur utilisation. L’utilisation des préservatifs féminins a cependant été jugée inappropriée et inadéquate dans le contexte et la culture de l’Afrique orientale, et elle a dans une large mesure échoué à assurer la protection des femmes. Le ministère de la Santé ougandais a acheté 1,2 million de préservatifs féminins mais constaté que les femmes ne connaissaient pas suffisamment leur anatomie pour les utiliser. Le coût des préservatifs féminins (10 fois plus élevé que celui du préservatif masculin) est parfois prohibitif.
Guerres et conflits civils en Afrique
30Les pays africains ont connu plus de trente guerres rien que depuis 1970, certaines très longues comme celles de l’Angola et du Mozambique. La plupart de ces conflits se déroulent à l’intérieur des frontières nationales (McNeely, 2000). Les conflits armés et autres formes de luttes politiques qui affectent environ un cinquième de la population de l’Afrique ont été des causes profondes majeures de la pauvreté et de la faim dans plusieurs pays d’Afrique australe. Dans les situations de conflit, les femmes sont d’ordinaire livrées à elles-mêmes pour faire vivre leur famille tout en étant exposées aux menaces pour leur santé et leur sécurité. Les guerres ont des effets dévastateurs sur les civils, en particulier les femmes et les enfants, qui constituent 80 % des réfugiés. On constate aussi un développement choquant de l’utilisation des violences sexuelles comme arme de guerre.
31On estime qu’il y a aujourd’hui 70 millions de mines terrestres disséminées dans près de 70 pays dans le monde (Lowe, 2002). L’Afrique est le continent le plus touché, avec plusieurs pays gravement concernés – Angola, Mozambique, Zimbabwe, Zambie, Namibie, Malawi, Afrique du Sud et Swaziland. Les mines tuent ou blessent une nouvelle victime toutes les 22 minutes – autrement dit 26 000 personnes par an, essentiellement des femmes et des enfants dans les pays les plus pauvres du monde (Lowe, 2002).
Urbanisation et dislocation des familles
32En 1975, la proportion de la population urbaine dans le total de la population n’atteignait que 7,7 % au Malawi, 12,8 % au Botswana, 19,6 % au Zimbabwe et 48 % en Afrique du Sud. En 2000, cette proportion était montée à 14,7 % au Malawi, 49 % au Botswana, 35,3 % au Zimbabwe et 56,9 % en Afrique du Sud (pnud, 2002). Les habitants les plus pauvres des zones urbaines vivent dans des implantations sauvages, des camps de squatters ou des taudis dotés d’infrastructures et de services inadéquats, où ils sont exposés aux risques industriels et à la pollution. La majorité de la population urbaine – par exemple 65 % à Dar-es-Salaam (Mosha, 1990), 67 % à Blantyre (Mwafongo, 1991) et 80 % à Luanda (Hill, 1992) – vit dans des agglomérations de squatters.
33En raison des tensions associées à la vie urbaine, le taux de divorce est plus élevé dans les zones urbaines qu’en milieu rural (Statistics South Africa, 2002a). Même si le divorce est demandé pour échapper à la cruauté du conjoint, il pose aux femmes des problèmes particuliers, qui peuvent conduire à leur paupérisation, étant donné que contrairement aux hommes, elles ont accès à de nombreuses ressources par le mariage.
L’importance du secteur informel pour les économies de l’Afrique orientale et australe
34En Afrique orientale et australe, le secteur informel donne une réponse de plus en plus pertinente aux besoins des économies nationales. Vu que le secteur formel se rétrécit en raison de son manque de compétitivité internationale et de l’insuffisance de la productivité au niveau national, beaucoup de gens en viennent à mener leurs transactions et leurs activités économiques dans le secteur informel. L’expression « secteur informel » a pour origine le Bureau international du travail (bit) et est employée pour désigner une foule de caractéristiques qui sont spécifiques au « secteur non moderne » urbain des économies en développement. Il s’applique donc aux activités à petite échelle génératrices de revenus qui sont menées hors du cadre réglementaire officiel et qui utilisent ordinairement peu de capitaux, de technologie et de compétences, offrant de faibles revenus et un emploi instable (bit, 1991). Cependant, en dehors du bit, cette expression sert de plus en plus à décrire un processus d’informalisation générale de l’économie moderne qui intervient aussi bien dans les pays en développement que dans les pays industrialisés et implique le développement des contrats de courte durée, de l’emploi à temps partiel et autres formes de travail précaire des individus travaillant pour des entreprises opérant dans l’économie formelle. C’est pourquoi le secteur se définit comme englobant des activités économiques telles que le commerce, la collecte, la fourniture de services et les activités industrielles et autres comportant divers niveaux de potentiel économique, des activités de subsistance aux petites entreprises. Il recouvre aussi différents types d’emploi comme le travail indépendant, le travail non rémunéré et le chômage déguisé, caractérisés par l’absence de sécurité ou de régularité de l’emploi, d’une meilleure rémunération, d’avantages non salariaux ou à long terme, de législation et de protection syndicale. Nombre d’activités informelles sont liées au secteur formel par des réseaux de fournisseurs ou de consommateurs.
35Les économistes de la Banque mondiale estiment que le petit commerce exercé par les femmes représente 30 à 50 % du pib dans certains pays africains (Brown, 1995). Le tableau 2 montre la part du secteur informel dans le pib total et dans le pib non agricole dans certains pays d’Afrique orientale et australe. Le secteur informel constitue entre 19 et 74 % de l’emploi non agricole en Afrique orientale et australe et entre 7 et 45 % du pib non agricole. C’est certainement en Tanzanie que le secteur informel est le plus dominant. Si on étend la définition de ce secteur aux activités des paysans, il est probable qu’il permet de survivre à plus de 90 % de la population de la Tanzanie. Selon d’autres estimations, la taille du secteur informel en Afrique du Sud représente entre 16 et 40 % du produit intérieur brut (Abedian et De Smidt, 1990 ; Thomas, 1989).
