Les combattants de Pavie. Octobre 1524 - 24 février 1525
Pages 567 à 596
Citer cet article
- LE GALL, Jean-Marie,
- Le Gall, Jean-Marie.
- Le Gall, J.-M.
https://doi.org/10.3917/rhis.143.0567
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- Le Gall, J.-M.
- Le Gall, Jean-Marie.
- LE GALL, Jean-Marie,
https://doi.org/10.3917/rhis.143.0567
Notes
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[1]
Jean Giono, Le désastre de Pavie (24 février 1525), Paris, Gallimard, « Trente journées qui ont fait la France », 1963, pp. 22, 33, 61-62, 89-90, rééd. « Folio histoire », 2012.
-
[2]
Voir Hervé Drévillon, Batailles. Scènes de guerre de la table ronde aux tranchées, Paris, Seuil, 2007.
-
[3]
Jean-Marie Le Gall, « François Ier roi-chevalier vaincu et captif ou de l’usage de l’éthique chevaleresque pendant l’année de Pavie 1525-1526 », in M. Wrede (dir.), Die Inszenierung der heroischen Monarchie, Munich, 2014, pp. 128-151.
-
[4]
Marino Sanudo, Diarii, éd. R. Fulin, F. Stefani, N. Barozzi, G. Berchet, M. Allegrini, Venise, 1893, t. 37 (désormais Sanudo pour ce t. 37).
-
[5]
Sanudo, op. cit., col. 422, 435, 462.
-
[6]
Juan de Oznaya, « Batalla de Pavia, y prisión del rey di Francia Francisco I » in Colección de documentos inéditos para a historia de España, éd. M. Salva, t. 38, Madrid 1861, p. 355.
-
[7]
Sanudo, op. cit., col. 636.
-
[8]
[Martino Verri], « Narratione del pavese Martino Verri testimonio occulare dei fatti accaduti in Pavia dal 1524 al 1528 », in Il comune dei corpi santi di Pavia, éd. Carlo Dell’Acqua, Pavie, 1877, p. 165 (désormais Verri).
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[9]
On notera que c’est surtout dans les sources allemandes qu’est évoquée la bataille du parc de chasse, Tiergarten, aussi bien dans les chants des lansquenets que dans le récit de Jacob Lod ou du secrétaire de Frundsberg, Adam Reissner ; voir Reinhard Baumann, I Lanzichenecchi. La loro storia e cultura dal tardo Medioevo alla guerra dei Trent’anni (éd. allemande 1994), Milan, Il Giornale, 1996, p. 154 ; Adam Reissner, Historia Herrn Georgen und Herrn Gaspard von Frundsberg, Vatters und Sons, Francfort, 1568.
-
[10]
Mémoires de la vie du maréchal de la Vieilleville, coll. « Mémoires pour servir à l’histoire de France », Ière série, t. 38, Paris, 1838, p. 42.
-
[11]
Voir quatre chants des lansquenets dans Albert Meinhardt (dir.), Der Schwartenhalss : lieder der landskenechte, Leipzig, 1976.
-
[12]
Franciscus Taegio, Candida et vera narratione cronicae Papiae obsidionis, Pavie, 1525. Une traduction italienne aurait paru en août 1525 mais nous ne l’avons pas vue ; outre Verri déjà cité, voir aussi, « Diario inedito dell’assedio e la Battaglia di Pavia », prefazione e note del prof. Antonio Bonardi, Memorie e documenti per la storia di Pavia, anno 1, fascicule I-IV, 1894-1895, Pavie, 1895 (désormais Assedio).
-
[13]
Le terme latin explorator désigne les hommes envoyés en reconnaissance pour cerner les mouvements de l’ennemi. Chez Sanudo, le terme est devenu synonyme d’espion ; voir Paolo Preto, I servizi segreti di Venezia, Milan, Il Saggiatore, 1994, pp. 41-43.
-
[14]
Ces relations quasi quotidiennes sont dans le diaire de Marino Sanudo.
-
[15]
Stéphane Audouin-Rouzeau, Combattre ; une anthropologie historique de la guerre moderne xixe-xxe siècle, Paris, Seuil, 2008.
-
[16]
L’étude des assiégés a été récemment faite par Severin Duc, « L’assedio di Pavia 1524-1525 », in Guido Alfani, Mario Rizzo (dir.), Nella morsa della guerra assedi occupazioni militari e saccheggi in età preindustriale, Milan, Angeli, 2013, pp. 47-73.
-
[17]
Reinhardt Thom, Die schlacht bei Pavia, Berlin, G. Nauck, 1907 (traduit en italien en 1929).
-
[18]
Marco Galandra, L’assedio e la Battaglia di Pavia, Pavie, Luculano, 2005.
-
[19]
Sanudo, op. cit. (n. 4), col. 610.
-
[20]
Robert de La Marck, Mémoires du maréchal de Florange, dit le Jeune Adventureux, éd. Robert Goubaux et Paul-André Lemoisne, Paris, H. Laurens, 1924, t. 2, p. 248.
-
[21]
Franciscus Taegio, Candida et vera narratione, op. cit. (n. 12), f°. c, c3v°, d1v°.
-
[22]
Verri, op. cit. (n. 8), pp. 155, 156.
-
[23]
Sanudo, op. cit., col. 265.
-
[24]
Idem, col. 632, 638.
-
[25]
Letters and Papers Foreign and Domestic of the Reign of Henry VIII, ed. J.S Brewer, Londres, 1870, t. IV, pp. 477-479 (désormais LP).
-
[26]
Sanudo, op. cit. (n. 4), col. 638.
-
[27]
Idem, col. 238.
-
[28]
Jean Giono, Le Désastre de Pavie, op. cit. (n. 1), pp. 4, 10, 17, 29.
-
[29]
Sanudo, op. cit. (n. 4), col. 442-443, 446.
-
[30]
Idem, col, 541-542, 559, 590.
-
[31]
Modène, Archivio di Stato, Lettere di principi esteri, busta 1559/1, pièce 99.
-
[32]
Des arrivées d’argent sont signalées en décembre, en janvier et les informateurs signalent son abondance dans le camp royal. En décembre il abriterait 80 000 ducats. Les paies de soldats sont régulièrement signalées et l’on ne voit aucune mention de mécontentements, à la différence de l’armée impériale : Sanudo, op. cit., col. 323, 327, 363, 387, 466, 477, 518.
-
[33]
Idem, op. cit., col. 577.
-
[34]
Idem, col. 327.
-
[35]
Idem, col. 582.
-
[36]
Idem, col. 125, 154
-
[37]
Sanudo, op. cit. (n. 4), col. 250, 323, 339. Il faut attendre la mi-janvier pour que les lansquenets de Pavie touchent une autre paie, Idem, col. 430, 459.
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[38]
Idem, col. 480.
-
[39]
LP, t. IV (n. 25), p. 445.
-
[40]
Sanudo, op. cit. (n. 4), col. 637.
-
[41]
Idem, col. 438, 496.
-
[42]
Idem, col. 462.
-
[43]
Reinhard Baumann, I lanzichenecchi, op. cit. (n. 9), pp. 102. 135.
-
[44]
Sanudo, op. cit., col. 332, 335.
-
[45]
Idem, col. 379, 408..
-
[46]
Idem, col. 607. Voir aussi la lettre du 3 février du Podestat de Bergame.
-
[47]
Sanudo, op. cit. (n. 4), col. 166, 219.
-
[48]
Idem, col. 301.
-
[49]
Idem, col. 580.
-
[50]
LP, t. IV (n. 25), pp. 465, 485.
-
[51]
Sanudo, op. cit., col. 496.
-
[52]
Idem, col. 631.
-
[53]
Blaise de Monluc, Commentaires (1521-1576), Paris, Gallimard, « La Pléiade », 1961, t. 1, p. 44.
-
[54]
Reinhard Baumann, I lanzichnecchi, op. cit. (n. 9), p. 178.
-
[55]
Sanudo, op. cit. (n. 4), col. 571.
-
[56]
Idem, col. 642.
-
[57]
Martín García Cerezeda, Tratado de las campañas y otros acontecimientos de los ejércitos del imperador Carlos V […], Madrid, 1873, t. 1, p. 114. Voir aussi LP, t. IV (n. 25), p. 465.
-
[58]
Juan de Oznaya, « Batalla de Pavia », op. cit. (n. 6), p. 347.
-
[59]
Voir l’ouvrage de Raffaele Puddu, Il soldato gentiluomo la Spagna del cinquecento, Bologne, Il Mulino, 1982.
-
[60]
Blaise de Monluc, Commentaires, op. cit. (n. 53), t. 1, p. 32 ; Robert de La Marck, Mémoires, op. cit. (n. 19), t. 2, p. 146.
-
[61]
Robert de La Marck, Mémoires, op. cit. (n. 20), t. 2, p. 158.
-
[62]
Martín García Cerezeda, Tratado, op. cit., p. 104-105.
-
[63]
Reinhard Baumann, I lanzichnecchi, op. cit. (n. 9), p. 224.
-
[64]
Idem, p. 224.
-
[65]
Martín García Cerezeda, Tratado, op. cit. (n. 57), p. 120.
-
[66]
Avant la bataille de Ravenne, un capitaine des lansquenets reçut ordre de l’empereur de quitter le camp français, mais par fidélité à Gaston de Foix et à Bayard, la nouvelle ne fut pas ébruitée et ils combattirent dans le camp du roi. Très joyeux, plaisant et récréative histoire du gentil seigneur de Bayard, Paris, 1878.
-
[67]
Meinhardt, op. cit. (n. 11), p. 67, strophe 4, p. 68, strophe 14, p. 70 strophe 12.
-
[68]
Fritz Redlich, The German Military Enterpriser and his Work Force, Wiesbaden, F. Steiner, 1964, t. 1, p. 137.
-
[69]
Franciscus Taegio, Candida et vera narratione, op. cit. (n. 12), f° b3v°.
-
[70]
Martín García Cerezeda, Tratado, op. cit., p. 122.
-
[71]
Mémoires de la vie du maréchal de la Vieilleville, Mémoires pour servir à l’histoire de France, Iere série, t. 38, Paris, 1838, p. 10 ; Reinhard Baumann, I lanzichnecchi, op. cit. (n. 9), p. 142.
-
[72]
Meinhardt, op. cit. (n. 11), p. 70, strophe 19.
-
[73]
Giuliano Procacci, La disfida de Barletta. Tra storia e romanzo, Roma, Mondadori, 2001.
-
[74]
Sanudo, op. cit. (n. 4), col. 176.
-
[75]
Reinhard Baumann, I lanzichenecchi, op. cit. (n. 9), pp. 63-65.
