... en contrepoint - Drôles de pères
- Par Caroline Helfter
Pages 71 à 72
Citer cet article
- HELFTER, Caroline,
- Helfter, Caroline.
- Helfter, C.
https://doi.org/10.3917/inso.149.0071
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- Helfter, C.
- Helfter, Caroline.
- HELFTER, Caroline,
https://doi.org/10.3917/inso.149.0071
1À rebours de la pléiade d’experts qui, depuis plusieurs décennies, annoncent régulièrement la fin des pères, la psychologue et sociologue Catherine Sellenet le proclame de façon formelle : la gent paternelle se porte bien [*]. La chercheuse en veut notamment pour preuve les témoignages de 300 jeunes de 11 à 25 ans auprès desquels elle a enquêté en 2004. Ces enfants d’hommes actifs [1], qui sont âgés de 45 ans en moyenne, dressent de leur père un portrait plutôt flatteur. Ce n’est plus le père autoritaire d’hier, qui imposait sa loi par sa seule présence... charismatique. Le père, aujourd’hui, est bel et bien physiquement là et il introduit dans la vie une note de fantaisie.
2Selon les deux tiers des enfants interrogés, leur père ne consacre pas trop de temps à son activité professionnelle. Son temps, ce n’est d’ailleurs ni au travail ni avec ses copains qu’il préfère passer, mais en famille, estiment 81 % des jeunes.
3Au quotidien, cependant, ces pères présents ne s’impliquent pas toujours très directement dans l’éducation de leurs enfants. À travers les yeux de ces derniers, on ne les voit, en particulier, pas se précipiter massivement pour aider, le soir, la jeune troupe à faire ses devoirs : seuls 4 % d’entre eux le font « toujours » et 14 % « souvent ». Pas très studieux, donc, peut-être, mais – ceci expliquant cela ? – ces pères ont l’air désopilants. La drôlerie est même la première qualité que leur attribuent les enfants, les suivantes étant, par ordre décroissant, d’être présent, à l’écoute, joueur, affectueux et protecteur. « L’humour du père est, semble-t-il, particulier, un peu lourd parfois », reconnaît C. Sellenet, illustrant son propos de quelques mots d’enfants. Au vu de ce bref florilège, les pères, apparemment, peuvent aussi s’avérer cocasses sans en être toujours conscients. Ainsi cet ingénieur, père d’une adolescente de 15 ans qui le trouve « marrant même quand il s’énerve », ou bien ce père gardien de prison, dont la fille de 18 ans apprécie le « côté tête en l’air qui [l’]amuse… Une fois, il a oublié ma mère sur un parking, ou son collègue au travail, il zappe et crée des situations comiques », explique-t-elle.
4Ce père avec qui on « rigole plus qu’avec [sa] mère » n’a pas, pour autant, tout du rigolo. C’est un homme fiable : 81 % des enfants pensent pouvoir s’appuyer sur lui, les filles étant plus nombreuses dans ce cas (82,5 %) que les garçons (80 %). Au rayon des reproches, cependant, quand reproches il y a, ce sont elles qui ont la dent la plus dure à l’égard de l’auteur de leurs jours. Là où les garçons disent que leur père « aurait pu mieux faire », elles affirment : « Il a été défaillant ».