Richard Barber, Edward III and the Triumph of England. The Battle of Crecy and the Company of the Garter, Londres, Allen Lane (Penguin Books), 2013, XXII + 650 p.
Pages 413f à 489f
Citer cet article
- LACHAUD, Frédérique,
- Lachaud, Frédérique.
- Lachaud, F.
https://doi.org/10.3917/rhis.152.0413f
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- Lachaud, F.
- Lachaud, Frédérique.
- LACHAUD, Frédérique,
https://doi.org/10.3917/rhis.152.0413f
1 Les travaux de Maurice Keen et Juliet Vale ont permis de mieux connaître la culture militaire anglaise du XIVesiècle ; la monographie de Hugh Collins sur l’histoire de la Jarretière, parue en 2000, levait aussi de nombreuses incertitudes sur la composition de cet ordre fameux. L’ouvrage de Richard Barber ne poursuit pas les mêmes ambitions, mais parvient à prendre en considération les dernières avancées de la recherche et à les mettre à la portée d’un large public, dans un style agréable et clair, tout en soulignant un certain nombre de points qui n’ont peut-être pas suffisamment été mis en valeur par les spécialistes. Dans une étude qui porte avant tout sur le règne d’Édouard III, R. Barber alterne les développements purement factuels – sur la période de minorité, sur la campagne de Crécy, celle de Poitiers – et des chapitres thématiques sur la culture chevaleresque et militaire. Deux dossiers iconographiques – qui comportent notamment une étonnante représentation (tirée du ms. Egerton 3277 de la British Library) qui montre Philippe V de France transmettre l’épée qui symbolise le royaume de France à Édouard III en armure chevauchant un lion, alors que Philippe VI, en habit civil, semble vouloir se mettre à l’abri –, plusieurs annexes et un index viennent compléter cet ouvrage qui pourra certainement rendre de grands services aux étudiants.
2 R. Barber souligne le rôle politique, social et culturel des tournois, dont il parvient à donner une idée grâce aux récits des chroniqueurs et à la comptabilité financière de l’Hôtel royal. Ce furent sans doute les leçons tragiques du règne d’Édouard II qui incitèrent, presque instinctivement, le jeune Édouard III à se considérer comme une sorte de primus inter pares, refusant le système des favoris, mais conduisant un groupe de magnats et de chevaliers notamment par le biais des divertissements chevaleresques. Lui-même choisit à plusieurs reprises de se montrer dans les tournois comme un simple chevalier du nom de Lionel, dans lequel il ne faut pas voir, selon l’auteur, le cousin de Lancelot, mais le « petit lion », le jeune comte de Chester que fut Édouard avant d’accéder au trône. Ces tournois avaient une forte coloration politique. Ce fut en particulier le cas des tournois londoniens, qui jouèrent un rôle majeur, comme dans les Pays-Bas, dans le rapprochement délibéré des élites civiques et de l’aristocratie terrienne ; mais ils pouvaient également servir à célébrer des victoires militaires, comme celle d’Halidon Hill (1333) sur les Écossais, qui fut suivie de plusieurs tournois qui avaient tout du triomphe romain. L’annonce en janvier 1344 du projet de créer une grande Table ronde, qui aurait rassemblé 300 chevaliers, prend place dans le contexte de la diffusion de la culture arthurienne et vient s’inscrire dans une tradition bien établie dès le second quart du XIIIesiècle. Mais, à l’opposé de sa mère Isabelle, Édouard III n’était pas lui-même grand amateur des romans arthuriens, ayant plutôt une perception « historique » du personnage d’Arthur, par l’intermédiaire de Geoffrey de Monmouth. L’annonce de 1344 fut suivie d’une campagne de constructions au château de Windsor, pour y établir une domus de cette Table ronde. Les fondations de cette domus – dont les travaux furent presque aussitôt arrêtés par la guerre avec la France – ont été retrouvées lors d’une campagne de fouilles en 2006 et témoignent de l’ampleur de ce projet mort-né. À la place, ce fut la refondation en août 1348 des chapelles jumelles de Saint-George au château de Windsor et de Saint-Stephen à Westminster qui signalèrent le désir du roi d’établir des fondations religieuses, dont l’une, celle de Windsor, devait être étroitement associée au patronage de la chevalerie. Il semble que ce soit également entre avril 1348 et le début de l’année 1349 qu’un certain nombre de compagnons furent choisis pour une « compagnie de la Jarretière », dont R. Barber rappelle à juste titre qu’elle ne reçut l’appellation d’« ordre » que sous le règne d’Henri V. Le choix de la jarretière comme insigne de cette compagnie ou fraternité demeure mystérieux, mais elle a bien l’apparence d’un cingulum militiae miniature ; quant à la devise, « Hony soit qui mal y pense », l’auteur suggère d’y voir un écho de la perte de son honneur par la noblesse française à la suite de sa défaite sur le champ de bataille de Crécy. Pour comprendre ce qu’était la compagnie de la Jarretière, il faut la mettre en regard des autres fondations de ce type, et notamment de celles de Jean, duc de Normandie puis roi de France, mais on doit rappeler qu’elle eut la longévité la plus significative, ce qu’il faut sans doute mettre en rapport avec le rôle essentiel joué par ses premiers membres dans les victoires militaires anglaises des décennies 1340 et 1350. Il fallut toutefois la refondation de la compagnie en ordre par William Bruges, roi d’armes de la Jarretière, sous l’égide du roi Lancastre, pour que la Jarretière puisse s’adapter aux nouvelles conditions de la culture militaire du XVesiècle.
3 Frédérique LACHAUD