Philippe II et la Ligue parisienne (1588)
- Par Serge Brunet
Pages 795 à 844
Citer cet article
- BRUNET, Serge,
- Brunet, Serge.
- Brunet, S.
https://doi.org/10.3917/rhis.104.0795
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Notes
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[1]
Cette étude a été réalisée dans le cadre du projet « Hispanofilia, la proyección política de la Monarquía Hispánica (I): aliados externos y refugiados políticos (1580-1610) », código HAR2008-01107/Hist del Ministerio de ciencia e Innovación (Espagne).
Blaise Pascal, Pensées, Paris, 1972, p. 122-123. -
[2]
C’est d’ailleurs à Montaigne que Pascal avait emprunté cette métaphore (Jean-Yves Pouilloux, Montaigne, Gallimard, 1987, p. 112-113).
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[3]
Serge Brunet, Les prêtres des montagnes. La vie, la mort, la foi dans les Pyrénées centrales sous l’Ancien Régime (Val d’Aran et diocèse de Comminges), Aspet, PyréGraph, 2001 ; Id., L’évêque ligueur Urbain de Saint-Gelais (1570-1613). Du Comminges à Toulouse, ou la voie espagnole, dans Paul Mironneau et Isabelle Pébay-Clottes éd., Paix des armes, paix des âmes, Actes du colloque de Pau, Paris, Imp. nationale, 2000, p. 151-176.
-
[4]
Serge Brunet, « De l’Espagnol dedans le ventre ! » Les catholiques du Sud-Ouest de la France face à la Réforme (vers 1540-1589), Paris, Honoré Champion, 2007.
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[5]
L’édit de Nantes, Janine Garrisson éd., Biarritz, Atlantica, 1997, p. 29.
-
[6]
Olivier Christin, La paix de religion. L’autonomisation de la raison politique au xvie siècle, Paris, Le Seuil, 1997, p. 32-38.
-
[7]
L’histoire et les historiens au xvie siècle, Marie Viallon-Schoneveld éd., Saint-Étienne, 2001. Écritures de l’histoire (xive-xvie siècle), Danielle Bohler et Catherine Magnien-Simonin éd., Genève, Droz, 2005. Les Tragiques, Jean-Raymond Fanlo éd., Paris, Champion, 2003, 2 vol. Jean-Louis Bourgeon, Une source sur la Saint-Barthélemy : l’« Histoire de Monsieur de Thou », relue et décryptée, Bulletin de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français, 134, 1988, p. 499-537. Ingrid A. R. de Smet, Thuanus. Thez making of Jacques-Auguste de Thou (1553-1617), Genève, Droz, 2006, p. 201-261.
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[8]
Claude de Vic et Jean Joseph Vaissète, Histoire générale de Languedoc, 1730-1745, rééd., Toulouse, Privat, 1872-1904, 16 vol. Germain de Lafaille, Annales de la ville de Toulouse, Toulouse, Colomies, 1687, 2 t. Prenons seulement le cas de l’avocat et historien Antoine Aubéry (1616-1695), qui découvre des écrits fort compromettants du cardinal de Joyeuse, lesquels prouvent son double jeu en 1594 : feignant d’intercéder à Rome en faveur d’Henri IV, il attend de Philippe II une intervention militaire et le mariage de l’infante avec un futur roi de France. Aubéry choisit, malgré tout, de ne pas considérer le prélat comme « l’un des plus opiniastre et plus passionné Ligueurs », mais de s’en tenir sagement « au témoignage du président de Thou » (Antoine Aubéry, Histoire du cardinal de Joyeuse, Paris, Denain, 1654, p. 34-36).
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[9]
Denis Richet, De la Réforme à la Révolution. Études sur la France moderne, Paris, Aubier, 1991. Barbara Diefendorf, Entre la Ligue et les dévots : les ultracatholiques français face à la paix de Vervins, dans Le traité de Vervins, Jean-François Labourdette, Jean-Pierre Poussou et Marie-Catherine Vignal éd., Paris, pups, 2000, p. 431-453 ; Id, From Penitence to Charity: Pious Women and the Catholic Reformation in Paris, New York and Oxford, Oxford University Press, 2004. Voir également : Joan Davis, The duc de Montmorency, Philip II and the House of Savoy : a neglected aspect of the sixteenth-century French Civil Wars, English Historical Review, 1990, p. 870-892 ; Id., Neither politique nor patriot ? Henri de Montmorency and Philip II, 1582-1589, The Historical Journal, 34, 1991, p. 539-566.
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[10]
Serge Brunet, Anatomie des réseaux ligueurs dans le sud-ouest de la France (vers 1562-vers 1610), dans Religion et politique dans les sociétés du Midi, Nicole Lemaitre éd., Paris, cths, 2002, p. 153-191. Michel de Certeau, La fable mystique, xvie-xviie siècle, Paris, Gallimard, 1982, p. 330 sq. Stéphane-Marie Morgain, L’installation des Carmes déchaux à Toulouse en mars 1623, de la Ligue au catholicisme royal, Revue d’Histoire de l’Église de France, 89, p. 363-383. Benoist Pierre, La Bure et le sceptre. La congrégation des Feuillants dans l’affirmation des États et des pouvoirs princiers (vers 1560-vers 1660), Paris, Publications de la Sorbonne, 2006, p. 129 sq.
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[11]
Nicolas de Neufville, sieur de Villeroy, Mémoires d’État, t. 1, 1574-1591, Clermont-Ferrand, Éditions Paléo, 2004, p. 93. Voir, notamment, l’étude d’Alain Hugon, qui révèle que Nicolas L’Hoste, filleul de Villeroy et commis du secrétaire d’État aux affaires étrangères, était une taupe espagnole au cœur de l’administration diplomatique française (Alain Hugon, L’affaire L’Hoste ou la tentation espagnole (1604), Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, 42, 1995, p. 355-375).
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[12]
Valentín Vázquez de Prada, Felipe II y Francia (1559-1598). Politíca, religión y razón de Estado, Pamplona, eunsa, 2004, p. 279.
-
[13]
Par exemple, par un chartiste prolixe et fort critiqué : Jean-Baptiste Honoré Raymond Capefigue, La Ligue et Henri IV, Paris, Belin-Leprieur et Morizot, 1836, 3e éd., s.d., p. 36 sq., puis par René de Bouillé, Histoire des ducs de Guise, Paris, Amyot, 1849-1850, 4 vol., Joseph de Croze, Les Guises, les Valois et Philippe II, Paris, Amyot, 1866, t. 2, p. 93 sq., et enfin Henri Forneron, Les ducs de Guise et leur époque. Étude historique sur le xvie siècle, Paris, Plon, 1877, 2 vol. Jean-Louis Bourgeon a souhaité rouvrir le « procès des Guises » : Les Guises valets de l’étranger, ou trente ans de collaboration avec l’ennemi (1568-1598), dans Le mécénat et l’influence des Guises, Yvonne Bellenger éd., actes du colloque de Reims, Paris, Champion, 1997, p. 509-522.
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[14]
Pierre Champion, Catherine de Médicis présente à Charles IX son royaume, 1564-1566, Paris, Grasset, 1937 ; Id., Charles IX, la France et le contrôle de l’Espagne, t. 1, Avant la Saint-Barthélemy, t. 2, Après la Saint-Barthélemy, Paris, Grasset, 1939. Per Olof de Törne fait exception, mais dans la revue à laquelle les Annales s’opposent : Philippe II et Henri de Guise. Le début de leur relation (1578), Revue Historique, 167, 1931, p. 323-335. La grande partie de la section du Patronato Real concernant la France (Capitulaciones y negociaciones diplomaticas) avait été transportée à Paris en vertu d’un décret de Napoléon Ier du 2 février 1810. Elle fut versée aux Archives nationales, série K, Monuments historiques (K 1385 à 1711). Inventoriée par Julián Paz en 1914, elle est rendue à l’Espagne par le maréchal Pétain en 1942, après avoir été microfilmée (21 Mi 1 à 278).
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[15]
De Lamar Jensen, Diplomacy and Dogmatism. Bernardino de Mendoza and the French Catholic League, Cambridge (Massachusetts), Harvard University Press, 1964.
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[16]
A. A. Lozinsky, La « Ligue » et la diplomatie espagnole, Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 22, 1968, p. 173-177. Ce professeur biélorusse de l’université de Lvov, auteur de divers articles théoriques sur la bourgeoisie européenne, rapproche, insidieusement, le travail de De Lamar Jensen de celui d’André de Moreuil (Résistance et collaboration sous Henri IV, Paris, Éd. de la Pensée Moderne, 1960), qui n’a rien d’un livre d’histoire.
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[17]
Peter M. Ascoli, The Sixteen and the Paris League, 1585-1591, Ph. D., University of California, Berkeley, 1971 ; John Hearsey McMillan Salmon, The Paris Sixteen, 1584-1595, Journal of Modern History, 44, 1972, n° 4, p. 540-576. Élie Barnavi, Le parti de Dieu. Étude sociale et politique des chefs de la Ligue parisienne, 1585-1594, Louvain, Nauwelaerts, 1980 ; Robert Descimon, La Ligue à Paris (1588-1594) : une révision, Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 37, 1982, n° 1, p. 72-111 et Barbara Diefendorf, The Catholic League. Social Crisis or Apocalypse Now? French Historical Studies, 15, 1987, p. 332-344.
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[18]
Carlos Coloma, Las guerras de los Estados Baxos desde el año de 1588 hasta el de 1599, Anvers, Belloro, 1624, rééd. Madrid, Éd. Rivadeneyra, 1852-1853, p. 33. Caché, un temps, sous le pseudonyme de Juan de Heredia, il parle à merveille le français car, selon Pierre de Longlée, ambassadeur de France à Madrid (1583-1589) qui le craint, son père est né en Béarn (Longlée à Henri III, Madrid, 12 avril 1584, Albert Mousset, Dépêches diplomatiques de M. de Longlée, résident de France en Espagne (1582-1590), Paris, Plon-Nourrit, 1912, p. 53). Il représente Philippe II dès la première Ligue, participe au déclenchement de la seconde, et c’est encore lui qui parvient à acquérir le soutien de Charles II, duc de Lorraine, en 1588 (Lettres et instructions de Charles II, duc de Lorraine, relatives aux affaires de la Ligue, Henri Lepage éd., Nancy, Lepage, 1864, p. 28). Il parvient également à obtenir des renseignements réguliers par Sir Edward Stafford, ambassadeur d’Angleterre en France (Moreo à Mendoza, du camp d’Aumale, 12 octobre 1589, Archivo General de Simancas (ags), Estado, K 1569, n° 137).
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[19]
Joseph Rübsam, Johann Baptista von Taxis, ein Staatsmann und Militär unter Philipp II und Philipp III, 1530-1610, Fribourg-en-Brisgau, Herder, 1889, p. 39-49.
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[20]
Nicolas de Neufville, sieur de Villeroy, Mémoires d’État, op. cit. (n. 11), p. 114-115.
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[21]
Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantôme, Ludovic Lalanne éd., Paris, Renouard, 1864-1882, t. 1, p. 148. Alain Dufour, Les relations de Charles-Emmanuel Ier, duc de Savoie, avec la Ligue (1584-1598), thèse de l’École nationale des Chartes, 1954, dactyl. Stuart Carroll (The Revolt of Paris, 1588: Aristocratic Insurgency and the Mobilization of Popular Support, French Historical Studies, 23, 2000, n° 2, p. 301-337 et Martyrs and Murderers. The Guise Family and the Making of Europe, Oxford University Press, 2009, p. 256-292) minimise pourtant l’influence de Philippe II dans les événements.
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[22]
Vielha, en Val d’Aran, partie espagnole du diocèse de Comminges.
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[23]
Modestino Cortes à Valerio, Anvers, 6 février 1588 (ags, Estado, 595, n° 3).
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[24]
« Avertissement et requête de très grande importance. Para el comercio maritimo », en italien, s.l.n.d. (ags, Estado, 594, n° 189).
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[25]
Le 29 août 1587, Francis Drake avait soudainement opéré une razzia dans la rade de Cadix, où se préparait aussi l’Armada.
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[26]
Même si Beauvais-Nangis accomplit une ambassade au Portugal (Mémoires du marquis de Beauvais-Nangis et journal du procès du marquis de La Boulaye, Louis de Monmerqué et Alphonse Honoré Taillandier éd., Paris, Renouard, 1862, p. 27), c’est Saint-Gelais que la reine mère avait mandaté. Philippe II envahit le Portugal en juin 1580 et nous constatons que, l’année suivante Guy de Lansac et François d’Épinay, seigneur de Saint-Luc, ont encore une entrevue avec le connétable du Portugal, à Libourne (René de Lucinge, Lettres de 1588. Un monde renversé, James J. Supple éd., Genève, Droz, 2006, p. 643).
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[27]
Valerio à Modestino Cortes, L’Escorial, 27 juin 1588 (ags, Estado, 595, n° 14). La lettre de Philippe II porte la date du 27 juin, mais elle est classée par la chancellerie au 28 (Ibid., n° 13).
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[28]
Valério à Modestino Cortes, l’Escorial, 27 juin 1588 (Ibid., n° 12).
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[29]
Marguerite offre également de faire parvenir à Philippe II les documents que Canillac avait ramenés de son ambassade à Constantinople. Mendoza, qui est averti qu’Henri III désire établir des relations avec le Turc, est très curieux d’en connaître le contenu (Guise à Mendoza, 6 avril 1588, et Mendoza à Philippe II, 14 avril 1588, ags, Estado, K 1567, n° 114 et 110 ; Guise à Mendoza, 19 avril 1588, Mendoza à Philippe II, Paris, 7 mai 1588, ibid., n° 245 et 244).
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[30]
ags, Estado, 595, n° 14.
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[31]
Joseph Bruno Marie Constantin Kervyn de Lettenhove, Un mémoire inédit de Marguerite de Valois, Revue d’histoire diplomatique, 5, 1892, p. 161-175.
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[32]
Jacqueline Boucher a pensé, à juste titre, qu’il avait dû être adressé au Roi Catholique entre les journées des Barricades (mai 1588), et la réunion des États généraux de Blois (9 octobre 1588) (Jacqueline Boucher, Deux épouses et reines à la fin du xvie siècle : Louise de Lorraine et Marguerite de France, Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 1995, p. 302-303).
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[33]
Marguerite pourrait faire ici une allusion à Christine de Lorraine, belle-sœur de Henri III, que ce dernier aurait cherché à lui faire épouser, mais Jacqueline Boucher considère que ce projet de mariage est une fable (Ibid., p. 298 et 300).
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[34]
En 1590, Saint-Gelais conseille à Philippe II : « pour confirmer les droits de Mme l’Infante, il conviendrait de faire en sorte que Mme Marguerite renonce à ses prétentions, et il [Saint-Gelais] croit qu’elle acceptera » (Rapport du capitaine Pedro Saravia, envoyé de Philippe II auprès d’Urbain de Saint-Gelais, 1590, ags, Estado, K 1584).
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[35]
« Copie des offres faites par écrit au roi d’Espagne par M. de Mauléon pour lui faciliter l’entrée en France », avril 1589 (ags, Estado, K 1569). « J’évite de négocier avec ceux qui prétendent offrir leurs services à Votre Majesté, mais j’ai accueilli Mauléon à bras ouvert » déclare l’ambassadeur (Mendoza à Philippe II, Paris, 1er avril 1589, ags, Estado, K 1569), encouragé par le Roi Catholique (Philippe II à Mendoza, L’Escorial, 11 mai 1589, ags, Estado, K 1449). Des observateurs espagnols sont envoyés sur la frontière pyrénéenne pour vérifier les informations fournies par Gourdan. Il est envisagé de coordonner une action avec Charles de Luxe, gendre de Louis de Lansac, en Navarre, et même avec le baron d’Audou, lieutenant général d’Henri de Navarre en pays de Foix qui, déçu par ce dernier, propose ses services et d’offrir le comté à Philippe II. « On juge nécessaire d’attaquer le prince de Béarn en Guyenne pour le retourner du secours qui done au Roy. La Province y est disposée drese des forces a cest effect » (Avis anonyme, avril 1589, ags, Estado, K 1569). Du côté du Languedoc, c’est René de Lucinge qui propose à Mayenne et à l’Union d’y retenir Damville (Philippe II, à partir d’avis de France, avril 1589, ibid.). Gourdan envoie son neveu, Vidaussan, à la tête de 300 « soldats de secours », à Dieppe, où le gouverneur passe, malgré tout, aux royaux. C’est de ce port qu’Henri de Navarre reçoit des financements d’Angleterre (Mendoza à Philippe II, 8 juillet et 4 septembre 1589, ibid.). Gourdan fournit diverses cartes géographiques pour faciliter l’arrivée des Espagnols (Mendoza à Philippe II, Paris, 22 mars et 18 mai 1589, ags, Estado, K 1570) et, en septembre, on estime que La Motte pourrait envoyer 2 000 cavaliers et 6 000 fantassins à Mayenne (Mendoza à Philippe II, 18 septembre 1589, ags, Estado, K 1569).
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[36]
Philippe II à « Madama Margarita su hermana », L’Escorial, 27 juin 1588 (ags, Estado, 595, n° 13).
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[37]
En 1583, « ruiné » et retiré sur un fief agenais de sa femme (Puycalvary), Lansac sollicitait une charge militaire de son cousin le maréchal de Biron, commandant de l’armée du duc d’Anjou, espérant ainsi rejoindre Saint-Luc à Anvers (Éliane et Jimmy Vigé, Brouage, ville d’histoire et place forte, Saint-Jean-d’Angély, Bordessoules, 1989, rééd., 1994, t. 1, p. 44). Dans le même courrier, il lui soumettait un étonnant projet naval de pillage des îles espagnoles à partir de villes des Pays-Bas que devait conquérir Monsieur (Guy de Lansac à Biron, 22 novembre 1583, BnF, ms fr., 17870, fol. 124-128 v. The Letters and Documents of Armand de Gontaut, baron de Biron, marshal of France (1524-1592), Sidney Hellman Ehrman éd., Berkeley, University of California Press, 1936, t. 1, p. 345-359). Nicolas Le Roux met ce type de discours en relation avec le projet fantastique que Duplessy-Mornay propose à Henri III : « Discours au roy Henri III. Sur les moyens de diminuer l’Espaignol, du 24 avril 1584 », Mémoires et correspondance de Duplessy-Mornay pour servir à l’histoire de la Réformation et des guerres civiles et religieuses en France sous les règnes de Charles IX, de Henri III, de Henri IV et de Louis XIII : depuis l’an 1571 jusqu’en 1623, Pierre-René Auguis et André-Désiré de La Fontenelle de Vaudoré éd., Paris, 1824-1825, rééd., Genève, Slatkine Reprints, 12 vol., t. 2, p. 580-593. Ces « imaginations », comme Lansac les qualifient lui-même, sont tellement outrancières, émaillées de références antiques, qu’elles nous paraissent plutôt participer d’un jeu académique courtisan, sous la forme d’une construction dont le contradicteur doit s’attacher à trouver la faille. Lansac, « négligé sur ceste pauvre roche » (Puycalvary), se désespérait de ne pas pouvoir les « conter […] et débattre et maintenir estre faisable[s] » de vive voix. Biron était friand de ce type de discours (Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, op. cit. (n. 21), t. 5, p. 149).
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[38]
Le roi le rappelle à la cour en mai 1586, lorsque Joyeuse et Retz réorganisent la marine, lui laissant espérer un poste qui sera, en fait, attribué à Aymar de Chaste (Paris, 17 mai et 28 juin 1586, René de Lucinge, Lettres sur la cour d’Henri III en 1586, Alain Dufour éd., Genève, Droz, 1966, p. 188 et 256 ; Quittance du 14 août 1586, BnF, ms. fr., 26168, n° 2047).
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[39]
Matignon à Henri III, 2 octobre 1586 (BnF, ms. fr., 15573, fol. 131 ; Lansac à une personne inconnue, Bourg, 19 octobre 1586, ibid., fol. 172). Voir aussi : Pierre de L’Estoile, Mémoires-Journaux, Paris, Tallandier, 1982, t. 2, p. 361.
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[40]
Lucinge au duc de Savoie, Ambérieu, 10 février 1588 (René de Lucinge, Lettres de 1588, op. cit. (n. 26), p. 77-78). Voir également : Mondragon (?) à Lucinge, Paris, 16 février 1588 et Lucinge au duc de Savoie, Paris, le 18 février 1588 (Ibid., p. 87 et p. 90).
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[41]
L’ambassadeur écrit que Lansac est venu le voir souvent, pour lui faire « une infinité de discours ».
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[42]
Philippe II, qui prend ces menaces au sérieux, écrit : « Ya sabeys quien gran movedor de platicas es Lansac » (Philippe II à Mendoza, Madrid, 5 avril 1588, ags, Estado, K 1448). L’expédition aura bien lieu l’année suivante (Robert Bruce Wernham, The expedition of sir John Norris and Sir Francis Drake to Spain and Portugal, 1589, Londres, 1988).
