Des filles-mères aux familles monoparentales
Nadine Lefaucheur commente La mère célibataire et son enfant, 1968 ; Familles monoparentales, 1979 et Après la séparation, 1988
Pages 58 à 65
Citer cet article
- LEFAUCHEUR, Nadine,
- Lefaucheur, Nadine.
- Lefaucheur, N.
https://doi.org/10.3917/inso.200.0058
Citer cet article
- Lefaucheur, N.
- Lefaucheur, Nadine.
- LEFAUCHEUR, Nadine,
https://doi.org/10.3917/inso.200.0058
- La mère célibataire et son enfant
(Informations sociales, 1968, n° 1-2) ;
- Familles monoparentales
(IS, 1979, n° 6-7) ;
- Après la séparation
(IS, 1988, n° 4).
1« Avant-hier fille-mère, hier mère célibataire, aujourd’hui famille monoparentale » : ainsi était légendée, en 1979, une photo illustrant un article du dossier consacré aux « Familles monoparentales » par Informations sociales. La terminologie utilisée et les interrogations relatives aux catégories à adopter ou à prendre en compte pour caractériser les changements connus par la « famille occidentale » depuis les années 1950 fournissent une bonne grille de lecture de ces évolutions – ou révolutions.
2« Fille-mère ou mère célibataire ? Ce titre ne pose-t-il pas et ne résume-t-il pas tout à la fois le problème ? », avait déjà interrogé pour sa part le Dr Michel Soulé dans le numéro double qui ouvrait l’année 1968. Ce numéro publie les actes d’un séminaire international qui avait réuni en 1966 des participants de 34 pays, au Centre international de l’enfance près de Paris. Si le terme « filles-mères », déjà jugé stigmatisant depuis plusieurs années, n’est pas repris par les auteurs, tous s’interrogent sur le contenu de la catégorie « mères célibataires » ou « unmarried mothers » : s’agit-il des mères qui n’ont jamais été mariées, de celles d’entre elles qui vivent sans conjoint ou de toutes les femmes qui ont donné naissance à des enfants illégitimes ? Faut-il prendre en compte les conceptions prénuptiales ? Les femmes vivant en concubinage ? Les divorcées ou les veuves qui ont donné naissance à des enfants qui n’ont pas été conçus avec leur mari ? La réponse, plutôt confuse, varie alors selon les pays, leur droit civil, leur législation en matière d’avortement et de contraception ainsi que selon l’état d’avancement de leurs recherches statistiques et sociologiques.
3Une décennie plus tard, le critère de la légitimité des naissances et des unions n’apparaît plus pertinent et le pluriel a remplacé le singulier. « La mère célibataire » est maintenant intégrée dans une catégorie plus large, celle des « familles monoparentales », qui exclut clairement les mères qui vivent en couple et inclut tous les parents, les mères comme les pères, qui vivent sans conjoint avec leurs enfants, quel que soit le statut matrimonial ou la filiation des uns et des autres. La revue se propose ainsi d’intégrer « l’évolution actuelle des mentalités et des comportements à l’égard du modèle matrimonial et des rôles parentaux sur les enfants de familles incomplètes ». Bien que qualifiés d’« incomplets », les ménages de parents seuls méritent d’être regardés comme des « familles » et de constituer un « modèle » familial – des termes qu’il n’était pas pensable d’associer à la « fille-mère » ni même à « la mère célibataire » des années 1960.
4Encore une décennie et, en 1988, la séparation conjugale apparaîtra comme « un fait de société », résultant paradoxalement du succès du modèle du mariage d’amour. Vingt ans plus tôt, on s’interrogeait longuement sur les raisons psycho-sociales et les motivations profondes qui conduisaient des jeunes filles ou des femmes « inadaptées » à se retrouver enceintes à la suite de « relations sexuelles hasardeuses ». Mais les législations (sur la filiation, le divorce, l’avortement, etc.) ont grandement évolué, les familles « recomposées » ont intégré le lexique familial, les sociologues et les démographes ont largement remplacé les psychologues et psychanalystes et, en 1988, la revue préfère « s’interroger sur les effets de la séparation conjugale plutôt que sur ses origines ».
