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Compte rendu

Cédric Michon (dir.), Conseils & conseillers dans l’Europe de la Renaissance, v. 145 – v. 1550, Rennes-Tours, Presses Universitaires de Rennes, « Renaissance » – Presses Universitaires François Rabelais, 2012, 467 p.

Pages 932k à 933k

Citer cet article


  • Gellard, M.
(2014). Cédric Michon (dir.), Conseils & conseillers dans l’Europe de la Renaissance, v. 145 – v. 1550, Rennes-Tours, Presses Universitaires de Rennes, « Renaissance » – Presses Universitaires François Rabelais, 2012, 467 p. Revue historique, 672(4), 932k-933k. https://doi.org/10.3917/rhis.144.0913k.

  • Gellard, Matthieu.
« Cédric Michon (dir.), Conseils & conseillers dans l’Europe de la Renaissance, v. 145 – v. 1550, Rennes-Tours, Presses Universitaires de Rennes, “Renaissance” – Presses Universitaires François Rabelais, 2012, 467 p. ». Revue historique, 2014/4 n° 672, 2014. p.932k-933k. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2014-4-page-932k?lang=fr.

  • GELLARD, Matthieu,
2014. Cédric Michon (dir.), Conseils & conseillers dans l’Europe de la Renaissance, v. 145 – v. 1550, Rennes-Tours, Presses Universitaires de Rennes, « Renaissance » – Presses Universitaires François Rabelais, 2012, 467 p. Revue historique, 2014/4 n° 672, p.932k-933k. DOI : 10.3917/rhis.144.0913k. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2014-4-page-932k?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.144.0913k


1 Après avoir rassemblé les notices biographiques de 43 conseillers de François Ier en 2011, Cédric Michon étend le champ de ses investigations sur le Conseil et les conseillers à l’Europe entière et à une période plus vaste qui s’étend du milieu du xve au milieu du xvie siècle environ. Les différentes contributions traitent ainsi de l’Angleterre des Tudor (S. Gunn), des pays de langue française (royaume de France – C. Michon – et duché de Bourgogne – J.-M. Cauchies), des différentes possessions des Habsbourg (J. Martínez Millán et H. Noflatscher), du Portugal (R. Costa-Gomes), de l’Italie (Naples – G. Muto – et Milan – P. Savy – avant la domination espagnole), de la Hongrie (D. Harai) et de l’empire ottoman (M. Kunt et Z. Nevin Yelçe). Comme le regrette C . Michon, il manque des études sur le Danemark, la Suède ou la Russie, tandis que plusieurs États italiens et allemands sont absents, mais les espaces couverts par l’ouvrage sont déjà suffisamment vastes pour nourrir des comparaisons fructueuses, d’autant que l’introduction et l’essai conclusif s’attèlent à cette tâche de manière détaillée. Outre la qualité des différentes contributions, l’intérêt de l’ouvrage réside justement dans cet effort de synthèse qui montre par ailleurs combien l’entreprise dans son ensemble doit à la réflexion de C. Michon, dont les deux ouvrages qu’il a dirigés en quelques années sur le sujet proposent une manière intéressante et efficace d’organiser la recherche collective et de la coordonner avec une recherche personnelle. Les Conseillers de François Ier comme Conseils & conseillers dans l’Europe de la Renaissance articulent en effet les contributions de spécialistes éminents et d’assez longs essais synthétiques que C. Michon produit seul. Cela lui permet de traiter ses problématiques à une échelle autrement plus vaste qu’il n’aurait pu le faire dans le cadre d’un travail de recherche solitaire.

2 Pour tous les territoires envisagés, la période correspond au passage d’un entourage informel de conseillers autour du souverain à un Conseil en voie d’institutionnalisation. C’est l’objet même du livre que d’étudier l’étape décisive de ce processus – qui a parfois commencé longtemps avant le milieu du xve siècle – en étant attentif aux contextes politiques variés et aux différences chronologiques. Malgré les variations, une constante ressort tout de même – à l’exception de la Hongrie qui est la seule monarchie élective étudiée dans l’ouvrage –, à savoir le fait que ce siècle à cheval sur le Moyen Âge et les temps modernes est celui d’un avantage certain du prince face à son Conseil. Ainsi, de manière paradoxale, le Conseil qui s’institutionnalise dépend aussi de plus en plus fortement de la volonté personnelle du souverain et les conseillers qui y sont nommés le sont d’abord et avant tout en fonction des liens personnels qui les unissent au monarque. Cette institutionnalisation imparfaite et cette omniprésence du prince permettent donc de saisir combien la formation de l’État moderne est plus subtile que le passage d’un État domestique à un État bureaucratique.

