S'abonner
Compte rendu

Clive Burgess, Eamon Duffy (eds), The Parish in Late Medieval England. Proceedings of the 2002 Harlaxton Symposium (Harlaxton Medieval Studies, XIV), Donington, Shaun Tyas, 2006, XII-420 p., 33 planches en noir et blanc.

Pages 127v à 228v

Citer cet article


  • Lachaud, F.
(2009). Clive Burgess, Eamon Duffy (eds), The Parish in Late Medieval England. Proceedings of the 2002 Harlaxton Symposium (Harlaxton Medieval Studies, XIV), Donington, Shaun Tyas, 2006, XII-420 p., 33 planches en noir et blanc. Revue historique, 649(1), 127v-228v. https://doi.org/10.3917/rhis.091.0127v.

  • Lachaud, Frédérique.
« Clive Burgess, Eamon Duffy (eds), The Parish in Late Medieval England. Proceedings of the 2002 Harlaxton Symposium (Harlaxton Medieval Studies, XIV), Donington, Shaun Tyas, 2006, XII-420 p., 33 planches en noir et blanc. ». Revue historique, 2009/1 n° 649, 2009. p.127v-228v. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2009-1-page-127v?lang=fr.

  • LACHAUD, Frédérique,
2009. Clive Burgess, Eamon Duffy (eds), The Parish in Late Medieval England. Proceedings of the 2002 Harlaxton Symposium (Harlaxton Medieval Studies, XIV), Donington, Shaun Tyas, 2006, XII-420 p., 33 planches en noir et blanc. Revue historique, 2009/1 n° 649, p.127v-228v. DOI : 10.3917/rhis.091.0127v. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2009-1-page-127v?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.091.0127v


1 Les quelque 9 000 paroisses anglaises sont l’une des institutions religieuses à avoir survécu, en Angleterre, à la Réformation : certes, les raisons de cette pérennité doivent être recherchées dans les développements qui prirent place dans les années 1530, mais la place de la paroisse dans les structures religieuses de la fin du Moyen âge, ainsi que son dynamisme, en particulier dans le domaine pastoral et dans celui de l’aide aux pauvres (Peregrine Horden), contribuent à expliquer ce phénomène. Les communications réunies dans le volume des conférences d’Harlaxton publié en 2006 mettent bien cela en évidence, tout en proposant une vision renouvelée à la fois de l’histoire de la paroisse à la fin du Moyen âge et de l’historiographie de cette institution (Beat Kümin, Peter Marshall).

2 Ainsi, le développement de la polyphonie chorale et de la musique d’orgue témoigne de l’engagement croissant du clergé comme des la ïcs dans la vie de l’église paroissiale (Magnus Williamson). Le Festial de John Mirk, dont la diffusion est étudiée par Sue Powell, est aussi un bon témoignage du souci d’améliorer et d’enrichir le culte dans le cadre de la paroisse à la fin du XIVe et au XVe siècle. La contribution d’Alexandra F. Johnston permet, quant à elle, de mieux saisir l’importance du drame religieux dans les églises paroissiales même modestes : les grands cycles " civiques " d’York et de Chester risquent en effet de cacher la forêt des réalisations paroissiales dans le domaine du théâtre religieux.

3 L’analyse des quelques documents comptables relatifs à l’activité des " gardiens des églises " fait mieux comprendre les modalités de financement dont bénéficiaient les paroisses (Judith Middleton-Stewart). L’inégalité des situations est frappante, et la composition de la dotation est loin d’être toujours claire, mais l’on perçoit partout le souci d’entretenir les bâtiments et le matériel liturgique, comme de contribuer à l’embellissement des églises. L’étude de Robert Swanson confirme que la nature et l’étendue des dîmes variait considérablement d’une paroisse à l’autre. La glèbe pouvait, elle aussi, représenter une ressource substantielle, et le complexe de bâtiments du rectorat avait tout d’une ferme, le statut du recteur se rapprochant même, dans certaines paroisses rurales importantes, de celui du seigneur. Dans les villes, les élites civiques jouaient un rôle majeur dans la vie des églises paroissiales : les officiers la ïcs paroissiaux étaient souvent membres des principales guildes de la ville. Toutefois, en comparaison des autres types d’institutions urbaines, la paroisse apparaît plus ouverte et plus inclusive (Clive Burgess). À la fin du Moyen âge, certaines paroisses furent dotées d’un sceau (Elizabeth New) ; mais elles ne bénéficièrent jamais de l’ " incorporation " juridique qui leur aurait permis d’être pourvues, en justice, d’une véritable personnalité morale. Paradoxalement, cette situation contribua à leur ouverture, notamment à l’égard des femmes, dont on voit qu’elles pouvaient, dans certaines circonstances, devenir " gardiens des églises " (Katherine L. French).