L’importance du secteur informel en Afrique orientale et australe
L’importance du secteur informel en Afrique orientale et australe
36Environ 4 millions d’emplois sont attribués au secteur informel en Afrique du Sud, alors que le secteur formel en compte quelque 7,7 millions (Thomas, 1989). Il est estimé qu’en Afrique du Sud environ 22 % de la population noire potentiellement active exerce des activités informelles (Raine, 1989), et on considère que ce secteur compte 500 000 à 700 000 entreprises (Vosloo, 1988). De récentes estimations montrent que l’emploi informel représente entre un cinquième et un peu plus d’un tiers de l’emploi total en Afrique du Sud et entre 8 et 16 % de la population active du pays. La part de l’économie informelle dans la population active est passée de 8 % en 1997 à 11 % en 2001 (Statistics South Africa, plusieurs années). Le nombre d’emplois créés dans le secteur informel du Zimbabwe est estimé atteindre en moyenne 25 000 à 35 000 par an (Manuh, 1998).
Les femmes et l’emploi dans le secteur informel
37Dans beaucoup de pays africains, un grand nombre de femmes indiquent que leur premier emploi ces dernières années a été dans le secteur informel. Il y a un certain nombre de raisons pour lesquelles l’emploi dans le secteur informel attire les femmes. Ce secteur offre la flexibilité dans la participation que recherchent beaucoup de femmes ; elles peuvent quitter temporairement leur emploi si elles le souhaitent et elles peuvent le combiner avec leurs charges ménagères (Roberts, 1991, p. 125).
38Il semble donc que le secteur informel non agricole emploie environ 25 % de la population active féminine en Afrique, principalement dans le petit commerce et les activités de transformation et de fabrication à domicile (Manuh, 1998). Les femmes africaines effectuent à peu près 90 % des travaux de transformation des matières premières alimentaires et de collecte de l’eau et du bois à brûler utilisés par les ménages, 80 % des travaux de stockage et de transport des produits alimentaires de l’exploitation au village, 90 % des travaux de sarclage et 60 % des tâches de récolte et de commercialisation (Quisumbing et al., 1995). Dans les zones urbaines de la Tanzanie, le secteur informel emploie environ 56 % de la population et à peu près 35 % des femmes (Msimbe, 1999).
Caractéristiques par sexe du secteur informel en Afrique orientale et australe (1991-1996)
Caractéristiques par sexe du secteur informel en Afrique orientale et australe (1991-1996)
Emploi indépendant et emploi salarié dans le secteur informel en Afrique orientale et australe
Emploi indépendant et emploi salarié dans le secteur informel en Afrique orientale et australe
Répartition de l’emploi informel des femmes par secteur (1991-1996)
Répartition de l’emploi informel des femmes par secteur (1991-1996)
39L’emploi indépendant est une composante majeure du secteur informel en Afrique subsaharienne, comprenant environ 90 % du total de l’emploi du secteur informel. L’estimation pour l’Afrique du Sud est un peu inférieure à l’estimation pour l’ensemble de l’Afrique subsaharienne. La majorité des femmes exerçant une activité indépendante font du petit commerce parce qu’elles estiment devoir assurer la subsistance de leurs enfants et d’autres membres de leur famille. Au Kenya, 85 % des commerçantes mariées indiquaient être chargées de satisfaire aux besoins alimentaires de la famille, le pourcentage étant de 78 % pour l’habillement, 35 % pour le loyer de l’habitation et 25 % pour les frais de scolarité. Des constatations similaires ont été faites dans le cas des femmes célibataires (Kuiper, 1991, p. 41-42). À Arusha et Moshi (Tanzanie), en 1987, 52 % des femmes pratiquant le commerce informel indiquaient utiliser leurs bénéfices pour payer les frais de scolarité (Omari, 1989, p. 68).
40L’emploi par le secteur informel des femmes dans l’industrie manufacturière et l’industrie du bâtiment est faible en Afrique orientale et australe. Les femmes participent principalement à la fourniture de services dans le secteur informel au Kenya et en Afrique du Sud, et au commerce du secteur informel en Zambie. En Érythrée, 63 % des femmes travaillent dans des secteurs exigeant peu de compétences et payant de bas salaires comme le commerce, l’hôtellerie et la restauration, sont employées comme domestiques ou exercent une activité indépendante dans les petites industries manufacturières (Arneberg, 1999). Dans les anciens bantoustans d’Afrique du Sud, 10 à 15 % des revenus provenaient d’activités informelles comme l’artisanat et la vente ambulante (Levin et al., 1997), surtout exercées par des femmes et des enfants (Sharp et Speigel, 1990).
Les femmes chefs de ménage en tant que soutiens de famille
41L’importance de la contribution des femmes aux revenus des ménages est variable en Afrique orientale et australe. En Afrique du Sud, 29,3 % des femmes chefs de ménage apportaient plus de la moitié des revenus du ménage, contre 44,3 % des hommes chefs de ménage (Rogerson, 1997, p. 175). Toutefois, parmi les femmes à la tête d’un ménage travaillant dans le secteur informel, la part du principal soutien de famille tend à être supérieure. Parmi les femmes exerçant un petit commerce, 65 % étaient le soutien de famille principal du ménage ou partageaient avec les hommes la responsabilité du bien-être de la famille.