-
[76]
Angus Konstam, Pavia 1525. The Climax of the Italian Wars, Wesport, Osprey Publishing, 2006, p. 73. Meinhardt, op. cit. (n. 11), p. 70, strophe 14.
-
[77]
LP, t. IV (n. 25), p. 518.
-
[78]
Robert de La Marck, Mémoires, op. cit. (n. 20), t. 2, p. 151.
-
[79]
Mémoires de la vie du maréchal de la Vieilleville, op. cit. (n. 10), p. 50.
-
[80]
Sanudo, op. cit. (n. 4), col. 609.
-
[81]
Robert de La Marck, Mémoires (n. 20), t. 2, p. 190.
-
[82]
Sanudo op. cit., col. 272, 339, 553, 554.
-
[83]
Idem, col. 175, 220, 242.
-
[84]
Idem, col. 557, 587.
-
[85]
Juan de Oznaya, « Batalla de Pavia », op. cit. (n. 6), p. 394.
-
[86]
Mémoires de la vie du maréchal de La Vieilleville, op. cit. (n. 10), p. 44.
-
[87]
Denis Crouzet, Charles de Bourbon, connétable de France, Paris, Fayard, 2003.
-
[88]
Meinhardt, op. cit. (n. 11), p. 68, strophe 14.
-
[89]
Sanudo, op. cit. (n. 4), col. 235.
-
[90]
Idem, col. 200-201.
-
[91]
Verri, op. cit. (n. 8), p. 151.
-
[92]
Franciscus Taegio, Candida et vera narratione, op. cit. (n. 12), f° b2.
-
[93]
Sanudo, op. cit., col. 394-395.
-
[94]
Idem, col. 430.
-
[95]
Idem, col. 158, 198.
-
[96]
Verri, op. cit. (n. 8), p. 161.
-
[97]
Sanudo, op. cit. (n. 4), col. 154, 205, 207. À Udine, cette rumeur s’accompagne de celle d’une reddition négociée de Pavie et d’un triomphe du roi de France : Diarii udinensi dall’anno 1508 al 1541 di Leonardo Gregorio Amaseo e Antonio Azio, Venise, 1884, p. 277.
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[98]
Pavie est une ville totalement gibeline, par opposition à Milan. La première famille gibeline est celle de Beccaria. Relazioni degli ambasciatori veneti, série II, t. 5, Florence, 1858, p. 223. Sur la fidélité impériale de la ville, Juan de Oznaya, « Batalla de Pavia », op. cit. (n. 6), p. 321.
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[99]
Sanudo, op. cit. (n. 4), col. 458, 465. Sur les cris et leurs usages, voir Didier Lett, Nicolas Offenstadt (dir.), Oyez ! Haro ! Noël ! Pratiques du cri au Moyen Âge, Paris, Publications de la Sorbonne, 2003.
-
[100]
Le témoignage du Génois et contemporain Giovanni Salvago sur les Pavesans, chiens affamés et enragés (famelici et cani arabiati) sortant le jour de la bataille lutter pour leur « liberazione » est une lecture au prisme politique génois de l’engagement des assiégés : Gênes, Biblioteca della facoltà di economia, fondo Doria di Montaldeo, sac. 417, n. 1912, reg. 1, Giovanni Salvago, Histories di Genova, f° 22v°. Je remercie Carlo Bitossi pour cette référence.
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[101]
Reinhard Baumann, I lanzichenecchi, op. cit. (n. 9), p. 63.
-
[102]
Idem, p. 138.
-
[103]
Fritz Redlich, The German Military Enterpriser, op. cit. (n. 68), t. 1, p. 127.
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[104]
Sanudo, op. cit. (n. 4), col. 84.
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[105]
Un chant de lansquenet évoque 5 assauts. Meinhardt, op. cit. (n. 11), p. 69, strophe 9.
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[106]
Franciscus Taegio, Candida et vera narratione, op. cit. (n. 12), f° d. Voilà les assauts ; 29 octobre, 8 novembre, 13 décembre, 17 décembre, 5 janvier, 7 janvier, 9 janvier.
-
[107]
Assedio op. cit. (n. 12), pp. 6, 9.
-
[108]
Sanudo, op. cit. (n. 4), col. 458.
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[109]
Sanudo, op. cit. (n. 4), col. 407.
-
[110]
Idem, col. 460.
-
[111]
Idem, col. 171, 174, 186, 184.
-
[112]
Franciscus Taegio, Candida et vera narratione, op. cit. (n. 12), f° c3.
-
[113]
« Si a me non incresce la spesa di pagarvi non incresca anco ad voi di aspectare perche voglio avec Pavia senza lassar morir alcuno di voi », Sanudo, op. cit. (n. 4), col. 298-299
-
[114]
Idem, 311.
-
[115]
Idem, col. 128, 134, 359.
-
[116]
Idem, col. 146.
-
[117]
Sanudo, op. cit. (n. 4), col. 604. La prise de San Angelo fut diffusée par aviso : idem, col. 502.
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[118]
Idem, col. 380, 451.
-
[119]
Assedio, op. cit. (n. 12), p. 15.
-
[120]
Sébastien Moreau de Villefranche, « Histoire de la prinse et délivrance du roy, venue de la royne et recouvrement des enfants de France », éd. par L. Cimber, F. Danjou, Archives curieuses de l’histoire de France, Série 1, t. II, Paris, 1835, p. 277.
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[121]
LP, t. IV (n. 25), p. 466.
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[122]
1000 Pavesans sortent attaquer 2500 grisons ; 600 d’entre eux sont tués : Martín García Cerezeda, Tratado, op. cit. (n. 57), p. 103. Le diariste anonyme donne le même chiffre de tués pour cette escarmouche du 14 février : Assedio, op. cit. (n. 12), p. 14.
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[123]
Sanudo, op. cit., col. 588, 601.
-
[124]
Idem, col. 654.
-
[125]
Mantoue, Arch. Gonzaga, E XV-2, 626. Je remercie Laurent Vissière pour cette référence.
-
[126]
Sanudo, op. cit. (n. 4), col. 534.
-
[127]
Idem, col. 438, 455, 470.
-
[128]
LP, t. IV (n. 24), p. 466.
-
[129]
Sanudo, op. cit., col. 567, 568.
-
[130]
Idem, col. 491, 574.
-
[131]
Idem, col. 480 ; « Ma al re si aspecta volendo la vittoria certa di non faré experientia dil suo exercito et commettersi alla fallace fortuna », col. 523.
-
[132]
Sanudo, op. cit. (n. 4), col. 541, 584.
-
[133]
LP, t. IV (n. 24), p. 470.
-
[134]
Sanudo, op. cit. (n. 4), col. 585, 587.
-
[135]
Franciscus Taegio, Candida et vera narratione, op. cit. (n. 12), f° e.
-
[136]
Assedio op. cit. (n. 12), p. 14.
-
[137]
Sanudo, op. cit., col. 643, 646.
-
[138]
Assedio, op. cit., pp. 14, 21.
-
[139]
Korrespondenz des kaisers Karle V, éd. Ch. Lanz, Leipzig, 1844, t. 1, p. 151.
-
[140]
Sanudo, op. cit. (n. 4), t. 38, col. 39.
-
[141]
Robert de La Marck, Mémoires (n. 20), t. 2, p. 228.
-
[142]
Sébastien Moreau de Villefranche, « Histoire de la prinse et délivrance du roy », op. cit. (n. 120), p. 280.
-
[143]
Juan de Oznaya, « Batalla de Pavia », op. cit. (n. 6), pp. 566, 382, 390-391.
-
[144]
Robert de La Marck, Mémoires, t. 2, p. 226.
-
[145]
Jean Giono, Le désastre de Pavie, op. cit. (n. 1), pp. 154, 162-163, 183.
-
[146]
Blaise de Monluc, Commentaires, op. cit. (n. 53), t. 1, p. 43 ; Sébastien Moreau de Villefranche, « Histoire de la prinse et délivrance du roy », op. cit. (n. 120), p. 276.
-
[147]
Robert de La Marck, Mémoires, op. cit. (n. 20), t. 2, p. 241.
-
[148]
L’ambassadeur vénitien à Crémone auprès du duc de Milan rapporte qu’il y a la peste dans le camp français le 11 décembre. Mais, tributaire des informations impériales, il noircit toujours la situation des Français pour inviter Venise à rester dans l’alliance impériale. Sanudo, op. cit. (n. 4), col. 318. La peste a sévi surtout avant l’arrivée des Français. Giovanni Marco Burigozzo, « Cronaca di Milano dall’anno 1500 fino al 1544 », Archivio storico italiano, Florence, 1842, t. 3, p. 445.
-
[149]
Sanudo, op. cit., col. 208, 235.
-
[150]
Meinhardt, op. cit. (n. 11), p. 68, strophe 9.
-
[151]
Assedio op. cit. (n. 12), pp. 7 et 11 ; Franciscus Taegio, Candida et vera narratione, op. cit. (n. 12), f° Cv°, C4.
-
[152]
Sanudo, op. cit. (n. 4), col. 189, 499.
-
[153]
Assedio op. cit., p. 6.
-
[154]
Sanudo, op. cit., col. 61.
-
[155]
Assedio op. cit., p. 6.
-
[156]
Sanudo, op. cit., col. 250.
-
[157]
Idem, col. 518, 559-560.
-
[158]
Franciscus Taegio, Candida et vera narratione, op. cit. (n. 12), f° e3r°. Assedio op. cit., pp. 11, 19.
-
[159]
Assedio op. cit., p. 19.
-
[160]
Sanudo, op. cit., col. 533, 535, 536, 537.
-
[161]
Idem, col. 574.
-
[162]
Sanudo, op. cit. (n. 4), col. 600.
-
[163]
Idem, col. 265.
-
[164]
Idem, col. 529, 550, 562-563.
-
[165]
Idem, col. 586, 596, 603.
-
[166]
Antonio Grumello, Cronica pavese, éd. G. Müller, Milan, 1856, p. 363.
-
[167]
Sanudo, op. cit., col. 608-609.
-
[168]
Idem, col. 586, 588.
-
[169]
Reinhard Baumann, I lanzichenecchi, op. cit. (n. 9), p. 37.
-
[170]
Franciscus Taegio, Candida et vera narratione, op. cit. (n. 12), f° b4v.
-
[171]
Idem, f° cv°. Sanudo signale aussi en février le manque de bois dans la ville : op. cit., col. 590. Un quart des maisons auraient été détruites dans Pavie à cet effet. Assedio, op. cit., (n. 12), p. 11.
-
[172]
Sanedo, op. cit. (n. 4), col. 460, 500.