5***
La mère célibataire et son enfant,
IS, 1968, n° 1-2. Extraits
« Conclusions générales », Dr Michel Soulé, IS, 1968, n° 1-2, p. 203-206
Le séminaire a abordé durant trois journées les diverses implications d’un sujet qui apparut très complexe. Les recherches pour définir la notion même de mère célibataire et celle de son enfant né hors mariage ont mis en évidence des situations multiples et variables selon le contexte légal et les habitudes sociales. (…)
Les recherches épidémiologiques montrent toutes les relations du taux de l’illégitimité avec certains événements ou facteurs ethniques, sociaux, sociologiques, culturels et religieux. Ceux-ci, ajoutés à l’attitude des différents pays face au problème de la contraception ou de l’interruption de la grossesse, créent des tableaux très contrastés. (p. 203)
« Influence des facteurs ethniques, sociaux, sociologiques, psychologiques, religieux. Influence de la légalité de l’avortement et du contrôle des naissances », IS, 1968, n° 1-2, p. 14-63
« Pays scandinaves », Dr Ragnar Berfenstam, p. 15-23. Extraits
Manquant d’un terme plus adéquat, nous utiliserons, dans cet article, le terme « mère célibataire ». Par ce terme, nous entendons une femme qui a donné naissance à un enfant en dehors du mariage. Notre définition se réfère donc au statut légal de la mère tel qu’il est enregistré au moment de la naissance de son enfant. De toute façon, nous devons toujours garder à l’esprit le fait que le groupe des mères célibataires comprend beaucoup de catégories différentes : celle de la jeune fille non mariée vivant seule avec son enfant ; celle des femmes qui ont vécu longtemps avec un homme, mais qui, pour de multiples raisons, n’ont pas subi la formalité du mariage ; celle de la femme divorcée ayant peut-être eu des enfants dans son mariage mais qui a un enfant d’un autre homme après son divorce, etc. (p. 17)
(…)
En plus des naissances illégitimes et avant mariage, il est également important de ne pas omettre les enfants qui sont nés pendant les sept premiers mois du mariage, c’est-à-dire les conceptions avant mariage.
Il serait bien sûr très intéressant de savoir si le nombre de naissances illégitimes a été modifié par la possibilité d’avortement légal et l’information sur le contrôle des naissances. (p. 23)
« Royaume-Uni », Raymond Illsley, sociologue, p. 24-37. Extraits
L’illégitimité est une notion complexe. Dans nos recherches empiriques sur l’incidence, la distribution statistique et l’évolution de l’illégitimité, nous employons une définition légale qui définit le statut de l’enfant et non la procréation illégitime elle-même. (…) D’un autre côté, la définition légale est en elle-même une simple tentative pour codifier les normes sociales concernant la relation sexuelle et la procréation dans et hors mariage. En arrière-plan, encore une fois, on trouve l’intention de sauvegarder la stabilité du mariage et de la famille. (p. 24)
Les discussions sur les problèmes concernant les naissances illégitimes sont habituellement centrées sur la mère célibataire et son enfant. (…) Mais on n’a pas assez tenu compte des naissances illégitimes chez les mères mariées [ou] chez des femmes séparées de leur mari, mais vivant une relation de type marital stable avec un autre partenaire ; la plupart du temps, de telles unions existent dans notre société parce que l’un ou l’autre des partenaires ne peut obtenir le divorce. (p. 25)
« Problèmes psycho-sociaux. Royaume-Uni », Geoffrey A. Sharp, sociologue, IS, 1968, n° 1-2, p. 95-104. Extraits
Cet article est axé sur la mère célibataire qui ne se marie pas et son enfant – tout en reconnaissant que certaines de ces mères vivent et continueront à vivre de manière stable en cohabitation avec le père de l’enfant, cette union ne pouvant pas être légalisée par le mariage, soit à cause de la situation du père, soit à cause de l’opinion de l’un ou de l’autre des parents.
La mère célibataire vivant seule constitue un sous-groupe particulier parmi les innombrables jeunes filles qui ont des relations sexuelles avant mariage (entre 14 et 47 % de la population). Elle n’a pas eu la chance de la majeure partie de ce groupe qui, après être devenues enceintes, légitiment l’enfant à naître en se mariant avec le père ou avec un autre homme. Elle n’a pas eu non plus la possibilité de se faire avorter, légalement ou non.