La nature des activités entrepreneuriales des femmes en Afrique
42Les activités entrepreneuriales de beaucoup de femmes sur les marchés locaux sont liées au domaine domestique ou en constituent une extension ; elles vendent des aliments préparés, des produits agricoles, des objets d’artisanat, des vêtements, des cosmétiques et du petit mobilier (Robertson, 1997, 1998). Les petites commerçantes fournissent une grande partie des produits alimentaires dont ont besoin les habitants de grandes villes comme Harare, Kinshasa et Nairobi, de même qu’elles approvisionnent leur village et leur famille (Robertson, 1997 ; Spring et McDade, 1998).
Les femmes, le secteur informel et la pauvreté
43Il y a un lien – bien qu’il ne s’agisse pas d’une corrélation parfaite – entre travailler dans l’économie informelle et être pauvre. Ce lien a pour causes l’absence de législation du travail et de protection sociale couvrant les travailleurs de l’économie informelle, et le fait que les travailleurs de l’économie informelle gagnent en moyenne moins que les travailleurs de l’économie formelle (bit, 2005).
44Les données disponibles montrent qu’il y a plus d’hommes que de femmes dans les entreprises les plus lucratives, surtout dans le secteur formel où ils exercent des fonctions de propriétaires ou de directeurs de grandes entreprises et de petites industries, alors que beaucoup de femmes tendent à travailler dans les entreprises les plus petites, celles du secteur informel des micro-entreprises, du petit commerce des produits agricoles, etc. Les commerçantes exercent souvent sur une petite échelle. En conséquence, les revenus des femmes dans l’économie du secteur informel sont plus faibles que ceux des hommes. Les femmes font essentiellement le commerce des denrées périssables, avec une forte concurrence et des taux de déperdition élevés ; elles sont souvent à peine capables de générer des revenus suffisants pour renouveler leur stock et achètent souvent à crédit aux fournisseurs à des conditions très défavorables. C’est pourquoi leurs emplois sont précaires. En Zambie, en 1986, 62 % de tous les revenus féminins provenaient du secteur informel (Urdaneta-Ferran, 1998). En Afrique du Sud, environ 70 % des travailleurs de l’économie informelle sont des femmes (Jefferis, 1995). Elles travaillent essentiellement dans le secteur des services aux personnes. Quelque 75 % des femmes enquêtées au Zimbabwe gagnaient 20 dollars des États-Unis ou moins dans l’économie informelle (Matangadura, 2001). Malheureusement, la majorité des commerces des femmes ne se développent jamais (Daniels, 1992). Elles échouent complètement ou en restent au stade initial de la vente ambulante occasionnelle. Mead (1994) a constaté qu’au Botswana, au Kenya, au Malawi, au Swaziland et au Zimbabwe, la plupart des entreprises qui commençaient avec 1 à 4 employés ne se développaient jamais ; en outre, moins de 1% emploient dix travailleurs [8].
Les femmes pauvres, le secteur informel, le commerce transfrontalier et la réforme économique en Afrique orientale et australe
45Des politiques d’ajustement économique ont été mises en œuvre avec la conviction qu’elles amélioreraient à long terme le sort des pauvres, grâce à une croissance s’appuyant sur le recours intensif à la main-d’œuvre et offrant de nouvelles chances et des revenus accrus aux pauvres, spécialement en milieu rural. Pourtant, il semble bien que les politiques d’ajustement ont elles-mêmes contribué à l’aggravation de la pauvreté à long terme et à la détérioration de la distribution des revenus. La croissance n’a pas été aussi rapide ou aussi forte qu’on l’avait prédit, et lorsqu’elle a été réelle, elle n’a généralement pas favorisé les pauvres, mais elle a plutôt profité aux groupes aux revenus les plus élevés. Killick (1995) croit pouvoir conclure que l’ajustement est associé à une aggravation de la pauvreté au Malawi [9]. On peut résumer comme suit les conséquences des programmes d’ajustement économique : (1) des baisses des salaires, les femmes gagnant moins que les hommes ; (2) des hausses des prix des produits alimentaires, que les femmes sont chargées de fournir ; (3) une diminution de l’agriculture de subsistance, dans laquelle les femmes sont commerçantes et productrices, alors que les hommes contrôlent toutes les cultures commerciales ; (4) des réductions des dépenses sociales, qui font peser sur les femmes la responsabilité de la santé, du bien-être et de l’éducation de leurs enfants ; et (5) le chômage, les femmes étant les premières à perdre leur emploi.
Les femmes sont souvent perdantes dans les réformes économiques
46Au Mozambique, la mesure de libéralisation commerciale consistant à réduire les droits sur les importations de noix de cajou, passés de 20 % en 1987 à 14 % (Banque mondiale, 1989), a pratiquement annihilé la production locale de noix de cajou. Quelque 6 000 personnes travaillant dans la transformation des noix de cajou ont perdu leur emploi en 2000, portant le nombre des travailleurs de l’industrie de la noix de cajou au chômage à 8 500. Dans cette situation, les femmes ont été perdantes, d’abord en ne participant plus au commerce d’exportation et ensuite en étant les premières à perdre leur emploi quand les usines ont fermé. De plus, il ne leur était pas possible de trouver des terres pour y cultiver le manioc car les terres devaient servir à des cultures d’exportation comme la noix de cajou, précédemment considérées comme plus viables commercialement mais qui ont fini par être une source de perte de revenus pour les producteurs du fait de la détérioration des termes de l’échange. Lorsque les exploitants du Mozambique ont accru la production de noix de cajou pour l’exporter en Inde, les prix sont tombés de 700 à 415 dollars par tonne en raison de l’augmentation de la production en Inde (Kulu, 2002).
