Variations sur Faust : science et démon
- Par Jean Kriff
Pages 58 à 64
Citer cet article
- KRIFF, Jean,
- Kriff, Jean.
- Kriff, J.
https://doi.org/10.3917/huma.290.0058
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- KRIFF, Jean,
https://doi.org/10.3917/huma.290.0058
Illustration Jean-Pie Robillot [© Humanisme]
Illustration Jean-Pie Robillot [© Humanisme]
1L’écriture de la première version du Faust – Urfaust – de Goethe paraissant entre 1773 et 1775, est contemporaine de Werther. Elle est d’essence romanesque par les amours de Faust pour Marguerite rendues comiques par les facéties de Méphistophélès, rien de plus.
2Elle est baptisée Urfaust pour la différencier du Faust en deux parties qui composeront l’œuvre magistrale. Ur introduit le concept de « préhistorique » au sens premier, elle précède l’histoire c’est-à-dire la culture qui définit l’Humain, en l’occurrence celle de Goethe lui-même qui, toute sa vie cherchera les expressions visibles d’un Urprinzip (principe primaire), d’un Urphänomen (archétype de base) dans ses travaux concernant Urstein (pierre originelle), Urpflanze (plante première), Urtier (animal archétypal) etc.
3Concept qui sera présent dans son Wilhelm Meister des Années de voyage, celui des Affinités électives, d’Egmont pour ne citer que ces œuvres. Il y mêlera ses considérations relatives à l’alchimie, la tarologie et l’astrologie, connaissances acquises par lui, à la fin de son adolescence, lorsque la maladie le menait à la mort.
Les Enfances de l’œuvre
4Pour traiter cette première approche du sujet, la légendaire histoire du docteur Faustus, Goethe a 24 ans. Pendant son séjour à l’université de Strasbourg, Johannes Gottlieb Herder lui a inculqué une idée directrice : l’enracinement dans l’âme populaire des contes et légendes forme l’âme d’une nation. Ceci est en accord avec le mouvement philosophique de l’Aufklärung (lumière ammemande) dont il se revendique et en particulier avec l’élan de la jeunesse Sturm und Drang (fugue et passion) dont le but est l’élaboration de la spécificité de pensée d’une nation allemande naissante.
5Dans cette œuvre de jeunesse, Goethe ne fait que donner forme dramatique à une légende que l’auteur anglais Christopher Marlowe a déjà traitée en 1588. D’autres auteurs comme Lessing se sont frottés au même sujet et jusque-là, ce Faust ne fait pas tache. Méphisto y est traité à l’image d’un autre personnage satirique de la culture allemande Till Eulenspiegel.
6Mais la présence dans l’histoire de l’Allemagne du docteur Faustus est avérée en tant que celle d’un ancien étudiant d’Heidelberg, inscrit dès 1487, qui devenu docteur en philosophie aurait signé un pacte avec le Diable mais en réalité qui fut surtout un libre-penseur banni de plusieurs universités à cause, entre autres choses, d’accusations d’homosexualité et paradoxalement – est-ce véritablement paradoxal ? – d’une vie corrompue avec sa compagne, Hélène. Goethe redonnera vie à ce personnage dans la seconde partie de son futur Faust de manière plus poétique. Luther, dans ses Tischreden (propos de table) le mentionna, allant jusqu’à le surnommer, beau-frère du diable.
7Voilà pour l’anecdote littéraire qui nourrit Γ l’Urfaust (1436 vers complétés d’une centaine de lignes de prose).
8En 1798, Goethe reprit le sujet avec une toute autre pensée. Il développa bien une ligne philosophique à propos de morale, de mensonge, de duplicité, etc., mais deux nouvelles approches firent leur apparition : une dimension cosmique et une démarche alchimique où l’on est en droit de penser que Goethe lui-même se mit en scène en délivrant à la postérité une vision de sa propre transmutation par son décès. En effet, il interdit que l’on ouvrit le manuscrit de son Faust (2e partie) avant sa mort ; notons que la première compte 4615 vers et la seconde 12111.
