Article de revue

Les relations entre demi-frères et demi-sœurs à l'adolescence

Entre proximité et distanciation

Pages 94 à 105

Citer cet article


  • Widmer, É.-D.
(2008). Les relations entre demi-frères et demi-sœurs à l'adolescence Entre proximité et distanciation. Informations sociales, 149(5), 94-105. https://doi.org/10.3917/inso.149.0094.

  • Widmer, Éric D..
« Les relations entre demi-frères et demi-sœurs à l'adolescence : Entre proximité et distanciation ». Informations sociales, 2008/5 n° 149, 2008. p.94-105. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-informations-sociales-2008-5-page-94?lang=fr.

  • WIDMER, Éric D.,
2008. Les relations entre demi-frères et demi-sœurs à l'adolescence Entre proximité et distanciation. Informations sociales, 2008/5 n° 149, p.94-105. DOI : 10.3917/inso.149.0094. URL : https://shs.cairn.info/revue-informations-sociales-2008-5-page-94?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/inso.149.0094


Note

  • [1]
    Traduction libre de half-siblings, qui permettra d’éviter le long “demi-frères et demi-sœurs”.

1Entente ou rivalité, coalitions, confidences, conflits et violence : les relations entre frères et sœurs sont-elles très différentes de celles qu’entretiennent des enfants n’ayant qu’un seul parent en commun ? L’essentiel ne dépend pas des liens du sang, mais d’un quotidien partagé, ou non, par les fratries considérées. Tel est le principal enseignement d’une recherche conduite auprès de lycéens de 15 à 19 ans.

2Le lien de “germanité” a essentiellement été étudié, jusqu’ici, dans le cadre des familles intactes. Avec l’augmentation du nombre de divorces et de remises en couple, les relations fraternelles ou de “germanité” se sont considérablement diversifiées ces dernières décennies : dans le monde anglo-saxon, on distingue les half-siblings (demi-frères et sœurs), qui ont un lien de sang, des step-siblings, qui deviennent germains par alliance, suite à la mise en couple de leurs parents respectifs. La langue française n’a pas un vocabulaire admis pour parler de ces réalités. Dans le cadre de cet article qui ne concerne que les half-siblings, on propose alors d’utiliser le néologisme de “demi-germains” [1] qui, à défaut d’élégance, se réfère clairement à ces situations où deux individus n’ont en commun qu’un seul de leurs deux parents biologiques. La “demi-germanité” a été, jusqu’à présent, assez largement délaissée par la recherche, spécialement d’obédience francophone. Ce fait s’explique par l’accent porté sur les problèmes d’ajustement des nouveaux conjoints que pose le remariage (Beer, 1988). Nous proposons dans cette contribution une exploration des relations entre demi-frères et demi-sœurs à l’adolescence.

3Quelles dimensions retenir pour saisir les relations existant entre les demi-germains ? Nous partirons, pour construire notre propos, de la définition qu’a donnée Ernest Watson Burgess, un des piliers de la première École de Chicago, à la notion de famille. Cette dernière est pour lui une « unité de personnalités en interaction ». Il affirme : « à aucun moment l’unité de la famille ne fonde son existence sur une conception légale ou sur un contrat formel, mais toujours sur l’interaction de ses membres. C’est pourquoi la famille ne dépend pas pour sa survie des relations harmonieuses entre ses membres ; elle ne se désintégrera pas forcément en conséquence des conflits existant entre eux. La famille vit autant que l’interaction existe ; elle disparaît quand l’interaction cesse » (Burgess, 1926).

