Article de revue

Le paysage : conclusion

Pages 115 à 118

Citer cet article


  • Beck, P.
(1999). Le paysage : conclusion. Hypothèses, 2(1), 115-118. https://doi.org/10.3917/hyp.981.0115.

  • Beck, Patrice.
« Le paysage : conclusion ». Hypothèses, 1999/1 2, 1999. p.115-118. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-hypotheses-1999-1-page-115?lang=fr.

  • BECK, Patrice,
1999. Le paysage : conclusion. Hypothèses, 1999/1 2, p.115-118. DOI : 10.3917/hyp.981.0115. URL : https://shs.cairn.info/revue-hypotheses-1999-1-page-115?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/hyp.981.0115


Notes

  • [*]
    Maître de conférences à l’Université de Paris I - Panthéon-Sorbonne.
  • [1]
    P. Vidal de La Blache, Principes de géographie humaine, Paris, 1921 ; L. Fèvre, La terre et l’évolution humaine, Paris, 1922 ; M. Bloch, Les caractères originaux de l’histoire rurale française, Paris, 1931 ; R. Dion, Essai sur la formation du paysage français, Paris, 1934.
  • [2]
    G. Bertrand, « Pour une histoire écologique de la France rurale », dans Histoire de la France rurale, G. Duby et A. Wallon dir., Paris, 1975, t. I, p. 37-113.
  • [3]
    Comité « Environnement, Société et développement à long terme » mis en place en 1994, faisant suite à l’A.T.P. Histoire de l’Environnement coordonnée par Robert Delort entre 1988 et 1991. Cf. Pour une histoire de l’environnement. Travaux du Programme Interdiscicplinaire de Recherches sur l’Environnement. C. Beck et R. Delort éd., Paris, CNRS, 1993.
  • [4]
    A.T.P. « Paysage: évolution et dynamique » lancée en 1994.
  • [5]
    La dynamique des paysages protohistoriques, antiques, médiévaux et modernes, ou les paysages au carrefour de l’interdisciplinarité et de la diachronie, Actes des XVes Rencontres Internationales d’Archéologie et d’Histoire d’Antibes, oct. 1996, J. P. Bravard, J. Burnouf et G. Chouquer dir., (à paraître).
  • [6]
    Programmation de la recherche archéologique en France, Sous-Direction de l’Archéologie, Paris, 1997.
  • [7]
    Lire et relire, pour la méthodologie, Pour une archéologie agraire, J. Guilaine dir., Paris, 1991 ; et, pour découvrir les dernières avancées de la démarche en matière de paysage, Les formes du paysages, G. Chouquer dir., Paris, 1996, 2 vol..
  • [8]
    G. Bertrand, « Pas de Territoire sans terre », dans L’Histoire rurale en France, actes du colloque de Rennes, 1994, Histoire et Sociétés Rurales, 3 (1995), p.71.
  • [9]
    Gageons que cette enquête ne laissera pas indifférent le Groupe de recherches sur les forêts françaises animé par Andrée Corvol.
  • [10]
    Voir notamment « La question de l’environnement dans les sciences sociales », La lettre de l’environnement, n° 17, CNRS, Paris, février 1998.
  • [11]
    191, rue Saint-Jacques, 75005 Paris.
  • [12]
    P. Alexandre, Le climat en Europe au Moyen Âge, Paris, 1987 ; Id., Les seïsmes en Europe occidentale de 394 à 1259, Paris, 1990.

1Merci aux quatre orateurs de nous avoir fait découvrir ces paysages de France, de Grèce et d’Italie non point figés mais vivants, non point immobiles mais dynamiques ; d’avoir ainsi rappelé qu’ils sont des chantiers en construction continue qui ne peuvent se comprendre en dehors de leur dimension historique.

2En faisant du paysage le personnage principal de leur enquête, les quatre contributions s’inscrivent dans la lignée de travaux devenus classiques, fruits du dialogue entre géographes et historiens au cours des années trente de notre siècle [1] : l’évolution des paysages et des systèmes de culture, des formes de l’habitat et des techniques agraires constituent alors des directions de recherche privilégiées. Mais cette approche paysagère se confondait essentiellement avec l’étude des processus juridiques, sociaux et économiques de l’occupation du sol et de la mise en valeur des espaces ; bien que renouvelant profondément les connaissances sur les sociétés anciennes et l’organisation de l’espace rural, elle ne traitait guère des interactions entre ces mêmes sociétés et les transformations des milieux.

3Les quatre exposés, en revanche, sont passés derrière le « décor » qui a si souvent introduit les études d’histoire rurale et ont donné à voir les mécanismes et les pièces interactives qui le définissent : l’homme bien sûr, mais aussi le sol, l’eau, les cortèges végétaux et faunistiques.

4Ils reflètent ainsi les orientations nouvelles énoncées en 1975 par Georges Bertrand dans l’Histoire de la France rurale : expliquées par « cette révolution copernicienne qu’a été, pour les sciences sociales comme pour celles de la nature, la montée en puissance de l’écologie et de la problématique environnementale », elles développent désormais l’étude du « naturel des terroirs » et de l’ « interraction homme-milieu » [2].

