Chiara La Rocca, Tra moglie e marito. Matrimoni e separazioni a Livorno nel Settecento, Bologna, Il Mulino, Fondazione Bruno Kessler (Annali dell’Istituto storico-germanico in Trento. Monografie 51), 2009, 445 p.
- Par Agnès Walch
Pages 441l à 467l
Citer cet article
- WALCH, Agnès,
- Walch, Agnès.
- Walch, A.
https://doi.org/10.3917/rhis.102.0441l
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- Walch, A.
- Walch, Agnès.
- WALCH, Agnès,
https://doi.org/10.3917/rhis.102.0441l
1 Docteur en histoire moderne et contemporaine de l’université de Pise, Chiara La Rocca travaille depuis une dizaine d’années sur le mariage à partir des archives diocésaines particulièrement riches en Italie. Elle propose ici un ouvrage consacré aux relations entre les femmes et leurs maris à Livourne à la fin du xviiie siècle, entre 1760 et 1806. Selon elle, l’opinion que le mariage et la famille sous l’Ancien Régime sont des institutions stables prédomine dans l’historiographie, du fait du partage sexuel des rôles familiaux et du contrôle exercé par l’Église et par les États. Et elle se demande si cette image lisse est conforme à la réalité, si l’indissolubilité est toujours la règle et si les institutions sont réellement contraignantes, à partir de l’exemple de la ville de Livourne, un port populeux et prospère, aménagé par les Médicis, qui abrite quelques 40 000 âmes. Ses sources, provenant principalement du tribunal ecclésiastique, font revivre des conjoints appartenant à ce qu’elle appelle la « classe moyenne inférieure », correspondant au monde des petits commerçants, des artisans et des ouvriers, venus de l’arrière-pays. Elle reconstruit la dynamique des conflits conjugaux et examine l’action des autorités civiles et religieuses face aux situations de crise.
2 Dans une première partie, consacrée au modèle matrimonial et familial, Chiara La Rocca s’intéresse à la formation du couple et aux fondements de l’union dans ce « menu peuple » qui n’a guère de patrimoine. La réponse que ces catégories « laborieuses » apportent à la question du mariage est originale, tantôt privilégiant les aspects collectifs, tantôt les aspects individuels. Cette partie est descriptive, prenant appui sur des exemples précis de mariages, tel celui de Margherita Jacopini, fille d’un vigneron, et de Giuseppe Spinelli, fils d’un artisan, le 29 septembre 1773. L’auteur décrit, dans le premier chapitre, la cérémonie religieuse, les témoins, les tractations pour la dot chez le notaire, démarches qui font entrer les couples dans les logiques et les stratégies de leurs familles. Le chapitre deux est consacré à la vie conjugale sous ses aspects normatifs, principalement le rôle assigné à l’épouse dans la maison et la boutique. Les représentations matrimoniales du menu peuple sont classiques.
3 La seconde partie, plus inédite, étudie les conflits et les séparations, en mettant en valeur la manière dont les conjoints, particulièrement les femmes, jouent des normes et des solidarités familiales à un moment important de l’histoire de Livourne. La juridiction ecclésiastique subit une crise ; ses compétences passent au pouvoir civil qui conserve néanmoins les normes d’indissolubilité, face à la sensibilité populaire privilégiant l’amour. L’Église de Livourne dépend du diocèse de Pise et de sa Curie jusqu’en 1806, année de la création du diocèse de Livourne, mais, dès 1766, la nomination d’un vicaire général est assortie de la création d’un tribunal ecclésiastique. Cependant, un décret de 1784 enlève à ce tribunal la connaissance des causes matrimoniales. La période envisagée est donc celle d’un transfert de compétences et l’auteur examine les changements liés à ces modifications. Le taux particulièrement élevé des demandes de séparations « quoad thorum et cohabitationem » (20 % des mariages à la fin du xviiie siècle) est remarquable. Entre 1766 et 1806, 221 requêtes en séparation ont été déposées, alors que l’on célèbre 300 mariages par an. La moitié seulement des demandes aboutissent. Ce sont les femmes qui, à une écrasante majorité, demandent la séparation. Ainsi, en septembre 1798, Margherita Rinaldi désire se séparer d’un époux, Luigi Ferri Franchi, qui aime ailleurs, et se présente devant le tribunal ecclésiastique de Livourne pour obtenir un décret de séparation. Encore faut-elle qu’elle trouve un « bon » motif : violences conjugales, sévices graves, vie libertine du conjoint, abandon du domicile conjugal, incitation à la débauche. La séparation, à quelques exceptions près, n’est pourtant accordée que pour un temps limité, le plus souvent six mois.
4 Les choses changent à partir des années 1780. Tout d’abord, Livourne se dote de services de police capables de contrôler les relations à l’intérieur des couples lorsqu’elles menacent l’ordre public. L’intervention de l’État est aussi renforcée par la législation de 1784 du grand duc de Toscane, Léopold II, à laquelle est consacré le chapitre suivant. Elle fait passer les causes matrimoniales du pouvoir ecclésiastique au pouvoir civil, en créant une « séparation civile » dont le tribunal civil s’occupe et qui s’attache prioritairement à trancher la question de la restitution de la dot et de la « pension alimentaire » versé par le mari à la femme. Les archives ecclésiastiques s’interrompent brusquement en 1785. Le passage au tribunal civil est donc immédiat. La première à présenter une requête en séparation est une certaine Santa Dinucci contre Pasquale Michelucci, son époux. De 1785 à 1792, 23 requêtes en séparation sont déposées devant le tribunal civil dont les décisions se calquent sur celles que le tribunal diocésain prenait lorsqu’il était compétent. La seule différence notable est celle du temps : le tribunal civil, qui accepte les séparations au compte-goutte, les prononce sans mention de durée. Église comme État recherchent donc la stabilité des couples et des familles et s’efforcent, autant que faire se peut, d’éviter la visibilité des conflits par crainte de la contagion de l’exemple. Les mariés qui ouvrent le livre de Chiara La Rocca, Margherita et Giuseppe Spinelli, unis depuis 1773, se séparent en 1776, se retrouvent en 1778. La reprise de la vie commune est couronnée par la naissance d’un enfant, Giuseppe Francesco, l’année suivante, mais une nouvelle séparation intervient bientôt en raison de dettes contractées par l’époux, avant un décès, en 1804, qui met définitivement fin à un mariage chaotique.
5 Agnès Walch