9En avant texte, il adresse une dédicace de 32 vers à ses amis disparus se terminant par : « Ce que je possède, je le vois éparpillé quand ce qui est disparu devient pour moi réalité ». Phrase sibylline ou phrase de très claire implication dans la motivation de sa recherche.
10Au début de la première partie de sa tragédie, dont l’ensemble reprendra les péripéties de l’Urfaust, il présente un prologue dit sur le Théâtre. C’est dans Nietzsche que l’on peut trouver l’explication de la lecture de ce prologue car celui-ci montre dans la Naissance de la Tragédie que cette dernière n’est qu’opposition entre deux forces principielles : celles dépendant d’Apollon, celles dépendant de Dionysos. Précisément, ce prologue met en présence un poète c’est-à-dire celui qui crée l’Art, un bouffon du roi qui raille, et un directeur de théâtre (Goethe lui-même, en quelque sorte). Ces trois personnages placés là sont hors du contexte théâtral à venir. Le directeur leur demande de ne plus tergiverser et de créer eau, feu, montagnes et animaux et dans le cercle étroit de la scène de décrire pas à pas, minutieusement, le cercle entier de la création qui mène du Ciel aux Enfers en passant par l’univers.
Le pari de l’homme bon
11Ce seront donc deux principes, l’un solaire : apollinisme et l’autre, dionysiaque : l’exubérance de la vie, qui animera les marionnettes (dont Goethe a la passion), c’est-à-dire les personnages de l’œuvre. Si les cinq premiers qui paraissent dans le ciel sont les anges Raphaël, Gabriel et Michaël, suivis de Dieu et de Méphistophélès (celui qui aime le méphitique, le sulfureux), les derniers présents à la fin de l’œuvre, beaucoup plus nombreux seront des anges, des religieux, des enfants, une Mater Dolorosa et Gretchen (Marguerite) répartis dans des anfractuosités de la montagne. Pendant ce premier tableau dit Prologue dans le ciel, Dieu propose un pari à Méphisto concernant Faust, le savant alchimiste. « Emmène-le où tu veux pendant sa vie terrestre mais il est un homme bon et toutes les turpitudes dans lesquelles tu le mèneras ne l’empêcheront pas de revenir vers moi », lui dit-il. Pari tenu. Faudra-t-il arrêter le temps ? pense Méphisto. Est-ce imaginable pour les hommes de penser y parvenir lorsqu’ils atteignent un bonheur, autrement que par la mort qui rend éternel l’instant où ils l’atteignent, montrant ainsi qu’elle seule peut délivrer du pacte inné avec le mal et le désordre, par le pourrissement avant métamorphose ? Si l’homme n’y parvient pas, Méphistophélès sera-t-il capable de lui en donner l’illusion au point qu’il se damne ?
12La réponse sera délivrée à la fin de l’œuvre. Seul l’éternel féminin, donc l’amour, nous porte à l’élévation, au non-dit, à l’incréé, à l’incréable et permet de rejoindre un monde idéel, fait de principes, par définition imputrescibles, hors du temps.
13Goethe avait une passion pour les enfants, il l’a exprimée souvent, en particulier dans Werther. Il les sentait proches de l’univers archétypal de l’humanité, cet Urprinzip en lequel tout était en germe. Faust redevenant jeune est une métaphore. Considérons que l’âge où le ramène Méphisto n’est jamais donné. Cependant, à sa première rencontre avec Marguerite, celle-ci lui précise qu’elle n’est pas demoiselle. Cela la situe à une post-adolescence qui est probablement aussi celle du jeune Faust. En quelque sorte, il devient l’Urmensch (l’humain) de ce qui sera un jour le vieux docteur Faust.
14Pour Goethe, la métamorphose est l’expression visible de tout ce qui existe. Elle concerne aussi bien la modification des minéraux, la croissance des plantes, la nymphoïsation des insectes ou le cycle embryon versus enfant nouveau-né. Par conséquent la pensée elle-même ne peut être fixée par un travail de laboratoire, par exemple celui du vieux Faust. Son retour en arrière étant une manifestation opposée aux lois de la Nature ne peut être que mystification.
