Article de revue

Jusqu’au vertige

Pages 125 à 133

Citer cet article


  • Le Breton, D.
(2025). Jusqu’au vertige. Inflexions, 60(2), 125-133. https://doi.org/10.3917/infle.060.0126.

  • Le Breton, David.
« Jusqu’au vertige ». Inflexions, 2025/2 n° 60, 2025. p.125-133. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-inflexions-2025-2-page-125?lang=fr.

  • LE BRETON, David,
2025. Jusqu’au vertige. Inflexions, 2025/2 n° 60, p.125-133. DOI : 10.3917/infle.060.0126. URL : https://shs.cairn.info/revue-inflexions-2025-2-page-125?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/infle.060.0126


Notes

  • [1]
    S. Freud, L’Interprétation des rêves [1899], Paris, PUF, 1967, p. 167.
  • [2]
    R. Caillois, Les Jeux et les Hommes, Paris, Gallimard, 1967, p. 67.
  • [3]
    La recherche du vertige se décline notamment sous une forme ludique à travers un engagement dans les activités physiques et sportives, dans l’euphorie de se défaire provisoirement de toute pesanteur en contrôlant la durée et le déroulement de l’action dans une relation imaginaire et réelle au risque. Voir D. Le Breton, Conduites à risque. Des jeux de mort au jeu de vivre, Paris, PUF, 2013, et Passions du risque, Paris, Métailié, 2015.
  • [4]
    J. Huizinga, Homo Ludens. Essai sur la fonction sociale du jeu [1938], Paris, Gallimard, 1951, p. 187.
  • [5]
    Pour un approfondissement des thèmes développés ici, voir D. Le Breton, Conduites à risque, op. cit., et En souffrance. Adolescence et entrée dans la vie, Paris, Métailié, 2007.
  • [6]
    W. Sofsky, L’Ère de l’épouvante. Folie meurtrière, terreur, guerre, Paris, Gallimard, 2002, p. 37.
  • [7]
    Par exemple D. Le Breton, Conduites à risque. Des jeux de mort au jeu de vivre, op. cit.
  • [8]
    E. Jünger, Orages d’acier [1920], Paris, Gallimard, « Folio », 1960, p. 51.
  • [9]
    S. Crane, La Conquête du courage, Paris, « Folio », 1982, pp. 120 sq. (tr. fr.)
  • [10]
    S. Crane, op. cit., p. 220 (tr. fr.).
  • [11]
    J. Huizinga, op. cit., p. 67.
  • [12]
    Sur la guerre dans les sociétés traditionnelles, voir R. Caillois, Bellone ou la pente de la guerre, Paris, La Renaissance du livre, 1963, et bien entendu J. Huizinga, op. cit.
  • [13]
    W. Sofsky, Traité de la violence, Paris, Gallimard, 1998, pp. 53-55.
  • [14]
    E. Jünger, Orages d’acier [1920], op. cit., pp. 351-353.
  • [15]
    R. Caillois, Bellone ou la pente de la guerre, op. cit., p. 201.
  • [16]
    Sur la fascination pour la violence qui amène à la difficulté de se réinsérer et qui induit même le retournement contre ses propres troupes : K. Anderson, Sympathy for the Devil [1987], Paris, Gallimard, dernière traduction 2013. Et sur la longue et douloureuse reconquête de soi après l’horreur : D. Peacok, Une guerre dans la tête [2005], Paris, Gallmeister, 2008.

Dans sa typologie des jeux, Roger Caillois distingue notamment les jeux de vertige, qu’il classe sous le terme d’Ilinx, le nom grec du tourbillon d’eau, d’où dérive le nom même de vertige dans la même langue (ilingos). Vertige, dérivé des termes latins vertigo, « mouvement de cercle », et vertere, « tourner », évoque le sentiment que le monde tourne autour de soi.
Au plus élémentaire, c’est la quête de l’enfant qui tournoie sur lui-même, qui s’enivre de sa balançoire, qui descend les pentes à toute vitesse sur sa bicyclette. Les fêtes foraines proposent maintes activités fondées sur ce principe : susciter un flot de sensations où la peur se mêle à la jouissance car le risque est censé être contrôlé par les promoteurs de ces manèges, toboggans ou autres montagnes russes. Les artistes circassiens (trapézistes, funambules, équilibristes…) en font souvent leur matière première, jouant sur le fil du vertige et du contrôle, toute défaillance pouvant être fatale, mais provoquant l’attention anxieuse des spectateurs guettant l’accident sans se l’avouer. Saut en élastique d’un pont ou d’une grue, voltige, vitesse, chute, parachutisme, alpinisme, pratique du ski, de la moto…
Il s’agit de chanceler, de perdre tous les repères, en plongeant les sens dans le désarroi. Les sensations éprouvées rappellent souvent celles de l’enfance, ce sentiment mêlé de maîtrise et d’angoisse dont Freud parle : « Quel est l’oncle qui n’a pas fait voler un enfant, le transportant à bras tendus et courant à travers la pièce, ou qui n’a pas feint de le lâcher brusquement alors qu’il l’avait levé très haut …


Date de mise en ligne : 02/09/2025

https://doi.org/10.3917/infle.060.0126

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