María Concepción Quintanilla Raso (dir.), Títulos, Grandes del Reino y Grandeza en la sociedad política. Fundamentos en la Castilla Medieval, Madrid, Silex, 2006, 399 p.
Pages 927v à 1010v
Citer cet article
- GERBET, Marie-Claude,
- Gerbet, Marie-Claude.
- Gerbet, M.-C.
https://doi.org/10.3917/rhis.074.0927v
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- Gerbet, M.-C.
- Gerbet, Marie-Claude.
- GERBET, Marie-Claude,
https://doi.org/10.3917/rhis.074.0927v
1 Le lien n’a pas toujours été assez solidement établi entre la noblesse médiévale castillane et celle de l’époque moderne, alors que les racines médiévales de cette dernière sautent aux yeux. Cet ouvrage vise à combler cette lacune en proposant une très intéressante étude sur la haute noblesse à une époque charnière de son histoire. Ses cinq chapitres abordent les différents aspects de la question, que les auteurs ont choisi de traiter de manière complémentaire.
2 Dans un premier chapitre (p. 19-100), María Concepción Quintanilla Raso, directrice du volume et spécialiste de la noblesse castillane de la fin du Moyen Âge, souligne combien la prolifération des titrés, depuis l’époque des Siete Partidas (fin XIIIe siècle), a entraîné un besoin, de plus en plus pressant, de mettre en place une hiérarchisation. L’analyse porte d’abord sur les titres eux-mêmes, à partir des documents et de la littérature du XVe siècle, telles les œuvres de Juan de Mena et de Diego de Valera qui s’attachent à décrire le rituel en vigueur pour l’investiture de chacun des échelons de la hiérarchie, puis examine leur devenir à l’époque moderne. Et parallèlement au processus de seigneurialisation, dont elle rappelle les fondements, elle note l’augmentation du nombre des titres au cours du XVe siècle, ainsi que l’activation d’une parenté fictive avec le roi au profit de ces titrés. L’accumulation d’un capital politique, économique et social entre les mains de ce groupe, qui sert le trône et profite de la faveur royale, fait que ses membres acquièrent la condition de « Grands », laquelle les désigne en tant qu’élite de la société politique de l’époque. Au début du XVIe siècle, ce processus de sublimation sociopolitique se trouve consacré par une monarchie qui décide de se placer à la tête d’une pyramide de lignages choisis par ses soins, élevés à la « Grandesse » par son bon plaisir. Aussi le choix chronologique réalisé par M. C. Quintanilla Raso, qui insiste plus particulièrement sur la fin du Moyen Âge et le début du XVIe siècle, est-il pleinement justifié. Sa contribution s’accompagne en outre d’un utile tableau indiquant la liste des titres – duchés, marquisats, comtés et vicomtés – à la fin du XVe siècle et celle de ceux qui obtinrent la Grandesse, en outre d’une relation et d’une carte des grands états seigneuriaux contrôlés par ces Grands.
3 Remedios Morán Martín s’attache ensuite à étudier le rôle joué par les Grands dans les institutions de la Couronne de Castille, aux Cortes, à la justice et aux finances. Elle souligne elle aussi que la Grandesse ne date pas de 1520 mais fait son apparition dès la seconde moitié du XIVe siècle et désigne déjà un groupe de la haute noblesse sous Jean II (1406-1454), avant de se hiérarchiser sous Charles Quint. Elle accompagne son propos d’un très copieux tableau recensant chronologiquement les très nombreux textes contenus dans les actes de Cortes de 1188 à 1537.
4 Un exemple tout à fait remarquable du comportement des grandes maisons nobiliaires vis-à-vis du roi nous est offert pendant la crise des Communautés, par le changement radical qu’il opéra. Après la mort d’Isabelle la Catholique, les Grands tentèrent d’accroître leur rôle politique, formant deux grands clans. Certains participèrent au mouvement de révolte. Charles Quint, à son retour en Castille, octroya ou vendit son pardon. Paulina López Pita démontre le changement qui s’ensuivit alors dans les rapports monarchie-noblesse. Car les Grands n’obtinrent pas tout ce qu’ils voulaient et continuèrent à avoir des relations complexes avec le roi. Et c’est précisément dans ce contexte qu’intervient l’institutionnalisation de la Grandesse, en faveur de certains lignages seulement, entre autres raisons pour récompenser leur fidélité pendant la révolte.
5 Au quatrième chapitre, María del Pilar Carceller Cerviño aborde deux questions. D’une part, l’important débat ouvert alors pour établir ce qui fait la noblesse (l’hérédité, les mérites, le choix royal ou l’activité guerrière), lequel donne lieu à une prolifération de traités ; leurs considérations permettant d’envisager longuement la question de la chevalerie et, plus largement, celle de la culture nobiliaire. D’autre part, après une réflexion générale sur l’univers de la grande noblesse, M. P. Carceller Cerviño s’attache à développer un exemple d’élévation, celui du lignage de La Cueva, titulaire de la maison ducale d’Alburquerque.
6 Après cette étude de cas, José Ignacio Ortega Cervigón propose une autre perspective, disons régionale, à partir de l’évêché de Cuenca, afin d’analyser les stratégies territoriales des Grands. L’auteur souligne ainsi à quel point l’accumulation de seigneuries est capitale pour un Grand, également l’exercice de pouvoirs juridictionnels dans ses états seigneuriaux – comtés et marquisats dans le cadre de cet évêché témoin, dont la cartographie est établie –, duquel il retire, ainsi que de sa capacité d’exaction, richesse et pouvoir local.
7 Le choix du plan, analytique certes, n’a cependant pas été conçu comme une simple juxtaposition. Car chaque auteur a tenu compte des démarches des autres, afin d’aboutir à un résultat cohérent. L’immensité du sujet obligeait sans doute à ce développement qui les fait donc aborder, après deux chapitres consacrés au groupe, à sa constitution et à son action politique, des exemples destinés à illustrer son implication au moment des Comunidades, puis le profil d’un grand lignage tenu pour représentatif, enfin les stratégies seigneuriales et territoriales déployées par les membres de cette élite sociopolitique. L’ouvrage propose en outre 56 pages d’annexes documentaires, une utile liste de sources doctrinales et littéraires, ainsi qu’une abondante bibliographie. Original, reposant sur une solide érudition, cet ouvrage apporte beaucoup, mais pèche parfois de répétitions et de retours en arrière qui étaient sans doute inévitables. Par sa richesse et sa solidité, il fera référence.
8 Marie-Claude GERBET.