4Cet extrait contient deux thèses importantes. D’abord, l’idée que la famille est une « unité de personnalités en interaction » : il s’agit alors pour le sociologue d’observer de quelle manière se construisent et se structurent les interactions familiales, dont la relation de germanité ou de demi-germanité, et ce d’un point de vue microsociologique, c’est-à-dire ayant moins trait aux relations formalisées par la loi qu’aux interactions quotidiennes des individus. Autre point important de l’extrait, le conflit ne doit pas être confondu avec la désintégration : celui-ci ne signifie pas l’absence du lien de germanité mais en constitue au contraire une modalité. On peut affirmer que l’interdépendance existant entre les individus prend deux formes principales : l’alliance et l’antagonisme. Georges Simmel a beaucoup insisté sur ce point. « D’une façon générale, disait-il, il faut faire entrer dans la sociologie toutes les formes des rapports des hommes entre eux, non pas seulement les associations et les unions au sens étroit, c’est-à-dire au sens d’une coopération ou d’une unification harmonieuse dans un seul cercle ; la lutte et la concurrence aussi fondent ou plutôt sont des rapports, des actions réciproques, et montrent, malgré la différence des cas, une similitude de formes et d’évolutions » (Simmel, 1991, p. 168).

5Les relations de demi-germanité, comme les autres relations familiales, sont prises entre les logiques d’opposition et de coopération. On doit connaître ce qui sépare les demi-germains, ce qui les divise, ce qui produit des tensions entre eux, et ce qui les lie, ce qui les rapproche, car ces tendances sont intimement liées (Widmer, 1999). De plus, dans toutes les relations sociales, la question se pose de savoir si, en termes de hiérarchie, de rôles, d’identités socioculturelles, les individus en interaction sont semblables ou différents. Aucun des familiers n’est exactement identique à un autre dans la famille, par les rôles qu’il joue et les statuts qu’il possède. Les travaux de Judy Dunn et Robert Plomin (1992), psychologues développementalistes, confirment la présence de fortes différences entre les membres d’une même fratrie. Ainsi se pose la question de savoir ce qui, de la ressemblance ou de la différence, en matière de rôles, d’identités et de pouvoir, est privilégié entre les demi-germains, entre les individus vivant dans un état plus ou moins élevé de différenciation intra-familiale. L’axe de la différenciation est essentiel pour comprendre le fonctionnement de tout groupe social. La fratrie, a priori, n’échappe pas à la règle. Ce sont donc sur les axes de l’opposition, de la coopération et de la différenciation que nous approcherons les relations entre demi-frères et demi-sœurs.

Présentation de l’étude

6L’échantillon de notre étude est constitué de quelque 800 lycéens, âgés de 15 à 19 ans, de la région genevoise, interviewés par l’intermédiaire d’un questionnaire auto-administré. Si l’individu avait plusieurs frères et sœurs, on lui demandait, dans la moitié des cas, de parler du plus âgé des germains et, dans l’autre moitié, du plus jeune. Sur les 795 individus que compte l’échantillon initial, 83 ont au moins un demi-frère ou une demi-sœur, soit une proportion d’environ 10 %. En raison du mode de sélection des individus, seuls 49 d’entre eux ont été interrogés à propos d’un demi-germain. Ce nombre est peu élevé pour des analyses quantitatives. Nous nous limiterons donc à comparer les relations existant avec les demi-germains à celles qui apparaissent entre les germains.

7La première grande différence concerne l’écart d’âge. Alors que seuls 34 % des individus sont séparés de leurs germains par plus de quatre ans, cette proportion passe à 95 % dans le cas des demi-germains. En moyenne, il y a dix ans de différence entre le demi-germain et l’individu. L’autre grande divergence concerne le domicile : si 85 % des individus résident au même domicile que leurs germains, cette proportion tombe à 41 % dans le cas des demi-germains. Alors que 83 % des germains se voient tous les jours et 97 % au moins une fois par mois, ces proportions sont de 33 % et 67 % dans le cas des demi-germains. Cela signifie qu’une part non négligeable des individus ayant un demi-germain le voient de manière très épisodique : 33 % des demi-germains ne se voient que quelques fois dans l’année ou moins souvent. Les demi-frères et demi-sœurs sont donc séparés par un nombre beaucoup plus grand d’années, résident beaucoup moins souvent dans le même domicile, et se voient de manière beaucoup plus irrégulière que les frères et sœurs. Germains et demi-germains doivent donc faire face à des structures de vie très différentes.