-
[173]
« La stagione invernale pesima per il gueregiare causava fuga grande de soldati de lo esercito francese », Gênes, Biblioteca della facoltà di economia, fondo Doria di Montaldeo, sac. 417, n. 1912, reg. 1, Giovanni Salvago, Histories di Genova, fol. 21v°.
-
[174]
Sanudo, op. cit., col. 544.
-
[175]
Idem, col. 590.
-
[176]
Meinhardt, op. cit. (n. 11), p. 68, strophe 14.
-
[177]
Robert de La Marck, Mémoires (n. 20), t. 2, p. 216-217.
-
[178]
Sanudo, op. cit., col. 371, 410, 426.
-
[179]
Idem, col. 549-550.
-
[180]
Idem, col. 591, 593, 596.
-
[181]
Idem, col. 607, 613.
-
[182]
Idem, col. 626.
-
[183]
Sanudo, op. cit. (n. 4), col. 532, 554, 560 ; Juan de Oznaya, « Batalla de Pavia », op. cit. (n. 6), p. 356 ; LP, t. IV (n. 25), p. 503.
-
[184]
Sébastien Moreau de Villefranche, « Histoire de la prinse et délivrance du roy », op. cit. (n. 120), p. 276.
-
[185]
Assedio op. cit. (n. 12), p. 8.
-
[186]
Idem, pp. 9, 10.
-
[187]
Idem, p. 12.
-
[188]
Idem, p. 17.
-
[189]
Sanudo, op. cit. (n. 4), col. 365.
-
[190]
Idem, col. 331.
-
[191]
Idem, col. 250.
-
[192]
Sanudo, op. cit. (n. 4), col. 589, col. 636.
-
[193]
Idem, col. 587.
-
[194]
Idem, col. 588, 602, 626.
-
[195]
Sanudo, t. 38, col. 36.
-
[196]
Assedio, op. cit. (n. 12), p. 16.
-
[197]
Ambroise Paré, Voyages et apologies, Paris 1928, p. 68. Lors de la bataille de Ravenne, les fantassins espagnols se sont couchés ventre à terre pour échapper à l’artillerie française : Très joyeux, plaisant et récréative histoire du gentil seigneur de Bayard par le Loyal Serviteur, Paris, 1878, pp. 318, 323. Jules Michelet y voit un manque « d’honneur chevaleresque ».
-
[198]
Meinhardt, op. cit., (n. 11), p. 72, strophe 4.
-
[199]
Sanudo, op. cit., t. 38, col. 36, 40.
-
[200]
Sanedo, op. cit. (n. 4), t. 38, col. 90.
-
[201]
Sanudo, op. cit. (n. 4), t. 37, col. 240.
-
[202]
Assedio op. cit. (n. 12), p. 15.
-
[203]
Sanudo, op. cit. (n. 4), t. 38, col. 188.
-
[204]
BnF, ms. fr., 2973, f os 99-108.
-
[205]
Juan de Oznaya, « Batalla de Pavia », op. cit. (n. 6), pp. 393, 400.
-
[206]
Verri, op. cit. (n. 8), p. 169.
-
[207]
Robert de La Marck, Mémoires (n. 20), t. 2, p. 241.
-
[208]
Papiers d’état du cardinal de Granvelle, éd. Charles Weiss, Paris, 1841, t. 1, p. 261.
-
[209]
Cette colonne qui présente des cartouches en latin sur ses quatre faces a été édifiée par le légat gouverneur de l’Émilie, Donato Cesi qui « fait don de ce monument aux Espagnols et aux Français tombés ici en souvenir de ces événements ». Elle fut souvent appelée colonne de Gaston de Foix. Certes, elle évoque sa victoire et sa mort. Mais l’objectif est d’inviter le voyageur à se souvenir « de l’effroyable massacre perpétré par les armées française et espagnole qui ensanglanta l’Émilie ». « Oh tuerie ignoble ! Tel est le lieu fameux, ô voyageur, où quelques 20 000 hommes tant d’un côté que de l’autre tombèrent au combat ».
-
[210]
Sanudo, op. cit. (n. 4), t. 38, col. 74.
-
[211]
John Keegan, Anatomie de la bataille : Azincourt 1415, Waterloo 1815, la Somme 1916 (1987), Paris, Robert Laffont, 1993.
1Pavie est une bataille célèbre que Jean Giono inscrivit jadis dans les journées qui ont fait la France, tout en considérant que cet événement n’avait concerné que la noblesse pour qui l’armée est un club qui se divertit à guerroyer en Italie [1]. Cet épisode guerrier s’inscrit ainsi dans ce que l’anthropologue et sociologue Roger Caillois a appelé « la guerre courtoise », avec ses règles, ses rites et ses interdits. Une tradition historiographique, toujours en vigueur, voit dans la mort de tant de chevaliers, dans la capture de nombre d’entre eux et du premier d’entre eux, le Roi, un requiem de l’esprit chevaleresque et de la chevalerie, culbutée par l’artillerie et l’infanterie [2]. Tout n’est pas faux dans cette analyse et cette perception de Pavie.
2Dans un colloque tenu en 2011 consacré aux monarchies héroïques, j’ai montré comment la matière chevaleresque formait et informait le comportement du Roi dans la bataille et plus encore dans le jeu diplomatique aussi bien de Charles Quint que du captif [3]. Rappelons ici quelques traits chevaleresques incrustés dans le quotidien de la guerre : le 31 décembre 1524, le duc de Suffolk, la Rose Blanche, propose un cartel de défi au commandant de la place, Antonio de Leyva, en demandant si aucun assiégé ne voulait venir jouter dans un champ offert par le Roi pour amour de dame [4]. Peu après le 10 janvier, le Roi propose au vice-roi de Naples, Charles de Lannoy, et au marquis de Pescara, qui dirigent l’armée impériale, de fixer un lieu et un nombre de soldats pour venir faire la giornata. Il s’engage à venir avec le même effectif, de sorte que seule la vaillance des hommes soit en cause ; le vainqueur remportera l’Italie comme trophée [5]. Le monarque aurait même offert 200 000 ducats à Pescara pour qu’il accepte mais celui-ci lui aurait répondu de les garder pour sa rançon [6]. Les gestes de cette guerre courtoise viennent aussi de Pescara et de Lannoy qui accordent un sauf-conduit à Jean de Médicis blessé, pour qu’il rejoigne Plaisance [7], ou qui, après avoir reçu la foi du Roi, lui évitent d’être conduit en prison dans le château de la ville de Pavie qu’il rêvait de prendre [8].
3Pourtant, cette lecture chevaleresque de Pavie, avec ces beaux gestes et ses bons mots (tout est perdu fors l’honneur et la vie) est trop réductrice pour rendre compte de l’engagement et des pratiques des combattants qui n’étaient pas tous des chevaliers ou des hidalgos. Elle suppose aussi l’adéquation parfaite et exclusive entre un discours chevaleresque et les pratiques guerrières des chevaliers. Elle néglige le siège au profit de la bataille, alors que c’est le nom de la ville encerclée et non le lieu de la bataille (il parco ou barco) qui s’est très vite imposé [9], comme pour Ravenne, alors qu’à Cérisoles c’est l’endroit du combat qui a été retenu plutôt que la ville à ravitailler, Carignan [10]. En outre, ce récit privilégie les témoignages des chevaliers en oubliant l’immense piétaille de fantassins comme le sort des assiégés. Il ignore aussi le plus souvent les sources italiennes, allemandes, néo-latines ou espagnoles. Aux témoignages de Monluc, simple soldat, et de Florange, maréchal qui dirige les Suisses pour le compte du roi de France, il faut ajouter les chants de divers lansquenets [11], la narration de l’espagnol, soldat devenu moine, Juan de Oznaya, et d’un autre vétéran, Cerezeda, les journaux de sièges imprimés peu après la bataille comme celui du médecin Francesco Taegio en avril 1525 et ceux, anonymes ou non, édités au xixe siècle [12]. Par ailleurs, les innombrables rapports des exploratori, informateurs envoyés dans les deux camps par les podestats vénitiens de Bergame ou de Crema, et dont Marino Sanudo s’est fait le recenseur scrupuleux, restituent l’incertitude des lendemains, d’un siège et d’une bataille dont nul ne connaît l’issue [13]. Loin d’être des témoignages rétrospectifs et donc arrangés, ces relations d’espions montrent un quotidien bruissant d’informations contradictoires, de rumeurs et de conjectures possibles [14]. Se trouvent ainsi restituées toute la fragilité et l’incertitude du présent pour ces hommes qui ne connaissent pas l’avenir.
4Cet abondant matériau permet de dresser une anthropologie des combattants, c’est-à-dire des 50 à 60 000 hommes qui se firent face [15]. Si tous participent à la guerre, ils ne le font pas pour les mêmes raisons, ni à la même place, ni dans la même langue, ni avec les mêmes gestes. En outre, les quelques heures de cette brève bataille ne sauraient résumer une expérience combattante qui dura cinq mois.
5Et pourtant tous, quel que soit leur rang, quel que soit le moment où ils ont rejoint les camps en présence, ont participé à une même séquence de l’histoire européenne inaugurée par la descente rapide et imprévue de François Ier en Italie, en octobre 1524, venu en personne récupérer le duché de Milan perdu en 1521, et poursuivre l’armée impériale conduite par le connétable de Bourbon après l’échec du siège de Marseille en septembre 1524. Ce siège ne prend fin qu’avec la défaite du 24 février 1525 et la capture du souverain. À l’examen successif des assiégeants, des assiégés et de l’armée de secours, on préférera ici une description analytique qui montre, par-delà l’opposition des camps, les expériences communes que partagent les armées à composition internationale qui s’affrontent [16].
6Ce faisant, il s’agit aussi de rompre avec une tradition historiographique de l’événement, ancienne mais toujours vivace, qui s’efforce de reconstituer le mouvement des troupes pendant les quelques heures du combat. Cette scolastique tacticienne a été instituée au début du xxe siècle par un élève d’Hans Delbrueck, Reinhard Thom [17], dont les hypothèses ont été reprises depuis par Giono, ou récemment Konstam, tandis que d’autres historiens, familiers de la toponymie, comme Faustino Gianani, Marco Galandra, Luigi Casali ou Jean-Paul Mayer ont émis de nouvelles hypothèses sur le scénario de la bataille, depuis quarante ans [18]. Nous ne discuterons pas ici de la pertinence ou de la vanité de vouloir rendre transparent un choc confus pour ne constater ici que l’indifférence de ces études sur le sort des combattants. Nous aborderons donc leurs mobiles, les formes des combats et la souffrance des soldats.
