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Compte rendu

Prisonniers de l’Empire céleste, Le désastre de la première ambassade portugaise en Chine. Récits et témoignages portugais et chinois (1517-1524), textes édités par Pascale Girard et João Viegas, Paris, Chandeigne, 2014, 351 p.

Pages 913l à 935l

Citer cet article


  • Thanh, H.-V.
(2014). Prisonniers de l’Empire céleste, Le désastre de la première ambassade portugaise en Chine. Récits et témoignages portugais et chinois (1517-1524), textes édités par Pascale Girard et João Viegas, Paris, Chandeigne, 2014, 351 p. Revue historique, 672(4), 913l-935l. https://doi.org/10.3917/rhis.144.0913l.

  • Thanh, Hélène Vu.
« Prisonniers de l’Empire céleste, Le désastre de la première ambassade portugaise en Chine. Récits et témoignages portugais et chinois (1517-1524), textes édités par Pascale Girard et João Viegas, Paris, Chandeigne, 2014, 351 p. ». Revue historique, 2014/4 n° 672, 2014. p.913l-935l. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2014-4-page-913l?lang=fr.

  • THANH, Hélène Vu,
2014. Prisonniers de l’Empire céleste, Le désastre de la première ambassade portugaise en Chine. Récits et témoignages portugais et chinois (1517-1524), textes édités par Pascale Girard et João Viegas, Paris, Chandeigne, 2014, 351 p. Revue historique, 2014/4 n° 672, p.913l-935l. DOI : 10.3917/rhis.144.0913l. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2014-4-page-913l?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.144.0913l


1 Cet ouvrage est un dossier documentaire, rassemblant des témoignages portugais et chinois sur un épisode peu connu des relations entre Europe et Asie, à savoir le début des contacts officiels entre Portugais et Chinois à partir de 1511. La rencontre se termine dramatiquement puisque vingt-trois Portugais sont exécutés à Canton en 1523, tandis que la Chine se ferme au grand commerce maritime.

2 Cette première ambassade portugaise en Chine s’inscrit dans le contexte de l’installation des Portugais en Asie, qui commence en 1498 avec l’arrivée de Vasco de Gama à Calicut. Dès 1510, les Lusitaniens conquièrent Goa qui devient la capitale de l’Estado da Índia et s’insèrent rapidement dans les réseaux commerciaux locaux, au besoin par la force. La prise de Malacca en 1511 marque un tournant dans la progression des Portugais vers l’Extrême-Orient et leur ouvre la possibilité de commercer et de nouer des relations diplomatiques avec l’Empire du Milieu. Le premier Portugais à fouler le sol chinois en 1513 est Jorge Álvares, comptable de la factorerie (l’entrepôt commercial) de Malacca. Les relations prennent une tournure plus officielle avec le départ en 1517 d’une ambassade sur ordre du roi Manuel Ier. Celle-ci est conduite par le capitaine Fernão Peres de Andrade et Tomé Pires, apothicaire et auteur de la Suma Oriental, un précis de géographie économique de l’Asie du Sud-Est. En septembre 1517, l’ambassade parvient à Canton, où elle est accueillie par les autorités locales, avant de partir pour Pékin en janvier 1520. Sur la route, les Portugais sont reçus à Nankin par l’empereur Zhengde, avant d’atteindre la capitale en 1521. Mais dès l’automne 1520, les rapports se dégradent entre les deux parties : une ambassade conduite par des Malais vient demander des sanctions contre les Portugais ayant conquis Malacca, tandis que deux censeurs du Guangdong font parvenir à la cour des rapports très défavorables aux nouveaux venus, soulignant leur mépris des lois de l’empire et leur violence à l’encontre des autres marchands. La mort de l’empereur Zhengde en avril 1520 complique encore la tâche des Portugais qui rentrent à Canton en septembre 1521 pour y être emprisonnés par les autorités chinoises. En septembre 1523, à la suite d’une sentence impériale, vingt-trois des prisonniers portugais qui restaient du groupe initial sont exécutés à Canton, tandis que Tomé Pires meurt de maladie en prison l’année suivante. La première ambassade portugaise en Chine se termine donc sur un échec cuisant pour les Lusitaniens. Ces derniers finissent néanmoins par nouer des contacts commerciaux avec l’Empire du Milieu grâce à leur installation à Macao dans les années 1550.

3 Les textes ici rassemblés et traduits visent à fournir un récit à plusieurs voix de cette première rencontre entre Portugais et Chinois et à comprendre les raisons ayant conduit à l’échec de l’ambassade. En croisant les témoignages des deux parties, l’ouvrage cherche, d’une part, à comprendre comment Portugais et Chinois se perçoivent réciproquement et à déterminer leurs objectifs distincts, et d’autre part, à souligner la diversité des acteurs à l’intérieur même de chaque camp. Les textes font ainsi apparaître de part et d’autre des réseaux complexes de marchands, d’aventuriers ou de fonctionnaires. Surtout, ils révèlent l’impossible conciliation des points de vue entre des Portugais, persuadés de conduire une véritable ambassade, et des Chinois déniant ce statut à la délégation conduite par Tomé Pires. Les Portugais proposent aux Chinois un traité d’amitié, ce qui suppose une égalité entre les partenaires, mais cette requête n’a aucun sens aux yeux des Chinois qui ne reconnaissent que l’existence de pays tributaires. Les nouveaux venus sont également perçus comme menaçants au point d’aboutir à la constitution en Chine d’une véritable légende noire des Portugais, accusés notamment d’anthropophagie.

4 Pour reconstituer cette histoire à multiples facettes, le dossier documentaire associe des sources portugaises, italiennes et chinoises, mais il cherche également à mettre en parallèle des témoignages directs de l’ambassade et des documents plus tardifs dans le but de montrer comment se construit la mémoire autour de cet événement. L’ouvrage rassemble donc des lettres des prisonniers de Canton, bien connues des historiens et conservées à Lisbonne et à Paris et dont il n’est parvenu que des copies, mais également une lettre du marchand toscan Giovanni da Empoli, rédigée à Lisbonne en 1515, dans le but d’éclairer les réalités économiques du terrain asiatique. Des extraits de la Suma Oriental (1515) de Tomé Pires et des Décadas da Ásia du chroniqueur João de Barros (1563) fournissent un éclairage littéraire sur les événements. À côté des témoignages portugais, le dossier présente l’intérêt d’offrir le point de vue des non-Européens grâce à la traduction de sources chinoises. Ces dernières sont hétérogènes, rassemblant des extraits d’annales de règne, un passage de l’Histoire officielle des Ming ou encore des extraits d’œuvres plus littéraires. Elles ont en commun leur caractère compilatoire et elles ne sont donc pas des sources de première main. Elles permettent néanmoins de fournir un contrepoint intéressant aux documents portugais tout en soulignant les divergences au sein du monde chinois sur l’arrivée des Lusitaniens.

5 Les textes sont accompagnés d’une solide introduction, rédigée par P. Girard, qui replace les documents dans leur contexte et fournit un éclairage sur les sources chinoises. L’ensemble s’enrichit de plusieurs illustrations, tandis que l’appareil critique se compose d’importantes notes regroupées à la fin du livre et d’une bibliographie. Nul doute que cet ouvrage sera d’un grand intérêt pour tous ceux qui s’intéressent aux relations entre l’Europe et l’Asie et qui souhaitent sortir d’un regard trop européocentré sur les événements pour accéder au point de vue chinois.

6 Hélène Vu Thanh


Date de mise en ligne : 11/12/2014

https://doi.org/10.3917/rhis.144.0913l