Contrepoint – Non-recours : les logiques des usagers
- Par Caroline Helfter
Page 71
Citer cet article
- HELFTER, Caroline,
- Helfter, Caroline.
- Helfter, C.
https://doi.org/10.3917/inso.178.0071
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https://doi.org/10.3917/inso.178.0071
Notes
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Dans une contribution au dossier sur le non-recours aux droits publié par la Revue de droit sanitaire et social, éd. Dalloz, n° 4, juillet-août 2012.
1Depuis une vingtaine d’années, on entend beaucoup parler de fraude aux prestations sociales. A contrario, le non-recours d’usagers aux droits auxquels ils peuvent prétendre a nettement moins suscité le débat. Différentes approches sont mobilisables pour appréhender cette réalité problématique. Il s’agit d’approches essentiellement statistiques, qui ne font pas la part assez belle au vécu des intéressés, estime Elisabeth Maurel, spécialiste des politiques sociales [*]. Certes, les données chiffrées sont nécessaires pour estimer l’écart entre les personnes éligibles à un droit et les bénéficiaires effectifs de celui-ci afin de prendre la mesure du phénomène et la rapporter aux finalités assignées à la prestation en question. Ainsi, « savoir que le taux de non-recours au RSA est en moyenne de 50 % (...), ou que le non-recours aux soins des actifs précaires est plus du double de celui des autres actifs » est tout à fait indispensable. Mais les analyses chiffrées débouchent essentiellement sur des préconisations en matière d’amélioration de l’accès aux droits (information, simplification, etc.), sans interroger la pertinence de ceux-ci. Or, le non-recours peut être lu « comme une expression critique de l’offre, et en creux, une autre formulation de la demande sociale », explique la spécialiste.
2Qu’est-ce qui s’oppose à la réception d’un droit ? À partir d’études réalisées auprès d’usagers, Elisabeth Maurel dégage deux principaux points d’achoppement. Le premier est relatif aux « dimensions cachées de la normativité », ces modèles implicites de comportement dominés par l’injonction d’être actif et responsable. Selon les conditions économiques, psychiques et sociales dans lesquelles vivent les ménages, ces normes d’activation peuvent leur être difficilement accessibles. Un autre obstacle essentiel est le sentiment d’invalidation de ses propres capacités et la dégradation de l’image de soi liés à la demande. On observe une profonde intériorisation de la stigmatisation, constate l’experte, soulignant qu’il peut y avoir non-recours quand les coûts symboliques en termes d’estime de soi, de reconnaissance sociale, de perte d’autonomie, sont jugés trop élevés par rapport aux bénéfices matériels attendus.
3Si le ciblage des prestations contribue à la disqualification ressentie par les usagers et à du non-recours volontaire, il convient de réfléchir à la restauration de droits qui se déclencheraient de façon plus automatique, en étant assortis d’une offre d’accompagnement, mais déconnectée de la prestation elle-même, avance la chercheuse. « La pauvreté n’est-elle pas combattue plus efficacement par des politiques universelles, généralistes, malgré les limites qu’on leur connaît (…), que par des politiques ciblées qui segmentent, catégorisent, stigmatisent, disqualifient les bénéficiaires ou les éloignent des dispositifs ? »