L'individu, la guerre et la révolution française
- Par Patrice Leclercq
Pages 37 à 43
Citer cet article
- LECLERCQ, Patrice,
- Leclercq, Patrice.
- Leclercq, P.
https://doi.org/10.3917/hyp.981.0037
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- Leclercq, Patrice.
- LECLERCQ, Patrice,
https://doi.org/10.3917/hyp.981.0037
Notes
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[*]
Prépare une thèse sous la direction de Jean-Paul Bertaud, sur La levée en masse du 23 août 1793.
-
[1]
Décret du 15 décembre 1792.
-
[2]
Idées d’un ancien colonel, sur l’organisation de la Troupe révolutionnaire décrétée par la Convention ; ou premières données sur sa formation, BNF, 8 Lb 41, pièce n° 674.
-
[3]
Discours sur les dangers de la patrie, avec les moyens de la sauver, de récupérer les frais de guerre, et de proclamer la liberté, la paix et la république universelle, BNF, 8 Lb 41, pièce n° 785.
-
[4]
Décret de la Convention nationale du 23 août 1793…, article premier, SHAT Xs 58.
-
[5]
M. Vovelle, La découverte de la politique, Paris, 1993, p. 268.
-
[6]
AD de Vendée, L 393.
-
[7]
AD du Gers, L 364.
-
[8]
Discours sur les dangers de la patrie…, op. cit.
-
[9]
Ibid.
-
[10]
AD des Landes, 16 L 2, lettre de la commission séante à Tartas pour l’organisation de la levée en masse des citoyens de la première classe, datée du 22 septembre 1793.
-
[11]
AD des Landes, 16 L 2, lettre de la commission du district de Dax pour la levée en masse des jeunes gens de la première classe, datée du 29 septembre 1793.
-
[12]
AD du Morbihan, L 555, dossier Ière réquisition Agent supérieur, lettre de l’agent supérieur Destouches, datée du 26 pluviôse an III.
-
[13]
AD des Hautes-Pyrénées, L 610, dossier Labassère, lettre de la municipalité, datée du 26 germinal an III.
-
[14]
AD du Morbihan, L 555, dossier Ière réquisition Décrets, lettre des administrateurs et procureur syndic du district du Faouët, datée du 26 brumaire an II.
-
[15]
AD de la Vendée, L 393, arrêté des représentants en mission chargés de la pacification de la Vendée du 2 fructidor an III.
-
[16]
AD de la Vendée, L 395, dossier Levée en masse alias première réquisition : liste des citoyens de 18 à 25 ans (loi du 23 août 1793) 1793-an IV, document daté du 6 nivôse an II.
-
[17]
AD de la Vendée, L 394, dossier Délibérations et lettres du district de Challans, lettre des administrateurs du district de Challans séant extraordinairement aux Sables, datée du 4e jour du 2e mois de l’an II ; et dossier Lettres des agents militaires, lettre de l’agent militaire Poudra, datée du 22 germinal an II.
-
[18]
AD des Hautes-Pyrénées, L 610, pièce n° 33, lettre de la municipalité de Neuil, datée 16 mars 1793.
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[19]
AD du Morbihan, L 555, dossier Notes pour le recrutement des différentes communes du ressort, lettre de la commune d’Ambon, datée du 19 septembre 1793.
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[20]
AD du Morbihan, L 556, lettre des municipaux de Quistinic, datée du 10 novembre 1793.
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[21]
AD des Landes, 16 L 2, lettre des administrateurs du district de Dax, datée du 14 thermidor an III.
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[22]
SHAT, Xw 78, pièce n° 4, lettre de l’agent national de la commune de Fauquemberghe, datée du 13 thermidor an II.
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[23]
AD des Landes, 16 L 2, lettre du commissaire près le district de Tartas aux administrateurs du département des Landes, datée du mercredi 16 octobre 1793.
1« La Révolution est la guerre de la liberté contre ses ennemis... ». Dans son discours du 25 décembre 1793, Robespierre souligne les liens qui unissent guerre et Révolution. Sur la décennie révolutionnaire, les Français vivent huit années de guerre. Lorsqu’en 1792 la France s’attaque aux monarchies européennes, les objectifs sont nouveaux. Il s’agit de libérer les peuples voisins : c’est « la guerre aux rois et la paix aux nations », « la guerre aux châteaux » et « la paix aux chaumières » [1].
2Durant le conflit, la société française se métamorphose. Elle se décloisonne et libère les individus. Mais l’individualisme révolutionnaire n’est pas synonyme de licence absolue ou de destruction de l’ensemble des structures sociales. Le citoyen reste soumis à la loi. Lors de l’été 1793, c’est la guerre qui impose sa dictature et ses lois. Le 23 août 1793, la Convention demande au peuple de se lever entier pour vaincre les tyrans. Les rapports qui unissent guerre et individu à ce moment crucial, sont essentiels à la compréhension de l’épisode révolutionnaire.