8Comment faire, dès lors, pour comparer les demi-germains avec les germains ? Une première possibilité serait de chercher à contrôler l’effet de toutes les variables parasites. On comparera alors les relations des demi-germains et des germains qui ont la même différence d’âge et qui sont dans la même situation du point de vue résidentiel (qu’ils cohabitent ou non), ou encore qui se voient les uns les autres à la même fréquence. Mais est-il souhaitable d’établir ce contrôle? On fait face au problème du grand nombre de différences existant entre les situations de vie des germains et des demi-germains, différences qui, d’une certaine manière, sont fondatrices de leurs liens. Les demi-germains ont ceci de spécifique qu’ils proviennent d’une famille ayant connu un divorce et qu’ils vivent dans une famille recomposée. Or, il n’est pas possible de contrôler ces variables-là, puisqu’elles sont indissociables du fait d’avoir un demi-germain.

9Cela signifie qu’il est impossible de mesurer les différences entre relations de germanité et de demi-germanité nettes de toute autre influence existant entre ces deux relations. En d’autres termes, vouloir dégager ces relations de leur contexte sociodémographique est une absurdité. On peut néanmoins chercher à prendre en compte la question du domicile commun ou séparé qui, dans toutes les recherches portant sur les relations familiales ou conjugales, joue toujours un rôle déterminant. Deux groupes distincts doivent de ce point de vue être dégagés : les demi-germains qui partagent le même domicile et ceux qui vivent dans des domiciles séparés. Nous avons montré ailleurs (Widmer, 1999) qu’il s’agissait là d’un facteur explicatif essentiel des relations fraternelles. Selon Lawrence Ganong et Marylin Coleman (1994), les demi-germains qui vivent ensemble se considèrent comme des germains à part entière, alors que l’absence de résidence commune crée un fort sentiment de différence. Si nous ne distinguions pas ces deux sous-groupes, les pourcentages ne signifieraient rien, puisqu’ils constitueraient une moyenne artificielle entre des situations de vie qui n’ont potentiellement que peu à voir l’une avec l’autre.

La coopération entre demi-germains

10Cherchons d’abord à mieux connaître les caractéristiques des processus de coopération. Les demi-germains non cohabitants, aussi bien que ceux qui cohabitent, s’engagent beaucoup moins souvent que les germains dans des coalitions visant à modifier les attitudes parentales. En effet, si 46 % des individus prennent la défense du germain, ils ne sont que 30 % à le faire à propos d’un demi-germain cohabitant, et 27 % à propos d’un demi-germain non cohabitant. Les différences sont encore plus flagrantes si l’on considère les alliances que passent les germains dans les relations aux parents. Si 43 % des individus forment des alliances avec le germain pour obtenir quelque chose des parents, ils ne sont que 17 % à le faire avec un demi-germain cohabitant, et seulement 5 % dans le cas des demi-germains non cohabitants. Des résultats similaires sont obtenus quant aux alliances de maintien du secret par rapport aux parents.

11Cette distance relationnelle entre demi-germains se retrouve en ce qui concerne la fréquence des confidences, qui est beaucoup plus faible avec le demi-germain, qu’il cohabite ou non, qu’avec le germain. Ce n’est pas le cas des aides, en argent, en prêts d’affaires ou en termes de soutien scolaire, qui sont aussi fréquentes entre les demi-germains cohabitants qu’entre les germains à part entière. L’aide scolaire est même nettement plus fréquente. L’aide au demi-germain non cohabitant est, en revanche, pratiquement inexistante. On peut faire le même constat concernant la sociabilité. La sociabilité des demi-germains cohabitants est moins active que la sociabilité entre germains. Quant aux demi-germains non cohabitants, leur sociabilité est extrêmement faible, dans tous les domaines ; elle est plus hésitante encore que celle des germains non cohabitants. Par exemple, alors que seuls 28 % des demi-germains non cohabitants se voient au moins une fois par semaine, cette proportion est de 64 % dans le cas des germains non cohabitants.

12Les processus de coopération sont donc significativement moins forts entre demi-germains qu’entre germains. Même quand ils cohabitent, les demi-germains entrent moins dans des coalitions contre les parents, communiquent moins l’un avec l’autre, et développent une sociabilité moins active que les germains. Quand ils ne résident pas au même domicile, leur sociabilité est presque inexistante. Cette situation tient, pour l’essentiel, au fait que les différences d’âge entre germains et demi-germains cohabitants sont très importantes ; elles inscrivent les individus dans des classes d’âge distinctes fonctionnant comme des mondes relativement hermétiques, décourageant les interactions.

