Préface
- Par Sophie Métivier
Pages 9 à 11
Citer cet article
- MÉTIVIER, Sophie,
- Métivier, Sophie.
https://doi.org/10.3917/hyp.201.0009
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- Métivier, Sophie.
- MÉTIVIER, Sophie,
https://doi.org/10.3917/hyp.201.0009
1 Ce nouveau volume d’Hypothèses est un unicum. Pour la première fois, depuis la création de la revue de l’école doctorale d’histoire, on a dû renoncer à sa parution annuelle. Sont ici publiées les communications de cinq ateliers réunis en 2019-2020 et en 2020-2021. En dépit de la bonne volonté de tous, du désir de retrouver au plus vite de la normalité dans le fonctionnement de notre école doctorale et dans la mise en œuvre de nos travaux, la pandémie de la COVID 19 et les mesures sanitaires qu’elle a induites (entre autres) nous ont imposé d’ajourner différentes rencontres, d’en modifier le déroulement, voire d’en annuler. Disons, en quelques mots et dates, l’ampleur de ces perturbations.
2 Les ateliers sur les « Rapports de subordination au travail. Constructions, pratiques et conflits de hiérarchie et de pouvoir » et « Les émotions ont-elles une histoire ? », coordonnés respectivement par Cordula Bauer et Sahra Rausch, initialement prévus le samedi 7 décembre 2019, furent reportés au samedi 29 février 2020 en raison d’un mouvement social. Ceux programmés le samedi 21 mars 2020 eurent finalement lieu à l’issue du premier confinement, pour l’un, coordonné par Justine Audebrand et Inès Anrich sur « Penser les institutions religieuses par le genre : subordination, agentivité, émancipation », le samedi 5 décembre 2020, en visioconférence, pour l’autre, sur « Histoire et images », le samedi 29 mai 2021. Coordonné par Victoria Márquez Feldman et Mathilde Kiener, il ne peut encore donner lieu à une publication. Dans ces circonstances, deux autres ateliers, et non quatre comme à l’habitude, furent décidés pour l’année 2020-2021. Dédiés aux « Assemblées : compositions, débats, rôles politiques » (coordinateurs : Séverine Antunes, Daniel Cardoso et Olivier Robert) et à « L’écriture du chiffre » (coordinatrice : Clémence Pailha), ils furent réunis, une nouvelle fois en visioconférence, le samedi 20 mars 2021, à la veille du troisième confinement.
3 Quelles qu’aient été les difficultés, et alors que le temps propre de la thèse est fortement contraint, l’ensemble des doctorants qui y ont participé, en premier lieu leurs coordinateurs et leurs orateurs, n’ont jamais renoncé à ces occasions d’élaboration et de discussion savantes et intellectuelles. Qu’ils en soient très vivement remerciés, ainsi que la responsable administrative et scientifique de l’école doctorale, Mme Noemi Rubello, qui a fait son possible pour assurer le fonctionnement de l’école doctorale dans son ensemble, avec l’aide de Mme Maud Giraudon et Mme Jessica Desjardins.
4 Paradoxalement les cahiers d’Hypothèses, publiés en ce volume, gardent peu de traces de ces empêchements. Ils sont caractérisés, encore une fois, par l’intensité et l’ampleur du questionnement historique, fût-il contradictoire, induit par les comparaisons auxquelles ils appellent. Aussi, les concluants sont entrés dans les débats avec force. Que Damien Boquet, Philippe Cocatre-Zilgien, Arthur Jatteau, Didier Lett et Philippe Minard trouvent ici l’expression de notre reconnaissance. Hypothèses 2020-2021 nous engage à réfléchir à des objets historiques dont la richesse, la diversité et la difficulté se révèlent passionnantes. Pour y répondre au mieux, les coordinateurs des différents ateliers ont sollicité, à plusieurs reprises, des intervenants hors des cercles des historiens, dans une démarche pluridisciplinaire qui s’est imposée d’elle-même.