Les mobiles des combattants
7Réunir autant d’hommes, si loin de leur patrie, interroge l’historien sur les mobiles de l’engagement militaire lors des guerres d’Italie. L’aventure chevaleresque ne saurait résumer l’expérience la plus commune.
L’argent
8Dans une lettre du 15 février 1525, un émissaire vénitien à Plaisance dit que dans l’armée impériale où l’on souffre d’un chronique et cruel manque d’argent, on en distribue en priorité aux lansquenets, puis un peu aux Italiens et rien aux Espagnols [19]. Peu après la bataille où il a été fait prisonnier, le maréchal de Florange déclare que le vice-roi Lannoy doit cinq mois de solde aux lansquenets descendus avec Bourbon en janvier, quatorze mois aux autres, sept mois à l’infanterie espagnole et deux ans aux gens d’armes [20].
9Ces témoignages parmi tant d’autres convergent pour permettre de dresser deux constats. Les différentes catégories de combattants, en fonction de leurs armes, de leur condition sociale, n’ont pas un même rapport à la solde et à l’argent comme ressort de l’engagement. Chez les mercenaires de tout bord, la paie et la pitance sont essentielles, alors que cela semble moins urgent pour les fantassins espagnols ou les cavaliers français. En même temps, tous font la guerre à crédit, dans l’espérance certes d’être payés, de faire du butin, mais aussi pour d’autres considérations qu’il faut explorer.
10Le manque d’argent dans le camp impérial comme dans la ville de Pavie a été une préoccupation constante aussi bien du gouverneur de la place assiégée, Antonio de Leyva, que des commandants de l’armée de secours, Pescara et Lannoy. Bourbon a engagé ses joyaux pour recruter. Dans la ville, Leyva a taxé les habitants, a fait fondre les reliquaires en décembre, sa vaisselle en novembre et ses colliers en janvier 1525 pour frapper une monnaie de siège afin de payer les lansquenets [21]. Les habitants ont aussi entamé leur patrimoine pour les satisfaire [22]. Matteo de Beccaria finance ainsi sur sa fortune la solde des mille fantassins italiens dans la cité [23]. Dans l’armée de secours, Lannoy est contraint vers la mi-février d’engager sa vaisselle afin de dégager entre 3 000 et 6 000 ducats pour payer les soldats les plus revendicatifs [24]. Même lorsque l’Empereur et le roi d’Angleterre envoient des lettres de change à l’armée en février 1525, leurs agents ne parviennent pas à les faire valoir auprès des marchands car l’argent se cache en période d’incertitude [25]. De sorte que Paolo da Bologna, qui est alors dans le camp impérial, déclare que « si les Impériaux perdent, ils perdront faute d’argent » bien qu’ils aient grand cœur [26]. A contrario, d’autres se demandent comment le Roi pourrait échouer étant donnée l’abondance d’argent dont il dispose [27]. Cette dissymétrie des moyens sur le terrain que révèlent toutes les sources n’a absolument pas été prise en compte par Giono dans son récit épique où il oppose un Charles Quint, bourgeois rentier sédentaire à l’esprit Louis Philippart (dixit) à un François Ier « plus antibourgeois que Lénine », véritable chevalier de la Table ronde antimoderne [28]. C’est l’argent qui permet au roi chevalier d’être à Pavie et c’est sa rareté qui fragilise l’armée impériale et qui retient, avec la maladie, l’Empereur en Espagne.
11Les espèces sonnantes et trébuchantes sont au cœur de la motivation des soldats et sa pénurie occasionne bien des avanies. Son absence crée tout d’abord l’évaporation d’effectifs et des compagnies menacent parfois de quitter l’armée impériale faute d’en recevoir. À la mi-janvier, les informateurs signalent des défections dans le camp impérial, de lansquenets allemands mais aussi de fantassins italiens et même espagnols [29]. Elles se poursuivent tout au long du mois de février, parfois par centaines, et jusque parmi les chevau-légers italiens [30]. Ces gens rentrent chez eux ou se rendent dans le camp français. Le 14 février, François Ier écrit au duc de Ferrare qu’il a chargé le capitaine espagnol Francesco de Mazeda de lever un grand nombre de piétons espagnols dans le duché [31].
12Dans le camp royal, l’argent abonde et n’a cessé d’affluer depuis le passage du Roi en Italie en octobre [32]. Ces pécunes et pas seulement la crainte de la furia francese lui ont rallié des alliés et des engagements. Que valent en effet les promesses d’argent du roi d’Angleterre [33] et de Charles Quint, les billets et lettres de change du vice-roi [34], face aux espèces sonnantes et trébuchantes qu’accumule le Très Chrétien ? Le conflit est une guerre d’argent et les Français s’emparent même, en février, de 6 000 écus venus de Gênes [35].
13L’absence d’argent n’expose pas seulement à la défection mais aussi à la trahison. Dès le 30 octobre, les lansquenets de Pavie auraient engagé des tractations avec le Roi promettant de livrer la cité contre le versement de trois paies, mais le souverain refuse car il veut une reddition sans condition. Les habitants de la ville cherchent bien alors à dissuader ces pratiques en leur distribuant une solde [36]. Mais un mois plus tard, il est encore question d’intelligence et ces tractations durent jusqu’à la mi-décembre [37]. Elles sont parfois facilitées par les liens familiaux entre les lansquenets qui servent dans le camp du Roi et ceux qui sont dans Pavie.
14L’absence d’argent provoque aussi de l’indiscipline. Un informateur écrit le 23 janvier 1525 que, faute de soldes et de vivres, les troupes espagnoles vivent sur le pays et vont sans cesse à la picorée [38]. L’ambassadeur à Rome signale alors que ces exactions nuisent à la cause impériale [39]. Cette dispersion pour cause de survie ne facilite pas la discipline. Il est significatif, du reste, que lorsque la décision de lancer la bataille est prise, il est demandé le 21 février aux soldats de rejoindre leur compagnie, de ne plus voler et de se munir de trois jours de vivres [40].
15Mais la distribution inégale de l’argent provoque également des rixes. Les Espagnols sont mécontents de voir Pescara privilégier les lansquenets. Le 10 janvier au matin, une échauffourée oppose Allemands et Espagnols, et les chefs ont grand peine à les séparer et à les apaiser [41]. La compagnie du capitaine Alarcón menace même en janvier de refuser de marcher [42]. L’absence d’argent peut conduire au refus de bouger et de se battre. Les lansquenets sont en effet habitués à recevoir pour une marche, un assaut et a fortiori pour la bataille, des soldes supplémentaires, outre celle ordinaire et mensuelle de 4 florins [43]. Ainsi, lorsqu’à la mi-décembre Pescara veut intercepter le convoi de poudre venu de Ferrare pour le roi de France, il verse de l’argent aux lansquenets qui refusent de quitter Lodi sans paie [44]. Lorsque l’armée impériale quitte Lodi en janvier, le commandement s’est de nouveau heurté aux refus des soldats allemands de le faire si on ne leur versait pas de l’argent et des vivres [45]. En février, il faut encore en distribuer au moment de s’approcher du camp français, non seulement aux lansquenets mais aussi aux chevau-légers italiens qui refusent de quitter Belgioso ou Lodi [46]. Le roi de France a aussi dû et pu payer ses gens notamment avant chaque assaut lancé contre la ville. Le courage se stimule donc par de l’argent dans les deux camps. Chaque homme reçoit alors 10 écus de François Ier [47]. Le 5 décembre, il a même promis 4 000 ducats à la première bannière qui entrerait par assaut dans la ville [48].
16Mais, paradoxalement, le manque d’espèces sonnantes et trébuchantes est aussi un stimulus à la bataille. Le chancelier du duc de Milan, Morone, estime en février qu’il faut hâter le combat par crainte de voir l’armée imploser faute de finance et de discipline [49] ; mais d’autres comme Gregorio Casale ou le dataire Giberti soulignent au même moment que les Espagnols sont désormais prêts à combattre gratuitement [50]. Ils ont envie d’en découdre pour faire du butin et hâter la fin de la pénurie et de l’incertain, au point qu’un informateur les décrit comme des « cani rabiati », chiens enragés par le manque de pécune [51]. Selon le podestat de Brescia, ils n’ont pas été payés depuis trois mois [52]. L’imminence du choc annule l’effet de désertion car la perspective du butin entraîne l’afflux ou le reflux de soldats, comme le souligne le 19 février l’ambassadeur de Venise, Venier, qui ne cesse, il est vrai, de diffuser les nouvelles encourageantes que distillent les Impériaux et Sforza. Mais de fait, les soldats rejoignent leur camp, depuis Milan, Lodi, Belgioso. Monluc arrive de son côté avec les Gascons, sans solde, pour se battre [53].
17La bataille voulue par les Impériaux est donc la conséquence avant tout de la pénurie d’argent. On sait que si elle offrit un gros butin, elle ne régla pas les arrérages des soldes, exposant la ville de Pavie à un sac par ceux qui l’avaient protégée et à une mutinerie gigantesque dans l’armée du vainqueur.
18L’argent distribué ou la perspective de toucher ses arriérés et de faire du butin ont été un ressort essentiel des combattants. Jacob Lod de Strasbourg, qui s’était engagé en octobre pour la première fois chez les lansquenets après avoir mené une vie de sac et de corde (faux pèlerin, vrai mendiant, joueur, voleur et meurtrier), quitte l’armée après la bataille du Tiergarten, non sans avoir volé ses compagnons de leur part de butin [54]. Pourtant, l’argent ne fut pas le seul moteur. La guerre à crédit que livre notamment l’Empereur repose aussi sur d’autres considérations pour les soldats.
La réputation
19Tandis qu’au début février, Pescara distribue de l’argent aux lansquenets, il harangue les Espagnols en les invitant à faire preuve de virtù [55]. Un observateur note le 22 février que les Espagnols tiennent seulement par amour pour Pescara [56]. Il est vrai qu’il n’hésite pas à s’exposer, étant le premier à s’élancer à l’assaut de San Agnolo [57]. Le soldat Juan de Oznaya a relaté les éléments constitutifs de cette éloquence militaire fondée sur l’éloge de la supériorité de la nation espagnole [58]. Peu avant la rencontre décisive, le vieux chef leur rappelle de nouveau la justice de la cause, la confiance en Dieu et dans leur réputation. Amour du chef, sentiment national et réputation militaire sont un ressort des combattants espagnols [59].