4 D’autres structures, comme le manoir, faisaient concurrence à la paroisse (Nigel Saul) : les familles de la gentry qui disposaient de chapelles privées participaient peu au culte rendu dans les églises paroissiales. L’essor des chapellenies fit toutefois beaucoup pour ramener les familles nobles, à la recherche d’intercesseurs, vers l’église de la paroisse : elles y furent plus présentes dans la mort que dans la vie. L’analyse des dispositions testamentaires en matière de choix de lieu d’inhumation confirme l’importance de l’église paroissiale aux yeux de la gentry (Nicholas Rogers). Toutefois, on voit bien que les familles des élites se souciaient aussi de l’état de l’église paroissiale et de la qualité du culte qui y était rendu ; certains membres de la gentry locale pouvaient d’ailleurs servir comme " gardiens des églises ". Et les droits d’avouerie constituaient un aspect important du pouvoir de la noblesse.

5 Les liens entre les cathédrales et les paroisses demandent aussi à être clarifiés (David Lepine). Certaines cathédrales contenaient des églises paroissiales, d’autres disposaient de droits paroissiaux qui découlaient parfois de l’ancienne parochia de la période anglo-saxonne, ou bien elles tiraient un revenu des églises appropriées. Loin de négliger les paroissiens, le clergé des cathédrales contribua certainement à élever le niveau de la liturgie dans les églises paroissiales. Les églises paroissiales pouvaient aussi cohabiter avec des établissements monastiques. L’histoire de la guilde de l’Annonciation de la Vierge à Walsingham permet à Ken Farnhill de retracer les relations étroites qui purent parfois s’instaurer entre les paroissiens et un établissement ecclésiastique de manière à promouvoir un culte et, du coup, soutenir l’essor urbain, très dépendant du pèlerinage. À Walsingham, ce fut d’ailleurs la survivance de la guilde à la destruction du sanctuaire qui permit au souvenir du culte de perdurer. Toutefois, si les relations entre les moines et les paroissiens pouvaient être bonnes, on note, dans presque tous les cas, le désir des paroissiens de se créer un espace autonome à l’intérieur des églises partagées (M. R. V. Heane).

6 Enfin, le cas des chapelles situées sur le territoire des paroisses permet aussi de saisir le fonctionnement de celles-ci (Nicholas Orme) : on peut penser qu’il y avait deux fois plus de chapelles que d’églises paroissiales pour toute l’Angleterre, avec une forte densité dans les pays d’habitat dispersé. À partir du Xe siècle au plus tard, les droits territoriaux des églises furent bien définis, et les chapelles ne purent exister que subordonnées aux églises paroissiales. La localisation fréquente de la chapelle dans un lieu retiré, dans des grottes ou dans des bois, explique son utilisation comme motif littéraire ; elle pouvait également susciter, par la liberté plus grande qu’elle offrait au culte, l’inquiétude des autorités ecclésiastiques, ce qui explique la disparition progressive des chapelles au cours du XVIe siècle.

7 Il est frappant de constater, à la lecture de ce dense et excellent ouvrage, l’évolution de la paroisse à la fin du Moyen âge, qui la conduisit à ressembler de plus en plus aux communautés ecclésiastiques plus importantes : la multiplication des chapellenies, l’essor du culte marial et les aspirations patriotiques expliquent notamment cette transformation, symbolisée par l’abondance des objets liturgiques (Eamon Duffy).

8 Frédérique LACHAUD.


Date de mise en ligne : 01/05/2009

https://doi.org/10.3917/rhis.091.0127v