Les conflits et la violence dans les rapports

13Passons aux processus d’opposition, c’est-à-dire aux conflits et à la violence existant entre les demi-germains. Ceux d’entre eux qui cohabitent sont plus fréquemment en conflit que les germains : 35 % des demi-germains sont en conflit plusieurs fois par semaine, contre seulement 21 % des germains. Quant aux demi-germains non cohabitants, ils ne connaissent que très rarement le conflit : 96 % ne voient apparaître une dispute que quelques fois dans l’année, voire jamais. Cette proportion de fratries pacifiques est même supérieure à celle que l’on trouve dans le cas des germains non cohabitants (82 % d’absence de conflit). De même, l’utilisation de la violence est presque inexistante entre les demi-germains non cohabitants : 97 % d’entre eux n’en connaissent pas l’usage. Au contraire, les demi-germains cohabitants sont tout autant violents que les germains.

14La cohabitation exerce donc un effet significatif sur le conflit et sur la violence. Les demi-germains cohabitants développent des processus d’opposition identiques à ceux que connaissent les germains. Les conflits et la violence y semblent un peu plus fréquents, mais il est difficile de savoir s’il s’agit d’un simple effet lié à la différence d’âge, plus élevée entre demi-germains qu’entre germains, ou si l’on a affaire à quelque chose de plus. Les demi-germains non cohabitants développent, au contraire, une relation pacifiée, s’assimilant à celle que connaissent les germains non cohabitants : nulle violence et nul conflit n’existent entre eux.

Rapports de pouvoir et rôles tenus au sein de la famille

15Qu’en est-il des processus par lesquels les demi-germains se hiérarchisent et se différencient les uns par rapport aux autres ? De fait, la relation entre les demi-germains cohabitants est beaucoup plus inégalitaire que celle entre les germains. Ainsi, dans 95 % des dyades incluant un demi-germain cohabitant, le pouvoir est distribué de manière inégalitaire, contre “seulement” 60 % dans les dyades comprenant des germains. La non-cohabitation, en revanche, implique une relation beaucoup plus égalitaire entre les demi-germains, puisque l’inégalité de pouvoir ne concerne, à nouveau, que 60 % des dyades. C’est qu’il y a moins d’enjeux directs de pouvoir entre eux, puisque leur sociabilité est extrêmement faible. Or, comme nous l’avons montré (Widmer, 1999), il y a un rapport étroit, dans les relations de germanité, entre la fréquence des activités et la centralité de la question du pouvoir. Cette question de pouvoir se pose en effet avec moins d’acuité dans les relations fraternelles où la fréquence des interactions et donc l’intensité des dépendances effectives sont faibles. Elle est d’autant plus centrale que les enjeux de la relation sont quotidiens, ancrés dans un tissu d’interactions multiples dans leur contenu.

16On s’est également intéressé à la distribution des rôles dans la fratrie. Pour dégager des rôles qui soient significatifs, nous sommes partis de l’hypothèse que la famille doit gérer certains problèmes fonctionnels incontournables (Widmer, 1999). La désignation des objectifs collectifs est l’un de ces problèmes. Dans la famille également, le partage de projets est vital. On peut donc penser qu’il existe un rôle d’orientation (question g) dans la vie familiale : une ou plusieurs personnes vont proposer les objectifs à atteindre.

17Dans tout groupe social, il faut un certain niveau (qualitatif et quantitatif) d’interactions. La famille se caractérise par des interactions régulières, très intenses émotionnellement. C’est dans la famille que l’entraide et le soutien sont les plus attendus. Le lien entre les familiers doit être entretenu de diverses façons. Le rôle de maintien de la cohésion interne peut être approché de multiples manières. Nous en avons retenu trois : le rôle de l’altruiste (celui ou celle qui se sacrifie pour les autres, question d) ; le rôle de l’animateur (celui ou celle qui s’occupe de créer une bonne ambiance, question h) ; le rôle de réconciliateur (celui ou celle qui répare les liens familiaux, question c).