20Mais pas seulement chez eux. Florange, qui dirige les Suisses à Pavie, sait que s’ils ne se paient pas de mot mais de solde, comme dit Monluc, ils savent aussi « quand ils ayment ung chef » faire « beaucoup pour lui » [60]. Surtout si, comme le Roi leur a promis, il y a « honneur et prouffict » en perspective [61]. Leurs grands rivaux sur le marché européen des mercenaires, les lansquenets, sont animés par le même esprit. Un de leurs capitaines qui est dans Pavie et que son père, au service du Roi, cherche à rallier, répond qu’il restera fidèle à Leyva car c’est un bon chef [62]. Ceux de l’armée de secours ont un attachement profond et confiant à Georg von Frundsberg qu’ils tiennent pour leur « père ». Il les a conduits à la victoire à plusieurs reprises et n’expose pas inutilement ses soldats pour sa gloire [63]. Il peut intercéder en leur faveur s’ils se battent bien auprès des villes de l’Empire, avec lesquelles ils ont parfois un contentieux. Ainsi, Frundsberg accorde un sauf-conduit à Baltes Kopp, un soldat qui lors de la bataille de Pavie l’a sorti d’une mauvaise passe, afin qu’il aille se justifier devant le tribunal de sa ville pour un homicide [64]. Ces soldats qui marchent à l’appât du gain ne sont donc pas prêts à se déshonorer pour de l’argent et tiennent à respecter le serment qu’ils ont prêté lors de leur engagement. Peu avant la bataille, un Allemand envoyé dans le camp impérial pour rallier les lansquenets est livré par eux à Lannoy qui le fait écarteler et fait placer ses restes à la vue des Français [65]. L’argent n’est pas le seul ressort de la loyauté. Il y a aussi l’estime de soi et la réputation collective [66]. Les chants des lansquenets écrits sur la bataille de Pavie mettent en scène de preux fantassins (frummen) qui ont le désir de se battre chevaleresquement (ritterlicht) mais sans désir de vaine gloire (ruhmes frei) car ils sont disciplinés et obéissant à leurs capitaines dont leurs chants célèbrent le nom, les vertus et les actions [67].
21Entre les diverses nations constituant ces armées, il existe une émulation de réputation. L’éloquence militaire dont font preuve les différents commandants témoigne que le soldat n’est pas un pion discipliné, mais qu’il faut s’adresser à lui en faisant appel, par la puissance du verbe, au ressort de l’honneur [68]. On peut se demander si le caractère composite des armées n’est pas un moyen pour le commandement de s’assurer de la fidélité des uns et des autres par une sorte d’émulation et de contrôle mutuel. Un cavalier espagnol ayant révélé au Roi les points névralgiques du dispositif défensif de Pavie, Leyva le fait écarteler par des Allemands [69]. Au moment d’entrer dans le parc, le colonel Frundsberg qui dirige les lansquenets impériaux prononce une harangue où il montre en exemple les Espagnols prêts à mourir plutôt que de laisser le sol et l’honneur. Aussitôt, les lansquenets prirent de la terre et en mirent sur leur épée [70]. C’est en effet une coutume de baiser le sol avant la bataille et de prier à genoux [71]. L’antagonisme féroce entre Suisses et lansquenets est bien connu et les chants de Pavie sont l’occasion d’entretenir cette rivalité. L’un d’eux consacre quatre strophes sur vingt-deux à insulter les soldats helvètes : « Toi Suisse, tu me chies une merde sur le nez et cinquante en forme de quenelle. Je dis : nous t’avons payé comptant dans le parc de Pavie [72]. » Mais cette émulation des mercenaires ne saurait épuiser le champ de rivalité mimétique dans lequel se forge une conscience de soi des lansquenets, qui entendent aussi se mesurer à leurs alliés espagnols. Cette solidarité et cette image collective de soi relèvent du patriotisme chez les Espagnols ou chez les Italiens. Ces derniers ont le souci de la réputation de la péninsule, comme l’a montré le fameux duel de Barletta dont la signification ne cessera de s’amplifier [73]. La réputation combattante des nations transcende la partition entre armée impériale et armée royale. Ainsi, lors des premiers assauts contre Pavie, le chancelier milanais Morone vante la bravoure virile dont ont fait preuve les Italiens au service du roi de France, bien qu’ils soient engagés dans le camp adverse de son maître [74]. En revanche, cette conscience et cette estime de soi ne sont pas exclusivement un patriotisme d’Empire chez les lansquenets qui, bien que soudés par la langue et des origines germaniques, se partagent dans les deux camps en présence, malgré les ordres impériaux [75]. D’où un certain malaise et une volonté de ramener les Bandes Noires au service du Roi dans le camp impérial. Le jour de la bataille le capitaine allemand des lansquenets engagés par François Ier, Langemantel, défie en combat singulier Frundsberg qui refuse et commande l’élimination des Allemands au service du Roi [76]. Mais l’émissaire anglais auprès du duc de Bourbon, Russel, est obligé de constater que ces Allemands royaux ont très bien servi, y compris contre leur nation [77]. L’éthique du service et le souci de la valeur militaire, qui peuvent nourrir le sentiment national, ne conditionnent pas tant le choix d’un camp que l’application à bien servir celui que l’on a choisi. Quoi qu’il en soi, les récits que feront les vainqueurs de Pavie souligneront, selon l’origine de leur auteur, qui la valeur des Espagnols, qui la réputation des Allemands ou des Italiens. Le soldat a le souci de la réputation de sa nation, même si l’affrontement n’est pas un choc des nations.
22L’argent, la réputation donc. Mais il arrive aussi que l’engagement de la soldatesque soit stimulé par le service du prince, du roi d’Espagne pour les Espagnols, de l’Empereur pour des lansquenets ou du roi de France pour les gentilshommes du Roi et des gens d’armes. Lorsque François Ier descend en Italie, Florange raconte le dépit des grands seigneurs qu’il laisse à la garde des frontières du royaume, comme Vendôme en Picardie ou Jonvelle en Bourgogne [78]. Être auprès du monarque, c’est montrer sa fidélité, entrer dans sa familiarité, le rendre témoin de ses exploits, le servir et espérer sa faveur. Un lieu commun non dénué de réalité tient les Français pour enclins à se sacrifier pour leur Roi [79]. Les gentilshommes refusent ainsi de surveiller le camp, considérant qu’ils sont avant tout préposés à la garde du souverain [80].
23Ce dévouement au prince va de pair avec l’implication de celui-ci, qui sans cesse s’expose au sacrifice dans une quête de l’honneur. Le Roi ne peut ainsi renoncer au siège d’une ville qu’il assiège sans perdre l’honneur [81]. Le monarque est prêt à perdre la vie ou son royaume plutôt que de renoncer au siège ; il le dit et le fait savoir à maintes reprises [82]. Et de fait, dans une sorte de christomimesis, il expose sa vie, participant à pied à l’assaut du 9 novembre et du 17 décembre pour donner de l’ardeur à ses hommes [83], à une escarmouche le 7 février, s’approchant parfois si près des murs de Pavie qu’il est en danger le 13 février [84]. Voilà qui entraîne l’ensemble de la chevalerie française dans une quête collective et individualisée de sacrifices. Alors certes, lors de la bataille, beaucoup manquèrent au Roi et celui-ci, relayé par d’autres comme Florange et Monluc, dénonça les « fuyards » de Pavie. Pourtant, beaucoup périrent dans le combat et certains revinrent même se faire prisonniers, ne pouvant admettre l’idée de revenir dans le royaume sans le Roi [85]. La Vieilleville rapporte que Montmorency, qui était à l’extérieur du Parc, revint en hâte lorsqu’il entendit la fureur de la bataille et aima mieux s’abandonner au hasard de celle-ci que « demeurer sain et sauf et voir son maître prisonnier [86] ».
24Ce service du prince dans l’économie du don et du contre-don appelle la récompense. Bourbon ne sert pas seulement dans une sorte de quête insatisfaite de l’honneur mais pour que son protecteur le rétablisse dans ses possessions et lui accorde même sa sœur [87]. Il n’est pas certain que les récompenses aient été à la hauteur des espérances et le récit de Oznaya comme celui de Adam Reissner visent à rappeler la mémoire de Pescara et de Frundsberg qui ne furent pas suffisamment gratifiés de leur exploit.
25La loyauté au chef, la réputation collective des compagnies et le service du prince furent donc un ressort de l’énergie combattante. Reste à mesurer ce qui anima la résistance des habitants de Pavie
La fidélité plus que la liberté ?
26Un chant lansquenet intitulé « Une belle chanson nouvelle sur la ville de Pavie, comment elle a été assiégée par le Roi et pendant l’assaut a été bombardée » évoque les bourgeois qui se tiennent sur les murs, à côté des lansquenets [88]. Cet hommage des soldats allemands montre que la situation de siège abolit un peu la distinction entre soldats et civils, car ceux-ci sont engagés dans la défense de leur cité. On sait combien le thème de la liberté a été important dans l’Italie des xve et xvie siècles face à l’emprise des « barbares » et des puissances qui cherchent à installer leur hégémonie en Europe par la domination de la péninsule. La liberté des Italiens irrigue la pensée d’un Machiavel, d’un Guichardin et même du grand chancelier de Charles Quint, le Piémontais Gattinara. Son invocation émane autant des gibelins que des guelfes. L’ambassadeur impérial à Venise déclare le 20 novembre que son maître défend la liberté de l’Italie [89]. De son côté, le Roi fait dire devant les mêmes autorités qu’il envoie le duc d’Albany à Naples pour libérer ce royaume de la tyrannie et rétablir les « dolci trattementi del tempo di re della casa di Francia detti Angio [90] ».
27Pourtant, ce mot de liberté n’apparaît jamais dans les écrits comme dans les cris de guerre des Pavesans. Tous ceux qui sont en âge de porter les armes les ont pourtant prises [91]. Les femmes n’hésitent pas à participer aux travaux de remblaiement des brèches ; certaines, comme Hippolyte Malaspina, sont de véritables viragos [92]. Ces journaux dont l’un, celui de Taegio, fut publié dès avril 1525, visent peut être à masquer les tractations citadines qui agitèrent la cité fin décembre et en janvier. La Palisse serait entré dans la ville tandis que des otages espagnols, allemands mais aussi pavesans rejoignaient le camp français [93]. La rumeur d’une reddition circula même le 9 janvier [94]. Information ou rumeur d’intoxication ? Il n’en demeure pas moins que les Pavesans ont tenu à se battre, à montrer leur ardeur en multipliant les escarmouches, prêts à mourir plutôt que de se rendre [95]. Visitant Jean de Médicis blessé lors d’une sortie meurtrière des habitants, le Roi lui demanda pourquoi, lui qui était si craint des Français lorsqu’il était leur adversaire, avait pu ainsi être meurtri. Le pavesan Verri est alors fier de citer la réponse : « Quand j’étais avec les impériaux, je combattais contre des moutons, aujourd’hui contre des hommes [96]. » De fait, rien ne fit fléchir les assiégés ; ni les rumeurs sur la mort de l’Empereur vers la mi-novembre [97], ni les pratiques françaises. Mais jamais cela ne se fit au nom de la revendication de la liberté ni même des libertés, mais au nom de la fidélité de cette ville gibeline à l’Empereur et de cette capitale lombarde à ses ducs [98]. Lors des escarmouches de janvier, les mots de ralliement criés par les Pavesans sont « Duca, duca, Imperio, Imperio » et parfois « Marco » car on espère encore dans l’implication des alliés vénitiens, très attentistes [99]. La fidélité plus que la liberté semble exaltée par les assiégés [100].