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[43]
Cette action de Guy de Lansac contredit l’opinion du nonce Morosini et de l’envoyé toscan Cavriana, selon lesquels c’est ce même Lansac qui serait le chef d’un complot visant à tuer d’Épernon en lui tendant un guet-apens à la foire Saint-Germain, en février 1588 (Pierre Chevallier, Henri III, roi shakespearien, Paris, Fayard, 1985, p. 619). Longlée dénonce au roi le Bordelais Masparault, envoyé à Madrid par Lansac, afin de négocier pour son compte (Longlée à Henri III, Madrid, 5 juin 1588, Dépêches diplomatiques de M. de Longlée résident de France en Espagne (1582-1590), Albert Mousset éd., Paris, Plon-Nourrit, 1912, p. 380).
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[44]
Guise à Mendoza, 10 mars 1588 (ags, Estado, K 1568, n° 97). Guise ment lorsqu’il déclare n’avoir qu’une relation épistolaire avec Lansac, en évitant bien d’évoquer son demi-frère. Il craint que Mendoza, peu au fait des affaires du Sud-Ouest, mette en doute la justesse de son jugement.
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[45]
Jean-Marie Constant, La Ligue, Paris, Fayard, 1996, p. 304-305.
-
[46]
Agrippa d’Aubigné, Histoire universelle depuis 1550 jusqu’en 1601, 1616-1620, André Thierry éd., Genève, Droz, 1981-2000, 11 vol., t. 8, liv. XIII, chap. V, p. 160.
-
[47]
Claude Victor Palma-Cayet, Chronologie novénaire, Paris, 1608, rééd., Jean Alexandre C. Buchon éd., Paris, Desrez, 1836, liv. II, p. 245.
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[48]
Les Espagnols, notamment l’agent de Philippe II en Bretagne, Diego Maldonado, l’observent avec beaucoup d’attention, avant de pouvoir être assuré, à nouveau, de sa loyauté (Maldonado à Philippe II, 7, 8, 26 et 27 août 1590, ags, Estado, K 1572, n° 116).
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[49]
Claude Victor Palma-Cayet, Chronologie novénaire, op. cit., liv. II, p. 247.
-
[50]
Ibid., p. 248.
-
[51]
Mémoire de Guy de Lansac à Philippe II, Paris, 7 août 1616 (ags, Estado, K 1472, n° 11).
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[52]
Mendoza à Moreo, 29 février 1588 (ags, Estado, 595, n° 4).
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[53]
« Selon les offres de sa Majesté Catholique promesses de rechef et traytés de nouveau par le commandeur Moreo », Guise réclame rapidement 5 000 ou 6 000 lansquenets et jusqu’à deux régiments et 1 200 lances, qui devront être licenciés par Farnèse et aussitôt repris par la Ligue, afin d’entrer en France par Cambrai (Guise à Alexandre Farnèse, duc de Parme, 29 ou 30 mai 1588, ags, Estado, K 1568, n° 184). Pierre Jeannin, qui assistait à l’entrevue de Nancy, annonce à Paris les promesses faites à Guise (Nicolas de Neufville, sieur de Villeroy, Mémoires d’État, op. cit. (n. 11), p. 113).
-
[54]
Cité par Berthold Zeller, Le mouvement guisard en 1588, Revue historique, 41, 1889, p. 253-276.
-
[55]
« Ilz ont la volonté de mener les mains à ce printemps » (Lucinge au duc de Savoie, Ambérieu, 8 février 1588, René de Lucinge, Lettres de 1588 (n. 26), p. 74-75).
-
[56]
Edmund H. Dickerman, A neglected phase of the Spanish Armada: the Catholic League’s Picard offensive of 1587, Canadian Journal of History, 11, 1976, p. 19-23. « On tient pour certain que ledit d’Aumalle se faict fort du Roy d’Espagne » et le roi « est en alarme continuelle de l’armée espagnolle » (Lettres adressées à Lucinge, Paris, 14 et 16 mars 1588, René de Lucinge, Lettres de 1588 (n. 26), p. 104 et 107).
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[57]
Pierre Chevallier, Henri III, op. cit. (n. 43), p. 617. Claude Victor Palma-Cayet, Chronologie novénaire, op. cit. (n. 47), p. 49-50. Le procès-verbal d’un nommé Nicolas Poulain, lieutenant de la prevosté de l’Isle-de France, qui contient l’histoire de la Ligue jusques au jour des barricades, escheues le 12 may 1588, Cimber et Danjou, Archives curieuses depuis Louis XI jusqu’à Louis XVIII, Paris, t. XI, 1835.
-
[58]
Élie Barnavi et Robert Descimon, La Sainte Ligue, le juge et la potence. L’assassinat du président Brisson (15 novembre 1591), Paris, Hachette, 1985, p. 51-52. « On void cependant bouilloner mille signes d’esmotions civiles dans Paris. Les eschevins de cette année, que le Roy a faicts à sa dévotion, sont odieux à tout le peuple. » (Paris, le 17 mars 1587, René de Lucinge, Lettres de 1587. L’année des reîtres, James J. Supple éd., Genève, Droz, 1994, p. 94).
-
[59]
Jean-François Solnon, Henri III, Paris, Perrin, 2001, p. 333.
-
[60]
Guise à Mendoza, 19 avril 1588 (ags, Estado, K 1567, n° 245).
-
[61]
Mendoza à Philippe II, Paris, 14 avril 1588 (Ibid., n° 99).
-
[62]
René de Lucinge, Lettres de 1588, op. cit. (n. 26), p. 289-307. Moreo, à une date qui nous est inconnue, avait déjà représenté Philippe II auprès de Charles III, en lui proposant, sans effet, l’ordre de la Toison d’Or et une compagnie d’hommes d’armes de ordonnances des Pays-Bas, contre des gratifications (Instructions de Charles III au marquis d’Haurech, auprès du duc de Parme, Nancy, 24 janvier 1589, ibid., p. 84).
-
[63]
Ibid., p. 300.
-
[64]
Jean-François Solnon, Henri III, op. cit., (n. 59) p. 333-341.
-
[65]
Instruction du duc de Lorraine au sieur Voué de Condé, son conseiller d’État et maître des requêtes ordinaires de son hôtel, et à son ambassadeur auprès de Philippe II, Nancy, 16 janvier 1591 (Lettres et instructions de Charles II, duc de Lorraine, op. cit. (n. 18), p. 289-307).
-
[66]
Robert Descimon, Solidarité communautaire et sociabilité armée : les compagnies de la milice bourgeoise à Paris (xvie-xviie siècles), dans Sociabilité, pouvoirs et société (Actes du colloque de Rouen, novembre, 1983), Rouen, 1987, p. 599-610 ; Id., Milice bourgeoise et identité citadine à Paris au temps de la Ligue, Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 48, 1993, p. 885-906.
-
[67]
Farnèse à Philippe II, Bruges, 13 mai 1588 (ags, Estado, 594, n° 59). Pour sceller les alliances, il est alors question du mariage de la fille du duc de Guise avec le fils de Charles-Philippe de Croy, marquis d’Havré. Général de cavalerie, ce dernier avait d’abord servi le duc d’Arschot dans l’armée des États et il avait résisté aux Espagnols dans l’Union de Bruxelles, catholique (1577). Il s’était ensuite réconcilié avec Philippe II (1580) (Henri Pirenne, Histoire de la Belgique, Bruxelles, Lamertin, 1927, t. 4, p. 77, 90, 113 et 160). Cependant, la duchesse de Guise est opposée à cette union (Farnèse à Philippe II, Bruges, 13 mai 1588, ags, Estado, 594, n° 58).
-
[68]
Lucinge au duc de Savoie, Lyon, 5 novembre 1588, sur une conversation avec Mayenne (Lettres de 1588, op. cit. (n. 26), p. 307).
-
[69]
Lucinge au même, Paris, 3 juin 1588, sur une conversation avec Épinac (Ibid., p. 153-154).
-
[70]
Moreo à Juan de Idiáquez, Bruxelles, 14 mai 1588 (ags, Estado, 595, n° 7).
-
[71]
Cet émissaire de Mayenne s’était d’abord rendu auprès d’Alexandre Farnèse, pour solliciter un financement et la possibilité de rencontrer Moreo. Jugeant l’affaire que le duc voulait présenter à Moreo « d’une telle importance », Parme, malgré les risques encourus par Moreo, l’avait envoyé immédiatement auprès de ce dernier, à Bruxelles. Moreo écrit que l’entrevue aura lieu dans huit jours (Farnèse à Philippe II, Bruges, 13 mai 1588, ags, Estado, 594, n° 58).
-
[72]
Bellièvre en est conscient (Olivier Poncet, Pomponne de Bellièvre (1529-1607). Un homme d’État au temps des guerres de Religion, Paris, École des Chartes, 1998, p. 160).
-
[73]
Moreo à Philippe II, 14 mai 1588 (ags, Estado, 595, n° 8).
-
[74]
Pierre d’Épinac, issu de la noblesse seconde du Forez, avait des ambitions politiques et il s’était constitué une clientèle à Lyon. Aux états généraux de 1576, présidant la chambre du clergé, puis lors de l’assemblée du clergé (1579), il avait soutenu la politique royale. Henri III l’avait récompensé en le nommant au conseil d’État (1580). Il convoitait la succession de Birague à la chancellerie de France, mais c’est Cheverny qui eut la place (1583). Au cours des conférences d’Épernay (1585), entre Catherine de Médicis et le duc de Guise, un différend l’oppose à d’Épernon et aboutit à des paroles diffamatoires. Le primat de Gaules exige que le roi désavoue son archimignon, ce qu’il ne fait pas. Il s’attache alors à Guise et le suit dans la Ligue. Refusant les propositions d’Henri III qui cherchait à le ramener à lui, au tout début de 1587, il traite avec François de Mandelot, gouverneur du Lyonnais, du Beaujolais et du Forez, Louis de La Rochefoucauld, comte de Randan et gouverneur d’Auvergne, Antoine de Saint-Nectaire, évêque du Puy, le marquis de Canillac et Marguerite de Valois (Lucinge témoigne de son inquiétude de voir cette ligue se former aux frontières de la Savoie. René de Lucinge, Lettres de 1587, op. cit. (n. 58), p. 28-37). Se rapprochant du secrétaire d’État Villeroy, il est à Paris lors de la journée des Barricades (Jean-Marie Constant, La Ligue, op. cit. (n. 45), p. 143-144).
-
[75]
« Il me dit [Henri de Guise] qu’il avait un traité avec le cardinal de Bourbon, que dès qu’ils trouvaient une bonne occasion de rompre avec le roi, comptant sur le secours qu’ils attendent de Votre Majesté, joint avec le duc de Lorraine, ils feraient ensuite prêter serment aux catholiques à Paris d’allégeance au cardinal de Bourbon qu’ils reconnaîtraient pour roi, il voit clairement que, sans l’aide de Votre Majesté, il ne pourra pas le faire, face à toutes les difficultés qu’il rencontrera ». (Moreo à Philippe II, 14 mai 1588, ags, Estado, 595, n° 8).
-
[76]
BnF, ms. fr. 15574, fol. 248.
-
[77]
C’est Pierre Richard, dans sa thèse, qui a mis en doute son authenticité (Pierre Richard, La papauté et la Ligue française. Pierre d’Épinac, archevêque de Lyon (1573-1599), Paris, Picard, 1901). Jean-Marie Constant (Les Guise, Paris, Hachette, 1984, p. 205-209 ; Id., La Ligue, op. cit. (n. 40), p. 178-183) et Arlette Jouanna (Arlette Jouanna, Jacqueline Boucher, Dominique Biloghi et Guy Le Thiec, Histoire et dictionnaire des guerres de Religion, Paris, Robert Laffont, p. 336) optent pour l’authenticité.
-
[78]
Ce faux-monnayeur d’origine espagnole, gracié par l’intervention du duc de Lorraine, avait offert ses services au duc d’Anjou, devenu duc de Brabant. Suspecté d’être un agent double, il est arrêté à Bruges (21 juillet 1582). Menacé de la question, il révèle qu’il a épié les préparatifs militaires de Strozzi (1581) pour Guise et que ce dernier transmettait les informations à l’Espagne. Surtout, il a avoué une énorme conspiration, impliquant Don Juan d’Autriche, le duc de Savoie, le pape, et nombre de grands (les ducs de Guise, de Mayenne, d’Aumale, de Nevers, d’Elbeuf, de Nemours, de Brunswick, de Joyeuse, le secrétaire d’État Villeroy, etc.), consistant à bloquer le duc d’Anjou, à s’emparer de Calais, de Cambrai et de Dunkerque, et à se saisir d’Henri III afin de mettre son royaume entre les mains du roi d’Espagne. Il est certain que Salcèdo a considérablement exagéré l’affaire ; livré à Henri III, il est condamné par le parlement et exécuté. Le roi de France efface les traces de ses accusations. Cette exubérance a malheureusement recouvert, et par là discrédité, la réalité de la conspiration de Guise avec Don Juan. Pierre de L’Estoile, Mémoires-Journaux, op. cit. (n. 39), t. 3, Preuves ; Jacques-Auguste de Thou, Histoire universelle (…) depuis 1543 jusqu’en 1607, La Haye, Scheurleer, 1740, liv. LXXV.
-
[79]
Jean-Marie Constant (La Ligue, op. cit. (n. 40), p. 196-200) exprime les mêmes réserves.
-
[80]
Moreo, dans le paragraphe suivant de sa lettre, présente une autre proposition de Guise qui consiste à tenir en son pouvoir la Bretagne et la Provence (« la Bretagne et la Bourgogne », mais, dans une autre lettre qu’il écrit le même jour à Idiáquez, Moreo inscrit : « la Bretagne et la Provence »). Dans la marge, Philippe II note : « cela aurait plus d’importance que la proposition antérieure ». Et « la proposition antérieure » c’est cette construction impériale que les ligueurs lui promettent. Enfin, il note « c’est bien » en face de la décision de Moreo de rester sur place pour « les affaires de Lorraine et de Guise », comme le lui a commandé Alexandre Farnèse.
-
[81]
Philippe II aurait ainsi laissé espérer l’ambassadeur du Pange, en 1582 (Louis Davillé, Les prétentions de Charles III duc de Lorraine à la couronne de France, Paris, Félix Alcan, 1908, p. 42). Charles III, s’il rappelle sa filiation, le soutien du peuple de France, du « corps de la Sorbonne de Paris et d’autres ecclésiastiques » à cette idée, il n’y prétend plus ensuite (Lettres de 1588 op. cit. (n. 26), p. 289-307).
-
[82]
Pierre Chevallier, Henri III, op. cit. (n. 47), p. 625.
-
[83]
Nous différons, là, de l’analyse de Jean-Marie Constant (Jean-Marie Constant, La Ligue, op. cit. (n. 45), p. 203).
-
[84]
ags, Estado, 595, n° 20. Les premiers signataires sont : le cardinal de Bourbon, Guise, le marquis d’Elbeuf, Épinac, le chevalier d’Aumale, La Châtre, et tous les députés présents « lesquelz promettent de se faire advouer aux corps de villes et communes qu’ilz feront convoquer à son de trompe à cet effect. Les princes feront soubscrire les absens de leur costé. » (Lucinge au duc de Savoie, Paris, 4 juillet 1588, Lettres de 1588 op. cit. (n. 26), p. 202-203).
-
[85]
Lucinge au duc de Savoie, Paris, 19 août 1588. Voir aussi la lettre du 27 mai 1588 (Lettres de 1588 op. cit. (n. 26), p. 248-250 et 145-149). C’est encore cette crainte qui a pu retenir le roi de faire assassiner Guise dès son entrée à Paris.
-
[86]
Lucinge au même, Paris, 25 et 27 mai 1588 (Ibid., p. 143-145 et 145-149).
-
[87]
Lucinge au même, Paris, 5 juillet 1588 (Ibid., p. 206-209).
-
[88]
Catherine de Médicis conclut un accord avec les ligueurs le 11 juillet (Jean Dumont, Corps universel diplomatique du droit des gens, t. 5, 1re partie, Amsterdam-La Haye, Brunel, Wetstein, Smith et Waesberge-Husson et Levier, 1728, p. 476-477). Sully résume bien la situation : « En ce mesme temps, la reine mere travailloit de tout son pouvoir a la reconciliation des chefs de la Ligue avecq le Roy, et y employa tant de peines et de voyages qu’en fin il se fist une espece de traicté de paix, dont les articles se voyent dans l’histoire, et ensuitte une resolution d’assembler des estats, le tout du commun advis de tant de gens sy divers en desseings et fantaisies, d’autant que, chacun d’iceux ayant son secret dans l’esprit, il esperoit bien par brigues et menees faire tourner toutes choses a son advantage et s’approprier tous les fruicts de ceste assemblée. » (Les œconomies royales de Sully, David Buisseret et Bernard Barbiche éd., Paris, Klincksieck, 1970, t. 1, p. 202). Voir : Henri de L’Épinois, La réconciliation de Henri III et du duc de Guise (mai-juillet 1588), Revue des questions historiques, 39, 1886, p. 52-94.
-
[89]
Moreo à Philippe II, Paris, 18 juillet 1588 (ags, Estado, 595, n° 21).
-
[90]
Michel Marteau, seigneur de La Chapelle, est secrétaire du roi et maître des comptes. Après la mort de Hotman de La Rocheblond, il avait pris la direction de la Ligue (1587) (Jean-Marie Constant, La Ligue, op. cit. (n. 45), p. 27. Robert Descimon, Qui étaient les Seize ? Mythes et réalités de la Ligue parisienne (1585-1594), Paris, Klincksieck, 1983, p. 188). L’échevin peut être l’un des drapiers Compain ou Costeblanche, ou bien De Près, marchand teinturier, ou encore Rolland, financier à l’élection.
-
[91]
Baron de Maisonfort, il avait rejoint la Ligue après avoir été un fidèle du duc d’Alençon. Le 1er mai 1589, il devient gouverneur d’Orléans à la place du chevalier d’Aumale.
-
[92]
Henri Drouot, Flavigny contre Dijon. Notes sur le schisme dijonnais de 1589, Mémoires de l’Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, 5e série, 4, 1922, p. 47-120. Id., Mayenne et la Bourgogne : étude sur la Ligue, 1587-1596, Paris, Picard, 1937, 2 vol. Mercœur n’hésite pas à s’emparer du premier président du parlement royaliste de Rennes qui, le 2 mars, revenait de la cour. Il a le soutien d’une grande partie du haut clergé breton. Le 7 avril, Nantes rejoint l’Union, laquelle gagne rapidement l’essentiel de la Bretagne (Nicolas Le Roux, Un prince « obligé de droit divin ». Les engagements du duc de Mercœur sous le règne d’Henri III, Le duc de Mercœur. Les armes et les lettres (1558-1602), Emmanuel Buron et Bruno Méniel éd., Rennes, pur, 2009, p. 27-74). Elizabeth C. Tingle, Authority and society in Nantes during the French wars of religion, 1559-98, Manchester and New York, Manchester University Press, 2006, p. 178-195.
-
[93]
Claude-André Dormy est évêque de Boulogne de 1567 au 15 février 1599.
-
[94]
Les contacts entre les deux évêques sont assurés par le cousin de Mgr Dormy, Jean Dormy, receveur général des finances à Amiens, ainsi que par son secrétaire, le chanoine François Gigault. Grâce à eux, la Ligue amiénoise agit dès le 16 mai, puis le 26 décembre 1588. Mgr de La Marthonnie devait son évêché à Louis de Guise, cardinal archevêque de Reims (Olivia Carpi, Une république imaginaire. Amiens pendant les troubles de religion (1559-1597), Paris, Belin, 2005, p. 127-139). Leroy est arrêté à Blois, avec des députés d’Amiens, par le grand prévôt de l’hôtel, Richelieu (Mémoires de la Ligue, BnF, ms. fr., 23295, fol. 437-438).
-
[95]
Issu d’une famille périgourdine, abbé de Saint-Just en Beauvaisis, Henri de La Marthonie a été nommé à Limoges sur la recommandation de la duchesse de Montpensier, sœur des Guises (Roger Limouzin-Lamothe, Le diocèse de Limoges du xvie siècle à nos jours (1510-1950), Strasbourg-Paris, Le Roux, 1953, p. 29). Son frère, évêque d’Amiens depuis 1577, était également conseiller au parlement de Bordeaux, ainsi que chanoine et archidiacre de Bordeaux. Limoges, comme Rodez, présentait le cas d’une ville bipolaire : la Cité de l’évêque (dont ce dernier est seigneur) et le Château de Saint-Martial (dont le roi est seigneur), avec deux consulats différents. Comme Mgr de Corneillan tente, en juin 1589 et avec l’aide de Saint-Gelais, de soumettre à la Ligue « le Bourg », dont Navarre est seigneur, Mgr de La Marthonie, en octobre suivant, s’efforce de contrôler « le Château » (Serge Brunet, « De l’Espagnol dedans le ventre ! » op. cit. (n. 4), p. 831-836. Michel Cassan, Le temps des guerres de Religion. Le cas du Limousin (vers 1530-vers 1630), Paris, Publisud, 1996, p. 258-259). Sur l’importance de la structure consulaire dans les prises de contrôle des villes méridionales : Serge Brunet, Mars 1560-mars 1562 : les guerres de Religion commencent dans le Midi de la France, Daniel Bolliger, Marc Boss, Mireille Hébert et Jean-François Zorn éd., Jean Calvin. Les visages multiples d’une réforme et de sa réception, Lyon, Éditions Olivétan, 2009, p. 179-212.
