Epistolae de ordine sacrae oblationis et de diversis charismatibus ecclesiae, Germano parisiensi episcopo adscriptae, introduction et texte latin par Philippe Bernard, Turnhout, Brepols (Corpus Christianorum : continuatio mediaevalis, 187), 2007, 380 p.
- Par Stéphane Gioanni
Pages 921f à 995f
Citer cet article
- GIOANNI, Stéphane,
- Gioanni, Stéphane.
- Gioanni, S.
https://doi.org/10.3917/rhis.084.0921f
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- Gioanni, S.
- Gioanni, Stéphane.
- GIOANNI, Stéphane,
https://doi.org/10.3917/rhis.084.0921f
1 Le Corpus Christianorum publie dans sa continuatio mediaevalis un texte important de la liturgie médiévale, dont les Mauristes avaient proposé une première édition au début du XVIIIe siècle. Découvert par Dom E. Martène et son confrère U. Durand en septembre 1709 dans un manuscrit du IXe siècle qui se trouvait à l’abbaye Saint-Martin d’Autun et qui est conservé, depuis 1909, à la Bibliothèque municipale d’Autun sous la cote S 184 (G III), cet ouvrage très court est attribué, d’après une note marginale du manuscrit, à un évêque Germain de Paris que Dom Martène identifia avec l’évêque Germain de Paris mort en 576. Suivant cette interprétation, ce document du VIe siècle constituerait donc un des plus anciens témoins de la liturgie gallicane. Les premiers doutes sur cette attribution furent exprimés en 1924 dans le DACL par dom Wilmart qui apporta une contribution décisive à l’établissement du texte dont il situa l’origine durant la seconde moitié du VIIe siècle. La nouvelle édition et le commentaire de P. Bernard s’appliquent à démontrer que ces deux lettres ont été faussement attribuées à Germain de Paris et qu’elles ont été rédigées en Gaule, par un clerc séculier anonyme, à la fin du VIIIe siècle. Le volume du Corpus Christianorum (introduction et texte latin) représente la première partie de cette recherche qu’il faut nécessairement compléter par une seconde publication comprenant la traduction des lettres et leur commentaire historique (P. Bernard, Transitions liturgiques en Gaule carolingienne. Une traduction commentée des deux « lettres » faussement attribuées à l’évêque Germain de Paris, Paris, Hora Decima, 2008, 654 p.).
2 Inspiré du De ecclesiasticis officiis d’Isidore de Séville, ce commentaire de la liturgie constitue « un dossier liturgico-canonique muni de compléments à l’enseignement patristique et (...) à l’histoire sainte » qui est « représentatif des manuscrits carolingiens destinés à la formation des futurs prêtres » (p. 40). Conçu comme un manuel élémentaire, ce recueil composite mais thématiquement cohérent vise en effet à enseigner aux futurs clercs l’origine et la signification allégorique des rituels de la messe et du baptême, ainsi que celles des chants sacrés et des divers éléments du costume ecclésiastique, liturgique ou non, que portent l’évêque et le diacre. L’origine précise des deux lettres a donné lieu à des interprétations divergentes. Alors que B. Bischoff situait la copie du texte vers 870 dans « le voisinage assez lointain de Tours » ( « weiterer Umkreis von Tours » ), P. Bernard se fonde sur divers indices pour avancer la date vers le second tiers du IXe siècle et celle de la rédaction aux dernières années du VIIIe siècle. Par son origine, sa langue relativement correcte et sa fonction, ce petit ouvrage serait donc une sorte de « brouillon hâtivement écrit, et laissé inachevé, d’un ouvrage étroitement inspiré d’Isidore » (p. 215) qui anticiperait sur les grands traités carolingiens d’Amalaire, Raban Maur, Walafrid Strabon et Florus de Lyon. Véritable médiation entre Isidore et les savants carolingiens, il contribue à « démontrer, une fois de plus, que les grandes réalisations de la première moitié du IXe siècle ne sont pas surgies du néant, mais qu’elles ont été anticipées par des travaux plus modestes, certes, mais dont l’intérêt historique, à plus d’un égard, n’est pas négligeable » (p. 216).
3 On ne peut exprimer que son admiration devant la précision et l’efficacité de la démonstration dont l’introduction du Corpus Christianorum donne, à elle seule, une vision précise. P. Bernard s’appuie sur les travaux de ses prédécesseurs, notamment Dom Wilmart, pour proposer une description codicologique et paléographique sans doute définitive du manuscrit d’Autun ainsi qu’une étude détaillée de la langue du document qui porte la marque des normalisations carolingiennes mais qui trahit aussi, selon P. Bernard, une rédaction hâtive et inachevée. L’analyse exhaustive des sources compilées, qui ne se limitent pas aux citations d’Isidore, révèle que l’auteur a utilisé « des ouvrages très répandus et d’une lecture relativement aisée » (p. 152). C’est probablement sur ce point que porteront les principales critiques. Dans une conférence récente (Paris, « atelier médiolatin » de J. Fontaine, F. Dolbeau et M. Perrin, le 7 juin 2008), J.-P. Bouhot a montré que l’auteur des deux lettres avait probablement puisé ses sources dans un florilège composé vers 865 au plus tôt dans le cadre des discussions entre Paschase Radbert et Ratramne de Corbie. Il constate en particulier que les sources sont reprises dans leur intégralité et dans le même ordre. La découverte de cet intermédiaire, si elle se confirmait, redonnerait du crédit à l’hypothèse de B. Bischoff, qui situait le manuscrit vers 870, et remettrait en cause l’interprétation de P. Bernard. Mais il faut attendre, pour en juger, la publication des savants travaux de J.-P. Bouhot qui aura sans doute l’occasion d’exposer lui-même ses arguments sur les sources et l’attribution à Germain. En attendant, on ne peut que saluer l’ampleur et l’érudition de l’ouvrage de P. Bernard. L’établissement du texte, agrémenté d’un triple apparat (scripturaires, patristiques et critiques), constitue désormais l’édition de référence des deux « lettres » et le commentaire apporte, y compris par les questions qu’il soulève, une contribution majeure à l’histoire de la liturgie médiévale.
4 Stéphane GIOANNI.