3Les Français en révolution se font une nouvelle idée de la guerre et leur comportement change. Pour mettre en valeur cette rupture, trois thèmes peuvent être abordés : la place de l’individu dans la guerre, les comportements individuels face à la guerre, et la dimension formatrice du conflit.
La place de l’individu dans la guerre révolutionnaire
4Les menaces de guerre apparaissent dès 1789 et motivent le débat sur l’organisation de l’armée. Les défenseurs d’une armée professionnelle basée sur le modèle de l’armée royale s’opposent aux partisans d’une armée nationale. Lorsqu’à l’été 1793, les coalisés reprennent l’avantage, la controverse subsiste. Dans une adresse aux conventionnels, un colonel en réforme précise que « ce n’étoit pas toujours le grand nombre qui faisoit la force réelle. Le choix des hommes, leur armement, leur équipement, la discipline et l’organisation, constituent seuls la véritable force d’une troupe quelconque » [2]. Un gendarme, en service aux frontières, fait part à la Convention d’un tout autre point de vue : « C’est par une masse imposante de toutes les forces, c’est par le spectacle majestueux d’une nation debout en armes, c’est en se faisant précéder de cet immense appareil de terreur que le courage concentré de millions de bras (…) [pourra] asseoir sur des bases éternelles la république du monde » [3].
5Lorsque le 23 août 1793 la Convention décrète la levée en masse, c’est l’ensemble de la population, sexe et âge confondus, qui est impliquée dans le conflit :
« Dès ce moment, jusqu’à celui où les ennemis auront été chassés du territoire de la République, tous les Français sont en réquisition permanente pour le service des armées. Les jeunes gens iront au combat ; les hommes mariés forgeront les armes et transporteront les subsistances ; les femmes feront des tentes, des habits, et serviront dans les hôpitaux ; les enfans mettront le vieux linge en charpie ; les vieillards se feront porter sur les places publiques, pour exciter le courage des guerriers, prêcher la haine des rois et l’unité de la République » [4].
7En réalité, il ne s’agit que d’une déclaration d’intention faite pour marquer les esprits. Les conventionnels savent que l’envoi massif d’hommes non équipés et non entraînés désorganiserait les armées plus qu’il ne les renforcerait. Seuls les célibataires et veufs sans enfants de 18 à 25 ans sont appelés à marcher aux frontières. Mais un principe est posé : l’individu fait partie de la nouvelle société s’il participe directement à l’effort de guerre. Il doit payer « l’impôt du sang » [5]. Ceci explique l’interdiction faite aux étrangers d’être incorporés dans les bataillons de réquisition [6] et le fait que les insoumis soient considérés comme des « émigrés » [7].
8Dans les combats révolutionnaires, l’individu a peu de place. Le panache cède la place à l’action collective :
Il ne faut plus voir dans l’art de la guerre (…) le prétexte de faire briller un courage égoïste. (…) Il importe moins au salut de tous, que tel individu, emporté par sa valeur naturelle, se soit personnellement signalé dans un combat, ait affronté tous les périls imaginables, si la république entière, associée (…) à son triomphe, ne recueille des fruits matériels de sa bravoure » [8].
10C’est dans ce cadre que s’inscrit le culte des héros-enfants, martyrs de la liberté. L’acte de bravoure du jeune Agricol Viala tué par les fédéralistes marseillais le 8 juillet 1793 n’a de valeur que dans la mesure où il interdit aux fédéralistes l’usage du bac de Bompas. Le Discours sur les dangers de la patrie recommande : « L’homme libre doit être assez grand pour rapporter ses actions à l’action commune, de manière que tous ses mouvements combinés avec ceux d’une force imposante, concourent également à un succès décisif où se trouvent confondus la fermeté, l’héroïsme et la vertu républicaine de chaque individu » [9]. Le manque d’instruction des soldats et des officiers renforce ces recommandations. Faute de pouvoir respecter les règles classiques du combat, tout est basé sur la masse et le choc. C’est une forte supériorité numérique qui permet la majorité des victoires républicaines. La tactique des armées révolutionnaires est résolument offensive et n’offre aucune alternative entre la victoire et la mort. Le statut des soldats ennemis en est bouleversé. En 1794, il n’est plus question de les considérer comme des individus égarés et asservis. Le décret du 26 mai interdit de faire des prisonniers Anglais et Hanovriens.
11Les révolutionnaires souhaitent libérer les populations civiles et leur permettre de s’administrer. Ils abordent souvent le thème de la fraternité universelle. Mais la proposition de Grégoire d’établir une Déclaration du droit des gens est repoussée à deux reprises. Face à la pénurie généralisée, la jeune République privilégie le pillage des pays vaincus au détriment de l’émancipation de leurs populations.
