Mireille Chazan, Études d’historiographie médiévale, Metz, Centre régional universitaire lorrain d’histoire, site de Metz, 35, 2008, 477 p.
Pages 915e à 982e
Citer cet article
- GUYOT-BACHY, Isabelle,
- Guyot-Bachy, Isabelle.
- Guyot-Bachy, I.
https://doi.org/10.3917/rhis.094.0915e
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- Guyot-Bachy, I.
- Guyot-Bachy, Isabelle.
- GUYOT-BACHY, Isabelle,
https://doi.org/10.3917/rhis.094.0915e
1 Le présent volume rassemble une sélection de 16 études publiées par Mireille Chazan entre 1980 et 2006. Elles sont réparties autour de trois thèmes. Le premier et le troisième, intitulés respectivement « L’historiographie française » et « Le métier d’historien au Moyen Âge », rappellent fort à propos le rôle joué par l’auteur dans le courant de recherche ouvert par Bernard Guenée au tout début des années 1980 : les œuvres des historiens médiévaux, longtemps considérées sous les angles réducteurs du simple témoignage pour la partie contemporaine du récit ou du plagiat pour les époques plus anciennes, faisaient enfin l’objet d’une observation attentive qui les envisageait dans leur globalité. Cas après cas, cette nouvelle conception a permis de comprendre les problématiques et les difficultés qui étaient celles des historiens médiévaux, ainsi que les moyens dont ils disposaient pour les résoudre. Ainsi avons-nous appris peu à peu que la compilation était un art qui pouvait se décliner sur des modes variés et que la méthode critique n’était pas ignorée par nos lointains collègues. Les contributions de la troisième partie du volume témoignent que nous sommes à présent à l’heure des rapprochements, des comparaisons entre ces différentes pratiques médiévales, et que peu à peu une synthèse devient possible.
2 C’est également dans ces deux parties du volume que l’on retrouvera les articles posés par Mireille Chazan comme autant de pierres dans la construction de sa thèse sur la place de l’Empire dans la vision du monde et de l’histoire des chroniqueurs occidentaux (L’Empire et l’histoire universelle de Sigebert de Gembloux à Jean de Saint-Victor (XIIe-XIVe siècle), Paris, Honoré Champion, 1999).
3 La partie centrale du volume qui ne rassemble pas moins de la moitié des contributions met avec bonheur en valeur tout un pan – peut-être moins connu – de la recherche de l’auteur sur l’historiographie et l’hagiographie lorraines et messines. La chronologie embrassée est vaste : elle s’étend depuis le Xe siècle qui voit l’élaboration des premières réalisations hagiographiques autour du premier évêque de Metz (cf. la très riche synthèse sur les Vies latines de saint Clément, p. 121-160) jusqu’à l’aube de la Renaissance avec André Rineck et Antoine Esch. Les auteurs messins et, plus largement, lotharingiens appartiennent à tous les milieux : bénédictin avec, bien sûr, la figure de Sigebert de Gembloux, cistercien avec Aubri de Trois Fontaines (on appréciera la reprise dans ce volume d’un copieux article qui demeure fondamental pour aborder cet auteur), dominicain avec Jean de Mailly, ou encore au patriciat urbain influencé par l’humanisme. Sans jamais tomber dans les travers d’une étude qui se restreindrait à l’érudition locale, M. C. montre au contraire combien ces historiens messins, à travers les siècles, partagent les préoccupations et les pratiques du métier d’historien au Moyen Âge. En cela, elle fait émerger de nouvelles figures qui viennent encore enrichir notre connaissance de l’écriture médiévale de l’histoire.
4 Mais ceux qui, à Metz, écrivent l’histoire et tout particulièrement celle de leur ville, développent aussi des perspectives politiques propres. Cela est particulièrement manifeste à la fin de la période, au moment où les tensions s’exacerbent entre la cité et les puissances voisines (royaume de France, ducs de Bourgogne et de Lorraine, Habsbourg) qui cherchent à la contrôler, au moment aussi où les esprits sont travaillés par l’effervescence religieuse. Alors, pour affirmer leur existence et leurs droits face à leurs adversaires, pour prendre parti aussi, les patriciens messins usent des arguments historiques et relisent l’histoire de leur ville depuis ses origines à l’éclairage des débats contemporains. L’étude sur la place de Charlemagne dans l’historiographie messine montre ainsi parfaitement des élites urbaines partagées entre un parti « français » et un parti nettement plus favorable à la domination impériale. Ce volet de l’ouvrage consacré à l’historiographie messine dévoile en arrière-plan un public patricien conquis par l’histoire et qui peut satisfaire son engouement grâce à la position géographique de Metz, qui fait d’elle un point de croisement dans la circulation des livres imprimés, gage de l’interpénétration des cultures.
5 Pour conclure, on ne peut que souligner la richesse et la belle cohérence de ce volume.
6 Isabelle GUYOT-BACHY.