15De la même façon, Newton et ses lois immuables lui sont incompréhensibles ; si elles ont une pertinence, ce ne peut être que momentanément et dans un lieu circonscrit, hors du contexte universel, donc insuffisantes.
16Pour l’alchimiste, Goethe ou Faust, au choix, il faut chercher à comprendre des lois cosmogoniques, lisibles dans l’évolution de la nature, qui permettent d’entrer dans un raisonnement plus vaste menant à la compréhension du Tout céleste. Il est persuadé que cet « essentiel », ce Graal, cet or philosophal, ne peut se trouver à l’intérieur d’un rationalisme étroit et peut se découvrir dans l’observation de la matière si celle-ci est interrogée au plus profond et d’une manière parallèle à la science.
17Ce pari en cours sur le bien et le mal s’avère être une duperie car la notion de bien ou de mal n’est pas du fait d’une expression scientifique et dénombrable, qui saurait arrêter un temps absolu. La morale est affaire de chacun selon ses capacités et l’ Urzeit n’est pas une aire sur laquelle elle peut jouer. Il est un X où tout commence : « Am Anfang war dit Tat » (Faust I) (Au commencement fut l’action) où se trouve paradoxalement un ’incognitif’ qui explique la signification du tout. Une sorte de lieu sans lieu où Beethoven, comme un Dieu, placerait tous ses silences.
Bouleversement de la pensée (Metanoïa)
18La nature nous donne accès à la compréhension de cet instant mythique au printemps, lorsque tout renaît. Faust, comme la Divine Comédie de Dante, commence la veille de Pâques. Pour un alchimiste, la conjonction de planètes en mouvement perpétuel indique le moment impalpable où le travail menant à la Pierre philosophale doit débuter.
19Ce moment, comme d’ailleurs le choix des matériaux que l’Adepte utilise en considérant le rythme de « corrodation » des minéraux, est précieusement choisi grâce à des connaissances, un savoir intime acquis pendant son apprentissage grâce à son vivifiant daïmon, force positive qui, pense Goethe, comme Socrate avant lui, habite chaque être humain.
20Méphisto, le ramenant à la jeunesse lui offre un mirage qui fera croire à Faust que son daïmon le mènera vers le bonheur absolu mais Méphisto n’a pas le pouvoir de création. Il ne peut que montrer des effets virtuels, des programmations privés de tous sentiments, d’amour ou de haine, uniquement là pour détruire ou dissoudre toute humanité véritable ; cette action dissolvante mène Faust et tout ce qui lui est proche à sa perte si un réveil n’intervient pas.
21Puisque pour le héros de l’œuvre tout ce qui se passe n’est qu’illusion permanente, les êtres et les choses disparaissent sans interrompre jamais une action que l’on sent étrangère à ce qui se passe : mort de Valentin, mort de Marguerite, mort d’Euphorion, son fils, fruit de ses amours avec Hélène de Troie qui s’évapore entre ses bras, mort de Philémon et de Baucis et finalement son propre décès n’interrompent pas sa volonté de faire le Bien pour l’humanité, enjeu du pari. Cela pose la question : De quoi nous parle-t-on vraiment ?
22Un chœur mystique termine l’ouvrage par : « Toute chose périssable n’est que symbole, l’Irréalisable devient ici événement réel. » Oubliés, les « souffleurs » accourus à l’aide de Méphisto, pseudo savants qui diffusent une fausse connaissance. Selon la formule, la réalité a dépassé la fiction.
23Il aurait donc fallu à Goethe toute une vie et plus de 16 700 vers pour raconter une histoire abracadabrante où des anges, des saints, des sorcières, des rameaux d’oliviers, des singes parleurs, des savants grecs, des personnages mythologiques et bien d’autres encore qui donneraient un vertige – ce qu’elle ne manque pas de faire pour qui n’aurait pas lu Prévert – pour dire que le bien est bien et le mal est mal. Ou il est infantile, ou il est un génie. Dans le premier cas l’œuvre ne vaut pas celles de la comtesse de Ségur et de son chat Minon, dans le second cas Goethe nous montre autre chose.