En donnant naissance à un enfant en dehors du mariage, elle transgresse deux normes sociales essentielles de la société occidentale : les relations sexuelles hors mariage sont une faute et la faute est doublée quand ces relations mènent à une grossesse. (p. 95)
(…)
La classification antérieure des mères célibataires, considérées comme constitutionnellement mauvaises et peu méritantes, s’est quelque peu modifiée récemment par l’accent mis sur l’instabilité psychologique de ces personnes. Le bien-fondé de ces opinions demeure hypothétique. (p. 97)
(…)
En ce qui concerne l’avenir en général de la mère illégitime et de son enfant à naître, notre information est encore moins rigoureuse que pour les autres aspects du problème de l’illégitimité. (p. 100)
(…)
Si cet article s’est aventuré dans le domaine de la spéculation, ce n’est pas par hasard ou fantaisie, mais à cause de l’absence d’études et d’informations sur bien des points essentiels des problèmes psycho-sociaux de la mère célibataire et de son enfant. (p. 102)
« Problèmes psycho-sociaux. France – Les problèmes de la mère », Dr Solange Marzo-Weyl et Dr Michel Soulé, IS, 1968, n° 1-2, p. 69-78. Extraits
Cela nous ramène d’ailleurs à la définition de la mère célibataire. Être mère célibataire n’est pas un état immuable. Nous savons aussi qu’il existe des femmes plusieurs fois mariées mais qui ont, entre leurs unions légitimes, plusieurs grossesses illégitimes. Par contre, certaines unions libres pourraient conférer aux mères l’étiquette de mère célibataire. Il s’agit donc plus de définir un comportement sexuel et un comportement à l’égard du risque de maternité que de définir la mère célibataire. (p. 77)
(…)
Des implications caractérielles ou névrotiques interviennent presque toujours, consciemment ou inconsciemment, pour conduire une femme, non débile mentale, à la maternité hors mariage, événement non fortuit et prévisible, qui engage gravement la vie de la femme, sa personnalité, celle de son enfant et aussi celle de son partenaire.
Nous n’oublions pas la responsabilité de celui-ci, mais il serait faux pour la compréhension de la femme et de l’avenir de sa relation maternelle de minimiser les fondements de son propre comportement sexuel. (p. 72)
« Fille-mère ou mère célibataire ? », Dr Michel Soulé, IS, 1968, n° 1-2, p. 8-13. Extraits
Il ne faut pas confondre :
- la véritable mère célibataire, souvent indépendante sur les plans financier et moral, et qui, à la suite d’une aventure vite mal acceptée, conserve son enfant et se passe fort bien de l’homme. (p. 10) (…)
- la faible femme qui, dans un moment d’abandon ou d’étourderie, ou par méconnaissance, ou par suite des circonstances, se trouve mère sans conserver le soutien sur lequel elle comptait. (…)
- enfin, la pauvre femme dont les possibilités mentales, affectives et professionnelles sont réduites. (…) Tout ce qu’on pourra faire pour elle se heurtera à une absence de structure personnelle, un manque de volonté et des possibilités médiocres. (p. 12)
12***
Familles monoparentales,
IS, 1979, n° 6-7
« Qui sont-elles ? », Nadine Lefaucheur, sociologue, IS, 1979, n° 6-7, p. 4-19. Extraits
Bien que les familles à un seul parent représentent près de 10 % de l’ensemble des familles ayant des enfants à charge de moins de 25 ans, la recherche sociologique concernant ce type de famille est très peu développée en France, contrairement à ce qui se passe dans les pays anglo-saxons. On trouve certes quelques études catégorielles portant sur des mères célibataires, des divorcées ou des veuves, mais veuvage, divorce et illégitimité ont été jusqu’ici principalement envisagés sous un angle juridique, moral ou psychologique, et fort peu comme des événements ou des phénomènes donnant naissance, pour une période plus ou moins longue, à une famille d’un type particulier. (p. 4).
L’affaiblissement des tabous moraux concernant le divorce et l’illégitimité et de la stigmatisation sociale s’exerçant à l’égard des divorcés, des mères célibataires et de leurs enfants est réel. Il permet aujourd’hui une prise de conscience plus nette de la large similitude des conditions de vie et des problèmes auxquels sont confrontées les différentes catégories de parents seuls et qui font des familles monoparentales une catégorie sociale particulière relevant d’une politique d’assistance.