-
[96]
Marco Penzi, L’histoire tragique et mémorable de Claude de Sainctes, évêque d’Évreux, Cahiers du Centre de Recherches Historiques, 44, 2009, p. 9-26.
-
[97]
Lucinge au duc de Savoie, Blois, vers le 12 novembre 1588, sur une audience avec le roi et des conversations avec Guise et la reine mère (Lettres de 1588, op. cit. (n. 26), p. 315-337).
-
[98]
Lucinge au même, Paris, 6 septembre 1588 (Ibid., p. 264-265).
-
[99]
La Chapelle Marteau, « jeune homme très riche avec un grand train » (Michel de Montaigne, Journal de voyage en Italie par la Suisse et l’Allemagne en 1580 et 1581, Maurice Rat éd., Paris, Garnier, 1942, p. 261) avait l’habitude de traiter avec ses proches des affaires de la Ligue au cours de dîners (Jean-Marie Constant, La Ligue, op. cit. (n. 45), p. 194-195).
-
[100]
Il faut donc revoir la position d’Élie Barnavi, qui considérait que Philippe II n’avait alors aucun contact direct avec les Seize (Élie Barnavi, Le parti de Dieu, op. cit. (n. 17), p. 121).
-
[101]
Moreo à Philippe II, Paris, 20 juillet 1588 (ags, Estado, 595, n° 22).
-
[102]
« Les affaires traitées jusqu’à présent ne sont rien si on les compare avec celles qui se préparent et qui se présentent bien. Je dis aussi que je serais plus en sûreté en un autre endroit que les Flandres. »
-
[103]
Moreo conseille à Philippe II de lui donner de l’argent et des hommes, car, depuis le départ de Farnèse avec son armée, il est démuni et il ne faut pas le froisser non plus, alors qu’il sert le Roi Catholique depuis quarante ans.
-
[104]
Lucinge au duc de Savoie, Paris, avant le 15 juillet, 19 août et 6 septembre 1588 (Lettres de 1588, op. cit. (n. 26), p. 215-217, 248-250 et 264-266). Le chevalier d’Aumale est le frère du duc d’Aumale. Il est abbé du Bec et de Saint-Pierre de Chartres. Vaillant colonel de la Ligue, il est tué à Saint-Denis, le 3 janvier 1591 (Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantôme op. cit. (n. 21), t. 6, p. 205). Charles de Lorraine, marquis puis duc d’Elbeuf, est un neveu de François de Guise, né en 1556.
-
[105]
Lucinge au même, Paris, 7 et 9 août 1588 (Lettres de 1588, op. cit. (n° 26), p. 238-241). Moreo à Philippe II, Bruges, 9 août 1588 (ags, Estado, 595, n° 26).
-
[106]
Alonso Pérez de Guzmán el Bueno, duc de Medina Sidonia (Peter Pierson, Commander of the Armada: the Seventh Duke of Medina Sidonia, New Haven, Yale University Press, 1989).
-
[107]
Colin Martin et Geoffrey Parker, Le dossier de l’Invincible Armada, Paris, Tallandier, 1988. Michael Lewis, L’Invincible Armada, Paris, Payot, 1962, rééd 1980, p. 145-156. Geoffrey Parker, La gran estrategia de Felipe II, Madrid, Alianza, 1998, p. 413-441. En se focalisant sur l’expédition en Angleterre, puis sur l’intervention en France, Parme est contraint de relâcher la pression sur les Flandres et il ne peut pas empêcher une coopération entre Élisabeth II et Maurice de Nassau. Ainsi, l’accession des Provinces Unies à une république souveraine (25 juillet 1590) s’en trouve favorisée (Graham Darby, Introduction, The Origins and Development of the Dutch Revolt, Graham Darby éd., London and New York, Routledge, 2001, p. 24-25).
-
[108]
« Le gouverneur de Calais est considéré comme un des plus catholiques et meilleurs serviteurs de ce roi » (Álava au duc d’Albe, Orléans, 26 novembre 1568, ags, Estado, K 1511).
-
[109]
Aguilón au duc d’Albe, Blois, 17 avril 1572 (ags, Estado, K 1526).
-
[110]
Alonso de Curiel à Juan de Vargas, Calais, 23 juin 1578 (ags, Estado, K 1544).
-
[111]
Juan de Vargas à Philippe II, Paris, 3 avril 1578 (ags, Estado, K 1546). Voir également : Jean Sarrazin à Guillaume Le Vasseur, Arras, 22 mai 1578 (Correspondance secrète de Jean Sarrazin, Grand-Prieur de Saint-Vaast avec la cour de Namur (1578), Charles Hirschauer éd., Arras, Rohart-Courtois, 1911, p. 61-65). Gourdan semble alors négocier avec La Motte au nom d’Henri III (Davison aux secrétaires, 11 mai 1578, Calendars of State Papers. Foreign Series, 1577-1578, Londres, n° 858, p. 675). La Motte fera partie des ligueurs réfugiés à Bruxelles, après 1594, pensionnaires du roi d’Espagne (Robert Descimon et José Javier Ruiz Ibáñez, Les ligueurs de l’exil. Le refuge catholique français après 1594, Seyssel, Champ Vallon, 2005, p. 267).
-
[112]
Le 8 avril 1578. La Motte était soldat depuis une trentaine d’années. Il avait pris une part active aux opérations militaires contre les protestants en 1566, aux cours desquelles il s’était distingué. Don Fadrique de Requesens lui avait obtenu le gouvernement de Gravelines. Malgré cela, il suit en 1576 les soldats mutins faute d’avoir été payés après la banqueroute de 1575. En 1583, il participe à la lutte d’Alexandre Farnèse contre le duc d’Anjou et, notamment, il libère Dunkerque et les petites places qui l’entourent (Henri Pirenne, Histoire de la Belgique, op. cit. (n. 67), t. 4, p. 144-145 et 186).
-
[113]
Le 9 mars 1579, les états généraux déclarent La Motte ennemi public.
-
[114]
Juan de Vargas à Philippe II, Paris, 3 avril 1578 (ags, Estado, K 1546). On s’était étonné de l’attribution de ce gouvernement, de plus de 30 000 livres de rente, à un simple capitaine de gens de pied, sur l’insistance de François de Guise (Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, op. cit. (n. 21), t. 4, p. 216-218).
-
[115]
René de Lucinge, Lettres sur la cour de Henri III en 1586, Genève, Droz, 1966, p. 16.
-
[116]
Lucinge au duc de Savoie, Paris, 20 mars 1587 (Lettres de 1587, op. cit. (n. 58), p. 97). Gourdan protégeait ses neveux et seuls héritiers : Vidaussan, qui lui succédera au gouvernement de Boulogne, et son frère, qui détenait la stratégique abbaye Notre-Dame de Licques, en Boulonnais.
-
[117]
Ivan Cloulas, Philippe II, Paris, Fayard, 1992, p. 495-496.
-
[118]
Gourdan à Henri III, Calais, 10 août 1588, relation des événements par le même, et « Discours de ce qui s’est passé de nagueres au détroit de Callais entre les deux armées despaigne et d’angleterre », s.l.n.d. (BnF, ms fr., 5045, fol. 152-155). Palma-Cayet utilise la relation du cadeau de Gourdan pour ridiculiser l’ambassadeur d’Espagne, qui publiait la victoire de son maître (Claude Victor Palma-Cayet, Chronologie novénaire, op. cit. (n. 47), p. 62-63. Michael Lewis, L’invincible Armada, op. cit. (n. 107), p. 153-156).
-
[119]
Lucinge au duc de Savoie, Paris, 7, 9 et 15 août 1588 (Lettres de 1588, op. cit. (n. 26), p. 238-247).
-
[120]
Lucinge au même, Paris, 27 août 1588 (Ibid., p. 256-257).
-
[121]
Lucinge au même, Paris 28 août 1588 (Ibid., p. 258-259).
-
[122]
Lucinge au même, Paris, 3 et 8 septembre 1588 (Ibid., p. 262-263 et 266-267).
-
[123]
Il fait partie du conseil des Quarante, et sera secrétaire d’État de Mayenne (Robert Descimon, Qui étaient les Seize ?, op. cit. (n. 90), p. 112-113).
-
[124]
Mendoza à Philippe II, Saint-Dié, 27 décembre 1588 (ags, Estado, K 1567, n° 9).
-
[125]
Juan Iñiguez à Philippe II, Paris, 19 septembre 1588 (ags, Estado, 595, n° 29 et 30).
-
[126]
Guise à Mendoza, 21 septembre 1588 (ags, Estado, K 1568, n° 93). Guise fait repartir Moreo auprès de Philippe II, avec des informations qui restent orales, par Nantes et la voie de mer, le chemin de Bordeaux étant trop dangereux (Guise à Mendoza, 21 septembre 1588, Ibid., n° 92). À la suite de nombreux avertissements provenant de diverses sources, Mendoza est très inquiet pour la sécurité de Guise, craignant que Henri III ne réussisse à le faire assassiner. L’ambassadeur transmet un billet de Guise concernant Cambrai, auquel il dit ne rien comprendre, n’en ayant eu aucune information, ni de Farnèse, ni de Juan Iñiguez. Nous voyons encore là l’information parcellaire dont disposait l’ambassadeur contrairement aux envoyés spéciaux (Mendoza à Philippe II, 24 septembre 1588, Ibid., n° 90).
-
[127]
Mendoza à Philippe II, 13 octobre 1588 (ags, Estado, K 1567, n° 206).
-
[128]
Recueil de pièces originales et authentiques concernant la tenue des états généraux, Lalourcé et Duval éd., 4, Seconds États de Blois en 1588, Paris, Barrois l’aîné, 1789, p. 172-174 et 182-183. Germain de Lafaille, Annales de la ville de Toulouse, op. cit. (n. 8), t. 2, p. 409.
-
[129]
Capitoul en 1586, il était le fils d’Antoine Tournier, procureur au parlement, capitoul en 1543-1554 et en 1557 (Alphonse Brémond, Nobiliaire toulousain, Toulouse, Bonnal et Gibrac, 1863, t. 2, p. 487).
-
[130]
Écuyer, Étienne est le fils de Jean de Pontac (1488-1589), seigneur de Roailhan, Escassefort, Haut-Brion, etc., greffier en chef civil et criminel au parlement de Bordeaux (1522), sous-maire de la ville (1527), qui avait fait sa fortune sur le commerce du vin et du pastel. Son frère aîné, Jacques, qui avait repris l’office de son père (1549), avait été envoyé par la ville de Bordeaux auprès de Monluc, au début de l’année 1563, pour l’inciter à venir contrecarrer les projets du président Lagebaston (Commentaires et lettres de Blaise de Monluc, maréchal de France, Alphonse de Ruble éd., Paris, Renouard, 1867, t. 3, p. 64-65 et Commentaires de Blaise de Monluc, Paul Courteault éd., Paris, Picard et Gallimard, 1964, p. 576). Il meurt le 1er septembre 1572 et, pour 9 000 francs, Jean attribue à un autre de ses fils la survivance de sa charge. Malheureusement ce dernier s’éteint dix jours seulement après la transmission, menaçant la famille de tout perdre. Le marquis de Villars, lieutenant général en Guyenne à la suite de Monluc, intervient alors auprès du duc d’Anjou et il écrit à Philippe Hurault de Chevergny, conseiller au parlement de Paris et maître des requêtes, pour que Thomas puisse recueillir le précieux office. Ainsi, « ce bon homme sera […] à moi Monseigneur de plus en plus esclave » (Villars au duc d’Anjou, Aiguillon, 6 octobre 1572, ms Bibliothèque nationale de St-Pétersbourg. Jean Loutchitzki a omis ce passage dans sa publication : Documents inédits et originaux. Quatrième et cinquième guerre de Religion (1572-1574). Lettres extraites des manuscrits de la Bibliothèque impériale de St-Pétersbourg, Bulletin de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français, 22, 1873, p. 254-256). L’année suivante, Thomas s’allie à la célèbre famille de Goth, un de ses frères, Arnaud, devient évêque de Bazas, un autre, Jean, conseiller au parlement et président aux enquêtes (Chronique d’Étienne Cruseau, Bordeaux, Gounouilhou, 1879, t. 1, p. 57-58) et la famille donnera une suite de présidents au parlement de Guyenne (Autographes de personnages ayant marqué dans l’histoire de Bordeaux et de la Guyenne, Soc. des arch. hist. de la Gironde, Bordeaux, Gounouilhou, 30, 1895, p. 50, 86-87. Jules Andrieu, Histoire de l’Agenais, Paris-Agen, Picard-Ferran, 1893, p. 181). Grégory Champeaud (Le parlement de Bordeaux et les paix de religion (1563-1600), Bouloc, Albret, 2008, p. 325-328) n’apporte aucun éclairage sur ce point. Les « villes filleules », au cours de la guerre de Cent Ans, avaient formé une union défensive, sous l’hégémonie bordelaise (Gabriel Delurbe, Chronique bourdeloise, Bordeaux, Millanges, 1594 (trad. de l’éd. latine, Bordeaux, Millanges, 1589), fol. 21).
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[131]
Avocat au parlement de Bordeaux dès 1560, il est reçu bourgeois de Bordeaux le 19 décembre 1571. Élu jurat, il est chargé d’aller à Lyon pour présenter les « soumissions de la ville » à Henri III qui faisait son entrée dans son nouveau royaume. Seigneur de la maison noble de Persart, il avait épousé Jeanne de Tarneau, d’une famille de parlementaires. Ses deux fils sont conseillers au parlement et l’aîné, Jean, est l’auteur d’une Chronique du parlement de Bordeaux (Autographes, op. cit., p. 65-66).
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[132]
Voir, notamment : Guise au sieur de Treul (envoyé auprès du duc de Parme), juin 1587 (ags, Estado, K 1565, n° 180), Mendoza à Philippe II, 26 mars 1587 (ags, Estado, K 1566).
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[133]
En février, Damville est venu conférer avec Henri de Navarre à Nérac, en présence de gentilshommes de Matignon, et Montaigne a été envoyé à la cour, sûrement pour des négociations secrètes. Les Toulousains envoient des députés à Henri III pour lui signifier qu’ils sont « en grand danger et pratiquement sans plus aucun commerce parce que celui de Béarn [Henri de Navarre] a pris quelques petites villes qui l’empêchent et assurent le chemin de Nérac à Montauban afin de pouvoir secourir les hérétiques dans les deux places » (Mendoza à Philippe II, Paris, 25 février 1588, ags, Estado, K 1567).
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[134]
Nicolas de Harlay, seigneur de Sancy (1546-1629). Ce protestant, élevé à l’étranger, a rempli des missions diplomatiques en Allemagne et auprès des Suisses. Colonel général des Suisses, il a la confiance de Navarre. Il sera son premier maître d’hôtel en tant que roi de France. Sur les tractations entre le prieur de Crato et les Anglais, à partir de 1588 : Mário Domingues, O prior de Crato contra Filipe II, Lisbonne, 1965 et sourtout : Guida Marques, L’Invention du Brésil entre deux monarchies. Gouvernement et pratiques politiques de l’Amérique portugaise dans l’union ibérique (1580-1640) thèse, EHESS, Paris, 2009, dactyl. p.33-64.
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[135]
Lucinge au duc de Savoie, Lyon, 5 novembre 1588, sur des plaintes de Mayenne, et sur une audience avec le roi ainsi qu’une conversation avec Guise et la reine mère, Blois, vers le 12 novembre 1588 (Lettres de 1588 op. cit. (n. 26), p. 307-313 et 315-337). Voir aussi : Lucinge au même, 15 novembre, sur une conversation avec Morosini et Mme de Nemours (Ibid., p. 351-357).
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[136]
Lucinge au même, Blois, 4 décembre 1588, à la suite de discussions avec Guise et avec la reine mère afin d’éviter une déclaration de guerre (Ibid., p. 389-403).
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[137]
Lucinge écrit au duc que le roi souhaite lui déclarer la guerre mais que Guise et le tiers état protègent ses intérêts (Lucinge au même, le 13 novembre 1588, Ibid., p. 341-345).
-
[138]
Lucinge au même, Blois, 27 novembre 1588, sur une audience avec le roi (Ibid., p. 372-381).
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[139]
Lucinge au même, 14 novembre 1588 (Ibid., p. 346-351).
-
[140]
Journal d’un ligueur parisien (1588-1590), Xavier Le Person éd., Genève, Droz, 1999, p. 99-102. Cette étonnante attitude doit expliquer la confusion de l’éditeur du texte, qui identifie ce « Lansac » comme étant son fils, Guy, alors qu’il s’agit bien de Louis.
-
[141]
Jacques-Auguste de Thou, Histoire universelle, op. cit. (n. 78), t. 7, p. 321-322.
-
[142]
En 1583, il avait rédigé un mémoire très sévère contre la réception des décrets du concile de Trente, évoquant notamment le spectre de l’Inquisition, qui pourrait non seulement s’en prendre aux protestants, mais aussi aux bons catholiques (Victor Martin, Le gallicanisme et la Réforme catholique. Essai historique sur l’introduction en France des décrets du concile de Trente (1563-1615), Paris, Picard, 1919, p. 205).
-
[143]
Les Remarques sur la Satyre ménippée, Ratisbonne, 1726, t. 2, p. 185.
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[144]
Mendoza à Philippe II, 6 novembre 1588 (ags, Estado, K 1567, n° 202). D’Épernon va attendre que la situation se décante ; après la victoire de Henri IV à Arques (28 septembre 1589), il commence à s’engager dans le camp royal. Il lève des troupes pour chasser les ligueurs de Limoges ; en octobre 1590, il s’empare de Bourg-sur-Gironde et il rejoint Henri IV (Nicolas Le Roux, Les faveurs du roi. Mignons et courtisans au temps des derniers Valois (vers 1547-vers 1589), Seyssel, Champ Vallon, 2000, p. 707-708).
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[145]
Lucinge au duc de Savoie, Blois, 9 décembre 1588 (Lettres de 1588, op. cit. (n. 26), p. 405-410). Voir, également, la lettre datée du 27 novembre (Ibid., p. 372-382).
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[146]
Lucinge au même, Blois, 16 décembre 1588 (Ibid., p. 411-416).
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[147]
Lucinge au même, Blois, 23 décembre 1588 (Ibid., p. 422-424).
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[148]
Mendoza, qui avait envoyé un de ses domestiques porter deux billets d’Alexandre Farnèse à Guise, est immédiatement averti des arrestations, puis des assassinats (Mendoza à Philippe II, 23 décembre 1588, ags, Estado, K 1567, n° 28).
-
[149]
Germain de Lafaille, Annales de la ville de Toulouse, op. cit. (n. 8), p. 412.
-
[150]
Mendoza à Philippe II, Blois, 5 janvier 1589 (ags, Estado, K 1570). Ils étaient tous les deux conseillers d’honneur au parlement de Toulouse (Fleury Vindry, Les parlementaires français au xvie siècle, t. 2, fasc. 2, Parlement de Toulouse, Paris, Champion, 1912, p. 275-276).
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[151]
« On alla en la chambre du clergé pour arrester prisonniers les évesques de Cominges, de Rhodez et de Boulongne, mais on ne les trouva poinct, les portes de la ville de Blois avoient estées fermées des la nuict et ne furent ouvertes qu’à onze heures du matin, de façon que ceux qui voulurent sortir plustost eurent besoing du credit de leurs amis » (Mémoire de la Ligue, BnF, ms. fr., 23295, fol. 437-438).
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[152]
Nicolas Le Roux, The Catholic Nobility and political Choice during the League, 1585-1594 : the Case of Claude de La Châtre, French History, 8, 1994, n° 1, p. 34-50.
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[153]
Mendoza à Philippe II, Saint-Dié, 27 décembre 1588 (ags, Estado, K 1567, n° 9). François de Roncherolles, seigneur de Maineville, est un fidèle du cardinal de Bourbon et des Guises : il était présent au traité de Joinville.
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[154]
Nicolas de Neufville, sieur de Villeroy, Mémoires d’État, op. cit. (n. 11), p. 115-128.
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[155]
Ainsi, en fuyant Blois, Saint-Gelais laisse aller son équipage par une voie habituelle alors qu’il en prend une autre, détournée, et il multiplie des courriers pratiquement identiques, car il n’est pas sûr que chacun arrivera à la cour d’Espagne, ne recevant plus d’accusé de réception. On mesure là l’isolement brutal, bien que momentané, des conjurés. Henri III a bloqué le service de la poste, afin de contrôler les déplacements et de s’emparer des ligueurs. L’évêque de Comminges utilise alors les réseaux de marchands pour envoyer ses lettres à Madrid et, tout aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est grâce aux informations détenues à la cour d’Espagne qu’il est informé de la situation française, dont de celle de Marguerite de Valois, pour la vie de laquelle on craint ! (Ensemble de lettres classées sous la mention : Modestino Cortes [Urbain de Saint-Gelais] à Philippe II, France, 1589, ags, Estado, K 1573).