Les femmes sont plus nombreuses que les hommes à perdre leur emploi durant les réformes économiques
47La compression des effectifs de la fonction publique durant les réformes a entraîné une augmentation du chômage en Afrique orientale et australe. On estime que le nombre des personnes employées dans la fonction publique en Tanzanie a baissé de 22 % entre 1992 et 2000 dans le cadre de ce processus (Tundui, 2002). La plupart des personnes concernées étaient des fonctionnaires peu rémunérés. En Zambie, la baisse des effectifs et les liquidations ont entraîné en 1997 le licenciement de 200 000 personnes et une société du Lesotho qui devait se séparer de la moitié de ses employés a tout simplement licencié toutes les femmes qu’elle employait (Muyale-Manenji, 1997). La composition de la main-d’œuvre change vis-à-vis des catégories les plus vulnérables. Une fois licenciées, les femmes risquent d’avoir plus de mal que les hommes à retrouver un emploi ou à exercer une activité indépendante, en raison de leur manque relatif d’instruction et de compétences, des questions d’âge (il se peut que les employeurs préfèrent des femmes plus jeunes) et du manque d’accès indépendant aux sources de financement. Les femmes pauvres risquent plus de ne pas avoir d’autres soutiens de famille adultes dans le ménage et d’avoir davantage de personnes à charge, et elles peuvent être particulièrement vulnérables à la suppression des prestations sociales, à l’accroissement du coût des services et à la hausse des prix, ce qui aggrave leur pauvreté (Baden, 1997).
La réforme économique risque de ne pas tenir compte des préoccupations des femmes
48Il semble qu’en Afrique orientale, les discussions sur la politique commerciale se limitent à un petit cercle d’initiés, qui ne prend généralement pas en compte les intérêts des femmes entrepreneurs et des travailleuses, et des informations importantes concernant les nouvelles règles commerciales et leurs incidences probables ne parviennent pas jusqu’aux femmes parties prenantes (Evers, 2002). En Ouganda, les femmes représentent une proportion importante du secteur des micro-entreprises et des petites entreprises mais l’importance de cet emploi n’est pas prise en compte dans les discussions sur les politiques (Snyder, 2000).
49Il n’est donc pas étonnant que dans bien des cas la libéralisation du commerce ait conduit à une externalisation des coûts de production vers la sphère reproductive, c’est-à-dire les femmes. Les mesures de privatisation ont inclus essentiellement des politiques d’accompagnement destinées aux grandes industries et laissé de côté les petites unités de production dans lesquelles travaillent la plupart des femmes. Les programmes de promotion des exportations peuvent être discriminatoires pour les femmes. Les politiques de promotion des exportations, dont celles qui sont destinées à attirer les investissements étrangers directs, dépendent fondamentalement – hier comme aujourd’hui – de la présence d’un grand nombre de femmes qui acceptent des emplois mal payés, des conditions de santé et de sécurité médiocres, des droits réduits et des possibilités de carrière limitées.
Les programmes de réforme économique limitent la capacité des gouvernements d’aider les personnes vulnérables, en particulier les femmes
50Les femmes et les petits producteurs sont sujets à une insécurité permanente du fait des changements continuels des marchés internationaux. Cela est spécialement vrai si l’on pense que beaucoup de pays africains n’ont aucune forme de protection sociale compensatoire. Les femmes indiquent aussi être victimes de violence accrues en raison des hauts niveaux de frustration et de tension dans les ménages causés par la baisse des revenus et les pressions financières intenses pesant sur les hommes (McGow, 1995).
51Le développement des zones de traitement des exportations, qui figurent parmi les principaux fournisseurs d’emplois pour les femmes, a été contesté pour leurs effets néfastes sur les droits sociaux et reproductifs des femmes, leurs mauvaises conditions de travail et les nombreux cas de harcèlement sexuel et de violences sexuelles. Il y a des exemples de situations dans lesquelles des travailleuses, en particulier des femmes enceintes, ont perdu connaissance ou sont tombées gravement malades après de longues heures de travail pénible (irin News, 2004a).
52Les femmes représentent une proportion importante des petits producteurs qui font de la sous-traitance pour les entreprises horticoles ou floricoles (Evers, 2002). Les informations dont on dispose sur le Kenya montrent que les femmes qui travaillent dans ce secteur doivent faire face à des conditions de travail très dures et vivent dans des complexes d’habitation isolés, loin de leur village.
53De plus, le processus de libéralisation du commerce a été associé à la précarisation du travail, qui renforce la tendance à payer de bas salaires tant dans l’agriculture que dans l’industrie. Durant les réformes, les gouvernements nationaux ne sont pas en mesure de mettre en œuvre des politiques destinées à répondre aux besoins des opérateurs économiques locaux, y compris une action positive en faveur des individus faibles et vulnérables, et des femmes en particulier. Ils renforcent aussi le contrôle sur les ressources productives et la distribution des richesses, y compris les droits de propriété, ce qui limite la participation des femmes à l’activité productive et perpétue leur travail non rémunéré.
La réforme économique accroît la concurrence dans l’économie interne et marginalise les femmes
54Les ouvrages publiés sur ce sujet indiquent que la concurrence des produits importés force dans certains pays les opérateurs de l’économie informelle à abandonner les activités industrielles à forte productivité pour des activités de petit commerce et de services à faible productivité. Au Kenya, les femmes qui produisaient des sacs en sisal ont cessé de se livrer à cette activité sous la pression de la concurrence des imitations venant d’Asie du Sud-Est. De même, en Ouganda et en Tanzanie, le fumage et la vente de poissons par les femmes ont cessé à la suite de la création d’usines de traitement du poisson. Ces femmes pratiqueraient maintenant le petit commerce ou le travail à la pièce dans les usines (Carr et Chen, 2001). En Tanzanie également, depuis que les importations ont été autorisées en 1984, plus de 90 % des usines de textile du pays, qui employaient essentiellement des femmes, ont fermé. Un phénomène similaire s’est produit au Zimbabwe, où plus de 8 000 ouvriers du textile sont menacés de chômage du fait des importations bon marché de Taïwan.
