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Compte rendu

Pierre-Yves Laffont (Études réunies par), Transhumances et estivage en Occident des origines aux enjeux actuels, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 2006, 415 p. (Actes des XXVIes Journées internationales d’histoire de l’abbaye de Flaran, 9, 10 et 11 septembre 2004).

Pages 379y à 501y

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  • Lachiver, M.
(2007). Pierre-Yves Laffont (Études réunies par), Transhumances et estivage en Occident des origines aux enjeux actuels, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 2006, 415 p. (Actes des XXVIes Journées internationales d’histoire de l’abbaye de Flaran, 9, 10 et 11 septembre 2004). Revue historique, 642(2), 379y-501y. https://doi.org/10.3917/rhis.072.0379y.

  • Lachiver, Marcel.
« Pierre-Yves Laffont (Études réunies par), Transhumances et estivage en Occident des origines aux enjeux actuels, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 2006, 415 p. (Actes des XXVIes Journées internationales d’histoire de l’abbaye de Flaran, 9, 10 et 11 septembre 2004). ». Revue historique, 2007/2 n° 642, 2007. p.379y-501y. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2007-2-page-379y?lang=fr.

  • LACHIVER, Marcel,
2007. Pierre-Yves Laffont (Études réunies par), Transhumances et estivage en Occident des origines aux enjeux actuels, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 2006, 415 p. (Actes des XXVIes Journées internationales d’histoire de l’abbaye de Flaran, 9, 10 et 11 septembre 2004). Revue historique, 2007/2 n° 642, p.379y-501y. DOI : 10.3917/rhis.072.0379y. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2007-2-page-379y?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.072.0379y


1 Après les beaux livres de Ph. Arbos, de F. Braudel et, plus récemment, de J.-M. Moriceau, voilà un bon livre qui réexamine l’histoire des déplacements de bétail sur la très longue période, puisque les communications présentées couvrent les millénaires qui séparent la préhistoire et la Grèce archaïque de l’époque strictement contemporaine. Les perspectives se situent essentiellement dans le cadre du Bassin méditerranéen, du Maroc au sud, à tous les pays qui entourent la grand mer intérieure au nord, mais il manque le Proche-Orient et l’Asie Mineure ; très normalement, l’Espagne tient une grande place dans ces études, ne serait-ce que parce que la Mesta, cette organisation corporative, et même corporatiste de la transhumance, y trouve son origine castillane dans la seconde moitié du XIIe siècle, et parce que le mot même de transhumance, utilisé en France depuis l’extrême fin du XVIIIe siècle seulement, est traduit directement de l’espagnol. Vingt-cinq études de grande qualité qui apportent des réponses et ouvrent des perspectives pour la recherche future mais qu’il est impossible de résumer.

2 Historiens et géographes connaissent bien ces mots de transhumance et d’estive, et savent qu’il est parfois difficile de les distinguer ou des les opposer. Des moutons partout, des millions de moutons qui parcourent parfois plusieurs centaines de kilomètres pour rejoindre leurs prairies estivales ; des vaches par centaines de milliers qui n’effectuent généralement que quelques dizaines de kilomètres ; mais encore des chèvres, mal tolérées parce qu’elles nuisent à la végétation arbustive, et même quelques juments suitées ; et encore des porcs qui vont glaner faînes et glands pour revenir, bien gras, mourir sous le couteau du charcutier et pour garnir les charniers des paysans aisés ; et aussi des abeilles dont on transporte les ruches pour leur faire butiner des variétés de fleurs dont la floraison s’étale dans le temps, des sainfoins précoces aux bruyères tardives.

3 Les questions sont souvent traitées sur le long terme mais font apparaître une absence de connaissances sur tout le haut Moyen Âge qui semble marquer une discontinuité. Elles mettent en lumière des intérêts divergents qui opposent souvent étrangers et indigènes, entrepreneurs lointains qui disputent l’alpe aux éleveurs locaux soucieux aussi de protéger leurs maigres cultures de la dent du bétail ; bien présentes aussi, les querelles de bergers dont les troupeaux se concurrencent, les réclamations contre les taxes levées par les communautés traversées, contre le prix de location des alpages qui varient en fonction de la pression démographique.

4 La recherche d’une laine fine de mérinos a longtemps prédominé puis on a axé la transhumance sur la recherche de la viande et des fromages pour alimenter des marchés urbains toujours plus importants, la transhumance hivernale, dite inverse, ramenant le bétail dans les plaines urbanisées. À tous les stades de la grande migration les intérêts des communautés paysannes, des seigneurs locaux, des établissements religieux détenteurs de droits de pacage sur les hautes montagnes s’opposent aux acteurs urbains.

5 Au cours du XIXe siècle, l’importance de la transhumance diminue ; les montagnes se dépeuplent et l’élevage d’altitude perd de son importance quand les prairies artificielles de plaine se multiplient et dispensent de sortir le bétail de l’étable. Les moyens de transport modernes, le chemin de fer d’abord puis le camion, ôtent à ces remues de bêtes le pittoresque du voyage à pied. Aujourd’hui, la transhumance n’est souvent plus qu’un souvenir et l’estive du bétail local suffit à animer les régions de montagne. D’ailleurs la montagne, d’un point de vue économique, est beaucoup plus profitable l’hiver par la pratique du ski. À coups de subventions européennes et de plans d’aménagement, on s’efforce, par le biais du tourisme d’été, par l’attribution d’AOC aux productions fromagères ou à la viande (l’agneau des Causses), de redonner vie à la présence animale aux altitudes élevées ; des fêtes de la transhumance apparaissent, très populaires, qui accompagnent la montée des troupeaux (en Provence surtout), et le folklore qui ravit les populations urbaines aide à la survivance des pratiques anciennes. La nécessité d’entretenir les pelouses et de limiter la croissance spontanée de l’arbre joue aussi en ce siècle soucieux d’écologie et d’environnement. La transhumance, réadaptée, peut encore avoir de beaux jours ; cela dépend uniquement de la volonté des hommes plus que des impératifs économiques liés à l’élevage. Un livre donc qui non seulement enrichit considérablement nos connaissances mais qui, par les questions qu’il pose, fait réfléchir à l’avenir de l’Europe.

6 Marcel LACHIVER.


Date de mise en ligne : 01/12/2007

https://doi.org/10.3917/rhis.072.0379y