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[156]
« Imprimé à Paris, chez Michel Jouin, rue Saint-Jacques à la Souche, 1589 » (ags, Estado, K 1570, n° 44). Denis Pallier note avec justesse qu’il s’agit d’une « glose des événements très imprécise » (Denis Pallier, Recherches sur l’imprimerie à Paris pendant la Ligue (1585-1594), Genève, Droz, 1976, p. 307). Le même imprimeur a notamment publié, la même année : Les Paroles que le roy d’Espagne tint, quand receut nouvelles de la mort de messeigneurs les cardinal et duc de Guise (Ibid., p. 286).
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[157]
« Avisos de la Chausee de Sainct Victores de 26 de enero 1589 » (ags, Estado, K 1570).
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[158]
Assailli au sortir du parlement par 50 ou 60 hommes d’armes, un des siens est tué et il ne doit la vie qu’à la célérité de son cocher, « et [il] courut se rendre prisonnier en lhostel de ville au lieu que s’il fut allé en sa maison il y eust esté massacré et sa maison pillée » (Histoire de la Ligue, BnF, ms. fr. 23295, fol. 468). Dès le lendemain, on annonce sa mort à Philippe II, démentie ensuite : « En Tolosa se entiende que no mataron el primer Presidente como se havia dicho antes, sino que lo querian hazer y que le han despribado, haviendo publicado no ser obligado a obedescer al Rey en conformidad de la declaration de la Sorbona » (Mendoza à Philippe II, de la Chaussée-Saint-Victor, 5 février 1589, ags, Estado, K 1570). L’ambassadeur envoie également au Roi Catholique un imprimé sans mention d’éditeur ni de lieu d’édition : Responsum Facultatis Theologicae Parisiensis, 1589 (ags, Estado, K 1560, n° 198). Duranti, qui donnait l’impression de trahir ses anciens compagnons ligueurs, avait peu d’illusion sur sa mort prochaine, comme il l’écrivait au feuillant Jean de La Barrière (Bnf, ms. fr. 11565, fol. 83. Benoist Pierre, La bure et le sceptre. La congrégation des feuillants dans l’affirmation des États et des pouvoirs princiers (vers 1560-vers 1660), Paris, Publications de la Sorbonne, 2006, p. 100-101).
-
[159]
Saint-Gelais fait alors imprimer à Paris une relation propre à le disculper : Advertissement particulier et véritable de tout ce qui s’est passé en la ville de Tholose depuis le massacre et assassinat commis en la personne des Princes Catholiques touchant l’emprisonnement et mort du premier President et Advocat du Roy d’icelle, que de plusieurs autres choses dignes d’estre remarquées pour le profit et utilité des affaires des bons et vrays catholiques, Paris, Robert Le Fizelier, 1589 (Un premier récit, sous la forme d’une lettre écrite par un avocat du parlement de Toulouse à un confrère du parlement de Paris, datée du 8 février et signée I.P.D. est imprimée chez Pierre Huy, en 15 pages. Le second, plus développé, comporte 24 pages. Denis Pallier, Recherches sur l’imprimerie, op. cit., p. 306). À la fin des troubles, un autre récit est imprimé ; anonyme, il est attribué à Antoine Du May, ami du président défunt (Narratio fidelis de nostre D.D. Joan Steph. Duranti, Paris, 1600, dans Claude de Vic et Jean-Joseph Vaissète, Histoire générale de Languedoc, op. cit. (n. 8), 12, p. 1466). Voir également : Mark Greengrass, The Sainte Union in the Provinces : The Case of Toulouse, The Sixteenth Century Journal, 14, 1983, n° 4, p. 469-496 et Carole Delprat, Les magistrats du parlement de Toulouse durant la Ligue, (Annales du Midi, 108, 1996, p. 39-61). Saint-Gelais fera imprimer d’autres écrits ligueurs et proespagnols, que nous n’avons pas encore identifiés. Le complot ligueur réussi de Senlis, soutenu par le duc d’Aumale, est déclenché, lui aussi, durant les jours gras de carnaval (13 février), jouant sur un moment propice pour « remuer » le commun peuple (Thierry Amalou, Le lys et la mitre. Loyalisme monarchique et pouvoir épiscopal pendant les guerres de Religion (1580-1610), Paris, Éd. du cths, 2007, p. 224-230. Serge Brunet, « De l’Espagnol dedans le ventre ! », op. cit. (n. 4), p. 780-785).
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[160]
Modestino Cortes [Saint-Gelais] à Philippe II, s.l.n.d., début mai 1589 (ags, Estado, K 1573).
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[161]
« La declaracion de los avisos que me dio en cifra el obispo de Comenges es esta », s.l.n.d. (vraisemblablement mai 1589), ags, Estado, K 1579.
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[162]
En 1585, Henri III avait suspendu Damville de ses fonctions de gouverneur de Languedoc. Jusqu’en 1588, Guillaume de Joyeuse, son lieutenant, s’était progressivement arrogé tous les droits de gouverneur de la province, alors que son fils, Antoine-Scipion, jouait à ses côtés le rôle de lieutenant général, avec l’assentiment des états de Languedoc (réunis à Toulouse, du 12 au 25 février, puis à Limoux, le 7 novembre 1588). Mais, à la fin de l’année 1588, et surtout après la mort du duc de Guise, Henri III se réconcilie avec Damville et il lui rend son gouvernement en janvier 1589 (Mendoza à Martín de Idiáquez, Blois, 5 janvier 1589 et Mendoza à Philippe II, La Chaussée-Saint-Victor, 20 janvier 1589, ags, Estado, K 1570. Pierre de Vayssière, Messieurs de Joyeuse (1560-1615), Paris, Albin Michel, 1926, p. 291-292).
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[163]
Mendoza à Philippe II, Paris, 20 mars 1589 (ags, Estado, K 1570). Charles-Emmanuel de Savoie, duc de Nemours (1567-1595), est d’abord emprisonné à Blois le 23 décembre 1588, ainsi que sa mère, Anne d’Este, veuve de François de Guise. Il est donc frère utérin des Guises et le filleul probable du duc de Savoie. Henri III tarde à lui accorder le gouverneur du Forez, Lyonnais et Beaujolais, après son père, et il brigue celui de Saluces (Lucinge au duc de Savoie, Blois, 3 décembre 1588, Lettres de 1588 op. cit. (n. 26), p. 385). Il doit ensuite résister à un consulat de Lyon qui met des conditions à son obéissance (16 mars 1589). Il quitte cette ville, en y laissant son frère, pour faire passer Mâcon à la Ligue et combattre l’armée d’Henri III et du roi de Navarre autour de Paris (Jean-Hippolyte. Mariéjol, Charles-Emmanuel de Savoie, duc de Nemours, gouverneur du Lyonnais, Beaujolais et Forez (1567-1595), Paris, Hachette, 1938).
-
[164]
Moreo, qui venait des Flandres au secours de Paris à la tête de troupes espagnoles, meurt subitement le 18 août à Meaux. Certains diront qu’il s’agissait d’une congestion cérébrale. Son frère, le capitaine Moreo, qui l’accompagnait, affirme qu’il a été empoisonné (Pedro de Moreo à Juan de Idiáquez, 12 septembre 1590, ags, Estado, K 1573, n° 90).
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[165]
L’ambassadeur Vargas, par exemple, avait animé un sombre et inutile complot, avec notamment le fils du maréchal Gaspard de Saulx-Tavannes (Guillaume ?) et M. de Meri (Vargas à Philippe II, Paris, 1er octobre 1578, ags, Estado, K 1546, n° 8).
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[166]
Moreo à Philippe II, 14 mai 1588 (Arch. dipl. du Quai d’Orsay, Espagne 322, fol. 87).
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[167]
Deschiffrement d’une lettre escrite par le commandeur Moreo au roy d’Espagne, s.l.n.d., in-8e (Henri Hauser, Les sources de l’histoire de France, xvie siècle, Paris, Picard, 1915, t. 4, n° 2929). Henri Drouot, Mayenne et la Bourgogne. op. cit., (n. 92), t. 1, p. 254 et t. 2, p. 24-25 et 174-176).
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[168]
Sur l’antihispanisme de Jeannin, qui rejoint là Épinac et Villeroy : ibid., t. 2, p. 192-196.
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[169]
Moreo à Philippe II, Rouen, 27 septembre 1589 (ags, Estado, 597, n° 126). Mendoza à Philippe II, Paris (7 novembre 1589, ags, Estado, K 1570, n° 153). « Puntos del razonamiento hecho y mantenido del Comendador Moreo al Consejo de la Union en Roan » (ags, Estado, K 1569, n° 51). Valentín Vásquez de Prada, Felipe II y Francia, op. cit. (n. 12), p. 348-349.
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[170]
Charles III, qui se targue de sa fidélité à l’accord signé, signale qu’il a même résisté à des « propositions avantageuses » d’Henri IV s’il abandonnait la Sainte Union (Lettres de 1588, op. cit. (n. 26), p. 289-307).
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[171]
Moreo et Tassis continuent les négociations avec l’archevêque de Lyon, Villeroy, Jeannin, le président du parlement de Paris, Vétus, François Oudineau et Bassompierre, agent du duc de Lorraine (Tassis et Moreo à Philippe II, Paris, 30 décembre 1589, ags, Estado, K 1570, n° 191).
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[172]
Déjà, à la fin du mois de septembre 1590, lors du difficile siège de Corbeil, les Seize avaient envoyé une députation auprès de Mayenne, composée presque exclusivement d’ecclésiastiques et de praticiens. Celle-ci réclamait une guerre à outrance contre les huguenots, une épuration et le rétablissement du Conseil général de l’Union. Mais elle exigeait aussi du lieutenant général qu’il prenne sans réticence appui sur le pape et sur Philippe II (Élie Barnavi, Le parti de Dieu, op. cit., (n. 17), p. 199-200). Le 2 septembre de l’année suivante, les Seize écriront directement une lettre au roi catholique, par laquelle ils lui offrent le royaume (Claude Victor Palma-Cayet, Chronologie novénaire, op. cit. (n. 47), liv. III, p. 353-354).
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[173]
Les Ligues catholiques et leurs alliés dans la France des guerres de Religion (vers 1576-1598). Historiographie et méthodes d’analyse, Serge Brunet et José Javier Ruiz Ibáñez éd., Actes du colloque international de Montpellier, 4-5 avril 2008, Paris, Champion (à paraître, 2010). Nous partageons la position de Wolfgang Kaiser : La centralité des marges, L’Europe en conflit. Les affrontements religieux et la genèse de l’Europe moderne, vers 1500-vers 1650, Wolfgang Kaiser dir., Rennes, pur, 2009, p. 215-219.
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[174]
Outre les travaux de Pierre Nora, de Michel de Certeau, de Jacques Revel et de François Hartog, voir : Jean-Luc Petit éd., L’événement en perspective, Paris, Éd. de l’ehess, 1991 ; Qu’est-ce qu’un événement ? Terrain, n° 28, mars 2002. Michel Dobry, Ce dont sont faites les logiques de situation, Pierre Favre, Olivier Fillieule et Fabien Jobard éd., L’atelier du politiste. Théories, actions, représentations, Paris, Éd. La Découverte, 2007, p. 119-148.
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[175]
François Hartog, Régime d’historicité. Présentisme et expériences du temps, Paris, Seuil, 2003.
« Mon ami, si vous demeuriez de ce côté, je serais un assassin, et cela serait injuste de vous tuer de la sorte ; mais puisque vous demeurez de l’autre côté, je suis un brave, et cela est juste. [...] Plaisante justice qu’une rivière borne ! Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà. » [1]
2Lorsque l’on confronte l’ample documentation espagnole sur la guerre de la Ligue (1585-1598) avec les sources françaises, sur lesquelles se fonde l’essentiel de l’historiographie, c’est bien ce « méridien [qui] décide de la vérité » qui apparaît [2].
3Force est de constater l’inadéquation des témoignages sur les guerres de Religion (1562-1598) conservés de part et d’autre de la frontière. Les sources espagnoles révèlent notamment un Sud-Ouest français dont la précocité, l’intensité et de la durée de l’ancrage ligueur, souvent proespagnol, sont effacées des annales [3]. Nous choisissons de présenter ce fascinant décalage, en portant notre attention sur les mois qui ont précédé le désastre de « l’Invincible » Armada, sur le soulèvement de Paris contre son roi et jusqu’à l’assassinat des Guises, souhaitant démontrer combien ces tragiques événements sont liés [4].
Amnistie et amnésie : le devoir d’oubli
« Premièrement, que la mémoire de toutes choses passées d’une part et d’autre, depuis le commencement du mois de mars 1585 jusqu’à notre avènement à la couronne et durant les autres troubles précédents et à leur occasion, demeurera éteinte et assoupie, comme de chose non advenue. » [5]
5C’est ainsi que commence le texte de l’édit de Nantes, mettant en garde contre tout comportement susceptible de réveiller la mémoire. La pax civilis entre les Français, jointe à la paix signée avec l’Espagne à Vervins (2 mai 1598), s’accompagne non seulement d’une large amnistie, mais entraîne une nécessaire amnésie de la part de nombre de ligueurs [6]. Dans le Midi français, pays de consulats, l’effacement couvre aussi nombre de registres de délibérations.
6On a attiré l’attention sur la partialité, voire les travestissements, des principaux annalistes, comme Agrippa d’Aubigné ou Jacques-Auguste de Thou [7]. Mais, même des historiens de référence du siècle suivant, qui participent de la glorification des Bourbons, oublient à leur tour très largement l’Espagne [8]. Nous demeurons en effet toujours en guerre ouverte ou couverte avec le Roi Catholique durant un long xviie siècle, alors que l’influence de l’adversaire se manifeste dans une reconquête catholique teintée de mystique espagnole. Barbara Diefendorf reprend les propositions de Denis Richet sur les liens entre les ligueurs et les dévots [9]. De Bordeaux à Toulouse, d’anciens ligueurs, sensibles à la religiosité espagnole, utilisent de vieilles solidarités hispaniques pour introduire les ordres réformés d’outre monts [10]. « Mais combien y a-t-il maintenant auprès de Sa Majesté de personnes qui ont suivi la Ligue ? » s’exclamait le secrétaire d’État Nicolas IV de Neufville de Villeroy en tentant de se justifier [11]. L’enquête est en cours ; elle devrait révéler les contours de ce parti dévot.
Les Barricades parisiennes et l’avancée de l’Invincible Armada
7Au début de l’année 1588, le mécontentement des Parisiens éclate au grand jour. Un complot est ourdi, qui rencontre les intrigues des Guises, lesquelles sont, elles-mêmes, liées aux entreprises espagnoles. Philippe II s’est, en effet, engagé à soutenir la Ligue des Guises au traité de Joinville (le 17 janvier 1585 et non le 31 décembre 1584), mais c’est la formidable préparation de l’invasion de l’Angleterre qui occupe d’abord ses pensées [12]. La déstabilisation de la France étant nécessaire pour détourner l’attention et les énergies, il faut éviter à tout prix une « pernicieuse paix ».
Plus de sociologie historique et moins d’histoire diplomatique ?
8Si Henri de Guise participe bien au plan de Philippe II, qui consiste à empêcher le roi de France à porter secours aux Flamands et à la reine Élisabeth, en favorisant de graves troubles à Paris, y a-t-il eu une relation directe entre les émissaires de Philippe II et les Parisiens ? Est-ce que l’Espagne a pu agir dans le calendrier du déclenchement de l’insurrection ? Ces interrogations sont aujourd’hui sulfureuses, voire politiquement incorrectes. En effet, elles ont été avancées précocement par ceux qui se sont plongés dans les archives diplomatiques espagnoles amenées à Paris [13]. Ces dernières permettaient à l’éminent chartiste Pierre Champion de rédiger une histoire politique et événementielle de « la France et le contrôle de l’Espagne », au moment où Lucien Febvre, qui avait soutenu sa thèse sur Philippe II et la Franche-Comté (1911), fondait avec Marc Bloch les Annales d’histoire économique et sociale (1929) [14]. Champion ne sera que fort peu cité.
9Un retour sur ces archives vint de chercheurs étrangers. C’est essentiellement à partir de la documentation qui entoure l’ambassade de Bernardino de Mendoza que De Lamar Jensen a voulu démontrer l’influence espagnole dans le déclenchement de l’insurrection [15]. Il a été fortement critiqué, puis à son tour – et c’est le plus terrible – oublié. On lui reprochait l’absence de preuves tangibles de relations directes entre les agents de Philippe II et les Parisiens. En 1968, A. A. Lozinsky terminait son compte rendu critique par une condamnation sans appel :
« L’ouvrage de Jensen montre une fois de plus qu’il n’est pas possible de comprendre un mouvement aussi complexe que la Ligue en se basant uniquement sur les activités des diplomates, des rois et des princes, non plus qu’en ramenant les raisons d’une telle coalition à un conflit religieux. Les origines sociales de la Ligue et le rôle qu’y joua une grande partie de la population ont été peu étudiés jusqu’à présent. […] Il est clair que la clef du problème que pose la Ligue doit être cherchée à Paris et non à Madrid. » [16]
11Cette proposition a été entendue [17]. Mais en fait, si Jensen, tout en offrant une remarquable moisson de documents inédits, n’emportait pas une totale adhésion, c’est d’abord parce qu’il lui manquait un chaînon essentiel dans la transmission des informations : le commandeur Juan Moreo. Le général espagnol Don Carlos Coloma écrit de lui :
« Cet humble chevalier de Malte a été le premier moteur des guerres furieuses qui ont embrasé la France durant tant d’années ; empressé à répandre l’argent du roi, consommé dans l’art d’acheter des volontés, il sut gagner le duc de Guise, et le rendre espagnol de cœur. » [18]
13Moreo représentait déjà le Roi Catholique auprès des ligueurs, en 1576. Il est le plénipotentiaire lors du traité de Joinville, assisté de l’ambassadeur Juan Bautista de Tassis. Il est passé à Bourg-sur-Gironde, chez les Lansac, qui lui font traverser la frontière, afin d’aider au soulèvement de 1585 en Guyenne, avec Marguerite de Valois. En 1588, Moreo assure la liaison entre Alexandre Farnèse, duc de Parme et gouverneur général des Pays-Bas, Charles III, duc de Lorraine, et les Guises. C’est donc lui l’agent essentiel de Philippe II dans la préparation du soulèvement ligueur, et non pas l’ambassadeur Mendoza. L’ancien ambassadeur, Juan Bautista de Tassis, est désormais conseiller de guerre du duc de Parme et veedor general de l’armée des Flandres [19]. Parlant de Moreo, Guise avait déclaré à Villeroy, « qu’il savait mieux que dom Bernardin [Mendoza] » quelles étaient les intentions du Roi Catholique et que le conseiller d’État [Villeroy] ne devait pas prendre de position avant qu’il « n’eût vu Moreau [Moreo] & su de lui la vérité du dessein de son Roi » [20]. Les vieux principes de l’espionnage qui consistent à fractionner les réseaux et à maintenir dans l’ombre les agents les plus mobiles sont, une fois de plus, appliqués. Si Mendoza négocie avec Guise, il n’est pas informé de ses contacts avec Moreo, ni des liens que ce dernier entretient avec les Parisiens.
14On connaît les profits que les historiens ont tirés de la lecture des rapports des ambassadeurs vénitiens. Ceux des émissaires du duc de Lorraine ont été moins exploités. Il y a enfin les lettres d’un autre diplomate, René de Lucinge, ambassadeur du duc de Savoie auprès d’Henri III, « un fort grand personnage et digne de sa charge, voire d’une plus grande » (Brantôme), découvertes par Alain Dufour [21]. Elles appuient combien le sort de l’Armada pèse sur les événements séditieux et sur les choix politiques du roi de France.
Déjà des ligueurs « espagnols » : Marguerite de Valois et Urbain de Saint-Gelais
15On distingue communément la Ligue des princes d’un côté et celles de Paris et des villes de l’autre. Le paysage insurrectionnel s’avère un peu plus complexe, du fait des influences extérieures.
16Le 6 février 1588, l’évêque de Comminges, Urbain de Saint-Gelais, est à Anvers. Il se cache sous le nom de « Frai Modestino Cortese, prior humile di Viella », un clerc florentin qui, tout naturellement, enverrait du courrier à ses supérieurs en Espagne [22]. Son agent à la cour d’Espagne, le Piémontais Valerio, reçoit sa correspondance, la décrypte, et la transmet à Philippe II par l’intermédiaire de ses secrétaires. Ces lettres sont les plus ardues que nous ayons lues dans l’immense documentation laissée par les espions de l’Espagne. Non seulement le prélat cache son identité, mais il choisit de s’exprimer en italien, dans un langage codé, plutôt que d’utiliser le chiffre, afin de ne pas éveiller les soupçons.