28C’est peut-être chez les lansquenets mercenaires que la notion de la liberté est la plus opérante. Le paradoxe n’est qu’apparent si l’on veut bien admettre que la liberté sans moyen n’est qu’un leurre. Or les mercenaires, notamment allemands, entendent éprouver leur liberté dans le libre enrôlement, y compris auprès d’un souverain qui n’est pas le leur [101]. Cette liberté s’éprouve dans le vagabondage comme dans l’engagement auprès d’entrepreneurs de guerre tels que Frundsberg. L’armée affranchit souvent le soldat de sa condition servile de paysan. Un chant composé par un fantassin allemand engagé dans l’armée de François Ier à Pavie ne dit-il pas : « Comme paysan, je dois battre le grain, je dois boire du lait aigre, au service du Roi, j’ai des bouteilles pleines. Comme paysan je porte un habit écru, au service du Roi je vais courageusement à la bataille et j’avance comme un héros libre, pour déchirer et tailler, à la manière des nobles [102]. » L’épreuve du combat est un affranchissement social qui permet de s’enrichir et peut permettre l’identification à la noblesse. Du reste les études sur la condition matérielle des lansquenets dans ces années-là témoignent qu’avec une solde de base de 4 fl. mensuels le soldat gagne plus du double d’un journalier agricole (1,66 fl), d’un maçon (2,5 fl.) et presque autant qu’un prêtre (5 fl.) [103]. Et cette évaluation ne tient pas compte des doubles soldes, des récompenses, et du butin.
29C’est en tenant compte de cette pluralité des mobiles des soldats assemblés en Lombardie mais aussi des objectifs du commandement qu’il faut maintenant analyser les formes que prit la guerre autour de Pavie.
La forme des combats
Les assauts meurtriers
30Ni les impériaux se retirant de Provence ni le Roi passant les monts ne s’arrêtèrent à Milan. La cité est en partie désertée à cause de la peste, les habitants ne se sont pas défendus à l’arrivée des Français et le Roi n’y laisse que de quoi contrôler la citadelle aux mains des soldats de Sforza [104]. Lui se dirige vers Pavie, plutôt que vers Lodi, mal fortifiée mais où l’armée impériale s’est placée avec Pescara et Lannoy. Il est résolu à prendre Pavie et sitôt son artillerie arrivée, il entame bombardements et assauts. Taegio en dénombre sept entre le 29 octobre, où Montmorency tente de s’emparer du pont que Leva fait rompre, et le 9 janvier [105]. C’est à cette date, selon Taegio, que le Roi aurait renoncé à prendre la ville par une brèche et substitué l’assedio, le siège, aux assalti, les assauts [106]. Un autre diariste compte moins d’assauts, car les premiers auraient été si consommateurs en poudre et en boulets, 800 coups tirés le 31 octobre, qu’il fallut attendre début janvier pour que l’armée royale les relance à la faveur de l’arrivée des munitions venues de Ferrare [107]. Mais pendant deux mois et demi, les habitants ont vécu dans la crainte permanente d’un assaut, y compris le jour de Noël [108], et les Français dans l’attente de la prise de la ville.
31Les assauts requièrent courage, paie, mais aussi préparation d’artillerie et travail. C’est un chantier, avec les mines et le détournement du Tessin afin de prendre la ville du côté du fleuve. Les travaux ont commencé le 6 novembre et se poursuivent jusqu’en janvier. Le Tessin est alors si bas qu’on peut le traverser à pied [109]. Voilà pourquoi les Français lancent en janvier leur dernier assaut en criant « Chiesa, Liga, Franza, Marco », allusion à la ligue ouverte aux Vénitiens que le pape et le Roi viennent de conclure, espérant par cette proclamation saper le moral des assiégés [110].
32Le Roi renonça pourtant aux assauts. D’une part parce que l’armée de secours approche. Mais, surtout, parce qu’ils sont très meurtriers pour les assaillants. Celui du 8 novembre a vu périr le jeune duc de Longueville, seize ans, et le nombre des morts oscille entre 25, 100 et même 3 000 pour la cour ducale de Milan, toujours encline à exagérer les difficultés françaises [111]. Le coût meurtrier de ces échecs répétés a convaincu le souverain de prendre la ville par siège.
Le siège et les escarmouches
33Pour Taegio, les travaux d’encerclement de la cité auraient commencé le 13 décembre [112]. Mais les informateurs vénitiens signalent que le commandement français y songe et en débat depuis le 23 novembre. Le 6 décembre le Roi déclare à ses troupes qu’il veut prendre la cité tout en épargnant leur sang. « Si à moi, il ne me coûte pas de vous payer, à vous il n’en coûte pas d’attendre car je veux prendre la ville sans laisser mourir aucun d’entre vous [113]. » Il table sur l’épuisement des vivres de la ville, y contribuant même en empêchant Leyva d’en chasser les bouches inutiles [114]. Certes les assauts ne sont pas encore abandonnés, mais le siège s’installe.
34Il ne faudrait cependant pas s’imaginer cette phase comme une période d’inaction et d’attente émolliente. Le siège est en effet émaillé d’escarmouches quasi-quotidiennes. Leurs finalités sont multiples. Pour les assiégés qui lancent la première vers le 1er novembre, elles visent à entraver l’installation de l’ennemi aux abords de la ville et surtout à démontrer à ses alliés comme à l’assiégeant la résistance des habitants qui n’entendent pas se rendre et qui n’ont pas peur [115]. Aussi sont-elles parfois longuement relatées par Beccaria ou Leyva dans les lettres qu’ils parviennent à envoyer à l’extérieur [116], et diffusées par aviso [117]. Les escarmouches permettent aussi de harceler les troupes suisses, italiennes, françaises afin de prendre des vivres, de la poudre, du fourrage, des animaux ou de l’argent [118]. Lorsque les Pavesans sortent vers le Borgo le 6 février ils s’emparent de prisonniers, de 168 chevaux et mules, de deux falconnets, de quinze barils de poudre, de vivres et de vêtements et d’un butin estimé à 6 000 écus [119]. C’est enfin un moyen de chercher à desserrer l’étau du siège, notamment lorsqu’à la fin du mois de janvier arrive l’armée de secours. Les sorties des Pavesans quasi-quotidiennes à partir du 6 février permettent d’établir des échanges de courriers, de poudre et d’argent.
35Pour l’armée française comme pour l’armée impériale, les fréquentes escarmouches en février visent à s’emparer de positions, à perturber l’approvisionnement, à s’emparer des vivres, des bagages, de la poudre et des canons, dont manquent cruellement les impériaux. Ces combats diurnes ou nocturnes qui mobilisent, parfois pendant quelques heures, plusieurs milliers d’hommes participent de la « guerre guerroiable » que décrit Sébastien Moreau, alors trésorier de François Ier pour le Milanais. Outre l’information recueillie auprès des captifs ou l’intoxication distillée par eux, les prisonniers sont mis à rançon, pour les soldats environ un quart de leur solde, puis relâchés [120]. Mais ces escarmouches n’alimentent pas qu’une économie de la rançon et deviennent, à mesure que passe le temps, de plus en plus destinées à tuer pour affaiblir l’adversaire [121]. Si certaines font quelques dizaines de morts d’autres peuvent en voir mourir plusieurs cen- taines [122]. Aussi, le 12 février, le roi de France interdit-il à ses soldats d’en faire ou de s’y laisser entraîner [123]. Ce qui n’empêche pas les Italiens de Jean de Médicis d’y laisser beaucoup de plumes le 21 février et lui-même d’être gravement blessé au point d’être évacué du champ des opérations [124]. La violence de ces escarmouches conduit François Ier à écrire le 18 février au marquis de Mantoue afin qu’il lui adresse son chirurgien, maître Abraham, « lequel est fort singulier pour les coups de hacquebutes [125] ». Mais si le Roi ne veut plus d’escarmouches que les Impériaux multiplient à partir de la mi-février, c’est qu’il ne veut pas qu’elles dégénèrent en bataille [126]. La frontière entre siège et bataille est en effet ténue.
La bataille
36Les deux armées confrontées depuis la fin de l’été 1524 n’ont cessé de s’esquiver. L’idée d’une rencontre visant à détruire l’ensemble de la force adverse n’apparaît qu’en janvier, après l’arrivée d’un puissant renfort de lansquenets venus d’Allemagne où est allé les lever Bourbon. C’est dans ce contexte que le Roi aurait fait la proposition d’une giornata. Avec ou sans consentement du commandement impérial, François Ier envisage ainsi de se porter à la rencontre des Impériaux avant qu’ils ne viennent assiéger l’assiégeant [127]. Tandis qu’une partie de l’armée française continuerait d’encercler Pavie, le souverain enverrait une force détruire l’armée de secours. Mais finalement le Roi ne bouge pas et ce sont les Impériaux qui prennent la route. Fin janvier, on ignore encore s’ils iront à Milan ou à Pavie, mais cette destination est retenue et la perspective imminente du combat décisif alimente, dès la fin de janvier 1525, les rapports des informateurs vénitiens. Les armées sont désormais trop proches pour qu’une confrontation soit évitée. Les observateurs l’attendent et l’annoncent donc pour le 3 février, le 5 février, le 6, le 8 [128]. Les armées sont en ordre de bataille et, le 9 février, le Roi demande à tous les soldats français de rejoindre le camp, tandis que des renforts arrivent de Milan [129].