18Tout groupe social doit avoir un lien avec l’extérieur. Ce lien varie en fonction du groupe. Les succès ou les échecs scolaires, les nouvelles connaissances ou les nouvelles questions nourrissent la vie familiale et la renouvellent. Il existe d’autres sources d’influence : les médias, les loisirs, les diverses associations dont font partie les enfants et, bien entendu, les amis et les camarades. L’enfant est donc, comme le parent, un lien entre la famille et l’extérieur, un acteur potentiel d’innovation, c’est-à-dire un facteur de transmission entre la famille et son environnement. La question b mesure ce rôle d’innovation.

19Tout groupe se réfère à des lois, même minimales, concernant son fonctionnement. Le groupe familial n’échappe pas à la règle. Certains comportements sont interdits, d’autres considérés défavorablement, d’autres encore, obligatoires. La division du travail familial nécessite certains principes. Il faut donc un censeur à la famille. Ce rôle, qu’on avait traditionnellement dévolu au père, est également du ressort de la mère. On s’est peu intéressé à la question de savoir si les enfants prenaient ou non part à la définition des normes familiales. Or, il y a fort à parier, surtout dans les familles comprenant des adolescents, que les enfants ne sont pas que des objets sur lesquels la morale parentale s’exerce, mais qu’ils participent d’une certaine manière à créer les règles familiales. Nous avons voulu mesurer ce rôle de censeur que jouent certains individus dans leur famille.

20Deux rôles ont été ajoutés, qui ne s’inscrivent pas directement dans cette problématique. Il s’agit de celui de parent complémentaire (question a) et de perturbateur (question e). Comme le montre le tableau 1, on est surpris de constater la faible prise de rôle du demi-germain quand il est co-résident. Les rôles de parent, d’innovateur, de censeur et d’orienteur (Widmer, 1999) sont absents.

21Les demi-germains non cohabitants, en revanche, jouent un nombre plus important de rôles. Ils dépassent même les germains sur le rôle de parent, ce qui tient en partie aux différences d’âge plus élevées existant entre les demi-frères et les demi-sœurs. Les rôles d’altruiste, d’orienteur et d’animateur sont relativement bien implantés. Il faut toutefois souligner que si l’on compare de nouveau les demi-germains non cohabitants et les germains non cohabitants, les premiers se font dépasser par les seconds.

Tableau 1

Rôles joués par les germains

Description de l'image par IA : Tableau avec pourcentages de rôles joués par des germains et des demi-germains, cohabitants et non-cohabitants.
Rôles Proportion de germains Proportion de demi-germains Proportion de demi-germains jouant le rôle de cohabitants non cohabitants jouant le rôle de jouant le rôle de a) Parent 16 0 31 b) Innovateur 28 0 10 c) Réconciliateur 25 20 7 d) Altruiste 29 10 27 e) Perturbateur 36 30 10 f) Censeur 24 0 17 g) Orienteur 37 0 24 h) Animateur 48 40 31

Rôles joués par les germains

Synthèse des résultats

22Quelles sont les caractéristiques de la relation de demi-germanité à l’adolescence ? Le tableau 2 présente les principales tendances dégagées par notre étude.

Tableau 2

Typologie empirique des relations fraternelles à l’adolescence

Description de l'image par IA : Tableau comparatif des relations fraternelles à l'adolescence.
Dimensions Germains Demi-germains Demi-germains cohabitants non cohabitants Conflits Fréquents Fréquents Très rares Violence Présente Présente Inexistante Coalitions Fréquentes Rares Rares Communication Fréquente Peu fréquente Inexistante Échanges et aides Existent Existent Inexistants Sociabilité Faible Enfantine Inexistante Pouvoir Inégalitaire Très inégalitaire Égalitaire, inexistant Rôles Nombreux Peu nombreux Peu nombreux

