Maurice Bedoin, Jean-Claude Monneret, Corinne Porte et Jean-Michel Steiner, 1948 : Les mineurs stéphanois en grève. Des photographies de Léon Leponce à l’Histoire, Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2011, 503 p.
Pages 937zp à 1021zp
Citer cet article
- COOPER-RICHET, Diana,
- Cooper-Richet, Diana.
- Cooper-Richet, D.
https://doi.org/10.3917/rhis.124.0937zp
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- Cooper-Richet, D.
- Cooper-Richet, Diana.
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https://doi.org/10.3917/rhis.124.0937zp
1 Cet ouvrage, d’un peu plus de 500 pages, est une histoire illustrée de la fameuse grève de 1948, telle que l’ont vécue les mineurs du bassin de la Loire, à qui ce livre est dédié. Il se compose de deux parties de taille très inégale. La première – presque 300 pages – constitue l’essentiel du volume. Après un bref aperçu du fonds Léon Leponce, déposé aux Archives Départementales à Saint-Étienne, ce sont les 123 clichés du conflit, pris par ce reporter photographe, qui sont présentés et commentés, ainsi que quelques coupures de l’époque, empruntées à la presse locale. La seconde – 80 pages seulement – prend la forme d’un patchwork. Elle propose, d’abord, une très courte biographie de Léon Leponce, puis un rappel de la situation des mines de charbon en France à la fin des années 1940, suivie par un chapitre dans lequel les auteurs, Jean-Claude Monneret et Jean-Michel Steiner, s’interrogent sur le statut du travail de Leponce. Celui-ci le hisse-t-il au rang d’artiste ou, au contraire, n’est-il simplement qu’un bon professionnel ? Ces questions sur la portée de « l’œuvre » du photographe se poursuivent dans les deux derniers articles de l’album : « Choix des mots, troc des photos » et « Reportages de presse et la grève des mineurs » qui abordent, quant à eux, des aspects parfois plus techniques : photographies posées ou prises sur le vif, cadrage, matériel utilisé, légendes, mais également utilisation des clichés par la presse.
2 Toute la partie sur la grève, ses différents acteurs et ses moments-clefs, est très bien analysée et illustrée, même si les spécificités du mouvement dans la région de Saint-Étienne et l’originalité de ce qui s’y est passé en 1948, ne sont pas suffisamment mises en valeur. Par contre, le choix du plan général de l’ouvrage paraît moins convaincant. Pour que le lecteur puisse saisir l’importance, mais également l’intérêt, de ce corpus de photographies, qu’accompagnent d’amples commentaires historiques, n’aurait-il pas été plus judicieux de présenter en premier lieu, le photographe, son parcours, les journaux pour lesquels il travaille, voire ce qu’il fait, professionnellement, à côté de ces reportages sur les conflits du travail, plus particulièrement pour la maison Casino, dont Leponce est le photographe officiel ? Comment photographie-t-on un conflit social de cette portée lorsque l’on est habitué à immortaliser le patronat local ? Ce positionnement influe-t-il sur la prise de vue ? Ce livre n’aurait-il pas gagné en force de conviction, en procédant dans l’ordre inverse, c’est-à-dire en présentant d’abord l’homme et son statut professionnel, avant d’en arriver aux clichés de la grève, les auteurs n’auraient-ils permis aux lecteurs de mieux saisir l’originalité de ces photographies et leur apport à l’histoire du mouvement social régional ?
3 Par ailleurs, tout au long de l’ouvrage, ces derniers semblent avoir hésité entre deux sujets, d’une part une histoire illustrée de la grève de 1948 dans le bassin minier stéphanois et d’autre part une histoire de la photographie de presse telle qu’elle est pratiquée par Léon Leponce. Ils n’optent clairement ni pour l’une, ni pour l’autre. Bien qu’intéressant et informatif l’ouvrage est donc hybride. S’il apporte beaucoup de renseignements utiles sur le déroulement de cette grève de mineurs – ces photos nous rappellent, à juste titre, à quel point, les arrêts de travail dans le monde des mineurs de charbon sont, depuis les années 1880, codifiés, avec leurs soupes populaires, leurs manifestations, leurs meetings, leurs embuscades contre les forces de l’ordre qui occupent le bassin, leurs violences dont les ouvriers sont les premières victimes, les enterrements qui s’en suivent, les discours des dirigeants syndicaux et des leaders des grands partis de gauche, mais il n’en est pas pour autant totalement satisfaisant. Car si l’histoire sociale, plus particulièrement tout ce qui concerne la grève, est bien maîtrisée, il est clair que l’approche en termes d’histoire de la photographie en général, et de la photographie de presse en particulier, voire du photo-reportage, bénéficierait grandement de l’apport des travaux de recherche les plus récents menés dans ce domaine depuis quelques années par, et autour, de Françoise Denoyelle, professeur d’histoire de la photographie à l’École Louis Lumière, dont les références n’apparaissent pas dans la bibliographie.
4 Cette collection de photos, dont certaines sont à la fois nouvelles et très vivantes, mais souvent très similaires les unes aux autres, notamment celles représentant les mouvements de groupe, constitue néanmoins un ensemble très cohérent. Les « légendes », qui les replacent dans leur contexte historique et géographique local, sont extrêmement précises et éclairantes. Mais, le lien avec le photographe, sa contribution à la presse, sa propre perception du mouvement social ne sont pas suffisamment établis. Une approche privilégiant l’apport du reportage-photographique à l’histoire sociale, voire plus particulièrement à l’histoire du mouvement ouvrier, prenant pour étude de cas la grève de 1948 dans le stéphanois aurait sans doute été à la fois plus novatrice et plus originale.
5 Diana Cooper-Richet