55Les fabricants de chaussures d’Addis-Abeba se plaignent de la concurrence déloyale des chaussures de contrebande chinoises à bas prix qui inondent le marché local. Vingt membres de l’Association des fabricants de chaussures et d’articles en cuir d’Addis-Abeba ont en conséquence été contraints de fermer, d’où la perte de 15 000 emplois. Les membres en activité ont dû fonctionner à 50 % de leur capacité du fait de la baisse de la valeur marchande de leurs produits (The Sub-Saharan Informer, 2001). Une enquête réalisée au Zimbabwe a montré qu’en 1991, 71,6 % de toutes les micro-entreprises se livraient à une forme ou une autre d’activité manufacturière. En 1993, ce chiffre était tombé à 65 % et en 1998 il n’y avait plus que 42,4 % d’activités manufacturières. Cette diminution était imputable essentiellement à celle du nombre des entreprises, en particulier dans l’industrie textile, du fait de la concurrence des importations. Les activités commerciales et connexes étaient les seules qui se développaient rapidement, doublant leur part durant cette période (usaid, 1998).
Les bienfaits de la réforme risquent de ne pas atteindre les femmes
56Il se peut que les bienfaits de la réforme économique sur le plan de la réduction de la pauvreté n’atteignent pas les femmes. Par exemple, les avantages qui résultent pour les exploitants agricoles pauvres de l’accroissement du prix des cultures commerciales vont directement aux hommes, mais peuvent n’avoir qu’un effet positif limité, ou même avoir un impact négatif, sur les femmes, dont le travail est intensifié pour augmenter la production, mais qui ne sont pas toujours rétribuées pour cet effort supplémentaire, comme le démontrent les études de la commercialisation du sucre au Kenya (Kennedy et Bouer, cité dans Haddad et al., 1995). De plus, la diminution de leur contrôle direct sur les revenus affaiblit le pouvoir de négociation des femmes dans le ménage et leur influence sur les décisions économiques, comme on le constate avec l’intensification des cultures commerciales traditionnelles (le tabac, par exemple) en Ouganda (Elson et Evers, 1997).
57Là où les femmes tirent un bénéfice direct de la réforme et de la libéralisation, ces gains sont souvent obtenus au prix de pratiques discriminatoires sur les marchés du travail et de conditions de travail souvent très dures (Moghadam, 1997). De plus, ces bénéfices ne profitent pas aux femmes pauvres (celles qui ont le plus de chances de trouver un emploi sont des femmes plus jeunes, plus instruites) et ne sont pas toujours durables.
58Bien que la tendance récente à délocaliser les entreprises sud-africaines du secteur de l’habillement dans d’autres pays pour profiter d’une main-d’œuvre meilleur marché puisse conduire à développer l’emploi dans le pays bénéficiaire (via le processus de création d’activités commerciales), elle est préjudiciable aux femmes sud-africaines pauvres qui perdent leurs moyens d’existence (Williams, 2001).
En conséquence, les femmes réduisent leur consommation et acceptent un travail non rémunéré
59Durant les réformes économiques, qui impliquent la liberté des prix dans de nombreux pays, les produits alimentaires importés sont moins chers que les produits locaux, principalement produits et vendus par les femmes, ce qui a un effet négatif à la fois sur les revenus des femmes et sur la production alimentaire locale (McGow, 1995). Cela peut contraindre les femmes pauvres à réduire leur consommation alimentaire et à accroître leur travail non rémunéré – souvent sur les exploitations familiales et dans les entreprises familiales – afin de subvenir aux besoins de leur famille. La dévaluation de la monnaie locale a un effet négatif similaire, surtout sur les femmes qui travaillent dans le secteur des services. Chinery-Hesse (1989) a affirmé que les femmes supportent l’essentiel du fardeau de l’ajustement, dans leur quadruple « rôle » de productrices, de mères, de gestionnaires du foyer et d’organisatrices de leur communauté. Il y a donc un « effet de tenaille », combinant la pression exercée sur les femmes pour qu’elles génèrent des revenus commerciaux tout en accroissant leur fardeau reproductif, la diminution de la fourniture de services sociaux et l’affaiblissement des infrastructures communautaires, et l’accroissement des exigences du travail domestique, comme par exemple la nécessité de préparer des aliments moins coûteux [10].
Les réformes économiques poussent davantage de femmes vers le secteur informel
60La montée du chômage et de la pauvreté a submergé le secteur informel en Afrique orientale et australe. La conséquence est une concurrence accrue entre les acteurs ainsi qu’une baisse de la rentabilité des entreprises. À Harare, les femmes achètent des produits aux exploitations agricoles commerciales et les vendent aux grossistes du secteur informel (Horn, 1998). Les femmes kényannes approvisionnent aussi en produits alimentaires la ville de Nairobi. Les micro-entreprises féminines d’Afrique orientale et australe se limitent souvent au commerce des produits alimentaires, au traitement des aliments et aux biens ménagers, ainsi qu’à certaines catégories d’emplois comme les services domestiques, la fabrication de bière, la coiffure, les semis, le tricot et le crochet, la poterie et la fabrication d’objets d’artisanat. Les femmes qui ont perdu leur emploi dans le secteur formel tendent à entrer dans la partie du secteur informel offrant des profits importants (Osirim, 1998), où les besoins en capitaux, l’inexpérience et les réglementations gouvernementales obstructives sont autant d’obstacles pour elles.