5 En posant la question cruciale, en histoire comme dans l’ensemble des sciences sociales, des « Rapports de subordination au travail. Constructions, pratiques et conflits de hiérarchie et de pouvoir », en l’examinant en des contextes historiques, institutionnels et sociaux très hétérogènes, Cordula Bauer, Lucie Mourier, Mathieu Harsch, Juliette Milleron et Théo Millot défendent le principe et la pratique de la réflexion diachronique, par-delà l’unité de l’objet considéré. L’enjeu n’est pas de mettre en lumière des invariants, mais de circonscrire avec toujours plus d’acuité et dans sa complexité ce sur quoi porte leur réflexion, la diversité des contrats de travail de la main-d’œuvre agricole dans l’Égypte ptolémaïque, l’organisation des tâches au sein de l’Art de la Laine dans la Florence du xive siècle, les rapports de dépendance et de subordination au sein de la cour de Munich au xviie siècle, la condition propre aux salariées de l’Imprimerie nationale au tournant des xviiie et xixe siècles et, enfin, les rapports entre prostituées et proxénètes dans la France du début du xxe siècle.
6 Dans l’examen de la question suivante, « Les émotions ont-elles une histoire ? », Sahra Rausch, Laure Ciccione, Marie Gausseron, Vincent Léthumier et Emmanuelle Reimbold contribuent, par la finesse de leurs analyses, à ancrer dans le champ des historiens une thématique récente. Que disent et que font les émotions ? Elles lient, avec plus ou moins de force, un ou plusieurs individus à un événement, les rebelles orléanistes à la Guerre folle, les soldats mutilés à la Grande Guerre, la société française de la fin du xixe siècle à la technologie de l’automobile, les anciennes puissances coloniales à leurs guerres. Inscrites dans le temps, passé et présent, comme dans un contexte, elles concourent à modeler, désigner ou signaler une mutation historique, que les articles ici réunis s’attachent à dévoiler en les analysant comme discours et comme fait, ressenti et perçu.
7 En proposant de « (p)enser les institutions religieuses par le genre : subordination, agentivité, émancipation », Inès Anrich, Justine Audebrand, Louise Bonvalet et Nils Renard n’entendent pas remettre en cause, comme le rappelle en conclusion Didier Lett et comme le montre Nils Renard à propos d’Henri Grégoire, le paradigme bien établi qui associe très étroitement la domination masculine, l’institution et le religieux. Mais l’analyse par le genre permet d’aller bien au-delà, en mettant en lumière à la fois les effets et les paradoxes, voire les limites, du paradigme en question, dans la sévérité des sanctions qui furent infligées aux clercs sorciers à Venise aux xviie et xviiie siècles, dans l’agentivité, à la faveur de leur distinction sociale, d’abbesses et de moniales du Haut Moyen Âge occidental, dans l’agentivité encore de religieuses françaises et espagnoles dans l’expression et la mise en acte, contre leur famille, de leur vocation au xixe siècle.
8 Dans le cahier élaboré par Daniel Cardoso, Séverine Antunes, Diane Baudoin et Olivier Robert, intitulé « Les assemblées : compositions, débats, rôles politiques », l’institution est abordée suivant une perspective différente et cette fois c’est la période ancienne qui est principalement envisagée, à l’échelle de l’empire romain et de ses capitales ou au niveau local. Les assemblées sont examinées en tant que corps politique, institutionnel et social en construction. Leur fonctionnement et ses modalités sont au cœur des interrogations sur les pouvoirs de l’ordre des décurions dans l’empire romain, sur la réforme du sénat romain à l’époque de Tibère pour en garantir le renouvellement de la composition et, cinq siècles plus tard, sur la mutation, aux deux sens du terme, du sénat à l’époque de Justinien Ier et au cœur de Constantinople, ou enfin, dans la France du Directoire, sur la mise en place d’un bicamérisme et le recours aux commissions dans la création des lois.
9 Dans « L’écriture du chiffre », Clémence Pailha, Valentin Barrier et Marco Conti démystifient à tour de rôle le chiffre et sa possible vertu ou fonction d’objectivation, lorsqu’il s’agit, par exemple, de mesurer ou quantifier la violence de la guerre. Tant les estimations chiffrées des pertes des batailles de la Révolution française et de l’Empire que les comptes des épiciers parisiens du xviiie siècle obligent à considérer l’écriture des chiffres, dans sa fonction pratique, comme le produit d’un choix et d’un contexte, qu’il soit heuristique (dans le cas de l’historien), social ou économique. Cette fonction pratique commande encore, pour l’essentiel, l’introduction des chiffres arabes dans la documentation fiscale de la commune de Bologne.
10 La publication de ce volume d’Hypothèses acte, pour ainsi dire, dans le fonctionnement de l’école doctorale, le retour à la normalité. Ce dernier a été beaucoup facilité par le concours et la patience des Éditions de la Sorbonne en la personne de Martin Dulong. Qu’il trouve ici l’expression de nos sincères remerciements.