37Pourtant, la prudence s’impose et le roi de France n’a rien d’un jeune chevalier impétueux et imprudent à la tête trop farcie de littérature chevaleresque. François Ier dès le 24 janvier ne redoute pas la bataille, puisqu’il arpente son camp pour exciter l’ardeur de ses soldats [130], mais il ne souhaite pas la déclencher car il ne veut pas mettre son armée « in mano de la fortuna [131] ». Il a de l’argent, donc du temps. En outre, son camp est établi dans une position jugée inexpugnable et il a même fait obstruer la plupart des portes du parco où il a massé son artillerie et sa bataille [132]. Il table donc sur l’épuisement des vivres dans la ville et, plus encore, sur l’implosion de l’armée espagnole privée de finance et donc à tout moment susceptible de désertions massives et de mutineries [133]. Le Roi ne combattra donc que s’il y est forcé et la régente l’encourage à ne pas accepter l’engagement, en lui assurant qu’elle lui fournira de l’argent pour tenir le siège [134].
38Les Impériaux ont aussi établi un camp retranché d’où ils semblent, dans un premier temps, attendre que les Français viennent les débusquer et à partir duquel les Espagnols cherchent à établir des contacts avec Pavie. Les forces impériales ont besoin d’agir. Certes, les réserves s’épuisent dans Pavie mais force est de constater que ce que l’on y fait entrer par ruse ou par raids nocturnes ne sont pas des vivres, mais de la poudre et de l’argent [135]. C’est surtout l’impatience des soldats à vouloir se battre, à faire du butin, pour remédier au non-paiement des soldes, qui rend l’action nécessaire et urgente. D’autant que l’on annonce l’arrivée de renforts suisses dans le camp français. Dès le 5 février, Leyva a demandé que différentes portes de Pavie, Porta Nova et Santa Maria qui avaient été obstruées, soient dégagées afin de permettre une sortie de la garnison pavesane pour appuyer l’armée de secours [136]. Le 21 février, ordre est aussi donné à tous les soldats impériaux de ne plus aller à la picorée, de se munir de trois jours de vivres et, le lendemain, un informateur tient du chancelier Morone que ceux de Pavie et de l’armée impériale vont attaquer les Français [137]. La veille, le commandant de la place de Pavie a été informé qu’elle allait être libérée (et non secourue) et le 23 au matin, il fait mettre en ordre de bataille toute l’artillerie, la cavalerie et l’infanterie qui est dans Pavie afin de pouvoir sortir de la ville [138]. Au soir de la bataille, dans sa lettre à l’Empereur, Lannoy écrit qu’il a fallu attaquer car « on ne pouvait plus soutenir et estions en danger de rompre par faute d’argent [139] ».
39La bataille ne fut donc pas improvisée, mais préparée. Ce n’est pas une surprise ou une diversion qui tourne mal. Par des escarmouches nombreuses et nocturnes, les Impériaux ont épuisé un peu la vigilance française de sorte que lorsqu’à la fin de la nuit du 24 février, après avoir prié à genoux, Espagnols, Allemands et Italiens pénètrent sans tambour ni trompette dans le parc où ils ont fait une ou deux brèches, le Roi croit tout d’abord à une nouvelle escarmouche mais réalise très vite qu’il s’agit d’un « fatto d’arme [140] ». Les Suisses auraient aussi été surpris au point de n’avoir le temps de se saisir de leurs arquebuses [141]. Mais leur chef, Florange, ne dit-il pas cela pour expliquer leur attentisme et leur retraite précipitée ? Quelques jours plus tard, dans une conversation avec Paolo Luzascho, le Roi démentira avoir été surpris. Tout était prêt pour le choc de la bataille et Sébastien Moreau écrit : « Les deux partyes étaient advertye l’une de l’autre [142]. » Consigne a été donnée du reste par Pescara de ne pas faire de prisonniers, car il s’agit de vaincre et non d’alimenter ici une économie de la rançon. Il sera toujours temps de monnayer des rançons après la victoire déclarée. Il a aussi demandé de tuer les chevaliers prisonniers afin de terroriser l’adversaire. On sait que les arquebusiers espagnols appliquèrent à la lettre cette consigne que d’aucuns ont néanmoins du mal à admettre dans le cadre du corps à corps chevaleresque. La Palisse, qui s’était rendu à un capitaine contre rançon, fut néanmoins exécuté et le Roi lui même faillit subir le même sort [143]. Sa capture au bout d’une bataille de deux heures signa la victoire et provoqua la débandade de l’armée. Le siège de Pavie, émaillé de maints assauts et escarmouches, s’acheva par une bataille. Seul un vaincu, Florange nia le fait en déclarant que celle-ci n’était qu’une escarmouche qui avait mal tourné [144]. Façon de minimiser l’échec, de diminuer les mérites du vainqueur en redonnant sa part au hasard de la fortune. Sans aucun esprit critique, Giono pourra, avec son style flamboyant, dire que Pavie n’est pas une bataille pensée, et n’est qu’une escarmouche qui a dégénéré, ne tenant pas compte d’une formule de Pescara. « Que Dieu me donne cent ans de guerre et pas une bataille, c’est mon souhait : mais ici la bataille est notre seule issue [145]. »
40La bataille est un remède qui vise à débloquer la situation militaire du plus faible mais aussi paradoxalement à mettre fin par la violence à la souffrance des combattants.
Les souffrances des soldats
41Cette analyse anthropologique des combattants doit s’achever par l’analyse des souffrances endurées, sans limiter celles-ci à l’instant final et paroxysmique. Sébastien Moreau comme Monluc évoquent de manière fugace l’épuisement des Français lassés par le siège et la maladie [146]. Tout à son entreprise de dédouanement des Suisses qu’il commandait, Florange dit que 2500 seraient morts dans les mois précédant la bataille de maladie ou de blessures [147]. Mais les informateurs vénitiens ne font pas état d’épidémies dévastatrices, dans une Lombardie traversée entre mars et juin 1524 par la peste, ni de démoralisation des troupes [148]. D’autres souffrances apparaissent cependant de manière récurrente dans leurs relations décrivant les deux camps.
La faim ?
42Disons-le d’emblée. Pour les combattants, la nourriture fut parfois rare, rationnée, chère et monotone, mais il n’y eut pas de disette ni de famine. Les informations alarmistes doivent être prises avec précaution car elles ont le plus souvent été diffusées dans l’intérêt de persuader le Roi de la pertinence du choix du siège et de l’imminence de son succès [149].
43Les assiégés furent évidemment les plus préoccupés par les problèmes d’approvisionnement. Mais sans que cette situation soit insupportable. Martino Verri se plaint plus de la pénurie d’argent que de celle de vivres et un chant évoquant la situation des lansquenets présents dans la ville s’alarme plus du manque de poudre et de plomb que de nourriture [150]. Les diaristes anonymes et Francisco Taegio signalent que, dès la fin novembre, les habitants commencèrent à manger de l’âne et même du cheval, ce qui apparut au début étrange, mais les hommes s’habituèrent peu à peu à cette consommation [151]. L’hippophagie relève de la nécessité ; le désir de consommation carnée lève le tabou. Les techniques de travail s’adaptèrent aussi. Les Français ayant détruit les moulins sur la rivière, les habitants établirent un peu partout des moulins à bras ou à cheval pour moudre le grain [152]. On en dénombre 150 [153]. La ville avait aussi fait des réserves en octobre sur ordre du duc de Milan [154]. De sorte que, fin novembre, un diariste de la ville estime qu’il y a du froment pour trois mois, du vin pour deux, du fromage pour six et qu’on peut tenir jusqu’à Pâques avec du pain et du fromage [155]. Une politique de rationnement des vivres a été très vite appliquée ; Leyva a même envisagé fin novembre de chasser les bouches inutiles hors de la ville, mais le Roi s’y est opposé [156]. Enfin, les escarmouches sont l’occasion de prendre vivres et chevaux. On est donc loin de la famine.
44La situation devient néanmoins plus préoccupante à la fin de janvier 1525 : les informateurs pensent que la cité n’en a encore que pour un à deux mois de vivres [157]. Un diariste assiégé signale certes qu’il y a encore du pain, du fromage mais le vin manque [158] ; alors qu’il était à 6 lires la brenta en novembre, il est passé à 16 lires le 14 février. La viande fait aussi défaut et une poule qui se vendait un écu fin janvier en vaut le double le 14 février. L’accès aux vivres est inégal selon les moyens des individus mais aussi selon l’utilité militaire des encerclés. Les femmes et les enfants ne sont pas prioritaires et début février se rendent tous les jours hors des murs pour chercher des herbes et un peu de bois alors que les combattants sont mieux traités et les capitaines s’offrent même parfois de superbes banquets. Le diariste anonyme suggère néanmoins qu’en février des corps sont devenus « comme des lanternes [159] », veut-il dire transparents ? Cette cherté et cette pénurie réactivent des rumeurs de reddition vers le 7 février [160]. Mais si les corps des assiégés sont affaiblis, on ne meurt pas de faim et les Pavesans capturés par les Français racontent que la ville peut tenir jusqu’à Pâques [161]. C’est aussi ce que pensent les parieurs romains qui estiment que Pavie ne tombera pas en mars [162]. En fait, ce sont les animaux qui ont le plus souffert, avant tout du manque de fourrage signalé dès la fin novembre et de manière récurrente [163].
45Les problèmes de pénurie alimentaire ne concernent cependant pas que les assiégés. Les armées impériales et françaises n’ont cessé au cours des mois de janvier et février 1525 de se couper mutuellement leurs voies d’approvisionnement et d’intercepter les convois de vivres. Si les Impériaux ont été les plus pénalisés par ces actions en janvier [164], la situation se renverse au milieu de février lorsque les troupes de Lannoy et de Pescara contraignent les Français à ne plus recevoir leurs ressources que par la voie fluviale du Pô [165]. Depuis Alessandrie, les impériaux harcèlent les convois français venus du Montferrat au point qu’un Pavesan écrit que de nombreux soldats de cette garnison, bien que mal payés, sont devenus riches [166]. Les informateurs notent le paradoxe d’un camp royal où abonde l’argent mais où les vivres sont rares [167]. Le fourrage manque pour les chevaux et, dans toutes les armées, les hommes manquent de vin alors qu’il fait très froid [168].
Froid et fatigues
46Le siège et la bataille de Pavie se sont déroulés durant la pire des saisons, en hiver, et celui de la plaine padane est particulièrement rigoureux. Un chant des lansquenets adressé à la Vierge l’invite à accorder au pauvre soldat « un chaud soleil pour ne souffrir du froid [169] ». Dès le 22 novembre, les lansquenets qui ont passé l’été en Provence se plaignent du froid au point que les marchands de laine et de draps leur fournissent des vêtements [170]. Très vite est aussi apparue la question du manque de bois ; il est disputé entre le besoin de se chauffer mais aussi de consolider les défenses et d’étayer les galeries [171]. Le déboisement du paysage ne suffit pas et, dans Pavie, un quart des maisons furent détruites pour récupérer la boiserie de charpente. Les fièvres qui tuent jusqu’au colonel des lansquenets dans la ville sont peut être imputables à ce froid [172]. Cette situation est encore plus pénible dans les camps précaires des assiégeants et de l’armée de secours. Pour Giovanni Salvago, un noble génois qui participa à la campagne au côté de Bourbon, ce froid hivernal fut la principale cause de désertion dans le camp français [173]. Il neige dès janvier et un informateur logé dans le camp impérial rapporte que les hommes vivent dans un semi-marécage (« in uno mezzo paludo »), dans la neige et le vent [174]. Un autre signale le 14 février que le froid est intolérable [175]. Un chant des lansquenets mémorisera cette longue nuit d’hiver (winterlange nacht) et le caractère insupportable du gel que ne vient pas soulager le vin qui manque [176].