En conséquence, le commerce des ressources biologiques se développe
61Étant donné l’ampleur de la pandémie de vih/sida en Afrique orientale et australe, le commerce informel des ressources biologiques qui offrent des remèdes potentiels à la maladie est en plein essor. Le coût élevé et la rareté de nombreux médicaments indispensables, dont les médicaments antirétroviraux, dans la sous-région, ont persuadé beaucoup de gens de recourir aux traitements traditionnels à base de plantes pour soigner les maladies associées à la séropositivité, dont les infections opportunistes. Au Zimbabwe, certains guérisseurs feraient le commerce des remèdes traditionnels de l’infidélité en tant que stratégie destinée à enrayer le sida. On trouve des situations similaires dans toute l’Afrique australe (Richter, 2003). Les remèdes traditionnels de la pauvreté, par la soumission des maris, sont aussi très répandus. Ces remèdes font qu’un mari dépensier soumis confie tous ses revenus à son épouse pour qu’elle les gère comme il convient (Goebel et Dzobo, 2001). Ils favorisent aussi la fidélité maritale, vu qu’un mari soumis, privé de ses revenus, risque moins de tromper sa femme. Cela peut diminuer le risque d’infection par le vih/sida dû aux liaisons extraconjugales.
62À Durban, 1 500 tonnes de plantes médicinales sont négociées chaque année, d’une valeur estimée à environ 21 millions de rands. Dans la province du Kwazulu Natal, quelque 4 300 tonnes de plantes médicinales sont négociées chaque année, d’une valeur estimée à quelque 61 millions de rands. La valeur de ce commerce équivaut à environ 35 % de la valeur de la récolte annuelle de maïs de la province. En Afrique du Sud, quelque 19 500 tonnes sont négociées par an sur le marché informel, d’une valeur de 270 millions de rands. Les utilisateurs secondaires associés à ce commerce (à savoir les guérisseurs traditionnels) tirent à leur tour quelque 2 milliards de rands de la revente de ces plantes. Le marché régional de la sadc consomme plus de 50 000 tonnes de plantes médicinales par an, et ses 450 000 guérisseurs tirent au moins 700 millions de dollars des États-Unis de ce commerce. Les recherches montrent que le commerce informel des plantes médicinales en Afrique du Sud est dominé par les producteurs des couches les plus défavorisées de la communauté (Le Breton, 2001). La Namibie produit 600 tonnes par an de griffe du diable séchée. Elle est payée aux producteurs ruraux 12 rands le kilo (le produit total est donc de 7,2 millions de rands) et quelque 15 000 personnes sont directement impliquées dans ce commerce, dont la majorité viennent des secteurs les plus pauvres de la société. Le commerce secondaire de la griffe du diable génère 7 à 10 millions de rands en Namibie. Madagascar exporte régulièrement plus de 50 espèces de plantes médicinales (Le Breton, 2001).
63En Ouganda et au Kenya, beaucoup de pauvres se sortent de la pauvreté rurale en exportant des insectes rares. Les insectes ougandais sont exportés aussi bien vivants que morts. La plupart des exportateurs n’en font pas l’élevage mais les capturent dans la nature, en particulier les beaux insectes de grande taille tels que les scarabées goliaths, qui se vendent jusqu’à 100 dollars des États-Unis. Le prix des insectes est variable, selon les acheteurs et l’usage qu’ils leur destinent. Une araignée ne se vend jamais plus cher que 3 dollars, un papillon peut se vendre jusqu’à 20 dollars et un lucane jusqu’à 30 dollars (irin News, 2004b). Dans le nord de la Zambie, quelque 6 000 personnes élèvent des abeilles pour produire le miel le plus pur qu’ils vendent ensuite sur le circuit informel, tandis que le commerce touristique du delta de l’Okavango apporte 300 dollars par membre de la communauté qui habite la région (Koch, 2002). En Afrique orientale et australe, les ménages les plus pauvres dépendent aussi très fortement des ressources environnementales ou biologiques pour générer des revenus. En Tanzanie, les ménages les plus pauvres tirent environ la moitié de leurs revenus de la vente de produits forestiers comme le charbon de bois, le miel, les fruits sauvages et le bois à brûler (got, 2000).
Le commerce informel des produits forestiers et autres produits similaires est aussi en augmentation
64Étant donné que la concurrence contraint les commerçants à chercher des marchés à l’extérieur, les femmes ont été parmi les premières à être attirées en grand nombre vers le commerce transfrontalier, extension naturelle de leurs activités locales. Les marchandes du circuit informel sillonnent les pays d’Afrique orientale et australe. L’étude de Minde et Namkumwa (1998, relatée dans Chari, 2004) sur le commerce transfrontalier clandestin entre le Malawi et les pays voisins a constaté que bien que les hommes karonga dominent le commerce d’exportation, c’étaient les femmes qui dominaient le commerce du bois à brûler (64 %) et qu’elles occupaient une grande place dans le commerce des légumes à la frontière entre le Malawi et le Mozambique. Les études des échanges commerciaux entre le Mozambique et l’Afrique du Sud ont constaté que plus de 70 % des marchands étaient des femmes (Peberdy et Rogerson, 2000, p. 31). Elles achètent et transportent tous les types d’articles, légumes, fruits, vêtements, petits appareils ménagers entre le Mozambique, l’Afrique du Sud et le Swaziland (Baptista-Lundin et Soderbaum, 2002). De même, une étude sur le commerce entre le Zimbabwe et l’Afrique du Sud a constaté que plus de 65 % des marchands étaient des femmes (Nethengwe, 1999, p. 88 [11]). Dodson (1999) indique que les marchandes du Zimbabwe vendent des articles de curiosité et des sculptures sur pierre en Afrique du Sud et retournent au Zimbabwe avec des appareils ménagers comme des planches à repasser, des réchauds électriques, du vin et des articles d’épicerie. Si la saison touristique est bonne, ces marchandes peuvent gagner jusqu’à 1 000 rands par semaine et rentrer au Zimbabwe avec 3 000 rands d’articles. Les marchandes les plus modestes transportent leurs produits à l’aide d’une courroie frontale, ce qui limite leurs possibilités de vente. Cependant, la plupart des marchandes sont dépendantes des moyens de transport locaux – les taxis omniprésents et les camions longue distance – qui sont souvent peu fiables, tombent en panne et pratiquent des tarifs élevés.