L’extension de l’allocation d’orphelin aux enfants naturels, la création de l’allocation de « parent isolé », l’utilisation de l’expression « femmes seules en difficulté à l’occasion d’une maternité » de préférences à l’expression « mères célibataires » (substituant une indication « thérapeutique » de politique sociale à une indication juridique de statut matrimonial, laquelle s’était elle-même substituée à la connotation morale de l’expression « filles-mères ») sont significatives. Elles témoignent de l’effacement progressif et récent – sous l’influence de « l’évolution des mœurs » mais aussi de préoccupations de politique sociale et familiale – des cloisonnements établis entre les différentes catégories de parents seuls en raison de leur statut matrimonial et d’une hiérarchie de la dignité où les veuves précédaient les divorcées et celles-ci les mères célibataires.
Les considérations d’ordre juridique et moral cèdent le pas au constat d’une situation de fait où l’absence de conjoint entraîne de graves difficultés financières et éducatives et des problèmes d’intégration sociale. (p. 5)
« Au regard de la loi », Gilberte Deboisvieux, avocate, IS, 1979, n° 6-7, p. 20-27. Extraits
Il n’y a pas longtemps encore, on parlait surtout de veuves chefs de famille ou de mères célibataires. (…) La famille monoparentale, formulation récente, remplace, par un terme pudique et asexué, une réalité gênante en ce sens qu’elle démontre la possibilité d’existence de familles hors norme, et surtout hors intervention légale masculine.
(…)
Dire « famille monoparentale » permet d’effacer le mot femme – et donc sa qualité de sujet actif – comme dire « mère célibataire » à la place de « fille-mère » nie la fille au profit de la mère. (p. 20)
« Femmes seules chefs de famille, une situation précaire », Anne-Marie Estève, économiste, et Colette Verlhac, sociologue, IS, 1979, n° 6-7, p. 28-42. Extraits
Bien que, pour notre part, nous considérions que la famille monoparentale puisse être le fait d’hommes seuls chargés d’enfants au même titre que les femmes chargées d’enfants, force nous est de constater que, dans la réalité sociale, la famille monoparentale se définit par la femme seule chargée d’enfants. La tendance à leur accorder, depuis ces trois dernières années, des droits sociaux identiques (à savoir le droit à l’allocation orphelin depuis 1976 et à l’allocation de parent isolé depuis 1977 pour toutes les femmes seules chargées d’enfants) contribue à les faire reconnaître comme un groupe social homogène : leur statut est reconnu comme tel socialement par les compensations apportées par la loi, par le biais des allocations spécifiques destinées aux femmes seules chargées de famille, alors que les hommes dans la même situation ne bénéficient pas des mêmes allocations.
Cependant, si ce statut est reconnu socialement, il n’était pas, jusqu’à une époque encore récente, pris en compte en tant que tel par les statistiques – et n’est toujours pas étudié, à notre connaissance, comme groupe social particulier dans les travaux économiques et sociologiques. Les informations les concernant sont disponibles dans les recensements, mais elles ne sont pas exploitées. (p.28)
(…)
Ces chiffres sont un signe de la fragilité croissante de la famille conjugale. (…)
En outre, il apparaît que la famille conjugale n’est plus le seul modèle de référence. Un certain nombre de femmes célibataires semblent choisir d’avoir un enfant en dehors de la famille conjugale. (p. 29)
« Les enfants du divorce », Jacques Commaille, sociologue, IS, 1979, n° 6-7, p. 90-96, Extraits
L’objet n’est pas ici, bien sûr, de se livrer à une analyse sémiologique des discours sur la famille, des termes ou des définitions qu’on lui applique, mais nous prêterons à l’usage du terme « famille monoparentale » deux significations déterminantes pour notre propos :
• La première, c’est celle d’aspiration à la neutralité. « Famille monoparentale » est une expression à connotation « scientifique », de sciences sociales, dont l’usage vise à rompre avec des expressions de sens commun – comme « mère célibataire » – fortement chargées de sens, de valeurs.
• La seconde, c’est celle de suggérer un changement, une évolution : parler de « famille monoparentale », c’est consacrer implicitement les mutations de l’institution familiale, c’est reconnaître à la suite la famille monoparentale comme une sorte de structure alternative.