47La vraie supériorité du roi de France est l’énorme puissance de feu qu’il détient et dont il se sert. Pour les habitants de Pavie, les bombardements qui précèdent les assauts et qui durent parfois plusieurs jours, du 13 au 17 décembre et dans la première moitié de janvier, s’intensifient avec l’arrivée de l’armée impériale à proximité du camp français. Pendant 22 jours, les échanges ne cessent pas, de jour comme de nuit [177]. Ils sont source d’épuisement et de stress [178]. Avec l’arrivée des Impériaux, les tirs redoublent en direction du camp impérial pour les contraindre à partir [179]. Mais ceux-ci ripostent et à partir du 14 février chaque camp ne cesse de bombarder l’autre, même si les troupes de l’Empereur ont moins de bouches à feu [180]. Le vacarme quasi- permanent est tel qu’on a tous les jours l’impression que la bataille s’est engagée [181]. Loin d’être anodins, ces bombardements font encore vers le 17 février près de huit à dix morts quotidiennement dans le camp impérial [182]. Si les soldats de l’Empereur souffrent des canonnades, les Français endurent le harcèlement nocturne qu’impose Pescara à partir du 8 février. Certes, il s’agit de profiter de la pénombre pour percer les lignes françaises et établir des contacts avec Pavie, mais ces entreprises maintiennent en permanence les Français en éveil et visent selon Oznaya à les fatiguer [183]. Il y a parfois jusqu’à quatre escarmouches dans la même nuit.
48Nul ne doute que l’attente a été un facteur anxiogène. Le Roi invite ses soldats à la patience mais son adversaire estime que, après avoir campé trois mois, les soldats du Roi ont perdu « la moitié de leur courage [184] ». Les assiégés attendent l’armée de secours et le journal du diariste anonyme est ponctué d’injonctions à la patience. Il signale que la réception d’une quarantaine de lettres, la nuit de Noël, venues de Bourbon, de Lannoy et de Pescara a été un grand réconfort [185]. Dans cette guerre d’usure, chacun cherche à se remonter le moral et à démoraliser l’adversaire par des cris d’allégresse, des sonneries de cloches ou des feux de joie. Lorsque l’alliance entre la France et le pape est conclue, les Français crient le 7 janvier à l’adresse des Pavesans « Chiesa, Marco ». Trois jours plus tard, ceux-ci répondent en criant « Duca, Imperio, Spagna, Inghilterra, Marco » car ils ont appris le départ de l’armée impériale de Lodi pour venir les secourir [186]. Ils recommencent le 28 janvier après avoir été informés que Pescara s’était emparé de San Agnolo [187]. Pour les assiégés, même les fausses nouvelles, comme celle de la défaite d’Albany et de Renzo à Savone réconfortent [188].
49Ces fatigues morales et physiques sont encore accentuées par le travail manuel des combattants pour aménager leur campement. Le siège est un chantier. Imaginer le soldat de Pavie dans la posture d’un corps dressé, à pied ou à cheval, ne saurait résumer l’ergonomie des organismes qui ont souvent été courbés et couchés pour des raisons qu’il faut ici énumérer. Des travaux de détournement du Tessin ont été entrepris pendant près de deux mois et demi et le Roi n’hésite pas à venir sur le chantier peu avant Noël pour intensifier les travaux [189]. Il a aussi fallu édifier des cavalieri, c’est-à-dire des remblais de tirs [190]. Les assiégés ont dû colmater les brèches et renforcer les bastions. À ceci s’ajoutent les mines faites pour chercher à ébranler les murs de la cité [191], ou les tranchées réalisées par l’armée impériale pour chercher à rejoindre Pavie, à la réalisation desquelles participent des « homini da bene [192] ». Le vice-roi en personne et des seigneurs se sont emparés de pioches et de pelles le 12 février pour participer à des travaux de terrassement pour l’artillerie [193]. Mais surtout dans chaque camp, à la mi-février, en commençant par celui de l’Empereur, les informateurs rapportent que les hommes s’enterrent avec les chevaux pour se protéger du froid et des bombardements [194]. Hommes et animaux se réchauffent mutuellement et se gardent des boulets. Un observateur qui parcourt le camp des Français après la bataille montre que ceux-ci ont fait pareil [195]. Les combattants de Pavie ont donc en grande partie vécu sous terre au moins durant les deux dernières semaines du conflit, et le diariste anonyme déclare le 19 février qu’ils se battent sous terre « comme des taupes [196] ». Cette pratique de la guerre enterrée n’est pas un hapax. Durant le siège de Metz par les impériaux, Ambroise Paré observera le même phénomène. Frigorifiés, les Espagnols se sont enterrés et pataugent dans la boue jusqu’au genou [197].
Les morts de Pavie
50Le jour de la bataille, le sang se mêla à cette boue. « Nous avons marché dans du sang jusqu’à en avoir plein les bottes » dit un chant de lansquenets [198]. Tous ceux qui virent le champ de bataille peu après la rencontre le décrivent comme une chose horrible et indescriptible, tant s’entassent cadavres de chevaux et d’hommes [199]. La violence de la mêlée ressemble à celle dont Ambroise Paré a pu maintes fois voir les effets sur les corps, blessés, piétinés par les chevaux, défigurés par le feu, brulés, au point que devant l’impuissance de la chirurgie, les soldats préfèrent parfois achever leurs compagnons. Combien furent-ils à laisser la vie ? Les chiffres oscillent entre 3 000 et 16 000, principalement dans l’armée royale. Ils furent assurément nombreux puisque le 9 mars, soit près de quinze jours après la rencontre, il reste encore 800 cadavres non ensevelis avec les yeux mangés par les corbeaux. Un compte de tous ces inhumés s’élèverait à 11 000, sans compter les noyés [200]. La noyade fut en effet une importante cause de mortalité : dès le 22 novembre 1524, une centaine de fantassins qui travaillent au détournement du Tessin ont péri avec le débordement du fleuve [201]. Lors de l’escarmouche conduite par les Pavesans contre les Grisons le 6 février, beaucoup de ces derniers se sont noyés en voulant fuir par le Tessin [202]. Mais c’est lors de la retraite du 24 février que nombre de Suisses notamment furent emportés par les eaux. À la mi-avril, soit près d’un mois et demi après la bataille, une centaine de corps dénudés, mutilés et décomposés sont recueillis sur les rives du Lido, à Castello, à Matamocho et aussitôt inhumés [203].
51La mort a frappé les hommes lors du choc, soit du fait des tirs d’artillerie ou des tirs d’arquebuses, soit lors des corps à corps à l’arme blanche. Les blessures furent mortelles immédiatement ou peu après la bataille qui ne dura pas une demi-journée. Sur 81 noms portés sur une liste de la compagnie des gens d’armes et archers de La Trémoille, établie en septembre 1524, dix au moins ont été tués, soit 12% au minimum de cette unité engagée dans la bataille [204]. Mais la mort frappa aussi lors de la retraite de nombreux soldats errants réduits à la mendicité et frappés par la faim et le froid. Nombreux furent rançonnés et assassinés par des paysans qui profitent des revers de fortune pour se venger et se rembourser des exactions commises par la soldatesque [205]. Aussi les vainqueurs firent-ils accompagner par quelques unités légères les prisonniers libérés.
52Les morts ont certes été dépouillés mais les vainqueurs ont pris soin de les inhumer. Il serait donc erroné de croire que l’on ne se soucie pas alors des corps. Les plus insignes Français furent soit enterrés dans le monastère de Saint Augustin [206], soit embaumés et rapatriés en France, non sans que les Espagnols aient cherché à monnayer la restitution de ces prestigieuses dépouilles [207]. On rétorquera qu’il importe avant tout de se soucier du salut des âmes ? Rien n’est moins certain. Si à Bruxelles, des messes furent ordonnées par la gouvernante Marguerite d’Autriche pour tous les morts de Pavie en même temps que des processions et des feux de joie [208], en France, Louise de Savoie demanda surtout des prières pour le Roi tandis que les vainqueurs, à Londres, en Autriche et en Espagne, hormis à Madrid où résidait Charles Quint, ordonnèrent des feux de joie, sans considération pour les trépassés. Ceci étant, le temps n’est pas encore venu de déplorer un tel massacre comme cela se fera vers 1560, en érigeant sur le champ de Ravenne une colonne qui invite les passants à méditer sur le carnage de 1512 [209]. Pour l’heure, les Espagnols entendent, comme jadis François Ier le fit après Marignan, édifier une chapelle sur le lieu de la capture royale qui sera dédiée à saint Mathias de la Victoire [210].
53Cet article a une ambition méthodologique, celle de cerner l’expérience militaire au ras du sol et dans l’instant présent, loin de toute reconstitution a posteriori effectuée par des acteurs soucieux de se justifier, de se disculper ou de se glorifier. À l’anatomie de la bataille, dont John Keegan nous a dévoilé les ressorts narratifs, nous proposons une autopsie des pratiques combattantes, des espérances et des souffrances des soldats établie principalement à partir de sources qui sont rédigées en temps réel [211]. Voilà qui permet d’appréhender cette expérience en dehors des mises en récit rétrospectives du combat qui se polarisèrent sur la question de la chevalerie, soit pour glorifier le Roi, soit pour fustiger la noblesse ou les Suisses, soit pour établir le cadre moral et discursif dans lequel s’opèrent la captivité, la négociation et la libération du Roi. Le souverain, avant d’être un vaillant chevalier vaincu dans l’honneur, se montra un prudent capitaine usant de raison et de patience. L’idéologie chevaleresque fut peut être plus déterminante dans la gestion diplomatique et politique de l’après bataille que dans la manière de pratiquer la guerre pendant cinq mois.
Mots-clés éditeurs : bataille, guerres d'Italie, Pavie, siège, XVIe siècle
Date de mise en ligne : 25/09/2014
https://doi.org/10.3917/rhis.143.0567