Contraintes pesant sur le commerce transfrontalier en Afrique orientale et australe
Les visas obligatoires sont un obstacle majeur au commerce transfrontalier
65Beaucoup de marchandes franchissent les frontières clandestinement pour vendre leurs produits (Quachey, 1999). Dans la région, il est rare qu’il existe une catégorie spéciale de permis pour les marchands transfrontaliers. Ces marchands remplissent rarement les conditions requises pour obtenir des permis de commercer dans les pays d’Afrique orientale et australe, et on leur délivre des visas de visiteur. La plupart doivent présenter des papiers (beaucoup dans le cas des Zimbabwéens qui sollicitent un visa pour l’Afrique du Sud), et les Mozambicains doivent acquitter des frais de visa relativement élevés pour entrer en Afrique du Sud. Des documents tels qu’un relevé bancaire et une lettre d’invitation émanant d’une personne ayant un numéro d’identité sud-africain valide sont requis pour obtenir un visa de visiteur avant d’entreprendre un voyage en Afrique du Sud, par exemple, et la situation dans les autres pays de la région est similaire. L’utilisation de visas simple entrée rend plus problématique le commerce transfrontalier des marchandes. Le coût d’un visa de visiteur est prohibitif : 50 dollars pour un visa simple entrée dans les pays d’Afrique orientale et 167 dollars (1 000 rands) pour un visa simple entrée en Afrique du Sud.
Droits et taxes
66Les droits acquittés à la frontière pèsent lourdement sur la marge bénéficiaire des marchands. Ils s’accompagnent du versement de frais à l’administration des Douanes, qui doit administrer la collecte de sommes relativement faibles sur la base d’un système tarifaire complexe.
Licences
67Les marchands transfrontaliers ont aussi du mal à vendre leurs produits à l’étranger du fait des licences qu’ils sont censés obtenir pour ce faire.
Des politiques de réduction de la pauvreté dans une perspective sexospécifique
68Nombre de gouvernements de la région, en particulier ceux du groupe des pays de la sadc, à l’exclusion du Swaziland, ont signé la Convention des Nations unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. Ils se sont donc engagés à garantir systématiquement l’égalité de droits des femmes tant en principe qu’en pratique. L’Afrique du Sud, le Lesotho, le Mozambique, le Swaziland, la Tanzanie et le Zimbabwe considèrent l’élimination de l’inégalité d’accès et de participation des femmes aux structures et aux politiques économiques comme une priorité nationale. D’autre part, l’Afrique du Sud, l’Angola, le Botswana, le Lesotho, le Malawi, le Mozambique et la Zambie ont aussi fait de la réduction de la pauvreté une de leurs priorités nationales. Cela montre que l’élargissement de l’accès des femmes aux opportunités économiques et la réduction de la vulnérabilité des femmes à la pauvreté sont des préoccupations cruciales dans toute la région.
69Le présent article formule donc les recommandations suivantes, organisées par thème.
Questions de politique économique
70La croissance globale des revenus est un élément fondamental de la réduction de la pauvreté (Dollar et Kraay, 2000). Cependant, la croissance risque de ne pas être suffisante en soi : la « qualité » de la croissance a aussi une incidence sur la valeur de réduction de la pauvreté d’un volume donné de croissance globale des revenus. Étant donné l’importance de la dotation en main-d’œuvre des pauvres, nombre d’auteurs affirment que c’est l’intensité de main-d’œuvre de la croissance qui en fait un instrument efficace de réduction de la pauvreté. D’autres études montrent que les revenus des femmes sont plus étroitement associés aux améliorations du bien-être des enfants (Quisumbing et al., 1998).
71Avec le développement de l’urbanisation en Afrique, l’accent traditionnellement mis par les politiques de réduction de la pauvreté sur les pauvres des zones rurales doit être déplacé pour inclure le nombre croissant de pauvres en milieu urbain, en particulier des femmes. Il faudrait, ce faisant, prendre en compte les tensions que l’urbanisation fait subir à l’unité des familles.
72Les planificateurs du développement doivent tenir compte des multiples rôles que jouent les femmes dans l’économie et dans le ménage, ainsi que des contraintes de temps auxquelles elles se heurtent. Il importe de réduire ou d’éliminer les obstacles qui empêchent les femmes de profiter des opportunités économiques. Il s’agit entre autres de réduire le temps que prennent les tâches imposées aux femmes, par exemple en apportant des améliorations aux infrastructures sociales comme l’approvisionnement en eau, les moyens de prise en charge des enfants, etc.
73Afin d’améliorer les bénéfices directs du travail des femmes, il est essentiel de garantir leurs droits de propriété en réformant la législation.
