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Compte rendu

William Chester Jordan, A Tale of Two Monasteries. Westminster and Saint‑Denis in the Thirteenth Century, Princeton et Oxford, Princeton University Press, 2009, XVIII + 245 p.

Pages 679j à 701j

Citer cet article


  • Lachaud, F.
(2010). William Chester Jordan, A Tale of Two Monasteries. Westminster and Saint‑Denis in the Thirteenth Century, Princeton et Oxford, Princeton University Press, 2009, XVIII + 245 p. Revue historique, 655(3), 679j-701j. https://doi.org/10.3917/rhis.103.0679j.

  • Lachaud, Frédérique.
« William Chester Jordan, A Tale of Two Monasteries. Westminster and Saint‑Denis in the Thirteenth Century, Princeton et Oxford, Princeton University Press, 2009, XVIII + 245 p. ». Revue historique, 2010/3 n° 655, 2010. p.679j-701j. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2010-3-page-679j?lang=fr.

  • LACHAUD, Frédérique,
2010. William Chester Jordan, A Tale of Two Monasteries. Westminster and Saint‑Denis in the Thirteenth Century, Princeton et Oxford, Princeton University Press, 2009, XVIII + 245 p. Revue historique, 2010/3 n° 655, p.679j-701j. DOI : 10.3917/rhis.103.0679j. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2010-3-page-679j?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.103.0679j


1 Les destinées parallèles de deux monastères profondément liés à la dynastie royale de leurs pays respectifs, comme les carrières à peu près contemporaines de leurs abbés, et l’atmosphère de compétition qui marqua les relations entre les deux institutions dans la seconde moitié du xiiie siècle sont le cadre où se déploie le récit de William Chester Jordan dans son dernier ouvrage. Notamment connu pour ses travaux sur Saint Louis et sur les communautés juives en France au xiiie siècle, le professeur Jordan apporte ici, par l’étude minutieuse de la carrière de Mathieu de Vendôme, abbé de Saint‑Denis, et de celle de Richard de Ware, abbé de Westminster, tous deux élus en 1258, et qui devaient être amenés à diriger leur maison pendant plusieurs décennies, un éclairage renouvelé sur certains aspects des relations entre la France et l’Angleterre.

2 Les destinées des deux personnages sont la preuve de la puissance de la vocation monastique comme facteur d’ascension sociale pendant cette période. D’origine modeste, tous deux parvinrent à de hautes fonctions après avoir gravi les différents échelons au sein de leur maison. Tous deux furent au service de la royauté. Tous deux acquirent aussi la réputation d’avoir restauré la discipline des moines : Mathieu de Vendôme instaura, à Saint‑Denis, une réforme quasiment pénitentielle, alors que Richard de Ware ordonnait la compilation du coutumier de son abbaye. Ils furent, tous deux, administrateurs, constructeurs, diplomates ; s’ils encouragèrent la production historiographique au sein de leur maison, ils ne laissèrent pas eux‑mêmes d’œuvre écrite. Ils eurent également à lutter contre les empiétements des pouvoirs extérieurs, qu’il s’agisse des évêques ou de la ville toute proche, ou encore, dans le cas de Westminster, des dirigeants du mouvement baronnial au début de la décennie 1260. Ils eurent à cœur de consolider les droits et les possessions de leur maison. Sous les deux abbatiats, les travaux de construction et d’embellissement des bâtiments furent continués, ainsi, à Saint‑Denis, sous l’égide de Pierre de Montreuil ; Mathieu de Vendôme comme Richard de Ware furent attentifs aux développements artistiques les plus récents, notamment italiens pour Richard, qui porta peut‑être à la connaissance d’Henri III le travail des Cosmati.

3 Toutefois, les contrastes sont bien présents et ne semblent pas uniquement être le fait d’une documentation inégale : Mathieu de Vendôme quitta peu Saint‑Denis, alors que Richard fut un abbé qu’on pourrait qualifier de péripatétique, un phénomène encouragé par la coupure qui existait, à Westminster, entre l’abbé et le couvent. À l’exception de l’épisode constitué par la période d’ascendant de Pierre de la Broce, Mathieu fut un proche des rois – il semble notamment avoir influencé la politique de réforme de Louis IX –, mais la même relation de confiance et de proximité ne s’instaura pas véritablement entre le roi d’Angleterre et l’abbé de Westminster, pourtant nommé trésorier du roi en 1280. Le xiiie siècle fut, pour Saint‑Denis, une période de prospérité, alors que l’abbaye de Westminster et surtout son abbé connaissaient des difficultés financières et un endettement chronique. Westminster réunissait des fonctions royales assumées, en France, par plusieurs sites religieux ; toutefois, le culte de saint Édouard ne parvint pas à hisser cette abbaye au même rang que Saint‑Denis, qui bénéficia aussi, à la fin de la période, de l’aura apportée par la canonisation de Louis IX.

4 De véritables morceaux de bravoure viennent émailler l’étude : l’évocation de la satisfaction d’Henri III lors de ses visites à Saint‑Denis, par exemple, est marquante. L’auteur étudie également dans le détail certaines affaires où les deux abbayes durent âprement défendre leurs droits, comme à Deerhurst pour Saint‑Denis ou à Great Malvern pour Westminster. En arrière‑plan de la vie de Mathieu de Vendôme et de Richard de Ware, c’est aussi toute l’évolution politique de la France et de l’Angleterre dans la seconde moitié du xiiie siècle, ainsi que celle de leurs relations diplomatiques, qui est dépeinte : en dépit des conflits renouvelés autour de la Gascogne, en particulier, il est frappant de voir à quel point les élites politiques des deux pays furent longtemps désireuses de maintenir la paix, une situation où les deux abbés, représentants essentiels de la politique de paix et de conciliation incarnée par Louis IX et par Henri III, eurent leur rôle à jouer.

5 On aurait peut‑être aimé – quitte à reprendre certains développements déjà abondamment travaillés par d’autres auteurs – une comparaison plus approfondie entre les politiques culturelles des deux monastères, comme une évocation plus précise des différences dans la vie et l’atmosphère à Westminster et à Saint‑Denis. Mais cet ouvrage élégant, qui apporte des données fines sur certains aspects négligés jusqu’ici, par exemple en ce qui concerne les disputes en justice où les deux maisons furent impliquées, devrait encourager les comparaisons et les études croisées de la France et de l’Angleterre au xiiie siècle.

6 Frédérique Lachaud


Date de mise en ligne : 01/03/2011

https://doi.org/10.3917/rhis.103.0679j