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Compte rendu

Jannic Durand, et Bernard Flusin (éd.), Byzance et les reliques du Christ, Paris, Association des Amis du Centre d’histoire et civilisation de Byzance, 2004 (Monographies, 17), 255 p.

Pages 687g à 755g

Citer cet article


  • Auzépy, M.-F.
(2007). Jannic Durand, et Bernard Flusin (éd.), Byzance et les reliques du Christ, Paris, Association des Amis du Centre d’histoire et civilisation de Byzance, 2004 (Monographies, 17), 255 p. Revue historique, 643(3), 687g-755g. https://doi.org/10.3917/rhis.073.0687g.

  • Auzépy, Marie-France.
« Jannic Durand, et Bernard Flusin (éd.), Byzance et les reliques du Christ, Paris, Association des Amis du Centre d’histoire et civilisation de Byzance, 2004 (Monographies, 17), 255 p. ». Revue historique, 2007/3 n° 643, 2007. p.687g-755g. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2007-3-page-687g?lang=fr.

  • AUZÉPY, Marie-France,
2007. Jannic Durand, et Bernard Flusin (éd.), Byzance et les reliques du Christ, Paris, Association des Amis du Centre d’histoire et civilisation de Byzance, 2004 (Monographies, 17), 255 p. Revue historique, 2007/3 n° 643, p.687g-755g. DOI : 10.3917/rhis.073.0687g. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2007-3-page-687g?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.073.0687g


1 Ce livre est un ouvrage collectif issu d’une table ronde du XXe Congrès international des études byzantines qui s’est tenu à Paris en août 2001. Cette table ronde était couplée avec une exposition présentée au Louvre et consacrée au « Trésor de la Sainte-Chapelle », dont le catalogue (Paris, RMN, 2001), en partie rédigé par MM. Durand et Flusin, complète utilement le livre qu’ils ont dirigé. Elle présentait en effet les reliques du Christ – achetées en 1247 à l’empereur latin de Constantinople, Baudoin II, par Louis IX qui construisit pour les conserver la chapelle-reliquaire de la Sainte-Chapelle –, ou du moins leurs traces, puisque le trésor de la Sainte-Chapelle disparut sous la Révolution. De son côté, le livre s’intéresse à ces reliques avant leur arrivée à Paris et rassemble des études qui, pour la plupart, concernent la constitution et l’usage de ce trésor dans l’Empire romain d’Orient, mais dont certaines suivent sa carrière en Occident. Son intérêt vient du fait qu’il rassemble sur un même thème les deux domaines oriental et occidental, et qu’il mêle des articles d’historiens, qui cherchent à préciser à partir des sources littéraires la chronologie, la typologie et l’usage des reliques du Christ, dites dominicales, en particulier de celles de la Passion, et des articles d’historiens de l’art qui cherchent à retrouver l’aspect matériel des reliques et des reliquaires et le relient à leur utilisation symbolique.

2 On trouvera ainsi, dans l’article de Paul Magdalino (« L’église du Phare et les reliques de la Passion à Constantinople [VIIe/VIIIe-XIIIe siècle] », p. 15-30), une très utile récapitulation chronologique des mentions de l’église de la Théotokos du Phare où étaient gardées dans le palais impérial les reliques du Christ, depuis sa fondation au VIIe siècle, sous Justinien II peut-être, ou sous l’empereur iconoclaste Constantin V (742-775) jusqu’à la veille de la quatrième croisade, où Mésaritès donne une description de son matériel et la liste de ses reliques (traduite par B. Flusin dans le catalogue de l’exposition, p. 29-30). La collection de reliques gardée dans l’église suit les aléas de la politique impériale et s’accroît considérablement à partir du milieu du Xe siècle par transfert de reliques célèbres depuis la Syrie (re)conquise, de sorte qu’elle est une « conséquence directe de l’expansion militaire » (p. 25). Pour sa part, H. A. Klein (« Constantine, Helena and the cult of the True Cross in Constantinople », p. 31-59) offre une récapitulation des sources mentionnant à Constantinople la Vraie Croix, qui y est appelée le ou les « Bois », et l’usage qui en fut fait par les empereurs, récapitulation d’autant plus utile que les textes sont traduits et cités en note. Associée à l’empereur dès son « invention », puisque, selon Socrate (Histoire ecclésiastique), Constantin Ier en fit enchâsser un morceau dans la couronne radiée de sa statue sur la colonne de porphyre du Forum, la Vraie Croix, jusqu’en 1204, le suit en campagne et garantit les serments qu’il fait prêter. On peut seulement regretter que H. A. Klein ne semble connaître ni le Synaxaire de Constantinople (cf. p. 54, n. 90), ni les sermons d’André de Crète sur l’Exaltation de la Croix (Clavis Patrum, no 8192 et 8179), qui auraient été d’utiles compléments à sa démonstration. B. Flusin (« Les cérémonies de l’Exaltation de la Croix à Constantinople au XIe siècle d’après le Dresdensis A 104 », p. 61-89) et S. G. Engberg (« Romanos Lekapenos and the mandilion of Edessa », p. 123-142) explorent, eux, les textes liturgiques : pour le premier, le Typicon de la Grande Église concernant la fête de l’Exaltation de la Croix (14 Septembre) où les bois de la Croix, apportés du palais à Sainte-Sophie, étaient montrés au peuple puis élevés par le patriarche à l’ambon ; les prophetologia, pour la seconde. Une version inédite du Typicon est éditée et traduite par B. Flusin (p. 74-89), tandis que S. G. Engberg s’appuie sur la liturgie du 16 Août (dédicace de l’église du Christ Sauveur de la Chalcé, translatio du mandilion d’Édesse) pour montrer que le mandilion – ou Sainte Face – d’Édesse arrivé à Contantinople à l’occasion de la (re)conquête de la Syrie fut l’objet d’une concurrence entre deux empereurs, Romain Lécapène et son beau-fils Constantin VII Porphyrogénète. J. Wortley (« Relics of “the friends of Jesus” at Constantinople », p. 143-157), après du Cange, recense les mentions des reliques de Jean-Baptiste et des amis de Christ (Jacques, Lazare, Marthe et Marie) dans les sources. G. P. Majeska (« The relics of Constantinople after 1204 », p. 183-190) et M. Bacci (« Vera Croce, vero ritratto et vera misura ; sugli archetipi bizantini dei culti cristologici dello medioevo occidentale », p. 223-238) suivent, l’un pour l’Orient, l’autre pour l’Occident, le devenir, après 1204, des reliques de la Passion autres que celles du palais impérial acquises par Saint Louis. G. P. Majeska montre comment, après 1261, l’Église orientale reconstitue un stock de reliques de la Passion, sans cependant réinventer les grandes reliques perdues au profit des Francs, tandis que M. Bacci montre, entre autres, comment Constantinople a constitué une référence pour les croix apotropaïques florentines du XVe siècle. Cl. Billot (« Des reliques de la Passion dans le royaume de France », p. 239-248) clôt cette série d’articles « historiques » par un article où le rôle d’intrument politique des reliques de la Passion – ici dans le royaume de France jusqu’au règne de Louis XIV – est posé avec force, ce qui manquait dans les articles précédents, essentiellement descriptifs.