Ce sont ces deux significations qui guideront notre réflexion : celle d’évolution pose effectivement le problème des effets des changements du modèle matrimonial, des rôles conjugaux et parentaux sur les enfants de familles dissociées. Celle d’aspiration à la neutralité renvoie à la légitimité d’une approche sociologique dans un domaine fortement idéologisé, où les spécialistes, qu’ils traitent de la dimension psychologique du problème ou de sa dimension sociale, ont souvent emprunté à un discours qui ressortit d’abord de la philosophie sociale. (p. 90)
17***
Après la séparation,
IS, 1988, n° 4
« La séparation, un fait de société », François de Singly, sociologue, IS, 1988, n° 4, p. 4-5. Extraits
Entre 1900 et 1950, amour et mariage ont coïncidé. Aujourd’hui, les couples acceptent de moins en moins l’usure affective et envisagent plus facilement la séparation. Paradoxalement, c’est donc le « triomphe de l’amour » au détriment de l’institution du mariage. Le coût de la rupture de la vie conjugale varie ; il est d’autant plus lourd que le renoncement à une vie personnelle aura été grand… (p. 4)
(…)
Les statistiques sur le divorce, le concubinage, les enquêtes sur les histoires matrimoniales indiquent qu’en Occident, à l’époque contemporaine, naît un nouveau comportement : celui de la séparation de son conjoint. Dans le système de valeurs, repérable dans les opinions ou dans les pratiques, la stabilité conjugale n’occupe pas une place centrale. (…)
L’union est pensée comme fragile en soi. Contrairement à certaines thèses qui estiment que ce caractère est une « maladie » de la famille et de l’amour, la fragilité des relations conjugales dérive, me semble-t-il, directement de la définition de l’amour (au sens occidental du terme). Comme le remarque D. de Rougemont (pour le déplorer) : « Si l’amour romanesque triomphe d’une quantité d’obstacles, il en est un contre lequel il se brisera presque toujours : c’est la durée ».
La coïncidence historique entre amour et mariage a pu faire illusion pendant un demi-siècle – de 1900 à 1950 – mais de nouveau la lutte a repris, montrant la contradiction intrinsèque du mariage amoureux. (p. 5)
« Être seul après la séparation », Henri Leridon et Catherine Villeneuve-Gokalp, démographes, IS, 1988, n° 4, p. 12-19. Extraits
Il est plus facile de se séparer aujourd’hui qu’il y a vingt ans : la procédure juridique est simplifiée, la réprobation sociale s’est affaiblie, la situation d’« enfants de divorcés » est mieux acceptée parce qu’elle s’est banalisée. Cependant les conséquences affectives et économiques d’une rupture restent inchangées et les problèmes qui surgissent sont proportionnels à la densité des liens qui unissaient les conjoints. (p. 19)
« De nouveaux territoires familiaux », Monique Buisson et Jean-Claude Mermet, sociologues, IS, 1988, n° 4, p. 33-41. Extraits
La séparation est une séquence de vie, un moment et non un état stable. Elle s’inscrit dans un processus de constitution, déconstitution, reconstitution… Mots barbares pour signifier que la vie continue et que tout ne s’arrête pas avec la rupture. Voici, en outre, quelques résultats d’enquêtes qui montrent comment s’organisent et se maintiennent les relations avec le réseau familial antérieur… Des nouvelles formes de « familialité » surgissent où le conjugal et le parental sont vécus séparément.
L’accroissement rapide des divorces et de la part des divorcés dans l’ensemble des familles monoparentales, la baisse importante des remariages à la suite d’un divorce révèlent la profondeur des changements intervenus en matière de nuptialité et de divortialité. (…)
Plus qu’une rupture, le divorce deviendrait alors une transition dans l’histoire familiale et l’après-divorce une réorganisation de la famille initiale. (…) Dans cette famille recomposée (…) se pose alors la question des réorganisations familiales de l’après-divorce, tant il est vrai que la sanction judiciaire, si elle met légalement fin à la conjugalité et prétend organiser l’exercice de la parentalité, ne dit rien des modalités ultérieures de relations entre « ex-conjoints » et « toujours parents ». (p. 33)
« Le droit de garder ses parents », Pierre Lenoël, juriste, IS, 1988, n° 4, p. 64-70. Extraits
La famille regroupée autour du père a peu à peu éclaté pour laisser apparaître ses différentes composantes. Ces vingt dernières années c’est le modèle même de celle-ci – père, mère mariés et enfants légitimes – qui a cessé d’être la référence obligatoire. Si, dans les mentalités, la famille est toujours aussi présente – peut-être plus – elle ne revêt plus à l’échelle d’une vie humaine un principe d’unicité. Il y a des familles légitimes mais aussi naturelles, adoptives, adultérines, monoparentales…, qui peuvent ainsi se superposer et s’entrecroiser. (p. 65)