17La lettre du 6 février que l’évêque adresse donc à Valerio, pour Philippe II, est très allusive et cryptée [23]. Nous comprenons cependant qu’il s’est vu confier une mission, dont il est très fier, et qu’il se trouve auprès du duc de Parme. Il est soucieux de la constitution de l’Armada et il expédie d’ailleurs à Philippe II un autre mémoire qui traite de la sécurité du commerce de l’Espagne et de ses îles, contre les activités de piraterie [24].
18Avant de se rendre en Flandres, Saint-Gelais est allé rencontrer Marguerite de Valois à Usson, vraisemblablement entre la fin du mois d’octobre et la fin du mois de novembre 1587. Depuis qu’elle s’est opposée à son mari, Henri de Navarre, et a rejoint la Ligue de Guise en soulevant Agen (1585), la reine de Navarre, réfugiée en Auvergne, poursuit le combat. L’évêque de Comminges, auquel elle a remis une lettre et deux mémoires, est son émissaire auprès de Philippe II. D’Anvers, l’évêque profite donc du départ d’un courrier vers la cour d’Espagne pour lui communiquer ces écrits et rédiger rapidement sa lettre.
19Saint-Gelais fournit dans sa propre missive des informations très précises sur Dom António, prieur de Crato, que le duc de Guise s’était engagé à livrer à Philippe II, au moment de la signature du traité de Joinville. Il donne également des conseils sur la protection de Lisbonne, d’où doit partir l’Armada [25]. L’évêque, qui s’y était rendu en 1579, pour défendre les droits de Catherine de Médicis à la couronne du Portugal, témoigne d’une étonnante connaissance de la topographie de la ville et de sa défense [26]. Il paraît donc évident que Saint-Gelais se trouve à Anvers afin de contribuer à la préparation de l’expédition de l’Armada, comme d’ailleurs un autre Commingeois, Géraud de Mauléon, seigneur de Gourdan, depuis son gouvernement de Calais. Marguerite de Valois participe aussi à cette élaboration. Combien de Guisards pouvaient être ainsi associés à cette formidable expédition ?
20Valerio, depuis l’Escorial, répond à Saint-Gelais le 27 juin, au même moment où Philippe II répond à Marguerite de Valois [27]. Le courrier semble avoir mis vraiment beaucoup de temps pour arriver à l’Escorial [28]. Marguerite termine ainsi son mémoire :
« Pour cette effait, j’ai choisi monsieur l’évesque de Comminge et l’ai prié entreprendre cet afaire, tant pour ses rares calités que pour le saint zelle qu’il a tousjours porté à la cause de Dieu, comme aussi pour la voisinance qu’il a avec vostre frontière [grâce au Val d’Aran], pour estre les choses conduites plus discrètement que M. de Duras ne les mania, qui ne suivit pas an cella ce que je lui avois le plus recommandé [lors du soulèvement d’Agen, Duras n’a pas su apporter à temps le financement espagnol]. J’euse ancore retardé ceste despaiche si la gaire eût continué ; mès, voiant que la victoire qu’ont eue les hérétiques sur M. de Joieuse [mort d’Anne de Joyeuse à Coutras, le 20 octobre 1587], donne prétexte au roi mon frère de faire la paix et qu’il est parvenu à une partie de son dessain qui estoit de randre les huguenots si fors qu’il put faire acroire au pape et à tous les catholiques qu’il faut que leur acorde la paix à telles conditions que voudront, voiant que les propos de la dite paix sont desjà fort avant et que MM. de Guise, n’estant asés fors, seront contrains i consantir, j’ai pansé ne devoir davantage atandre à vous an avertir et vous suplier croire que, si c’est vostre voulonté i aporter le remède, que j’ai ancore plus d’inteliganses de plases et d’ommes que je n’eus jamès, aiant à nouveau aquis M. le marquis de Canillac qui est celui qui m’a pris, lequel est personne d’onneur et de commandemant, qui a tout ce païs à sa dévotion où il a infinies plases fortes [29] ; et, estant ces choses discourues plus particulièrement au mesmoire que je vous envoie, i remettant le tout et à la sufisance de M. de Comminge, je vous suppliré, Monsieur mon frère [son beau-frère, Philippe II], croire que n’y a rien au monde sur qui vous aiés plus de puissance que sur moi qui m’estimeré heureuse quant je vous an pouré randre quelque autre digne preuve que j’i ai d’obligation et de voulonté. [30] »
22Cette lettre de Marguerite de Valois se trouve aussi dans les fonds bruxellois, accompagnée de l’un des mémoires, entièrement composé en italien par les soins de Saint-Gelais [31]. Il n’est pas daté, mais il n’a pu être rédigé qu’au même moment que la lettre jointe, soit probablement entre la fin octobre et la fin novembre 1587, et, de toute façon, avant le 6 février 1588 [32].
23Dans ce long mémoire, à la troisième personne, depuis son exil d’Auvergne, la reine de Navarre dénonce longuement l’influence pernicieuse de l’archimignon le duc d’Épernon sur Henri III, qui ne chercherait qu’à élever sur le trône de France Henri de Navarre et ainsi maintenir et accroître sa propre fortune. Il aurait voulu faire disparaître le duc d’Alençon, en lui conseillant d’intervenir dans les Pays-Bas pour mieux le trahir ensuite. D’Épernon aurait poussé à l’occupation des Pays-Bas, grâce à la faveur de la reine d’Angleterre et des princes allemands, avec lesquels il aurait conclu une ligue offensive et défensive contre l’Espagne. Mais Henri de Navarre aurait souhaité un autre soutien auprès du Turc. Ils dissimuleraient alors leurs funestes projets derrière une apparence de paix. D’Épernon feint de se montrer favorable aux catholiques, en soutenant des démarches auprès du pape auquel il fait miroiter l’illusoire conversion d’Henri de Navarre, alors qu’il ne chercherait qu’à s’emparer des richesses de l’Église de France. D’Épernon a épousé une nièce de Montmorency, lequel est allié aux Condés, aux Châtillons et à tous les chefs huguenots. Il prépare le remariage d’Henri de Navarre, qui lui assurerait une grande alliance en Allemagne [33]. Enfin, on s’efforce de la faire disparaître elle-même.
24Quels que soient les fondements de ces allégations, nous voyons, de façon très nette, que Marguerite participe de la stratégie de Philippe II du maintien de la guerre civile en France au moment de la préparation de l’invasion de l’Angleterre par l’Armada. La reine de Navarre accuse les conséquences pernicieuses de cette paix et justifie là son action guerrière à Agen.
« Philippe II ignorait-il que, dès le rétablissement de la paix en France, tous les ennemis tourneraient leurs forces contre lui ? […] Leur but le plus ardent n’est-il pas l’abaissement de la grande et impériale maison d’Autriche ? Peut-on oublier que déjà les hérétiques sont maîtres de la moitié de l’Europe. Que sera-ce si on leur abandonne la France ? »
26Marguerite demande au Roi Catholique d’intercéder à Rome pour que son divorce, qu’elle redoute, ne soit pas le prix d’une promesse de conversion du roi de Navarre. Elle lui propose 2 000 cavaliers et 12 000 arquebusiers pour faire la guerre en Guyenne et en Languedoc et lui demande le soutien de son armée. Elle renouvelle l’idée d’une condamnation par le pape du « petit prince » de Navarre, calviniste entre deux grands royaumes catholiques, qui permettrait au Saint-Père d’attribuer ses terres qui ne relèvent pas de la couronne de France. Si Philippe II consent à lui venir en aide, elle pourra, grâce aux intelligences dont elle dispose, permettre de se saisir de Bordeaux, de Bayonne et d’autres villes importantes. Elle bénéficie d’amis sûrs ailleurs, notamment en Bretagne, Dauphiné, Provence, dans le marquisat de Saluces, le Pays Messin, où se trouvent les biens de sa mère et où l’on ne peut pas lui opposer la loi salique. Marguerite envisage ou bien une participation ouverte de Philippe II à ce combat, ou bien son aide secrète, sous le commandement d’un seigneur français qui serait à sa dévotion. Elle assure enfin que l’infante d’Espagne est sa plus proche héritière, et que « non seulement elle lui laissera tous ses domaines, mais de plus elle l’aidera à recueillir la succession du royaume de France. »
27Dès ce moment, nous voyons poindre le ferment de ce qui provoquera une fracture au sein de la Ligue toulousaine, puis entre la Ligue parisienne et Mayenne. Les signataires du traité de Joinville étaient tous conscients que l’accession au trône du vieux cardinal de Bourbon n’est qu’une solution d’attente. Margot, Saint-Gelais et d’autres ligueurs envisagent déjà une solution espagnole à la crise de succession du dernier Valois [34]. Cependant, si Henri de Guise, les mains liées par les chaînes d’or de l’Espagne, convenait d’une domination de cette dernière puissance catholique, il la concevait assez distante. Mayenne n’aura pas du tout la même attitude.
28L’évêque de Comminges et Marguerite de Valois partagent l’espoir de l’arrivée de troupes espagnoles par les Pyrénées, afin d’ouvrir un front secondaire. En avril suivant, Gourdan, le gouverneur de Calais, qui jure de se vouer entièrement au service du Roi Catholique, fournit à cette occasion tout un ensemble de propositions dans l’éventualité d’une traversée des Pyrénées par les tercios. L’idée du Roi Catholique est que, dès qu’Henri III sera repoussé sur ses derniers retranchements, la pression militaire espagnole obligera les gouverneurs de Languedoc et de Guyenne, Damville et Navarre, en se portant sur la frontière pyrénéenne, à ne pas aller au secours d’Henri III [35]. À la suite de l’assassinat des Guises, Gourdan sera nommé « général de l’infanterie de l’autre côté de la rivière Loire » par la Sainte Union, il entraînera le gouverneur de Gravelines, Valentin de Pardieu, seigneur de La Motte, capitaine français, dans le service de Philippe II, et il aidera à la préparation de l’arrivée des Espagnols depuis les Flandres.
29Dans l’immédiat, quels espoirs Philippe II pouvait-il laisser aux conjurés ? Il est certain qu’il cherchait d’abord à attiser les dissensions françaises, afin de détourner l’attention portée à l’Armada, en s’appuyant sur des ligueurs proespagnols qui partageaient le même refus d’une paix civile trompeuse. Mais l’Armada va connaître un cuisant échec et les Guises seront assassinés, engageant les conjurés qui parviennent à s’échapper à accomplir, malgré tout, leur mission. Une autre demande accompagnait le courrier de Marguerite, cependant, trop confidentielle, elle était restée orale. Nous savons seulement que Philippe II y a acquiescé [36].
La contre-offensive d’Henri III et l’utilisation de Guy de Lansac
30Guy de Lansac, et son demi-frère bâtard, Urbain de Saint-Gelais, enfants du grand diplomate Louis de Lansac, conseiller très écouté de Catherine de Médicis, se surpassent dans l’art de la diplomatie et de l’espionnage. Polyglotte comme son demi-frère, Guy a joué un rôle essentiel dans l’élection du duc d’Anjou sur le trône de Pologne, auprès de Jean de Monluc. Le souvenir tutélaire de leur père leur ouvre bien des portes. Tous trois sont favorables à la Ligue, mais Guy va faire défection. Mignon disgracié avec François d’Espinay, seigneur de Saint-Luc, Lansac avait d’abord agi de concert avec ce dernier lors de la première Ligue. La préparation de la malheureuse expédition des Açores, avec Philippe Strozzi, et la dispendieuse mise en défense de Blaye, avaient cependant achevé de ruiner le vice-amiral de Guyenne, le contraignant à vendre tous ses biens patrimoniaux [37]. Henri III, qui connaissait son rôle d’intermédiaire entre la Ligue et l’Espagne, avait déjà essayé, sans succès, de le ramener vers lui en mai 1586 [38]. Isolé en Guyenne, Lansac avait cependant encore pu armer quatre vaisseaux et lutter contre Jacques Goyon de Matignon, lieutenant du gouverneur de Guyenne [39]. Guy a été peut-être, également, frustré de ne pas avoir obtenu la lieutenance générale de Saintonge, qu’il briguait, et que d’Épernon avait confiée à son cousin Jean de Monlezun, seigneur de Tajan, en 1587. L’archimignon a fait le bon choix car, alors qu’il est en disgrâce, Tajan le sauve d’un attentat de la Ligue, en août 1588 à Angoulême. Mais, ensuite, Tajan s’avérera un redoutable et acharné ligueur, toujours lié aux Lansac.
31Au début de l’année 1588, Henri III, qui s’attache à attirer vers lui les « ami[s] et serviteur[s] » de Guise et de Mayenne, tente à nouveau de séduire son ancien mignon, « qu’on estimait le plus opiniastre et désespéré pour leur cause [la Ligue] » et, cette fois-ci, il y parvient [40]. « Lansac se conduit de manière à mettre les pieds dans toutes les chaussures afin d’obtenir de l’argent, et j’ai averti Mucio [Guise] qu’en aucune manière il ne lui communique les affaires actuelles » écrit Mendoza à Philippe II [41]. C’est lors de son voyage en Bretagne que Moreo prend la mesure de la nouvelle attitude de Lansac. Henri III lui aurait demandé de s’emparer de l’agent espagnol Juan Iñiguez. L’ambassadeur écrit immédiatement à Alexandre Farnèse de ne plus lui faire confiance, et il avertit également Tassis. Il craint qu’il n’agisse contre l’arrivée de l’Armada. En avril, Philippe II reçoit certains avis disant que Lansac s’est associé à Dom António afin d’armer des navires pour s’emparer de certains ports espagnols, et en particulier Fontarabie, qu’il connaît très bien [42].
32Henri III, qui est au courant des manigances du commandeur Moreo en Bretagne, en Bourgogne, à Paris, et sûrement sur d’autres fronts ligueurs, charge alors son ancien mignon de le tuer [43]. Le duc de Guise est outré. « Je vous diray librement qu’il y a plus d’un an que je n’y ay nulle fiance » écrit-il à Mendoza [44]. Contrairement aux autres membres de son clan, Guy de Lansac est alors absent des principales actions ligueuses qui suivent l’assassinat des Guises, et il reste fidèle à Henri III jusqu’au régicide, à moins qu’il ne se situe dans une prudente expectative, de toute façon néfaste à sa réputation. En octobre 1589, il est séquestré par Urbain de Laval de Boisdauphin, marquis de Sablé-sur-Sarthe et chef de la Ligue dans le Maine et l’Anjou [45]. Libéré, il participe à la bataille du Mans, du côté des royaux, à la grande surprise d’Agrippa d’Aubigné [46].
33Guy de Lansac avait fait un faux pas, en se laissant séduire par le dernier Valois au moment où la Ligue programmait sa succession. Après l’assassinat des Lorrains (23-24 décembre 1588), son hispanophilie, qui avait bien servi Henri de Guise, le rend d’abord suspect à son frère Mayenne. Mais il est assez vite reconnu par ses compagnons ligueurs et il a le soin d’effacer son incartade, d’abord aux yeux des Espagnols. Il a alors le rôle que le défunt ambassadeur d’Espagne en France, Juan de Vargas, lui voyait un jour jouer pour le Roi Catholique. La nuit même où Mayenne se bat contre Henri IV – et se trouve vaincu – à Ivry (14 mars 1590), Lansac tente de reprendre par surprise Le Mans, pour la Sainte Union. Feignant de rester fidèle au roi de France, il s’appuie sur le château de Ballon, propriété de la maréchale de Cossé, sa belle-mère [47]. Éventée, l’entreprise échoue et Lansac se retire auprès du duc de Mercœur, en Bretagne [48]. Ce dernier lui accorde 2 500 fantassins et 200 cavaliers avec lesquels il vient conquérir le Maine, en assiégeant le château de Mayenne [49]. À l’issue de combats fort meurtriers, Lansac est défait et contraint de se replier sur la Bretagne [50]. Il y sera plus heureux. Grâce à ses navires, le 11 juin, le Blavet est arraché aux corsaires anglo-français du parti royaliste. Cette belle rade va pouvoir servir de débarcadère à l’armée espagnole. Philippe II lui fera cadeau de pas moins de 48 000 ducats pour le remercier ! [51]
Les terribles contretemps de l’Armada et l’aspiration à la paix civile
Le retour de Juan Moreo et la préconférence de Soissons
34Le 9 janvier 1588, Mendoza avait écrit à Philippe II qu’il fallait abandonner tout espoir de raisonner Henri III, totalement sous l’emprise de d’Épernon et des politiques, « voilà pourquoi j’ai jugé plus opportun de travailler à maintenir les villes catholiques unies entre elles et en bonne intelligence avec Mucio [Guise] que de perdre mes peines auprès du roi qui paie toujours de bonnes paroles, et après lesquelles surviennent les œuvres que nous voyons. » Le 29 février 1588, l’ambassadeur d’Espagne envoie un courrier urgent au commandeur Moreo, avant qu’il ne quitte l’Espagne [52]. « Chaque jour m’est mille ans de ne pas avoir d’avis de votre arrivée », écrit-il. Moreo doit passer la frontière avec don Rodrigo de Silva, duc de Pastrana, qui est le fils de la princesse d’Éboli. Mais l’ambassadeur le prévient que Guy de Lansac serait prêt à s’emparer de lui. Le duc de Guise a expédié deux lettres successives à Mendoza (les 19 et 26 février), dans lesquelles « il souhaite rencontrer rapidement Votre Grâce [Moreo] pour lui communiquer des affaires de grande importance par oral [a boca] pour lesquelles il ne se fiera à personne si ce n’est à Votre Grâce et à moi ». Alexandre Farnèse attend, lui aussi, la venue de Moreo. À la suite de leur entrevue, le commandeur rapporte à la Ligue l’assurance que le duc de Parme, au nom de Philippe II, « venant occasion de guerre ouverte pour la religion, il offroit tout secours et ayde de se déclarer ouvertement si mal enrequeroit, retirant son ambassadeur d’auprès du Roy, et en envoyer un pour assister les dictz catholiques. » [53]
35De la fin du mois de janvier jusqu’à la mi-février 1588, les princes de la maison de Guise, mais aussi ceux de la maison de Bourbon (le cardinal de Bourbon, oncle du roi de Navarre, et le duc de Vendôme, son cousin) s’étaient réunis à Nancy, chez le duc de Lorraine, avec d’autres chefs de la Sainte Union. Ils s’étaient mis d’accord sur les mesures à exiger du roi de France : l’octroi de places de sûreté, le renvoi de d’Épernon et de son frère La Valette, la publication des décrets du concile de Trente, l’établissement de l’Inquisition dans certaines villes, la vente de tous les biens des hérétiques. Guise demande le commandement en chef de l’armée qui doit aller faire la guerre au roi de Navarre, en Poitou. Comme on lui représentait que cet honneur ne pouvait appartenir qu’à un connétable alors qu’il était grand maître de la Maison du roi, il aurait répondu : « La loi que j’invoque est celle que j’ai faite à la pointe de mon épée ! » [54]. Le texte présenté à Henri III est un véritable ultimatum, et le roi diffère sa réponse en engageant des négociations à Soissons. Pendant ce temps, Henri de Guise, qui se prépare à l’action, fait « rôder ses armées », détournant ainsi ses ennemis de ses véritables intentions. Lucinge perçoit alors l’existence d’un plan de la Ligue pour un soulèvement au printemps [55].
36En accord avec Alexandre Farnèse, Guise envahit le territoire du duc de Bouillon, qui vient de mourir, il attaque Jametz et bloque Sedan. Le duc d’Aumale, quant à lui, se rend maître de presque toutes les places de la Picardie, afin d’assurer à l’Armada les ports et les ressources de cette région [56]. Mais il échoue devant Boulogne-sur-Mer, dont d’Épernon est le gouverneur, grâce à la dénonciation du complot par l’espion d’Henri III, Nicolas Poulain [57].
37Guise provoque une réunion des chefs ligueurs de Paris et ceux-ci décident de diviser la ville en cinq quartiers, à la tête de chacun desquels un « colonel » est placé. Il est assisté de deux « capitaines ». Ainsi, plus de 10 000 hommes peuvent être mobilisés en très peu temps. Poulain, qui a donc pu s’introduire parmi les ligueurs parisiens, parle même de 30 000 hommes [58]. C’est à ce moment-là que Moreo arrive dans la capitale pour rencontrer Guise et les princes ligueurs, mais aussi les ligueurs parisiens. Il annonce l’arrivée imminente de secours militaires et financiers nécessaires pour s’emparer de quelques villes du royaume de France qui doivent assurer l’Armada [59]. Le 19 avril, Guise écrit à Mendoza :
« J’ay esté infiniment aise de veoir [Moreo] après une si longue attente, ayant devisé avec luy de beaucoup de choses qu’il vous pourra mander. S’il vous playst luy escrire, je luy feray tenir secrètement vos letres. […] Bien serons-nous contents de trouver un expédient de laisser entrer pour quelques jours seulement certain petit nombre d’homes dans deux ou trois grandes villes où la force ne laissera de demeurer aux habitans et le pouvoir de les mettre hors, quand bon leur semblera. J’attends ici des principaux gentils hommes du pays de la part de monsieur d’Aumale lequel nous n’avons trouvé à propos de fayre abandonner nos amis pour venir, afin que son absence n’y aportast quelque désordre. » [60]
39Selon Mendoza, qui n’est pas très au courant des tractations de Moreo, c’est Henri de Montmorency-Damville qui, à Paris, répandrait le bruit que les ligueurs avaient formé le projet de s’emparer du roi, « à la faveur d’un massacre général des huguenots et des politiques. Ce bruit avait donné quelques inquiétudes au Roi, et indigné la population parisienne. » [61] Le 26 avril, d’Épernon quitte la capitale, accompagné de quatre compagnies d’hommes d’armes et de vingt-deux enseignes de gens de pied, pour aller prendre possession de son gouvernement de Normandie.