La guerre révélatrice d’un choix individuel
12Les premiers recrutements s’effectuent sur la base du volontariat. Les motivations sont alors souvent politiques. Il s’agit de défendre les acquis de 1789. Signe de cette nouveauté, les volontaires refusent d’être confondus avec les soldats de métiers. Pour la levée des 300 000 hommes de février 1793, le tirage au sort et le remplacement pallient au manque de volontaires. La levée en masse du 23 août 1793 est une réquisition, tous doivent se conformer à la loi. Cependant, les résultats de la levée diffèrent d’un lieu à un autre. Une France de l’adhésion se distingue d’une France du refus. Chacun des requis est amené à se prononcer sur son attachement à la République. Ce choix individuel constitue un test politique. Cependant le départ d’un requis ne peut être considéré comme une adhésion sans faille au nouveau régime. Tout comme l’insoumission et la désertion ne sont pas l’apanage des contre-révolutionnaires.
13Le premier indicateur de l’état d’esprit d’une communauté, c’est la rapidité et la facilité de mise en œuvre de la loi. Ainsi en septembre 1793, une commission pour l’organisation de la levée en masse se loue
« de la douceur, de l’obeÿssance, et de la bonne volonté des citoyens de ce district, le meilleur esprit règne surtout dans la partie des Landes. C’est une chose inconcevable, que de voir la soumition avec laquelle des communes ont fourni jusque à quatre vingt dix hommes sans murmures. C’est le triomphe de la liberté. Dans l’ancien régime il eut fallu metre toute la gendarmerie d’une généralité en campagne, pour faire la levée de dix hommes par commune ; aujourdhui, un quart de papier fait lever toute la république » [10].
15Le 29 septembre, la commission du district de Dax demande ce qu’elle doit faire de l’excédent du bataillon de requis, déjà formé de 9 compagnies : « toute cette jeunesse réclame avec force le même avantage dont ont joui les neufs premières compagnies et leur refuser de se mettre en bataillon serait peut être paralyser leur courage et leur bonne volonté » [11]. La volonté de sauver la République est ici manifeste. Face à cet enthousiasme local, le plus souvent les requis partent avec peu d’entrain. Un agent supérieur de l’armée du Nord informe le département du Morbihan du départ de 300 hommes en ces termes : « il serait inutile de se flater qu’aucun ne désertera, c’est avec répugnance que ces hommes de réquisition quittent leurs foyers » [12].
16Le mauvais gré se transforme parfois en opposition ouverte. Le 26 germinal an III, la municipalité de Labassère dans les Hautes-Pyrénées se plaint de l’attitude de Jean-Marie Païsa « qui a comparu avec un ton arrogant et hardi, a répondu qu’il partirait quand il voudrait, qu’il se foutait de la municipalité et qu’il savait mieux son devoir qu’eux. Menacé par le maire d’une arrestation, il répond qu’il se fout aussi de la garde nationale et que celui qui se présentera sera bien à plaindre » [13]. Les motivations de ce réfractaire sont ignorées, mais bien souvent la réquisition pose surtout un problème économique en privant certaines familles d’un jeune travailleur. C’est le principal motif invoqué dans les demandes d’exemption. Le choix de la désobéissance n’est pas toujours strictement individuel. Les autorités du district du Faouët dans le Morbihan indiquent que les « jeunes gens sont trop prêts de chez eux, environnés de leurs amis et de leurs parents qui ne leur donnent pas souvent de trop bons conseils et qui renouvellent leurs regrets » [14].
17L’opposition politique est à l’origine de certaines désertions et insoumissions. C’est souvent le cas dans les départements insurgés de l’Ouest de la France où la levée en masse provoque un regain de révolte. Les insoumis ne se contentent pas de se dissimuler, mais prennent les armes. La situation est si critique que les représentants en mission chargés de la pacification de la Vendée suspendent toutes les levées d’hommes afin d’éviter une reprise de l’insurrection en l’an III [15]. Mais dans ces terres de révoltes, les périls encouragent les républicains à défendre les nouvelles valeurs. Ainsi en nivôse an II, des jeunes gens du canton insurgé de Chantonnay se présentent pour « voler au secours de la République et combattre les insurgés » [16]. Certains ont même dépassé la limite des 25 ans. Autre exemple de civisme, les autorités locales du district de Challans, totalement aux mains des rebelles, parviennent à former un bataillon de 31 requis alors qu’elles sont réfugiées aux Sables d’Olonne [17].
La guerre formatrice de l’individu
18Au service de la Nation, les soldats français conservent leur qualité de citoyen et exercent leurs droits. Pour bien des ruraux, le départ à la guerre permet l’apprentissage de la démocratie. Lors de la levée des 300 000 hommes, s’il manque de volontaires, les municipalités peuvent choisir le mode de désignation de ceux qui doivent compléter le contingent. Le plus souvent le tirage au sort est choisi. Mais parfois, c’est un vote qui désigne les futurs soldats [18]. Exercice démocratique peu égalitaire qui permet à la majorité de faire porter le poids de la levée sur les moins organisés.