74Il importe de permettre aux marchandes d’accéder au crédit. Il faut éliminer les préjugés tenant au sexe qui existent dans les marchés financiers formels. Le crédit et les conditions dont il est assorti doivent tenir compte des besoins spécifiques des femmes et des situations dans lesquelles travaillent les femmes pauvres. Il faut soutenir les établissements financiers autres que les banques qui promeuvent l’accès des femmes aux financements grâce à la mobilisation de l’épargne des femmes et à l’extension du crédit. Il faut aussi favoriser les liens entre les établissements financiers formels et les établissements financiers non formels qui ont fait leurs preuves afin de permettre aux premiers d’acquérir une expérience des transactions concernant les petits prêts à un coût minimal.
75Les stratégies de soutien des petites et moyennes entreprises (pme) doivent prendre explicitement en compte les contraintes et les possibilités particulières des femmes dans ce secteur.
vih/sida et questions de politique de la santé
76Les stratégies qui portent sur les questions de pratiques sexuelles dans la région doivent être intégrées dans des initiatives globales de prévention et d’élimination du vih/sida. Il faut mettre fin aux pratiques culturelles qui favorisent la propagation du sida et encourager la continence sexuelle chez les jeunes. Il faut criminaliser le viol conjugal et l’infection volontaire et infliger des peines plus lourdes aux coupables de viol en général.
77Il est important que les stratégies de développement à long terme des pouvoirs publics portent sur les problèmes fondamentaux qui font que les femmes adultes sont vulnérables à la maladie et à la mort. La fourniture de services sociaux doit aussi faire partie de toute stratégie à long terme de réduction de la pauvreté. Les stratégies doivent viser à autonomiser les femmes par un accès plus facile à la santé, une sensibilisation plus intense au vih/sida, des programmes de prévention et un meilleur accès à l’éducation.
Questions de politique du commerce informel
78Il faudrait passer en revue les systèmes existants d’incitation à la création d’entreprises, la législation et les politiques en la matière pour créer un environnement propice à la croissance et au développement du secteur informel. Cela est nécessaire pour faciliter l’accès du secteur informel aux ressources et aux informations sur les marchés et lui fournir le soutien dont il a besoin. Un soutien législatif et financier devrait être mis en place et il faudrait instituer un cadre officiel favorable à l’entrepreneuriat accompagné d’une action positive en faveur du secteur informel.
79Les rôles et les intérêts des femmes entrepreneurs, des femmes analystes des politiques et des représentantes des organisations de femmes devraient être pris en compte dans la formulation des politiques du commerce international et transfrontalier. Il est indispensable d’améliorer la transparence externe des négociations sur les politiques commerciales et de leurs implications pour les différentes parties prenantes. Les femmes et leurs organisations devraient être associées au processus de négociation.
80Le commerce informel transfrontalier devrait être pris en compte dans les conceptions des schémas du commerce régional et dans les politiques visant à développer une économie régionale et à réduire la pauvreté par la promotion des liens commerciaux et économiques régionaux.
81La catégorie des visas de visiteur devrait être amendée pour faciliter la délivrance de permis aux marchands transfrontaliers, leur permettre de commercer et leur octroyer plus facilement des visas entrées multiples.
82Les gouvernements de la région devraient promouvoir la création de centres d’information à l’intention des personnes faisant du commerce transfrontalier pour leur permettre d’accéder à des informations sur les disponibilités, sur les systèmes de prix, les marchés, l’accès aux financements, etc.
Représentation politique et gouvernance
83Il faut que les gouvernements de la région s’engagent à être plus sensibles à l’inégalité entre les sexes et à prendre des mesures concrètes pour promouvoir la participation des femmes à la gouvernance.
Éducation
84Il faut préserver les succès obtenus dans certains pays en matière de réduction de la disparité entre les sexes dans l’éducation. Dans les autres pays, il faut que les engagements des pouvoirs publics de faire disparaître ces disparités s’accompagnent d’actes concrets. Investir dans l’éducation des femmes offre à celles-ci de plus grandes chances de trouver un emploi et de générer des revenus, et augmente le coût d’opportunité de leur temps d’activité économique par rapport à l’éducation de leurs enfants.
Remarques finales
85Le présent article a examiné les aspects sexospécifiques de la pauvreté et du commerce dans la sous-région de l’Afrique orientale et australe. La pauvreté a un visage féminin en ce sens que la très grande majorité des pauvres de cette région sont des femmes qui sont sans emploi ou génèrent de faibles revenus, habitant des zones rurales ou participant à l’économie informelle. Les activités productives des femmes sont en outre victimes de la concurrence d’importation à bas prix à la suite de la mise en œuvre de réformes macro-économiques dans la sous-région. Il arrive que les bienfaits de ces réformes ne parviennent pas jusqu’aux femmes en raison des contraintes sexospécifiques qui entravent leur participation aux marchés. L’article illustre aussi comment la participation des femmes au commerce des ressources biologiques/environnementales aide à réduire la pauvreté et à combattre le vih/sida dans la sous-région.
86Si l’on veut que les femmes d’Afrique orientale et australe jouent un rôle plus visible dans le développement et qu’il y ait une amélioration générale de leurs conditions de vie, il faut formaliser les économies clandestines et informelles de la sous-région dans lesquelles opèrent la plupart des femmes pauvres. Cela permettrait aux femmes de posséder des actifs susceptibles de servir de garanties, ce qui les rendrait éligibles à l’obtention de prêts et d’autres formes d’aide financière. Ensuite, un plaidoyer plus solide pourrait être présenté en faveur d’une aide ciblée sur ces activités précédemment occultes. Les femmes sont généralement les protagonistes principales de ces activités et elles sont les plus susceptibles de bénéficier de ces mesures. Les gouvernements de la région devraient encourager l’élaboration d’une compilation fiable d’informations relatives aux pratiques commerciales et au pouvoir financier réel des femmes d’Afrique orientale et australe.
87Traduit de l’anglais
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