24Il est nécessaire, soit de chercher quel est le but de ce travail immense, soit de s’endormir dans l’image d’un père racontant des histoires destinées à plonger ses enfants dans une léthargie profonde et là, le lecteur est amené à inventorier l’univers hétéroclite qui lui est décrit à longueur de page et rien, à part la voie alchimique ne peut le satisfaire vraiment. Nous l’avons dit, Goethe est profondément marqué par un an et demi d’études concernant cette philosophie opérative dispensée par Susanna von Klettenberg et le docteur Friedrich Metz, inspirée de Paracelse, qui parvint à le sauver de la mort. Ici, il trace et lègue à l’humanité par son Faust, un cheminement personnel qui peut, pour qui sait lire, être une voie de recherche menant à la Connaissance.
25Et si la science, par exemple physique, n’existait vraiment qu’en tant que définition, donnée par Paul Valéry : « Il ne faut appeler science que l’ensemble des recettes qui réussissent toujours. » Toujours ? Ainsi que fut le temps absolu de l’alchimiste humoriste Newton qui ne dépassa pas 300 ans. Envolée, la rambarde au-dessus du vide, profond comme l’œil de Dieu. Heureusement, Pascal a inventé la calculette.
26L’univers peut de nouveau chercher asile dans OUI ou NON. Le « sachant », n’oublierait-il pas la musique de son estomac ? Ou celle de son cerveau ? Loin d’être, dit-on, employée en totalité mais façonnée dès l’enfance par trois nombres : 1+2=3 (1 étant Dieu ou ce qui lui ressemble) limitant le permis de chasse intellectuelle vers un ailleurs ; malheur à qui s’autoriserait un pas de côté. Grâce à Athéna, qui sait de quoi elle parle, ce qui nous sauve probablement encore c’est l’hypothèse que seuls 10 % du cerveau seraient utilisés. Et si cela était faux ? Mais alors en quoi une hypothèse de 60 ou 80 ou 100 % serait-elle plus juste, puisque ne sachant pas ce que signifie 10 %, on ne voit pas bien ce que pourrait signifier 100 %.
Le legs de l’œuvre de Goethe
27L’alchimie est une recherche qui utilise d’autres moyens d’investigation que l’utilisation des symboles mathématiques dont la logique a été battue en brèche par Kurt Gödel et son théorème de l’incomplétude, qui a favorisé longtemps l’élaboration de synapses autorisant l’être humain à se demander comment marche un chien, juste avant de se croire obligé de le tuer et d’en découper les muscles pour comprendre. Avec Faust, Goethe afin de démontrer la marche en marchant, lègue son œuvre en deux parties, écrites à l’instar de l’Ancien et du Nouveau Testament, à ceux qui voudront le suivre dans la voie initiatique de l’alchimie.
28Dès après le pari du prologue concernant l’homme bon, commence la tragédie. Première פartie. Goethe situe ce début avant Pâques (pour le christianisme, ce serait l’équivalent de la semaine Sainte dont le symbolisme serait ici tout autre et devient pour l’alchimiste la mise en « creuset » de la matière, puis sa trituration suiviק du feu de l’athanor. Pour l’Adepte de cette discipline, les épreuves doivent mener après bien des erreurs, des errances, des pulsions érotiques, des souffrances de recherche, à la réalisation suprême de la rénovation de la nature par le travail sur la matière. INRI ne signifie-t-il pas : Igne Natura Renovatur Integra (Par le feu la nature renaît ou se régénère) ?
29Il s’agit ici d’abandonner sa peau de vieil homme, de mettre au feu la tourbe, de la cuire et de la tourmenter. La rencontre par cercles labyrinthiques d’un petit chien noir qui s’avère être Méphisto – le chien, comme la couleur noire sont insignes des forces telluriques – l’ros nécessaire pour que l’Œuvre continue grâce à l’adolescente Gretchen (qui deviendra Marguerite), symbole du tissage, donc d’un fil d’Ariane, sont là une suite logique qui est sensible à la démarche et au vocabulaire alchimique. Pour cette première nuit de Walpurgis qui nous est proposée ensuite, elle se déroule dans l’Enfer chrétien dont Méphisto est le maître et où le bien et le mal sont aisés à définir. Elle précède l’infanticide que Marguerite commettra sur son fils – celui de Faust – en le noyant. La mère sera décapitée. Or, le caput mortem est le signe alchimique du début de la putréfaction bénéfique, une étape de l’Œuvre.