3 Du côté de l’histoire de l’art, J. Durand (« La relique impériale de la Vraie Croix d’après le Typicon de Sainte-Sophie et la relique de Vraie Croix du Trésor de Notre-Dame de Paris », p. 91-105), T. F. Mathews, E. D. Dandridge (« The ruined reliquary of the Holy Cross at the Great Lavra, Mt Athos », p. 107-122) et Ioanna Rapti (« Images du Christ, reliques des saints : un triptyque géorgien inédit », p. 190-222) décrivent des reliquaires. J. Durand cherche à retrouver l’aspect de la Vraie Croix gardée au palais et élevée à Sainte-Sophie le 14 Septembre, et suit la relique à Paris tout au long des aléas de son histoire. I. Rapti montre comment, en Géorgie, se croisent les influences orientale (mandilion) et occidentale (Christ aux liens) dans la représentation de la figure du Christ. S. Lerou (« L’usage des reliques du Christ par les empereurs aux XIe et XIIe siècles : les saints bois et les saintes pierres », p. 159-182), malgré quelques emportements malvenus (« La défaite de 1204 n’est-elle pas finalement celle des reliques ? », p. 170) et quelques erreurs (la Théotokos, chef des armées, n. 57 ; le monastère du Pantocrator, fondation de Manuel Comnène, p. 178), tente, en s’appuyant sur l’aspect matériel des reliquaires, de préciser la relation que ces reliques entretiennent avec l’empereur et montre quel en fut l’usage politique.

4 Au total, ce livre, bien illustré, est une mise au point fort utile. On peut cependant regretter que les questions essentielles au regard de l’histoire de Byzance, posées par Cyril Mango dans une brève introduction – quand le palais a-t-il constitué sa collection de reliques et pourquoi les empereurs ont-ils mené cette politique consciente au détriment du patriarcat ? –, n’aient pas reçu de réponse. Une synthèse des éditeurs, mettant en lumière les lignes de force traversant les différents articles – l’utilisation politique des reliques du Christ par les empereurs, la concurrence entre empereur et patriarche à propos de ces reliques –, aurait permis de mettre en perspective la force du symbole et la lutte des pouvoirs politique et religieux pour en être le maître. À défaut, le problème devait au moins être posé. Ainsi, il est fâcheux que, dans son commentaire de l’extrait du texte patriarcal qu’il édite, le Typicon de la Grande Église sur l’Exaltation de la Croix, B. Flusin n’ait pas comparé ce texte avec les passages du texte impérial concernant la même fête, le De Cerimoniis, d’ailleurs décrits quelques pages plus haut par H. A. Klein. Le silence du Typikon à propos de l’empereur, décrit dans le De Cerimoniis comme un personnage essentiel de la fête, méritait mieux que la marque d’un étonnement poli (p. 73).

5 Marie-France AUZEPY.


Date de mise en ligne : 01/02/2008

https://doi.org/10.3917/rhis.073.0687g