40Ayant quitté Guise, Moreo se rend auprès du duc de Lorraine, à Nancy, au tout début du mois de mai. Ce dernier reconnaîtra :
« Qu’avant l’ouverture d’icelle guerre, scavoir en l’année mil cinq cent quatre vingt huict, au mois de may, le commandeur Moreo vint, de sa part [Philippe II], trouver Son Altesse [Charles III], et la requis de se déclarer avec les princes unis de la France, pour la deffense de cette cause, ayant traité et convenu avec luy, comme il appert par promesse signée de sa main, qu’il lui sera donné par chacun mois pour l’entretènement de quelques forces que lors il leva, la somme de quinze cent mille écus » [62]
42En fait, la somme mensuelle allouée initialement était de 25 000 écus, mais Moreo l’avait ramenée à 15 000 écus « à l’occasion, comme il pense, que, pour lors, Votre Majesté [Philippe II] avoit à lever de son armée navale [l’Armada]. » [63]
43Soucieux des préparatifs parisiens révélés par Poulain, Henri III interdit à Henri de Guise de revenir dans la capitale où les conjurés craignent désormais la colère royale. Mais Catherine de Médicis lui adresse par oral la demande contraire [64]. Le roi veut empêcher Moreo de rencontrer à nouveau Guise et les ligueurs parisiens. Il confie, une fois de plus, à Lansac le soin de s’emparer du commandeur, voire de l’éliminer.
44Le duc de Guise brave l’interdit. Le 9 mai il entre à Paris, acclamé par les habitants et il obtient même du roi l’arrivée de Pierre d’Épinac, archevêque de Lyon, alors que de nombreux autres amis et serviteurs des Lorrains pénètrent clandestinement dans la capitale. Parce que Guise « n’avoit aulcunes forces par-devers luy », écrit le duc de Lorraine, il lui envoie, en vertu des engagements pris avec Moreo, et tout aussi clandestinement, 400 lances [65]. Le 12 mai, le roi, se sentant menacé, cherche à contrôler militairement la capitale en donnant l’ordre aux Suisses cantonnés dans les faubourgs et à des régiments de gardes-françaises de pénétrer dans Paris et d’occuper, avec les compagnies de la milice qui lui sont restées fidèles, les endroits stratégiques. L’insurrection est immédiatement déclenchée, et les barricades se dressent. Le lendemain, le roi est contraint de s’enfuir à Chartres [66].
45Le 13 mai 1588, le lendemain de l’insurrection parisienne, Moreo est à Bruges, auprès d’Alexandre Farnèse, à qui il rapporte les nouvelles de sa négociation avec les ducs de Lorraine et de Guise [67]. Le duc de Parme, très satisfait de l’avancement de ces pourparlers, désigne le comte de Mansfeld pour continuer à traiter avec Moreo pendant son absence. Le lendemain, Moreo est à Bruxelles.
46Les précieux – et uniques – renseignements apportés par Nicolas Poulain s’interrompent avec sa dénonciation du complot et la journée des Barricades. Découvert, il n’est plus en mesure d’infiltrer les milieux ligueurs parisiens désormais extrêmement méfiants. Charles-Emmanuel de Savoie s’est accordé avec Mayenne et l’archevêque de Lyon sur les contreparties territoriales qui iraient à la Savoie, selon un traité secret, après la mort du dernier Valois. Mais, eu égard aux prétentions dynastiques concurrentes du duc et des Lorrains, il ne peut pas être question d’évoquer la succession au trône de France dans leurs échanges [68]. Ainsi, Lucinge reste un fin observateur et un allié potentiel de la Ligue, mais il n’en partage pas les secrets [69]. Les rapports de Moreo sont alors essentiels à la compréhension du déroulement des événements. Il écrit au secrétaire de Philippe II, Juan de Idiáquez, que, averti du danger qu’il court, grâce à Mendoza puis à un courrier du duc de Mayenne, il a préféré éviter de revenir à Paris [70]. Sachant qu’il devait passer à Paris et « entrer dans la chambre du roi », deux capitaines aux ordres de Lansac, dont on lui a donné la description précise, doivent l’assassiner. Le commandeur se lamente : « Je ne comprends pas pourquoi le roi de France veut montrer sa grandeur en me faisant tuer, car il peut considérer qu’il y aura d’autres personnes qui vous serviront quoiqu’avec moins de volonté. » Moreo reste craintif. Il déclare que, s’il tombe entre les mains de Henri III, il mettra fin à ses jours afin de ne rien divulguer.
47Le commandeur avait le projet d’aller en Angleterre, mais Alexandre Farnèse et le comte de Mansfeld lui demandent de rester, afin de pouvoir poursuivre les négociations avec le duc de Lorraine et le duc de Guise. À la requête pressante de Mayenne, Moreo vient également le rencontrer à Dijon au mois de mai [71]. Il faut agir vite, « les affaires de France sont arrivées à un tel point qu’il ne faut plus dormir ni s’arrêter aux problèmes d’argent ou au danger. Que Votre Seigneurie [Idiáquez] fasse ce qu’elle peut pour que ces princes soient secourus avec beaucoup de force et de diligence parce que sinon tout se perdra », écrit Moreo.
48La conférence de Soissons, que Guise propose au chancelier Pomponne de Bellièvre et au grand maître de l’artillerie Philibert de La Guiche n’est alors qu’un leurre [72]. Mendoza et Moreo viennent dans cette ville rencontrer Guise, quelque temps avant l’arrivée des émissaires d’Henri III. Ils déclarent que Philippe II veut empêcher tout soutien éventuel de la France à l’Angleterre. Guise et les chefs ligueurs doivent se soulever contre Henri III, avant que l’Armada ne prenne le large. Si Guise accepte cela, il recevra 300 000 écus, 6 000 lansquenets et 1 200 lances. Le Roi Catholique accréditera un ambassadeur auprès du parti catholique et il mettra un terme à la représentation de Mendoza auprès d’Henri III. Le conciliabule terminé, Moreo écrit au Roi Catholique qu’il « peut être tranquille, les arrières sont sûrs » [73].
49À l’issue de cette négociation, Henri de Guise a souhaité s’entretenir seul à seul avec Moreo « d’une affaire de la plus haute importance ». Guise demande instamment à ce dernier de n’en parler ni à Farnèse, ni à personne d’autre qu’aux seuls Philippe II et Juan de Idiáquez. Cette information ne doit être transmise que par oral et non pas par le chiffre. Par chance pour nous, Moreo n’est absolument pas en mesure de se rendre tout de suite en Espagne, et il se juge contraint de ne pas respecter sa promesse en écrivant.
Philippe II « empereur de France » et Henri de Guise roi ?
50Rapportant les propos du duc de Guise, le commandeur marque « l’immense reconnaissance du cardinal de Bourbon et des autres alliés [aliados] comme ses deux frères et l’archevêque de Lyon [Pierre d’Épinac], pour le secours que Votre Majesté a apporté l’année passée au duc de Lorraine [Charles III] », ainsi que pour les « grandes récompenses » qu’ils ont reçues de la main de Philippe II, mais tout cela risque d’être perdu s’ils n’agissent pas [74]. Les médecins seraient d’accord pour conjecturer la mort prochaine d’Henri III. Si elle n’advient pas, les ligueurs sont décidés de rompre totalement avec le roi. Dans les deux cas, « le duc de Guise en son nom et en celui de ses alliés [a décidé] de faire jurer à Votre Majesté tous les catholiques de France pour leur empereur et le reconnaissant comme protecteur de la chrétienté, jurant de donner à Votre Majesté pour toujours un certain hommage en signe de vasselage. » Dès que la rupture avec Henri III sera déclarée, le cardinal de Bourbon se fera acclamer roi de France, à Paris [75]. Ce dernier déclarait bien à Moreo « qu’il accomplirait tout ce que le duc de Guise lui avait dit et il pensait faire reconnaître Votre Majesté pour empereur de France comme l’était Charlemagne car il vous tient dans son cœur comme protecteur de la chrétienté, c’est pour lui la même chose. Je préviens Votre Majesté [écrit toujours Moreo] pour qu’elle ordonne ce qu’il faut faire dans cette affaire et s’il faut aller plus en avant. Ce que j’ai pu comprendre c’est que le temps passant Votre Majesté en aura plus de profit que celui qu’ils envisagent aujourd’hui. » Moreo a un autre document à transmettre à Philippe II, mais qu’il ne peut pas lui envoyer parce qu’il n’est pas chiffré.
51Les Lorrains ont donc ce modèle de l’empire de Charlemagne à l’esprit et, après la mort du vieux cardinal de Bourbon, dans cette structure des pouvoirs qu’ils envisagent, leur lignage pourrait exercer l’équivalent d’une royauté. C’est ce que suggère un mémoire que l’on attribue au primat des Gaules, Pierre d’Épinac. Il présentait Guise comme celui qui devait s’imposer comme l’homme fort de la monarchie, en devenant connétable, le vieux cardinal de Bourbon n’étant qu’une situation d’attente [76]. Henri de Guise avait l’espoir de voir ses enfants devenir ensuite rois et fonder ainsi, sur le modèle du maire du palais Charles Martel, une dynastie royale. L’authenticité de ce mémoire, qui a été contestée, est bien réelle [77].
52Le pape reçoit également des mémoires des Guises et de Marguerite de Valois. Il est vraisemblable qu’Henri III a eu connaissance, non seulement de la préparation du soulèvement parisien, mais aussi de cette volonté de putsch de la part des Lorrains. Le document qui aurait été révélé par « l’affaire David », du nom de l’avocat gascon qui travaillait à la reconnaissance des droits des Guises, descendants des derniers carolingiens, au royaume de France, ne doit pas être surinterprété. En 1578, ces prétentions dynastiques s’arrêtaient aux ambitions hardies et combinées de Don Juan d’Autriche et d’Henri de Guise contre l’Angleterre, et elles n’avaient pas le soutien de Philippe II, bien au contraire. Leur utilisation dans une machination visant à valoriser le rôle des Guises dans la Ligue de 1576 et à nuire ainsi à la maison de Lorraine est fort probable. Ces mêmes propositions exprimées dix ans plus tard à Soissons ne peuvent par contre que signer l’arrêt de mort des Guises. Épernon avait déjà réclamé auprès d’Henri III, sans succès, cette exécution. C’est peut-être pour cacher la préméditation royale de l’assassinat d’État, que le roi de France a jalousement dissimulé le document que l’ambassadeur de France Saint-Gouard lui aurait transmis après la mort de David, et qui ne pouvait qu’incriminer les Guises. La fameuse « conspiration de Salcèdo » ajoutait encore au crime d’État [78]. Celle-ci tendait à démontrer que, dès 1582, les Guises et les Espagnols préparaient une attaque contre l’Angleterre et cherchaient à se servir d’un port français pour abriter la flotte ibérique [79]. Elle permettait, elle aussi, de faire remonter le complot guisard à la première Ligue, en attribuant une unicité à leurs conspirations. Cette présentation des faits nous paraît procéder de cette même construction qui vise à accuser les Guises et à justifier le crime d’État.
53Mais comment Philippe II a-t-il reçu cette proposition de protection impériale exprimée à Soissons ? Pas plus qu’en 1578, le Roi Catholique ne semble adhérer à cet ambitieux projet. S’il trouve bon que les Guises s’attachent à contrôler la Bretagne et la Provence, leurs offres impériales sont jugées prématurées [80]. Si Philippe II avait également laissé Charles III duc de Lorraine nourrir les mêmes ambitions dynastiques, en 1582, ce n’est plus le cas avec la seconde Ligue durant laquelle seuls des avantages territoriaux sont envisagés [81]. Ce sont donc bien l’Angleterre et les Pays-Bas qui occupent alors au premier chef le Roi Catholique ; le soulèvement des ligueurs reste plutôt un moyen qu’une fin. Dans tous les cas, la conférence qui s’ouvre ensuite à Soissons, dans la deuxième quinzaine d’avril, ne peut plus rien changer aux décisions secrètes qui sont prises [82].
54L’observation de la commission extraordinaire de Moreo va donc contre l’idée communément admise que le duc de Guise raisonnait dans le cadre des mouvements nobiliaires traditionnels et qu’il ne cherchait qu’à prendre la place de d’Épernon [83]. Son opposition se voulait radicale ; sa tradition, c’était celle de l’avènement de la race des carolingiens, de laquelle il était issu. Si certains Parisiens extrémistes le suivent, sa sœur, la duchesse de Montpensier, ou encore d’Épinac, Philippe II n’est pas prêt à le conforter dans cette ambitieuse voie, que Mayenne retrouvera plus tard, et qui fera encore ombrage aux prétentions du Roi Catholique pour sa fille. Saint-Gelais, comme d’autres ligueurs proespagnols, mais aussi Marguerite de Valois, n’appellent pas non plus l’avènement de la maison de Lorraine sur le trône de France.
Les ligueurs parisiens veulent la paix
55Moreo écrit à Philippe II : « Ensuite j’ai rencontré presque tous les jours Mucio [Guise] avec certains de ses partisans et tout n’a été que des questions et des réponses d’un côté et de l’autre ». Certains ligueurs sont pour la guerre, d’autres, et ils semblent plus nombreux, sont pour la paix. Les villes liguées espèrent ainsi inciter le roi à leur enlever la gabelle et les impôts. Le duc de Guise se met de leur côté. C’est vraisemblablement à ce moment-là qu’est rédigée « la nouvelle Union des Princes et seigneurs de la ligue ». Le texte, sans lieu ni date, commence par : « Nous soubz signez Princes, Prelatz, seigneurs, gouverneurs, gentilzhommes, officiers et comunaultés ». Philippe II, qui reçoit le document, note, agacé : « Ils auraient pu dire quels sont ceux qui l’ont signée. » [84]
56Après sa fuite, Henri III se résigne donc à engager des négociations avec les ligueurs. Mais il ronge son frein. S’il se retient d’exercer sa vengeance, c’est qu’il craint le danger représenté par l’Armada et par les armées du duc de Parme, qui menacent la frontière nord-est de son royaume. René de Lucinge écrit :
« S’il n’y a rien qui retienne S. Mté et qui le face remâcher ces desdaings qu’il couve contre la Ligue sans les exhaller, c’est l’appareil de guerre d’Espagne qui est en ces mers de deçà, ceste grosse armée [qui] le faict penser bien advant en sa conscience et arreste le cours de ses vengeances contre la rébellion de ses subjectz [85]. »
58De son côté, dès les Barricades, Guise et les ligueurs parisiens gagnent à leur parti les villes qui environnent la capitale, mais aussi celles de Picardie (Amiens, Abbeville), de Normandie (Rouen), de Champagne (Troyes), avec Orléans, Bourges, Langres, avant Poitiers et Angers [86]. Le 4 juillet, le parlement de Paris rejoint la Sainte Union [87].
59Le 15 juillet, Henri III signe à son tour, à Rouen, l’édit d’Union qui confirme le traité de Nemours de juillet 1585 [88]. Il est publié le 21 juillet suivant. Par ce texte, il renouvelle le serment, fait lors du sacre, d’extirper l’hérésie, « sans faire jamais aucune paix ou trêve avec les hérétiques ni aucun édit en leur faveur ». Il proclame son union avec la Ligue et il engage les catholiques à prêter, comme lui, un serment semblable, sous peine d’être déclarés rebelles et il leur enjoint de ne jamais accepter un prince hérétique. Enfin, il amnistie les ligueurs pour les faits survenus les 12 et 13 mai.
60Face à ces succès et aux nouvelles dispositions du roi, les ligueurs parisiens et les princes décident de se réunir là où ils « tiennent habituellement leur conseil », chez d’Épinac [89]. Le duc de Guise transmet à Moreo la volonté de Michel La Chapelle Marteau, prévôt des marchands, un président du parlement et un échevin de lui parler « au nom de tout le corps de ville » [90]. Il se rend donc le lendemain à leur réunion. Celle-ci se déroule en deux temps. Il y a tout d’abord une séance plénière du conseil dans lequel Moreo est reçu. Outre les quatre précédents, sont présents d’Épinac, Claude de La Châtre, ainsi que des « échevins [de Paris] et députés de certaines villes » [91]. Les conseillers parlent de la méfiance qu’ils avaient envers leur roi, qui « ne faisait que les tromper » mais, malgré tout, ils concluent à la nécessité de la paix et croient qu’il faut accepter les propositions royales. Avec peu d’illusions, les conseillers pensent qu’il vaudra mieux « rompre tout à fait d’ici deux ou trois mois, plutôt que maintenant », lorsque le roi ne tiendra plus ses promesses, et cela pour trois raisons. La première et principale est qu’ils auraient ainsi le temps de justifier leur cause auprès du pape et de tout le monde. La seconde, que Mayenne aurait ainsi des hommes levés aux frais du roi (les conseillers doivent faire ici allusion au titre de lieutenant général des armées que brigue Mayenne). La troisième, que l’on aurait ainsi le temps de faire les récoltes, celles-ci étant essentielles pour subvenir aux besoins de la guerre. Quoi qu’il en soit, la paix n’est considérée que comme une situation transitoire. Les ligueurs veulent faire la guerre, en ayant élargi leurs fidélités tout en gardant « l’alliance du peuple et ce qui dépendait de lui ».
61À ce moment de la discussion, les conseillers de la Ligue demandent à Moreo qu’il donne son avis. Il répond « que je voyais bien le grand profit qu’on pouvait tirer de la paix si le roi leur concédait les articles qu’ils m’avaient lus, mais le plus important c’était de veiller à la sécurité de leurs propres personnes ». L’émissaire espagnol développe alors combien Henri III a été offensé d’avoir été contraint de fuir sa capitale et qu’il n’aura de cesse de se venger, cherchant le moment le plus favorable pour cela, et « qu’il essaierait de lui enlever [à la Ligue] l’affection du peuple en lui enlevant les gabelles et en leur faisant d’autres faveurs de sorte qu’il viendrait à pouvoir mettre à exécution son mauvais dessein. » Il insiste sur le pouvoir qu’exerçait le seul « nom de leur roi » sur toutes les communautés en France, et sur le caractère vindicatif d’Henri III, que Philippe II serait vraiment marri s’il arrivait malheur aux princes de la Ligue, « et cela était le plus grand intérêt que Sa Majesté [Philippe II] avait dans cette affaire. Car Votre Majesté [il s’adresse à Philippe II] avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour les secourir quand il en avait besoin m’envoyant à cet effet et leur donnant ce qu’ils m’avaient demandé. Votre Majesté était tenue par ce qui avait été convenu, car il était nécessaire et on voyait clairement le jeu et les Suisses qui se mettaient en marche et faisaient la guerre sans pitié et qu’ils considérassent que Votre Majesté faisait cela en un temps où il devait faire face à tant de dépense comme ils le voyaient. S’ils pouvaient se maintenir et se gouverner en attendant la fin de l’expédition d’Angleterre, ils seraient secourus avec beaucoup de moyens, Dieu donnant à Votre Majesté la victoire, comme il pouvait l’attendre la cause étant si juste. »
62L’argumentation de Moreo est habile. L’Armada a pris du retard et les Parisiens se sont révoltés trop tôt pour que cela coïncide avec leur arrivée au large des côtes de l’Angleterre. Le commandeur essaie de les persuader de rester en guerre, leur promettant une aide accrue ensuite. Philippe II, recevant ce courrier, note d’ailleurs dans la marge qu’il lui semblait qu’il n’avait pas encore versé la totalité des 300 000 ducats promis.
63Se tournant vers Guise, Moreo ajoute « j’ai dit souvent à Mucio, en présence de l’ambassadeur que de la grandeur de Votre Majesté dépend la sienne et celle de ses alliés », mais Guise répond « qu’ils étaient si forts et unis que le pouvoir du Roi avec celui des hérétiques ne pouvait pas leur porter préjudice. Si on ordonnait une quelconque trahison dont il essaierait de se protéger et même s’ils arrivaient à leur fin ils n’arriveraient à rien résoudre parce qu’il resterait d’autres têtes plus cruelles que lui et que les choses étaient si bien préparées qu’il ne fallait pas s’en préoccuper et là-dessus ils conclurent et sortirent. »
64Contrairement à ce qu’on a pu écrire, l’accord obtenu par Henri III ne l’est pas du simple fait de sa force, car le roi de France est alors bien faible. Ce qui se passe, c’est que Guise se désolidarise quelque peu des Espagnols, tellement inquiets du fait de l’arrivée retardée de l’Armada au large des côtes françaises. Le Lorrain se sent par contre très fort et il est arrogant à l’égard du roi. « Les choses étaient si bien préparées. » Elles le sont jusque dans les provinces, dont l’explosion ligueuse s’explique aussi par l’habile contrôle des postes clés par la clientèle des Guises et par la multiplication de leurs affidés. Les lendemains de l’assassinat des Lorrains en témoignent. Les cas des ducs de Mayenne, en Bourgogne, et de Mercœur, en Bretagne, sont connus [92]. Mais les études de sociologie ligueuse ont négligé le rôle de prélats qui, forts de la décision de la faculté de théologie de Paris qui délie les Français de leur serment d’obéissance au roi (7 janvier), exploitent avec profit le sentiment d’horreur et de déréliction du peuple catholique.