30Deuxième partie. Basculement dans un monde encore plus irréel que la première partie en cinq actes. Dès l’abord, la présence d’Ariel, esprit de l’air, annonce un monde historico-ésotérique d’Empereur, de Fou, d’Astrologue où les textes qu’ils prononcent font immanquablement penser au symbolisme du tarot. On vivra un retour au laboratoire du commencement de l’ouvrage où le disciple de Faust, mal instruit dès le début par Méphisto, poursuit des travaux inutiles et sans fin. C’est la marque d’une pause dans la recherche par motif de mauvaise préparation. Faust, paraît, habillé en chevalier (au sens de la Cabale chrétienne) mis en présence d’Hélène de Troie, obtient d’elle un enfant, Euphorion, qui meurt dans les flammes, comme le fils de Marguerite est mort dans l’eau.
31Nous assistons aussi à une visite extrêmement mouvementée des Enfers grecs à l’occasion d’une nuit de Walpurgis classique où Méphisto se sent perdu dans un monde où aucun des symboles connus de lui n’a de sens, où il se croit obligé de se transformer en vieille femme édentée pour être admis par ce peuple mythologique où passent les Furies.
32Pour services rendus, Faust reçoit un terrain marécageux qu’il décide d’assécher afin de construire une ville destinée au bonheur des hommes.
33Avant de disparaître, Faust, devenu aveugle dit enfin au temps : « Verweile dich, du bist so schön » (Arrête-toi, tu es si beau). Méphisto croit qu’il a gagné puisque l’Illusion a été parfaitement intégrée par le héros malheureux. Il se penche alors au dessus de la tombe pour guetter cette âme qu’il convoite afin de la récupérer avant que Dieu ne s’en empare. C’est alors que de jolis anges qui tournent autour de lui lui font perdre la tête (n’oublions pas qu’il est lui-même un ange déchu). Mircea Eliade a d’ailleurs écrit un livre sur Méphisto androgyne. C’est le moment idéal pour que l’âme de Faust s’envole vers Dieu, c’est-à-dire que la réalisation de l’Œuvre est arrivée à son terme
34Ceci pourrait ressembler à une pirouette de Goethe mais il faut plutôt y voir l’importance de la communion du daïmon individuel avec l’universel et l’inutilité d’user de formules aussi savantes qu’elles soient pour vérifier si l’on est ou non sur la voie de la Vérité. Seules les épreuves comptent. Elles sont la marque de la métamorphose, elles sont la Vie qui va à reculons vers un avenir que personne ne peut connaître.
La démarche de Goethe
35Goethe nous a proposé une méthode. Grâce à elle, chacun peut travailler en suivant minutieusement le cercle circonscrit, ainsi que le recommande le directeur de théâtre du premier Prologue, c’est-à-dire apprendre à lire, discipline qui ne peut s’exécuter que crayon à la main et sous lumière adéquate. Dans Egmont, Goethe écrit : « Là où cet élément démonique apparaît le plus effrayant, c’est quand il se montre prépondérant chez tels ou tels hommes. Ceux-ci se reconnaissent rarement par la bonté du cœur mais d’eux sort une force prodigieuse. La masse est attirée vers eux. » Sinistre mémoire. Poète visionnaire.
36Fasse que la Science vraie – celle des saisons qui changent – ne constitue pas l’essentiel de cette masse là ou sinon il se pourrait bien que la nuit de Walpurgis (le ler mai) ouvre une porte vers un trou noir dont l’humanité ne ressortirait, si elle en ressort, que sous la forme d’une Fontaine Blanche bien avant les temps prévus. Aucun savant ne peut assurer qu’il ne boira jamais de son eau.