3 Parce que l’entrée au Conseil dépend avant tout de la faveur du prince, ceux qui y ont un rôle prééminent sont souvent ceux qui occupent une place centrale à la Cour et les divisions au sein du premier sont d’ailleurs souvent celles qui divisent la seconde. L’Hôtel du roi et le Conseil jouent donc un rôle central et souvent complémentaire dans la vie politique à la Renaissance et les courtisans sont de plus en plus souvent amenés à endosser une responsabilité bureaucratique au sein du Conseil, leur présence lors des réunions de celui-ci devenant un signe de faveur au même titre que l’attribution d’un office domestique. Cet aspect se retrouve d’ailleurs dans la figure du protecteur du Conseil : favori du prince, choisi par ce dernier pour présider le Conseil et servant de ce fait d’intermédiaire entre le premier et le second, il occupe souvent en parallèle un place centrale à la Cour dans la redistribution des faveurs à mesure que son rôle politique s’affirme.

4 L’ouvrage s’intéresse donc autant au Conseil – c’est-à-dire au Conseil restreint – qu’aux conseillers, le terme étant pris dans un sens restrictif, puisque ne sont pas envisagés tous les personnages qui portent le titre de conseiller, mais uniquement ceux qui ont régulièrement siégé au conseil et qui ont ainsi participé à la prise de décision.

5 Le nombre de nobles reste élevé dans les différents Conseils européens, même s’il ne s’agit pas toujours de la noblesse la plus puissante. Ce rôle essentiel de la noblesse prouve combien la formation de l’État moderne repose sur la collaboration entre les nobles et le prince. La domination foncière ne suffit plus à faire la puissance nobiliaire et les grands seigneurs se doivent d’être présents à la Cour et appelés au Conseil, mais il ne faut pas interpréter cette vérité dans le sens d’une perte de pouvoir de la noblesse. Au contraire, si les nobles dominent les Conseils c’est bien que les princes ont besoin de leurs réseaux locaux. Le Conseil apparaît dès lors comme un point de contact, non seulement entre le prince et les élites, mais aussi entre la monarchie et les provinces, le centre et les périphéries.

6 Cette prééminence de la noblesse ne doit cependant pas faire oublier qu’il y a de plus en plus d’hommes nouveaux dans tous les Conseils à travers l’Europe. Ce sont d’abord des juristes, choisis par le prince parce qu’ils cumulent compétence technique et fidélité/dépendance (théorique) à son égard. La figure du secrétaire, distincte de celle du juriste, est également centrale puisque leur influence devient partout prépondérante. Cependant, cette influence dépend toujours, elle aussi, de la faveur du prince, et c’est celle-ci et non leur seule compétence technique qui permet aux secrétaires d’acquérir un poids politique de premier plan.

7 En balayant un espace géographique très large et en se fixant sur une période clef de la construction/formation de l’État moderne, Conseils & Conseillers dans l’Europe de la Renaissance apporte donc à la fois une multiplicité d’éclairages nationaux de grande qualité, mais également une synthèse complète sur le principal organe de gouvernement à la fin du xve et au début du xvie siècle et sur les hommes qui le composent. L’ouvrage entretient évidemment un lien organique avec le précédent, Les Conseillers de François Ier, qui posait, dans un cadre chronologique et géographique plus restreint, un certain nombre d’hypothèses de travail qui sont ici explorées de façon plus systématique. Avec leurs ambitions et leurs caractéristiques propres, ces deux ouvrages proposent une réflexion précieuse pour des historiens qui travaillent sur des sujets aussi divers que la genèse de l’État moderne, les institutions, la société politique, la Cour, la noblesse ou les élites politiques à la fin du Moyen Âge et au début de l’époque moderne.

8 Matthieu Gellard


Date de mise en ligne : 11/12/2014

https://doi.org/10.3917/rhis.144.0913k