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Compte rendu

I majuscule comme Instituteur

Guy Georges. Éditions Bruno Leprince, 224 p, 18 €

Pages 111 à 112

Citer cet article


  • Moreau, J.
(2012). I majuscule comme Instituteur Guy Georges. Éditions Bruno Leprince, 224 p, 18 € Humanisme, 296(2), 111-112. https://doi.org/10.3917/huma.296.0111.

  • Moreau, Jean.
« I majuscule comme Instituteur : Guy Georges. Éditions Bruno Leprince, 224 p, 18 € ». Humanisme, 2012/2 N° 296, 2012. p.111-112. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-humanisme-2012-2-page-111?lang=fr.

  • MOREAU, Jean,
2012. I majuscule comme Instituteur Guy Georges. Éditions Bruno Leprince, 224 p, 18 € Humanisme, 2012/2 N° 296, p.111-112. DOI : 10.3917/huma.296.0111. URL : https://shs.cairn.info/revue-humanisme-2012-2-page-111?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/huma.296.0111


Description de l'image par IA : Couverture de livre avec titre "i majuscule comme instituteur" de Guy Georges, préfacé par Hubert Montagner.

1Guy Georges fut secrétaire général du Syndicat national des instituteurs puis président du Comité de coordination des œuvres mutualistes et coopératives de l’Éducation nationale, commissaire de la CNIL, conseiller d’État en service extraordinaire.

2« Tous les jours, les oreilles vont à l’école. » Ce proverbe bambara pourrait introduire le beau livre que Guy Georges nous propose aujourd’hui. Il y relate la genèse de « l’École fondamentale », projet élaboré en 1971, à la demande des enseignants, particulièrement des instituteurs et des professeurs de cours complémentaires et de leur syndicat, le SNI-Pegc. Le projet, inspiré quant à lui par les travaux du Conseil national de la Résistance et du plan Langevin-Wallon, ne voulait plus sélectionner les enfants suivant les classes sociales auxquelles ils appartenaient, mais permettre à tous de développer les aptitudes qui pouvaient être en eux. La démarche montre comment l’idéal laïque est inséparable de la démocratisation de l’enseignement et, par conséquent, de la justice sociale.

3On connaît la formule célèbre de Danton : « Après le pain, l’École est le premier besoin du peuple. » D’aucuns, dans le mouvement syndicaliste, évoquaient à ce sujet combien était essentielle pour une société meilleure, la querelle des ventres et des cerveaux. Les nantis ne voulant guère – sauf à leur profit – que les premiers soient remplis et que les seconds réfléchissent.

4L’historien comme le sociologue savent combien deux traditions s’opposent, en matière d’enseignement : l’une académique – sinon bourgeoise – où les enfants de milieux plutôt privilégiés allaient au petit puis au grand lycée, et l’autre, celle des instituteurs, où les filles et fils du peuple pouvaient aller au cours complémentaire, puis à l’école primaire supérieure.

5C’est pourquoi l’École fondamentale fut en son temps combattue, sinon haïe, par tous les conservatismes. L’unité syndicale des enseignants et le projet de l’École fondamentale cassés.

6Aujourd’hui, le système éducatif est modifié, la sélection aggravée, des classes supprimées, notamment les RASED. C’est dire que le problème subsiste.

7Il faudra un jour évaluer les responsabilités de cet échec de la tentative démocratique de Guy Georges et de ses amis syndicalistes. Mais, événement surprenant, cette réforme révolutionnaire – hier utopie dans une France encore très hexagonale, repliée sur elle-même, savourant les fruits des Trente Glorieuses – prend une actualité nouvelle dans une époque où les ouvriers ne viennent plus de la Creuse, les servantes de Bretagne, mais de tous les continents et où les précarisés et les exclus sont victimes d’États nationaux qui, trop souvent, obéissent aux marchés financiers. Enseigner redevient plus que jamais, non pas de faire accéder des privilégiés à un savoir académique, mais à l’échelle de la planète, pour parler comme Jean Rostand, d’ouvrir « l’appétit du savoir, plus important que le savoir lui-même », bref, d’éveiller les jeunes pour fabriquer des femmes et des hommes – des citoyens – libres et responsables. En effet, ne s’agit-il pas, pour l’École démocratique et laïque du XXIe siècle que nous souhaitons, de supprimer les ruptures, assurer la continuité du parcours entre école maternelle et école primaire, de même entre celle-ci et le collège, d’individualiser l’enseignement, de prévenir et de corriger les handicaps, notamment sociaux ?

8Guy Georges observe dans son livre que sous l’administration Bush, Diane Ravitch, vice-présidente de l’Éducation, avait mis en œuvre un programme qui défendait notamment le principe de la rémunération au mérite et soutenait la généralisation des tests d’évaluation qui semblaient utiles pour déterminer avec précision quels établissements avaient besoin d’un aide supplémentaire. Pensées par le patronat, ces « charter-school » étaient financées par l’argent public mais gérées comme des institutions privées. Ce faisant, elles peuvent se soustraire à la plupart des réglementations en vigueur dans le service public.

9Courageusement, Diane Ravitch a renoncé à cette idéologie du tout-marché qui – constate-t-elle – compromet la qualité de l’enseignement.

10Merci à Guy Georges pour son ouvrage d’une brûlante actualité dans lequel il milite contre une école inégalitaire, ouvrant la voie à tous les communautarismes qu’ils soient d’origine religieuse ou d’origine économique.


Date de mise en ligne : 01/02/2021

https://doi.org/10.3917/huma.296.0111