Walteri archidiaconi Tervanensis, Vita Karoli comitis Flandrie et Vita Domni Ioannis Morinensis episcopi, quibus subiuguntur poemata aliqua de morte comitis Karoli conscripta et quaestio de eadem facta, Jeff Rider (éd.), Turnhout, Brepols, Corpus Christianorum (Continuatio mediaevalis, 217), 2006, 218 p.
Pages 687h à 755h
Citer cet article
- GUYOT-BACHY, Isabelle,
- Guyot-Bachy, Isabelle.
- Guyot-Bachy, I.
https://doi.org/10.3917/rhis.073.0687h
Citer cet article
- Guyot-Bachy, I.
- Guyot-Bachy, Isabelle.
- GUYOT-BACHY, Isabelle,
https://doi.org/10.3917/rhis.073.0687h
1 Le volume 217 du Corpus Christianorum (Continuatio mediaevalis) est consacré à l’œuvre de Gautier, archidiacre de Thérouanne entre 1116 et 1132. Jeff Rider, professeur de langue romane et de littératures médiévales à la Wesleyan University (Connecticut), y propose une nouvelle édition des deux biographies composées par Gautier, la Vita Karoli comitis Flandrie et la Vita Domni Ioannis Morinensis episcopi. À ces deux textes qui constituent la partie principale du volume, ont été ajoutés six poèmes, ayant tous trait à la mort de Charles le Bon, ainsi que le « procès-verbal » de l’enquête diligentée après l’assassinat du comte par Guillaume Cliton en 1127. Comme les deux vitae, chacun de ces textes mineurs est précédé d’une précieuse notice présentant les manuscrits et donnant les hypothèses sur les circonstances et le milieu de rédaction. Ils sont désormais à la disposition des historiens qui voudraient travailler sur les réactions immédiates face à un épisode qui fut sans doute parmi les plus retentissants du début du XIIe siècle.
2 On l’aura compris : au-delà d’une édition renouvelée de l’œuvre de Gautier de Thérouanne, le propos avoué de Jeff Rider est de compléter, avec la publication de ce volume, le dossier des sources sur l’assassinat de Charles le Bon, dossier qu’il avait ouvert en 1994 par l’édition dans la même collection du De multro de Galbert de Bruges et qu’il avait complété par une étude sur la pratique historiographique de cet auteur (God’s Scribe : the Historiographical Art of Galbert de Bruges, Washington, DC, 2001).
3 La longue introduction qui précède l’édition des textes rassemblés ici, poursuit le même but. On y trouvera certes quelques pages de mise au point sur Gautier de Thérouanne et Jean de Warneton, évêque de Thérouanne de 1099 à 1130. Mais l’essentiel de la contribution se veut d’abord une synthèse des connaissances sur l’épisode du 2 mars 1127. Rassemblant le faisceau des sources narratives et diplomatiques et s’appuyant sur les avancées les plus récentes de l’érudition (voir la bibliographie), Jeff Rider montre comment le drame qui s’est joué dans la collégiale Saint-Donatien de Bruges est l’ultime rebondissement d’une contestation du pouvoir comtal dont les germes remontent sans doute à la période qui précède l’avènement de Charles en 1119. En effet, il semble que, dès 1115, le comte Baudouin VII, sur le conseil de Charles, ait entrepris de limiter dans l’ouest et le sud du comté le pouvoir des familles nobles, en leur reprenant en particulier le contrôle sur l’administration fiscale. Les Erembaud, largement possessionnés dans les régions concernées, tout comme la comtesse Clémence de Bourgogne, mère de Baudouin VII, se seraient alors sentis menacés. À la mort du comte Baudouin, ils auraient pris la tête d’une coalition de Grands, unis par leur commune hostilité à l’émergence d’un gouvernement comtal centralisé et fort. Manquant dès le début d’une assise large, le pouvoir de Charles fut fragilisé de ce fait pendant tout son règne. Dès 1123, Galbert de Bruges notait les signes annonciateurs d’un complot, et l’enquête diligentée après 1127 par Guillaume Cliton révéla, par le nombre de personnes impliquées, que les assassins avaient visiblement bénéficié de nombreux appuis.
4 Cette étude minutieuse menée par Jeff Rider est aussi l’occasion pour lui de revenir sur les détails du gouvernement de Charles, sur l’examen de son entourage et sur la question de son attrait possible pour le martyre.
5 L’édition est enfin complétée par deux index des sources de Gautier de Thérouanne : le premier relevant les occurrences de l’Écriture sainte, le second donnant celles des auteurs et des œuvres cités.
6 Isabelle GUYOT-BACHY.