5Au CNRS, elles sont encouragées depuis la fin des années 1980 par des Actions Thématiques Programmées (A.T.P.) développées par le Programme Interdisciplinaire de Recherche sur l’Environnement (P.I.R. Environnement, Vie et Société) [3] ou par le Département Sciences de l’Homme et de la Société [4] ; en octobre 1996, le colloque organisé à Antibes par le Centre de Recherches Archéologiques (C.R.A.-Valbonne), réunissait historiens, archéologues, géographes et naturalistes et permettait de dresser un état des lieux, d’affirmer la pertinence des dispositifs mis en place et la nécessité de les consolider, de les développer [5].

6Au Ministère de la Culture, la Sous-Direction de l’Archéologie définissait en 1997 le programme Anthropisation et aménagements des milieux durant l’Holocène (paléo-environnement et géo-archéologie) [6] : elle constatait ainsi et incitait à poursuivre dix bonnes années d’intenses activités de terrain, de pratique quotidienne d’interdisciplinarité entre philologues et cartographes, physiciens et chimistes [7].

7Au sein de l’Université, le développement, trop timide encore sans doute, d’Unités Mixtes de Recherches (U.M.R.) - mixtes dans le sens institutionnel mais aussi méthodologique du terme - la formation de D.E.A. spécialisés et d’Écoles doctorales trans-U.F.R. vont dans le même sens et cette rencontre, animée par de jeunes chercheurs venant des U.F.R d’Histoire, d’Archéologie et de Géographie de notre Université, montre combien le paysage peut être « un point de rencontre interdisciplinaire privilégié » [8].

8Décrire et comprendre les paysages passe par une nécessaire association des regards et des compétences : les chercheurs en Sciences humaines, en Sciences de la Vie et de la Terre, doivent se rencontrer, confronter leurs concepts, leurs sources et leurs méthodes, en bref établir les protocoles scientifiques permettant de construire la problématique paysagère. Et c’est ce à quoi ont procédé les quatre intervenants : au-delà des nécessités de l’exercice qui imposaient de présenter tour à tour des recherches personnelles centrées sur des lieux et des temps différents, et d’insister plus particulièrement sur certaines sources et méthodologies, les conférenciers visaient la même finalité et procédaient de la même démarche : mettre en évidence, dans la construction des paysages, tant la dynamique naturelle et ses effets sur les sociétés que les effets de la dynamique sociale sur l’environnement, à partir du croisement des sources et de la combinaison d’informations issues des textes, des images, des contextes archéologiques, du milieu.

9Sans doute Anne Mailloux, étudiant Lucques et son territoire au haut Moyen Âge, s’est-elle plus particulièrement appuyée sur les sources écrites mais, pour reconstituer les structures et les paysages agraires, elle y a cherché - et trouvé - les éléments évoquant tant les conditions naturelles, hydrographiques, topographiques et pédologiques que les parcellaires.

10Quant à l’étude des massifs forestiers du nord de la France proposée par François Duceppe-Lamarre, elle aborde l’« écosystème forestier », à la fois sa gestion juridique et économique, qui a laissé de nombreux documents écrits, et sur le terrain, son archéo-écologie [9].

11Et la recherche de Laurent Lespez, se situant dans la très longue durée, s’inscrit parfaitement à l’interface entre société et nature : confrontant les données de la morphogénèse, des recherches archéologiques, des cartes anciennes et des témoignages de voyageurs, elle met l’accent sur le problème des décalages chronologiques entre l’action de l’homme et les facteurs naturels, sur la question fondamentale des variations d’échelles de temps et d’espaces auxquelles doivent se situer les observations.

12Enfin, Samuel Leturcq a bien su mettre en évidence le regard diachronique que Suger porte sur la Beauce du XIIe siècle, introduisant ainsi une dynamique qui permet d’analyser certains effets du constant rapport entre dynamique naturelle et dynamique sociale dans la construction du paysage, évoquant là un des problèmes majeurs des recherches paysagères qui tient à la double dimension du paysage : à la fois entité spatiotemporelle et dimension subjective.

13Le paysage apparaît bien comme un carrefour entre de nombreuses disciplines, un lieu de confrontation et de rencontre des recherches naturalistes, archéologiques et textuelles.

14Les voies sont tracées, déjà fécondes, ne demandent qu’à se développer [10] : l’un des axes de programme du laboratoire de Géographie humaine de Paris I dirigé par Yves Lugenbühl (URA 142) [11], portant sur « Paysages, patrimoine et représentations sociales de la nature », est demandeur d’historiens pour donner à l’enquête l’indispensable épaisseur temporelle et établir un corpus paysager à l’image de ceux que Pierre Alexandre a pu réaliser sur les notations climatiques et sismiques dans les chroniques du Moyen Âge [12].


Date de mise en ligne : 01/12/2008

https://doi.org/10.3917/hyp.981.0115