65Saint-Gelais s’enfuit ainsi à Toulouse pour appliquer le plan prévu : d’abord obtenir la proclamation de la déchéance d’Henri III par le parlement. Il en est de même des évêques de Rodez, François de Corneillan, et de Boulogne, Claude-André Dormy [93]. Le premier agira de concert avec Saint-Gelais. Le second avec Geoffroy de La Marthonie, évêque d’Amiens. Mgr Dormy échoue dans ses tentatives de gagner Boulogne à la Ligue et il se retire à Montreuil. L’évêque d’Amiens est, quant à lui, le chef de la Ligue amiénoise, avec le lieutenant général au bailliage, Vincent Leroy [94]. Son frère aîné, Henri, nouvel évêque de Limoges, y assure la Sainte-Union [95]. L’évêque d’Évreux, Claude de Sainctes, s’échappe également de la nasse de Blois, et va signer la Ligue à Paris. Soutien du parlement ligueur de Rouen, il sera emprisonné sur ordre de celui, royal, de Caen et il mourra en prison [96]. Il y a d’autres agents insurrectionnels, comme Thomas de Pontac, sieur d’Escassefort, qui accourt à Bordeaux puis à Agen. Les conjurés sont donc pris de court par l’assassinat politique, mais quelques fugitifs des États parviennent à accomplir des prises de contrôle auxquelles ils avaient été préparés.
66Guise, qui croyait tenir le roi, avait préféré attendre que le fruit soit mûr. Peut-être a-t-il été déçu par le refus de Philippe II de le suivre dans ses plus folles pensées royales pour sa lignée ? Qu’aurait-il alors à gagner à continuer le combat alors qu’Henri III, à qui on ne donne plus longtemps à vivre, lui offre la place de l’archimignon ? Avec d’Épinac, espérant la mort prochaine du dernier Valois, il prépare la succession au trône. C’est des états généraux qu’il espère la réalisation de ses ambitions. S’attachant à faire désigner, partout, des députés ligueurs, il compte sur la publication de la déchéance du Bourbon – voire son accusation de lèse-majesté et la confiscation de ses terres – et sur sa nomination comme connétable, voire comme lieutenant général du royaume [97]. Cela ne pourra se faire qu’à la fin des États, soit à Noël. Les brigues se multiplient alors, dans lesquelles Guise parvient à faire élire plus de ligueurs qu’Henri III de royaux [98].
67À l’issue de la réunion de juillet, Moreo reste seul avec La Chapelle Marteau, le président du parlement et un échevin. Le prévôt des marchands, au nom de la ville et « de la plus grande partie du conseil du parlement », remercie très humblement Philippe II de toutes les faveurs qu’il a accordées à la ville de Paris et aux princes de la Ligue, comme aussi à tous les catholiques de France. Il reconnaît que par « ces grands secours qu’il leur avait donnés, ils avaient été la cause principale que les affaires des catholiques de France se trouvaient en si bon état et ils attendaient avec la protection de Votre Majesté d’établir la foi catholique dans ce royaume ». La Chapelle déclare que tant qu’ils vivraient ils reconnaîtraient Philippe II et qu’à chaque fois qu’il le faudrait il s’obligeait à ce que 50 000 hommes « signassent avec leur sang reconnaître Votre Majesté protecteur de tous les catholiques sous la forme que Votre Majesté jugerait la meilleure et que là-dessus et au sujet de bien d’autres affaires ils souhaitaient me parler plus longuement ». La Chapelle propose à Moreo de venir dîner un soir avec lui et avec les seules autres personnes présentes dans cet entretien,
« et ils me parleraient clairement me faisant confiance plus qu’à quiconque au monde, car ils avaient reconnu dès le début que j’étais si attaché à cette cause et qu’ils avaient vu que Sa Majesté me faisait tellement confiance car tous les accords et tous les secours étaient passés par mes mains et donc au nom de toute la ville ils m’offraient leur amitié éternelle et que tout ce que lui [Philippe II] me demanderait ils étaient prêts à accourir avec entrain et ils me disaient cela pour que je le dise à Votre Majesté le plus vite possible » [99].
69Moreo saisit l’occasion. Il les remercie au nom du Roi Catholique, « mais je les priai qu’ils communiquassent également toutes les choses qu’ils m’avaient dites et qu’ils pensaient me dire à l’avenir à l’ambassadeur de Votre Majesté [Mendoza] qui se trouvait ici [à Paris], ce que Sa Majesté considérerait comme un grand service. » Les interlocuteurs de Moreo promettent de le faire, expliquant que « s’ils ne l’avaient pas fait auparavant c’était parce qu’ils n’avaient pas osé traiter avec lui. » Le commandeur leur demande alors « comme plus grande preuve de reconnaissance » d’écrire à Philippe II une lettre au nom de la ville, le remerciant de toutes ses faveurs et secours qu’il avait daigné leur faire et de l’obligation qu’ils en avaient. Ils répondent qu’ils le feraient avec plaisir mais qu’ils craignaient que la lettre soit vue. Moreo garantit alors qu’elle resterait en la possession de l’ambassadeur, bien gardée et que seulement une copie en chiffre serait transmise à Philippe II. « Et là-dessus ils s’en allèrent très contents ».
70Nous voyons l’importance que les Espagnols attachent aux serments prêtés à Philippe II depuis le traité de Joinville. Il en est de même de l’engagement du duc de Lorraine à Nancy qui, pourtant, ne recevra que 130 000 écus du Roi Catholique, en attendant toujours les 495 000 restants. Nous remarquons, une fois de plus, que Bernardino de Mendoza n’est pas l’intermédiaire privilégié de l’Espagne auprès des ligueurs parisiens [100]. Mais, dans cette lettre que Moreo envoie le 18 juillet à Philippe II, il n’y a pas grand-chose de positif pour la cause espagnole. Le 21 juillet, le parlement de Paris enregistre l’édit d’Union proposé par Henri III. Peu après, le duc de Guise obtient le titre de lieutenant général des armées, qu’il convoitait depuis longtemps. Des places et des honneurs sont promis à ses partisans et le duc d’Épernon est disgracié.
La paix, la déroute de l’Invincible Armada et la vengeance d’un prince
71Deux jours après la réunion du conseil de la Ligue, Moreo écrit à Philippe II que la paix a été publiée, que le roi va rentrer à Paris et qu’il est donc contraint de partir en toute hâte pour regagner les Flandres [101]. Ce départ précipité n’est pas une rupture des relations entre Moreo et Guise, bien au contraire. Ce dernier donne diverses recommandations avant le départ de l’émissaire. Des décisions ont été prises, qui malheureusement ne sont pas explicitées dans les courriers. Guise craint au plus haut point que le projet ne soit divulgué par des Flamands. Il ne veut donc pas que le comte de Mansfeld ou le marquis d’Havré en soient informés. « Don Bernardino [de Mendoza] pourra donner des nouvelles de ces secrets quoique Guise m’ait fait jurer que je ne donnerais ces nouvelles qu’au Roi d’Espagne. S’il savait que cela passe par d’autres mains, ce serait le faire vivre dans la crainte. » Il précise que Guise est « très nerveux, disant que les affaires traitées jusqu’à présent n’ont pas été de l’importance de celles qui vont suivre ; il ajoute que sa vie ainsi que celle des autres membres de la Ligue dépend du secret. » Moreo a le même jugement sur l’importance de ce qui va se passer, qui est en relation avec l’arrivée de l’Armada [102]. Guise a renvoyé les 400 lances au duc de Lorraine. Le courrier donne l’impression qu’un soutien militaire espagnol sera apporté : « Je serai peu utile jusqu’à ce que Mucio [Guise] et les autres fassent ce que nous avons convenu. Entre-temps, il n’y aura rien d’autre à faire que leur donner leurs tercios quand il faudra. », écrit Moreo. Alexandre Farnèse va avec ses troupes au devant l’Armada et il confie à Moreo la direction de son Conseil de guerre, alors que le comte de Mansfeld reste également sur place [103]. C’est avec ce dernier que Farnèse demande que l’on traite en son absence.
Des dissensions au sein de l’Union et une Armada dont on couvre le fracas sur les rochers de Calais
72Une certaine tension est perceptible entre les princes et les ligueurs parisiens. Elle peut procéder notamment de la difficulté pour les premiers, hommes de guerre, d’accepter la paix. Claude de Lorraine, dit « le chevalier d’Aumale », général des galères de la Religion, part le 14 août « pour se trouver sur cette saincte armée [l’Armada et les troupes du duc de Parme] comme advanturier. On dict que le duc d’Elbeuf y ira. Plusieurs catholiques généreux feront de même » écrit Lucinge. Cette menace retient toujours le bras vengeur d’Henri III [104].
73Le 9 août, alors que la fausse annonce de la victoire de l’Armada se répandait à la cour de France, Moreo était à Bruges, et il se trouvait toujours devant le même dilemme [105]. Le duc de Guise lui a confié des secrets de la plus haute importance, en lui faisant jurer de n’en parler à personne d’autre qu’à Philippe II auquel il doit les révéler de vive voix seulement. « Les affaires de si grande importance je les ai dans ma poitrine et je dors sur mes gardes et j’aurais déjà pris ma décision, mais pour le moment on ne perd pas du temps à le remettre. » De plus, Moreo réclame un meilleur chiffre que celui dont il dispose. Il se retient de confier ces secrets à Mendoza et il demande au Roi Catholique s’il doit venir les lui révéler en Espagne, alors que sa présence semble bien nécessaire en Flandre.
74Suivie depuis Plymouth par les navires du Lord Amiral Howard et de Sir Francis Drake, l’Armada commandée par le duc de Medina Sidonia a jeté l’ancre, le 6 août, au large de Calais [106]. Celui-ci apprend avec stupéfaction que les troupes du duc de Parme, qu’il espérait disposées à embarquer à Dunkerque sur des barges, sont encore à Bruges, et que ni les hommes, ni les munitions ne sont prêts. Geoffrey Parker a montré combien la coordination de l’arrivée d’une flotte de guerre et d’un débarquement depuis les Flandres était une folle gageure de Philippe II et nous connaissons les réticences de Farnèse [107]. Malgré son entêtement, le Roi Catholique savait que pour que ces deux opérations combinées à 1 500 kilomètres de distance aient une chance d’aboutir il était essentiel qu’un havre soit prêt à accueillir l’Armada. Un espion royaliste auprès de Guise avait révélé que le duc d’Aumale voulait pour cela s’emparer de Boulogne mais, à défaut de ce havre, c’est désormais sur Calais que compte Philippe II. Géraud de Mauléon, seigneur de Gourdan, « conseiller du roi en ses Conseils d’État, capitaine de cinquante hommes d’armes des ordonnances, chevalier de l’ordre du Saint-Esprit », son gouverneur, qui devait sa fortune à François de Guise, faisait partie du plan espagnol. Un de ses parents se trouvait d’ailleurs sur le San Lorenzo, vaisseau amiral de Don Hugo de Moncada, lequel commandait une flottille de quatre galéasses napolitaines puissamment armées. Aussitôt au mouillage devant Calais, Medina Sidonia sollicite de Gourdan le ravitaillement de ses vaisseaux.
75Dès le début de son ambassade, Francés de Álava avait perçu l’avantage que son maître aurait à persuader Gourdan de le servir [108]. En 1572, ce dernier était en relation avec le gouverneur de Gravelines, le Français Valentin de Pardieu, seigneur La Motte [109]. Il tolérait les agents de l’Espagne et « la via de Calés » était une voie importante du renseignement. Six ans plus tard, on est assuré que Gourdan participe activement à l’information de l’ambassadeur Juan de Vargas, par l’intermédiaire d’Alonso de Curiel [110]. C’est à ce moment que La Motte, déçu par le prince d’Orange, offre à son tour ses services à Philippe II [111]. Aussitôt, il expulse de Gravelines la compagnie de son lieutenant de Vaux, fidèle partisan des États [112]. Avec Mathieu Moulart, évêque d’Arras, il est en rapport avec Alexandre Farnèse et travaille ouvertement pour l’Espagne [113]. Il est aussi en relation avec le baron de Celles, autre espion majeur de Philippe II. Vargas écrit que Gourdan est « un ami » du duc de Guise et qu’il est de sa maison (« es su amigo, y hechura de su casa »). Il informe régulièrement Guise, lequel retourne les informations à Juan de Vargas, et il parvient, à plusieurs reprises, à s’opposer à la volonté du roi de transmettre son gouvernement à d’Épernon [114]. Les positions de Géraud de Mauléon resteront toujours cachées. Il ne donne pas l’impression d’adhérer à la Ligue, comme en témoigne René de Lucinge, qui s’étonne que certains des nouveaux chevaliers du Saint-Esprit, en 1586, soient des ligueurs notoires, mais qui ne cite pourtant pas Gourdan dans le nombre [115]. L’année suivante, Gourdan, habile dissimulateur, donne même l’impression de s’opposer à ce que Boulogne passe à la Ligue [116].
76Ainsi, non seulement il ravitaille l’Armada, mais il envoie des présents aux Espagnols qui viennent le visiter, notamment le duc d’Ascoli. Surpris par la chaleur de cet accueil, et inquiets, les Anglais décident d’attaquer sans plus tarder. Ils lancent des brûlots sur l’Armada, serrée à proximité de dangereux hauts fonds. Le havre de Calais s’avérera être une nasse [117]. Nous savons la terrible destinée de cette magnifique flotte espagnole. Le San Lorenzo échoue devant Calais et Gourdan n’hésite pas à canonner les Anglais qui veulent s’en emparer. Afin d’éviter que son action de soutien à l’Armada ne soit interprétée comme un acte de guerre contre l’Angleterre, il se justifie par plusieurs lettres et mémoires, arguant la défense du droit d’aubaine du roi de France, auquel il envoie à Chartres des esclaves rameurs de la galéasse. Ce n’est qu’un écran de fumée [118].
77Il faut s’étonner de la longue méconnaissance du sort véritable de l’Armada à la cour de France. Gourdan, qui n’a pu que mesurer le désastre, se limite à ne divulguer que le périple du San Lorenzo. L’ambassadeur Mendoza, après avoir clamé la victoire et s’être momentanément absenté, est désormais totalement muet [119]. Les conjurés ont conscience que l’annonce du désastre entraînerait la vengeance d’Henri III contre eux et ne pourrait qu’orienter défavorablement les décisions des États.
78Le 27 août, les chambres vérifient et publient le pouvoir de Guise, sans rien y modifier, et elles déclarent que le cardinal de Bourbon est le plus capable à succéder et l’appellent Monsieur [120]. La rumeur se répand que Villeroy et la reine mère sont impliqués dans l’attentat perpétré contre d’Épernon. On pense également que 6 000 Espagnols sont entrés en Béarn [121]. Le 3 septembre, on croit toujours à la victoire de Philippe II sur les Anglais et n’est que le 8 septembre que l’on commence à avoir quelques doutes, notamment quand le chevalier d’Aumale revient [122]. Une semaine plus tard, la conviction de l’échec de l’armée du Roi Catholique l’emporte et elle se répand. Henri III peut enfin réagir avec énergie contre les ligueurs qui dominent les États et d’abord contre les ministres et conseillers, dont certains sont ligueurs, que la reine mère incitait à la conciliation.
79Henri III renvoie ses secrétaires d’État et ses principaux ministres et conseillers, parmi lesquels le secrétaire d’État Villeroy. Estienne de Bray, trésorier de la Maison du roi, « en qui Mucio [Guise] a grande confiance », informe l’agent espagnol Juan Iñiguez. Ce dernier écrit que Villeroy « souhaite vivement me rencontrer [123]. Quoique se trouvant à l’écart de ma route, je tâcherai de le voir ; je peux le faire avec la certitude qu’il est des nôtres, d’autant plus, à présent, qu’on lui a enlevé sa charge de manière si infamante et qu’il en est si blessé. » Cette rencontre confirme les affinités espagnoles cachées de cet étrange personnage. Déjà accusé d’intelligences avec l’Espagne lors de l’affaire Salcèdo, il a une part active aux négociations qui conduisent à l’édit d’Union, on le soupçonne ensuite non seulement d’avoir voulu tuer d’Épernon, mais même d’avoir pris une part dans l’assassinat d’Henri III. En attendant, les mesures royales annonçaient la disgrâce de la reine mère, trop encline à céder, et une forte volonté d’Henri III.
80C’est à la suite de la journée des Barricades que Philippe II avait dépêché depuis les Pays-Bas l’agent Juan Iñiguez. Arrivé avec 30 000 écus de la part d’Alexandre Farnèse, il était aussi en relation avec le duc de Lorraine [124]. Son courrier est daté du 19 septembre, alors que, comptant embarquer à Dunkerque, devant une mer totalement contrôlée par les Anglais, il doit se replier sur Paris [125]. Le duc de Guise lui avait demandé de venir le voir à Blois de toute urgence avant son retour à la cour d’Espagne. Guise est toujours craintif. Il ne souhaite pas que tous les Lorrains soient aux États, et il commande à son fils, Charles de Lorraine, prince de Joinville, de venir s’entretenir avec lui, puis de regagner Paris, où restera également le duc d’Aumale, « pour parer à toute éventualité ». Le cardinal de Guise, qui va rejoindre son frère, propose à Iñiguez de le persuader de faire revenir le cardinal de Bourbon « qui est à Blois à contre cœur et ici sa présence sera d’importance ». L’agent espagnol répond : « je compte m’acquitter de cette mission avec grand soin ». Le 21 septembre, Guise se réjouit du retour de Moreo, « estant bien aise qu’il vienne si à propos et en temps pour juger les affaires où je luy feray veoyr clair. Nous ne manquons d’advertissements de toutes parts qu’on veult atanter à ma vie. » [126]
Des assassinats politiques et une conspiration qui fait long feu
81Si Henri III affirmait reconnaître la Ligue, il voulait, bien sûr, la détruire et supprimer les Guises. Il avait pris le risque de convoquer les états généraux du royaume dans l’espoir que ceux-ci lui permettraient de reconquérir le pouvoir perdu. La désignation des députés était alors un enjeu majeur. L’influence des Guises et de leurs affidés pesait lourdement sur ces élections, avant l’ouverture des État en octobre 1588 [127].
82Ainsi, nous constatons qu’Horace de Birague, évêque de Lavaur, pour le clergé, et Cornusson, sénéchal de Toulouse, pour la noblesse, sont d’abord élus afin de représenter la sénéchaussée de Toulouse. Vignals, est désigné comme député pour la ville de Toulouse [128]. Mais les ligueurs parviennent à leur substituer respectivement Saint-Gelais, et l’avocat toulousain Étienne Tournier [129]. À Bordeaux, Escassefort, conseiller notaire et secrétaire ainsi que greffier en chef au parlement de Bordeaux, est choisi par « les villes filleules de la maison de Bourdeaux » (Blaye, Bourg, Cadillac, Castillon, Libourne, Rions, Saint-Émilion et Saint-Macaire), villes ligueuses qui assurent une ceinture de protection en amont et en aval de la Garonne [130]. Affidé de feu le marquis de Villars auquel sa famille – précocement ligueuse – doit son salut, il présente le même profil que Tournier. L’autre député des « villes filleules » est l’avocat Pierre de Métivier [131]. De toute évidence, Toulouse et Bordeaux sont alors dominés par les « bons et vrais catholiques » (Guise), comme le confirment les avis qui parviennent au duc de Guise et à Philippe II [132]. Localement, Toulouse se considère menacée par un roi de Navarre qui, contrôlant le pays entre Nérac et Montauban, peut, à tout moment, interrompre le commerce et les approvisionnements de la ville. De plus, Navarre tient des négociations secrètes avec l’exécrable gouverneur de Languedoc, Damville [133]. Nous voyons que, dans le choix des représentants des deux villes parlementaires du Sud-Ouest, l’impératif d’assurer leur approvisionnement, et donc leur survie, dans le cas de l’entrée en guerre du gouverneur de Guyenne, Navarre, a fortement joué.