Typologie empirique des relations fraternelles à l’adolescence

23Les relations avec les demi-germains cohabitants se caractérisent de la manière suivante : la violence et les conflits sont fréquents ; la proximité sentimentale est différenciatrice ; la communication est relativement faible ; les aides et les échanges sont à la moyenne ; la sociabilité est limitée, alors que la différenciation est forte. La relation de demi-germanité en cohabitation ne se distingue pas vraiment de la germanité, si l’on tient compte de la différence des âges. La demi-germanité non cohabitante, en revanche, est surprenante par l’éloignement qu’elle implique : le lien est de nature presque exclusivement sentimentale, les dimensions factuelles de la relation étant réduites à peu de choses. Le lien de demi-germanité est donc tout différent selon qu’il y a cohabitation ou non. Dans le premier cas, il s’assimile à la germanité ; dans le second, il est de nature beaucoup plus sentimentale que sociale : “Loin des yeux, proche du cœur”. En d’autres termes, la relation de demi-germanité semble essentiellement se construire autour de deux structures incontournables : les différences de résidence et de classe d’âge. Le fait de ne partager qu’un seul des deux parents semble être plus secondaire dans la structuration du lien. Si les demi-germains ont une relation moins directe et moins active, c’est parce que les choix matrimoniaux de leurs parents les ont placés dans une situation structurelle particulière, qui s’assimile à celle que connaissent des germains se trouvant dans des conditions proches (résidences séparées ou grandes différences d’âge).

24Ceci dit, l’exploration de la demi-germanité se satisfait mal d’un questionnaire standardisé, plus efficace à mesurer les situations moins complexes de la famille nucléaire. Alors que la très grande majorité des individus ayant un germain n’ont eu aucun mal à remplir le questionnaire à partir duquel les quelques résultats esquissés plus haut ont été obtenus, plusieurs individus ayant des demi-germains ont avoué certaines difficultés, oralement durant la passation, ou par écrit à la fin du questionnaire. Les problèmes étaient de plusieurs ordres. Il s’agissait d’abord de savoir comment on définissait le demi-germain. Certains vivaient avec les enfants du nouveau conjoint d’un de leurs parents. Comment fallait-il les considérer ? D’autres n’avaient jamais vu leur demi-germain et ne le considéraient pas comme un membre de leur famille. À tel point que deux d’entre eux levèrent la main pour demander le questionnaire destiné aux enfants uniques. Un nombre non négligeable d’individus, surtout parmi ceux qui ne cohabitaient pas avec leurs demi-germains, ont exprimé, à l’occasion de la passation du questionnaire, leur frustration de ne pas connaître mieux leur demi-frère ou leur demi-sœur, de ne pas avoir plus de contacts avec eux. Les « je ne sais vraiment pas » et les données manquantes furent beaucoup plus nombreux parmi cette sous-population. Comme le notait une lycéenne en marge d’un questionnaire : « S’il y a beaucoup de questions auxquelles je ne peux pas répondre, c’est faute de bien connaître mon demi-frère… Quand je mets un “?”, c’est que je n’ai aucune idée de ce qu’il en retourne pour lui. »

25***

26L’analyse des familles recomposées doit trouver de nouveaux outils, de nouvelles manières de débusquer la causalité. Finalement, considérer, à la manière de Burgess (1926), la famille comme un petit groupe ne rend pas justice à la complexité des familles post-divorce, qui sont sans doute bien davantage des réseaux (Widmer, 2006). Ceci oblige les chercheurs à repenser les dimensions conceptuelles et les mesures statistiques : l’analyse en réseau est une voie qui, selon nous, peut amener une meilleure connaissance des familles de ce type. Le jeu en vaut vraiment la chandelle, puisque ces réalités familiales complexes concernent, chaque année, un nombre grandissant de personnes.

Bibliographie

  • Beer W. R., 1988, Strangers in the House. The World of Step-siblings and Half-siblings, New Brunswick, Transaction Publishers.
  • Burgess E. W., 1926, « The Family as a Unity of Interacting Personalities », The Family, vol. VII, mars, pp. 3-9.
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  • Widmer E. D., 1999, Les relations fraternelles des adolescents, Paris, PUF ; 2006, « Who Are My Family Members ? Bridging and Binding Social Capital in Family Configurations », Journal of Personal and Social Relationships, vol. 23, n° 6, pp. 979-998.

Date de mise en ligne : 01/11/2008

https://doi.org/10.3917/inso.149.0094