19Dans les bataillons de requis, le fonctionnement démocratique s’impose. L’état-major est élu, tout comme les capitaines de compagnie et les autres gradés. La levée en masse répond à une forte revendication égalitaire, en rupture avec les pratiques d’Ancien Régime. Les officiers municipaux de la commune d’Ambon dans le Morbihan indiquent que le peu de jeunes gens de la première réquisition qui se sont présentés à leur demande ont affirmé « qu’ils ne marcheroient pas les uns sans les autres » [19]. Au Quistinic, les exigences sont encore plus fortes. Il se tient de petits « conciliabules » où il est dit que jeunes et vieux doivent partir et pas seulement une classe d’âge [20]. La guerre est donc l’occasion de prendre la parole. Elle est un vecteur d’acculturation politique. Ce nouveau comportement outrepasse parfois le cadre de la loi. Ainsi durant l’été 1795, des requis décident de rentrer chez eux suite à une simple délibération interne dans laquelle, ils s’étaient jugés « utiles aux travaux de l’agriculture » [21]. Ailleurs, des canonniers décident d’un commun accord de refuser le retour dans leurs rangs d’un déserteur qu’ils jugent dangereux [22].
20Pour encourager l’ardeur au combat, les autorités cherchent à développer l’esprit patriotique. Le départ d’un bataillon de requis peut occasionner l’organisation d’une fête. Dans le district de Tartas, l’émulation patriotique se confond avec la déchristianisation. En octobre 1793, le commissaire chargé de l’exécution de la levée en masse fait parvenir aux autorités du département la lettre suivante :
« Demain, je débaptise un drapau tricolor, appartenant à la ci-devant Confrérie de St Jacques de cette ville (Tartas), que j’ai trouvé très bon, et que j’ai trouvé à propos de metre en réquisition pour le donner au bataillon. Demain je le purifierai, et je façerai toutes les teintes sacerdotales, par latouchement de notre evangile politique. Jai trouvé lidée de la purification si drole, que je le préfère à un neuf, d’ailleurs c’est une epargne, et dans le fond il ni à que trois mois qu’il est fait, et il na floté à la tete d’une procession qune seule fois » [23].
22Lorsqu’ils sont incorporés dans des demi-brigades, les requis côtoient soldats de lignes et volontaires. Ces derniers ont déjà une expérience politique, ils initient les plus jeunes et diffusent les idéaux jacobins. Des clubs existent dans certains bataillons et lorsqu’ils le peuvent des militaires assistent aux réunions des sociétés populaires voisines de leur garnison. Les soldats sont également soumis à la propagande parisienne, notamment par l’intermédiaire de la presse. Les combattants reçoivent et réclament de nombreux journaux. Le ministère de la Guerre distribue chaque jour des milliers d’exemplaires du Bulletin de la Convention, véritable organe de liaison entre le Comité de salut public et l’armée.
23La formation des individus est aussi celle des enfants. La guerre provoque la création d’écoles militaires où les nouveaux principes éducatifs sont mis en application. C’est le cas de l’éphémère école de Mars qui accueille les enfants de vétérans et les orphelins de guerre. Enfin, les insoumis et déserteurs qui servent la contre-révolution, reçoivent également une formation politique à laquelle participent les prêtres réfractaires.
24La guerre révolutionnaire génère des attitudes et des comportements individuels nouveaux. L’entrée en guerre ou le refus, sont parfois des actes politiques. Pour certains requis la guerre permet de découvrir la politique. Mais il demeure quelques permanences d’Ancien régime. La population reste très attachée à sa terre et a du mal à s’en éloigner que ce soit pour défendre le roi ou la République. Il est encore très difficile de dresser la carte des résultats de la levée en masse. Mais les données aujourd’hui disponibles montrent certaines similitudes avec l’époque monarchique. Le Nord-Est et la région parisienne fournissent une grande quantité d’hommes, tandis que la façade atlantique et le Massif central résistent plus à la réquisition.
25Il est également notable que si le soldat-citoyen de l’an II n’est pas un mythe, cet homme nouveau, fruit de la guerre, s’efface peu à peu devant le soldat professionnel. Après thermidor et lorsque la guerre se porte définitivement hors de frontières de la République, l’armée va de nouveau s’individualiser et se détacher du corps social de la Nation. Les officiers issus de la Révolution restaurent l’esprit de corps au détriment de l’esprit démocratique et deviennent les interlocuteurs incontournables des différents pouvoirs qui se succèdent. Néanmoins, il est indéniable que sous la Révolution française la guerre est un véritable accélérateur de l’acculturation politique.