83À Blois, Saint-Gelais excelle alors dans son rôle d’espion pour l’Espagne. Il dispose d’un chiffre, qui lui permet de communiquer avec une certaine sécurité et rapidité avec la cour de Philippe II, mais il juge plus prudent de le laisser en Comminges. Ce choix n’était peut-être pas si judicieux. Désirant envoyer depuis Blois un mémoire au Roi Catholique, il ne trouve alors rien de plus assuré que de le transmettre à Marguerite de Valois, à Usson. Elle peut ainsi en prendre connaissance, puis le faire chiffrer, avant de l’envoyer à Madrid. Dans son courrier, le prélat revêt à nouveau le froc de Modestino Cortes. Il fait ainsi expédier ses avis par les Pays-Bas, ce qui explique qu’il situe ses lettres à Anvers alors que nous sommes assurés qu’il se trouve en fait à Blois. Sa redoutable cryptographie laisse malheureusement la plus grande part de ses écrits obscurs.
84Le capitolo generale, auquel Modestino se présente est bien les états généraux. Il déclare être « arrivé pour savoir quels étaient les ordres à suivre entre nous pour la discipline et réforme ». Nous proposons ensuite une interprétation, seulement sur une partie du contenu de la lettre. Le « vieux prince de Moldavie » que l’on aurait « confirmé dans son premier état » est peut-être le cardinal de Bourbon que l’on envisage bien comme successeur au trône de France. « Alvaro de Mendez, marchand portugais reconverti au judaïsme », doit être Henri de Navarre. Il est décidé de saisir tous ses biens en les partageant entre le prince de Moldavie et le « Pacha Vizir ». Il s’agirait alors d’accorder à ce dernier, qui pourrait être Philippe II, le Béarn et la Basse-Navarre, qui ne dépendent pas du royaume de France, alors que tous les autres biens reviendraient au futur Charles X. Saint-Gelais parle également d’une coalition contre l’Espagne qui rassemblerait le « Prince de Béarn », Dom António et la reine d’Angleterre, nommément désignés, ainsi que, vraisemblablement le roi d’Alger et le cherif de Marrakech (que Sancy doit gagner) [134]. L’île de Ré et ses marais salants, utiles au financement de la guerre, devraient être saisis par Francis Drake et ses corsaires. Le prélat évoque enfin la publication prochaine d’un ouvrage.
85Il ressort de ces hypothèses, à partir d’un courrier qui nécessite encore un effort de déchiffrement, un témoignage sur l’intensité des intrigues qui se multipliaient au sein d’une assemblée largement ligueuse et guisarde. Celles-ci concernent une faction hispanophile et ne peuvent que contribuer à inquiéter Henri III, et à l’inciter à faire assassiner les Guises. Ceux-ci étaient conscients des risques encourus ; ils avaient été maintes fois mis en garde par leur entourage et par Philippe II lui-même.
86Lucinge faisait partie de la charrette des disgraciés ; on lui reprochait sa proximité avec les Guises. Pourtant, si le duc de Savoie traitait avec ces derniers, leur action n’était pas coordonnée. Profitant de la faiblesse du roi de France et prétextant en exclure les huguenots, Charles-Emmanuel s’empare du marquisat de Saluces, au grand dam des Guises et du Roi Catholique [135]. Tous pensent que cette action guerrière ne peut être que concertée avec les Guises, et qu’elle provoquera une intervention française, laquelle risque également de faire intervenir le gendre de l’agresseur, Philippe II [136]. Au sein de la société ligueuse, elle incite les corne-guerres de l’assemblée de la noblesse aux États de mettre au second rang la différence d’opinion religieuse pour laver l’affront fait à leur roi et à leur royaume. Cette action militaire risque alors de détourner un temps l’attention des députés, au profit d’Henri III. Mais La Chapelle Marteau parvient à éviter que le tiers état ne soutienne la guerre contre le duc de Savoie, alors que le clergé y est peu enclin [137].
87Les députés, qui s’occupent des finances royales, sont cependant, selon Lucinge, « distraits » par le machiavélique roi des affaires majeures pour la Ligue [138]. Ils se heurtent également à la volonté de ce dernier et du légat Giovanni Francesco Morosini qui veulent encore tenter d’amener Navarre à résipiscence et à la conversion, avant de déclarer sa déchéance [139].
88Les positions ligueuse du père de l’évêque de Comminges aux États, le distingué diplomate Louis de Lansac, ont été révélées à l’occasion d’une sévère « dispute ». En juillet, il a poussé à l’enregistrement de l’édit d’Union par le parlement de Paris et il prête le serment immédiatement après le premier président et les autres présidents de la Grand Chambre [140]. De Thou nous apprend que, aux États, il « fait l’éloge du concile de Trente où il avoit assisté en qualité d’Ambassadeur de Sa Majesté avec Arnaud du Ferrier, et Guy du Faur, sieur de Pibrac, et de l’autorité de Saints Décrets, auxquels il soutenait que tout le monde étoit obligé de se soumettre. » [141] Jacques Faye, sieur d’Espesses, avocat général, l’interrompt brutalement et lui demande s’il avait la même opinion pendant le concile [142]. Lansac acquiesce et Espesses brandit alors des lettres du diplomate dans lesquelles il se plaignait des résolutions du concile contre le roi et le royaume et que tout était en fait décidé à Rome. L’avocat général lit ces lettres en public. Des mouvements apparaissent dans l’assemblée ; certains députés sont indignés, d’autres se moquent. De Thou écrit qu’Henri III était sur le point de publier le concile de Trente mais que, voyant que les magistrats qui défendaient ses droits étaient maltraités par les députés du clergé, il se décide à supprimer les Guises.
89Ce témoignage va contre l’image d’un Louis de Lansac modéré et indéfectible soutien de la royauté. De Thou ne réalise pas, ou – plutôt – ne veut pas présenter son activisme ligueur. Les Remarques sur la Satyre ménippée confirment pourtant que, durant les États, Louis de Lansac « avait trop ouvertement favorisé le parti de la Ligue en opinant pour l’entière et absolue réception du concile de Trente en France » et que c’est la raison pour laquelle, lui aussi, après l’assassinat des Guises, de peur des représailles royales, « s’en étoit pareillement fui des États de Blois » [143].
90D’Épernon, qui sent le vent tourner, serait venu rencontrer Guise pour lui offrir les gouvernements de Metz et de Boulogne, à condition qu’il devienne son ami et qu’il le maintienne dans les gouvernements de la Saintonge et d’Angoulême et que La Valette, son frère, soit confirmé dans celui de Provence. Le duc de Guise se garde de clore la discussion, et Henri III tirerait « une grande jalousie » de ce projet d’alliance [144]. En décembre, Guise, appuyé par le tiers état, triomphe. Les États obtiennent non seulement une diminution des tailles mais l’érection d’une Chambre propre à contrôler les dépenses royales et ainsi à mettre le roi sous tutelle.
« Les clervoians jugent que le Roy sera contraint de prendre la loy de M. de Guise et lui laisser le maniement universel des affères, car le Tiers Estat, qui l’appuie, le rend maistre de la campagne et de toutes les villes cattolicques, [et] le fera eslire ou connestable ou lieutenant général. La bride que les Estatz veulent aposer au Roy sera plus doulcement régie par sa main » [145].
92Le 16 décembre, Lucinge est assuré de cette élection de Guise par les États :
« qu’il [Guise] possède entièrement [et] quand il auroit enfermé le Roy là où il prétend (lequel entre eulx ilz disent qu’il perd le sens), si jà il a encor de gros os à ronger et de grandes difficultez à passer premier qu’il ait son désir accomply pour faire du bon varlet. Il ne peult à moins que de monstrer qu’il n’a plus de praticque avec le Roy d’Espagne ny avec V[otre] A[ltesse], chose qu’en apparence, s’il veult entrer en crédit, il fault qu’il tesmoigne aux Françoys. » [146]
94Le lendemain, il écrit que Guise vient de recevoir 40 000 écus du roi d’Espagne. Le 23 décembre, craignant une déclaration de guerre contre la Savoie et une entente entre Damville et Guise, il doute de la fidélité de ce dernier, de celle de Philippe II, et il note une « confusion » parmi les députés aux États. « Le Roy et Guise sont en la plus grande défiance que jamais », écrit-il en terminant sa lettre [147]. Le même jour, par un dernier coup de majesté, celui-ci est assassiné, puis son frère, et les chefs ligueurs sont arrêtés [148]. Certains députés quittent précipitamment Blois « par des chemins détournez », démontrant leur attachement à la Ligue [149]. Mais Henri III est particulièrement indigné « contre les évêques de Comminges et de Rodez qui s’enfuirent des États » [150] ; le roi avait ordonné de les arrêter, avec l’évêque de Boulogne [151]. Saint-Gelais et François de Corneillan fuient, mais également Étienne Tournier et Louis de Lansac. Alors qu’Henri III déclare à sa mère, qui s’éteindra peu après, qu’il a sauvé son trône, Mendoza est très défaitiste, à la hauteur de ce qu’étaient ses espérances.
« Il est mort, et à moins que Dieu n’accorde à son frère le duc de Mayenne et à M. de La Châtre le moyen de parvenir à s’échapper, il n’y a plus de fondement à faire sur la Ligue [152]. En effet, le duc d’Aumale qui est aujourd’hui à Paris, est un jeune homme de peu d’expérience ; ce sera déjà beaucoup s’il peut se retirer dans quelque place de Picardie, et s’il peut s’y maintenir en payant de bonnes paroles le Roi qui n’osera pas l’attaquer, de peur qu’il ne soit appuyé sous main par les Pays-Bas. […] Je suis fondé à croire que si MM. de Mayenne et de La Châtre viennent à être tués, et si l’on n’exécute contre les huguenots et les politiques le massacre dont les menaçait Orléans, il n’y aura bientôt plus de ville qui puisse tenir tête au Roi. Au reste, il y a beaucoup de la faute des villes confédérées : ainsi que je disais à Meyneville [Mainneville], ces villes croyaient avoir tout fait lorsqu’elles avaient mis par écrit le pacte de leur union, de façon qu’elles n’ont pas même pensé à se créer des ressources en argent et à prendre leurs mesures contre l’éventualité de la mort de M. de Guise ou du duc de Mayenne, ou peut-être de tous les deux ensemble : elles paraissaient avoir oublié que les deux frères étaient hommes comme tout le monde et par conséquent mortels. Et voilà comment tout ce beau feu de la Ligue s’en est allé en fumée. » [153]
96L’ambassadeur craint pour lui-même, même s’il a « brûlé avec soin » tous ses papiers compromettants. Mais, dès le 31 décembre, il est rasséréné en constatant que Mayenne a pu s’enfuir et que les villes de la Sainte Union se soulèvent. Villeroy, qui est devenu un proche conseiller de Mayenne, évoque à quel point ce dernier se défie pourtant de Philippe II après l’assassinat d’Henri III et il dénigre les offres conjointes de Moreo, de retour de Madrid, de Tassis et de Mendoza qui se limiteraient à une sorte de vice-royauté sous un protectorat espagnol, au même titre que Naples ou la Sicile, alors qu’il a longuement développé les appétits dynastiques lorrains [154]. C’est cette tension entre « Espagnols » et « mayennistes » qui divise déjà profondément les ligueurs toulousains, avant qu’elle ne déchire la Ligue parisienne.
Le divorce entre ligueurs « espagnols » et Mayennistes
97En apprenant la fuite de Saint-Gelais, Henri III pense « qu’il pourroit se retirer du costé d’Espagne ». S’il percevait la menace espagnole, le roi imaginait cependant que la mort des usurpateurs putatifs suffirait à éteindre le complot. Mais, après une courte période de désarroi, voire de déréliction, les affidés cherchent en fait à faire publier partout la déchéance du « roi français » (bientôt simplement appelé el primo), alors que Philippe II devient « Sa Royale Catholique et désormais unique Majesté Très Chrétienne », et Marguerite de Valois « la Sérénissime Princesse », détentrice provisoire de la couronne des Valois – malgré la loi salique – avant la publication du monitoire d’excommunication de Sixte Quint contre Henri II (26 mai) [155].
98C’est alors à Toulouse, ville parlementaire, et non pas dans son diocèse, que se rend l’évêque de Comminges, y installant une sorte de théocratie ligueuse hispanophile et attentiste. Les lettres de Mendoza nous révèlent que les ligueurs ont préalablement fait imprimer à Paris une Déclaration de messieurs les habitans de la ville de Thoulouse avec l’arrest du Parlement de ladite ville, de six pages auxquelles on attend seulement d’ajouter l’arrêt qui ne pourra qu’être prononcé par la cour souveraine [156]. Le premier président au parlement, Jean-Étienne Duranti qui s’oppose à la soustraction d’obédience, manque une première fois de perdre la vie, le 25 janvier, et le bruit se répand déjà que les Toulousains l’ont tué [157]. Mendoza le dément dans une lettre qu’il écrit à Philippe II le 5 février et, cinq jours plus tard, Duranti est effectivement lynché par la populace ! [158] Ce meurtre n’est pas le simple résultat d’une émotion populaire mais celui d’une cabale qui a instrumentalisé la populace [159].
99Treize jours après, Henri III écrit un long mémoire au maréchal Guillaume de Joyeuse, dans lequel il détaille les actions à intenter contre l’évêque de Comminges et où il accrédite la thèse d’un complot visant à livrer la province à l’Espagne. « La diligence est très nécessaire de peur que ledit évesque ne face entrer l’Espagnol, comme il nous en menace ». Mais, alors que le parlement de Toulouse, qui a déclaré sa soustraction d’obédience et attribué à Saint-Gelais le gouvernement de la ville et de la sénéchaussée de Toulouse, envoie des émissaires dans toute l’étendue de son ressort, afin de soulever les villes contre le roi, la Ligue toulousaine, menée par les Dix-Huit, demeure à distance de la Ligue parisienne et du « lieutenant général de l’État royal et couronne de France », Mayenne [160]. Ce dernier reproche à Saint-Gelais de ne pas tenir compte de ses lettres et de ne pas participer aux États de la Ligue. La raison invoquée par le prélat est simple : ne connaissant pas la volonté du Roi Catholique, il ne saurait qu’elle attitude y tenir ! [161] L’évêque de Comminges ne se considère que comme une solution d’attente. Il ne veut pas exciter Matignon et provoquer des hostilités à l’égard de l’Espagne. Il attend de cette dernière de l’argent, afin de conserver Toulouse, dans l’espoir d’un illustre chef de guerre, qui ne pourra être ni Henri de Montmorency-Damville, gouverneur de Languedoc, ni son ennemi juré, le duc de Joyeuse [162]. Ce dernier se sentira profondément injurié par la demande que les Toulousains adressent à Mayenne de leur envoyer un prince pour les gouverner. Celui-ci leur laisse un temps espérer l’arrivée du duc de Nemours [163]. C’est, selon Mendoza, la raison de l’attaque de Toulouse par les Joyeuse et du rejet de Saint-Gelais. L’évêque, avec son clan, n’a pas pour autant achevé la partie, malgré l’empoisonnement vraisemblable du plénipotentiaire Moreo (18 août 1590) [164]. Au mois de mars 1589, sept des huit parlements de province (excepté Bordeaux) se sont déjà déclarés pour la Sainte Union.
100Mayenne, contrairement à son frère défunt, n’est pas aussi favorable à une tutelle espagnole. Des divergences, peu visibles jusqu’alors, ternissent désormais les relations avec l’Espagne. C’est notamment le cas de la Bourgogne, dont Mayenne est le gouverneur. Le Roi Catholique, qui s’intitulait « duc de Bourgogne », avait soutenu de sombres intrigues sur cette province et il avait fallu faire figurer la promesse de la Bourgogne dans la monnaie d’échange utilisée par Henri de Guise pour entretenir le secours de l’Espagne [165]. En mai 1588, devant Moreo, le duc avait renouvelé la promesse de la Provence et de la Bourgogne [166]. Suivant une plaquette navarriste, Mayenne, qui promettait à Philippe II, s’il l’aidait à obtenir le trône, un morceau du royaume, entendait cependant ne pas lui sacrifier la Bourgogne, et il lui offrait en échange la Picardie [167]. Pierre Jeannin, premier président au parlement de Dijon et bras droit de Mayenne, avait pu contribuer à entretenir ce climat de défiance à l’égard de l’Espagne [168]. Il avait rencontré Moreo à Nancy, puis à Gray. Après la mort d’Henri III, Philippe II réclamera pour sa fille, non seulement une partie de la Bretagne, terre de l’aïeule de l’infante, mais aussi la Bourgogne. Assez rapidement, on comprend que ces provinces ne sont qu’un acompte sur un tout réclamé par le roi catholique : le royaume de France, comme l’affirmait déjà Mendoza en avril.
101À l’occasion d’une entrevue située entre la fin du mois de septembre et le début du mois de novembre 1589, à Rouen, Moreo expose à Mayenne et à son conseil l’aide que Philippe II avait apporté à la Ligue au temps du duc de Guise et les bonnes dispositions de son maître à poursuivre ce soutien militaire et financier [169]. En évitant bien de s’engager dans une quelconque soumission, Mayenne accepte l’or espagnol qui doit sauver Paris. Moreo, accompagné de Tassis, rapporte de Bruxelles, dès le 4 décembre, 300 000 écus amassés par Farnèse, et qui font bien défaut au duc de Lorraine [170]. Ce dernier, qui a envoyé son fils aîné, le marquis de Pont, interviendra pourtant à deux reprises pour alimenter Paris. En se faisant proclamer « protecteur » du royaume de France, à la suite de la captivité de Charles X, à la fin de l’année 1589, Philippe II exprimera à tous ses desseins. Mais Mayenne s’était contenté de promesses verbales : ne jamais s’accorder avec les hérétiques, réunir les états généraux le 1er février 1590 et solliciter la fameuse « protection » du roi catholique [171]. Cette dernière allait fâcher Sixte-Quint, qui se considérait comme le seul « protecteur » de la fille aînée de l’Église. Le pape désavouera alors son légat Caetani à son arrivée à Paris, le jugeant trop espagnol et lui interdira tout commerce avec Mendoza. Cette attitude permettra à Mayenne de se dédire. La mort du roi de la Ligue, le 8 mai 1590, la connivence des Seize [172], les défaites de Mayenne, le blocus de Paris, l’arrivée des tercios d’Alexandre Farnèse, permettront enfin au Roi Catholique d’affirmer solennellement les revendications dynastiques de Isabelle-Claire-Eugénie.
102En tissant cette relation avec le fil d’Espagne, nous avons souhaité démontrer combien l’emploi des lettres et des mémoires diplomatiques, particulièrement espagnols, pouvait encore éclairer cette période sombre de notre histoire. Le travail est ardu, parce qu’il ne faut pas piocher dans la masse épistolaire, mais identifier précisément chaque personne, établir les affinités voire les réseaux, considérer leur action sur le long terme, et enfin confronter cette documentation aux sources françaises et aux autres sources étrangères.
103S’interroger depuis la frontière, c’est également une manière de « décentrer » l’analyse et de considérer qu’une histoire de la Ligue en province doit se départir d’une approche aveuglée par la primauté des relations avec Paris [173]. Le sud-ouest du royaume, à la fois cœur de la puissance du prétendant au trône et talon d’Achille du royaume, témoigne d’autres liens, dans le ressort de chaque parlement, mais aussi entre villes parlementaires et, bien sûr, dans chaque zone d’attraction urbaine, conçue selon des critères variés et complexes. Il faut cependant se garder de tomber dans l’excès inverse et vouloir tout soumettre à une analyse en forme de réseaux. Différentes liaisons existaient, mais il faut les hiérarchiser et considérer également leur fractionnement au sein des mêmes obédiences, ainsi que leur mutabilité. L’étonnante réactivité des ligueurs du Sud-Ouest, qui sont pourtant pris de court par le parricide de Blois, conforte l’hypothèse d’un vaste complot guisard, aidé par l’Espagne. Il se nourrit des prétentions dynastiques des Lorrains, tellement soumis au Roi Catholique, qui ne les suit pas dans cette voie et qui se soucie d’abord de l’Armada. Marguerite de Valois participe à ce plan et les ligueurs parisiens sont en relation directe avec la cour d’Espagne.
104Nous devons nous défier également d’une analyse trop franco-française des événements, ainsi que des lourdeurs d’une historiographie qui n’envisage ce demi-siècle de guerre civile que comme une parenthèse dans une marche inéluctable vers la centralisation monarchique, entre François Ier/Henri II et les Bourbons, auréolés de la légende du fondateur. Les troubles de France constituent également des pions, aux valeurs changeantes, sur l’échiquier de la « Grande stratégie » de Philippe II, comme sur celui de puissances secondaires comme le duché de Savoie ou celui de Lorraine. Enfin, tout en recomposant la trame événementielle, nous ne devons pas nous laisser berner par une histoire « récit d’événements mémorables », par « l’illusion héroïque » ou bien encore par les fumées de prétendues « rodomontades espagnoles » (Brantôme, Villeroy) [174]. Il est précieux de reconstruire les diverses espérances dont les contemporains se nourrissaient, d’ouvrir de multiples possibilités, en se défiant d’une logique unidimensionnelle des enchaînements factuels, d’une « intelligibilité régressive » des événements qui ne peuvent que nous amener vers les résultats que nous connaissons par avance [175].
Mots-clés éditeurs : « Invincible » Armada, Espagne, France, guerre de la Ligue, Guise, Philippe II, xvie siècle
Date de mise en ligne : 03/05/2011
https://doi.org/10.3917/rhis.104.0795