S'habiller et se déshabiller en Grèce et à Rome (II)
Le héraut entre l'éphèbe et le satyre
Pages 259 à 283
Citer cet article
- GOBLOT-CAHEN, Catherine,
- Goblot-Cahen, Catherine.
- Goblot-Cahen, C.
https://doi.org/10.3917/rhis.072.0259
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- Goblot-Cahen, C.
- Goblot-Cahen, Catherine.
- GOBLOT-CAHEN, Catherine,
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Notes
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[1]
Je tiens à remercier Florence Gherchanoc, Valérie Huet et Stéphane Benoist pour leur relecture méticuleuse et exigeante qui m’a été très profitable, Valérie Huet de nouveau pour la mise en page des images ainsi que Martine Denoyelle pour l’autorisation de reproduire le vase de Macron.
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[2]
Voir Pierre Bourdieu, Le sens pratique, Paris, Éd. de Minuit, 1980, par exemple p. 89.
-
[3]
Voir Jean Ducat, Les Hilotes, BCH, Suppl. 20, Paris, De Boccard, 1990, p. 121 : « Eidos, c’est la mine, soit un ensemble d’aspects de l’allure corporelle et du comportement, comme l’élégance du maintien, l’expressivité du visage, le port du vêtement même modeste, etc. » Ce sont les mêmes significations qui sont rendues par le terme contemporain de look.
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[4]
La liste n’est pas exhaustive : on peut avoir un aperçu plus détaillé de la diversité de ces tâches en lisant la notice Keryx de la RE, XI1, 1922, col. 349-357, ainsi que la notice Kêrux du Theologisches Wörterbuch zum neuen Testament, vol. III, 1938, p. 682-717.
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[5]
Cette étude fait suite à une thèse de doctorat de l’Université intitulée Les hérauts grecs et la genèse du politique soutenue à Paris I en novembre 2005 sous la direction de Pauline Schmitt-Pantel, professeure à Paris I - Panthéon-Sorbonne.
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[6]
Une exception est le héraut laconien de la Lysistrata d’Aristophane, vêtu d’une chlamyde (987).
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[7]
J’ai choisi des images comparables mais présentant quelques variantes intéressantes du point de vue du costume. Précisons que le corpus iconographique des hérauts reste à faire, la difficulté principale d’un tel travail résidant essentiellement dans le fait que l’allure des hérauts se distingue très mal de celle de leur patron Hermès : sur ce problème, se reporter à la fin de cette étude.
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[8]
Georges Losfeld, Essai sur le costume grec, Paris, De Boccard, 1991, par exemple p. 190- 200, et Violaine Jeammet, Le costume grec à travers les figurines en terre cuite, reflet d’une société démocratique ?, dans François Chausson et Hervé Inglebert (éd.), Costume et société dans l’Antiquité et le haut Moyen Âge, Paris, Picard, 2003, p. 25-35.
-
[9]
Constitution des Athéniens, I, 10.
-
[10]
Beth Cohen, Ethnic identity in democratic Athens and the vocabulary of male costume, dans Beth Cohen (ed.), Not the Classic Ideal. Athens and the Construction of the Other in Greek Art, Leiden, Brill, 2000, p. 235-274.
-
[11]
Voir Ann Geddes, Rags and riches : The costume of Athenian men in the fifth century, CQ, 37 (2), 1987, p. 307-331 et spécialement p. 313.
-
[12]
Ibid., p. 318, sur la condamnation du luxe.
-
[13]
Sur le vêtement chez Aristophane, on peut se reporter à Eva Stehle, The body and its representation in Aristophanes’ Thesmophoriazusai : Where does the costume end ?, AJPh, vol. 123, no 3 (491), 2002, p. 369-406, et à Gwendolyn Compton-Engle, Control of costume in three plays of Aristophanes, AJPh, vol. 124, no 4 (496), hiver 2003, p. 507-535 : je remercie Florence Gherchanoc pour ces références.
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[14]
Loc. cit.
-
[15]
Théophraste, Caractères, IV, 4-5.
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[16]
Démosthène, Sur les forfaitures de l’ambassade, 314, trad. Matthieu dans l’édition de la CUF : « Il se promène par l’agora, le manteau traînant jusqu’aux talons. »
-
[17]
Aristote, Constitution des Athéniens, XVIII, 3.
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[18]
Georges Losfeld, Essai, op. cit. (n. 8), p. 90-94, et Maria Pipili, Wearing an other hat : Workmen in town and country, dans Beth Cohen (ed.), Not the Classic Ideal, op. cit. (n. 10), p. 154-179.
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[19]
Musée d’Olympie, B 1654. Voir Emil Kunze, Olympische Forschungen, Band II : Archaische Schilderbänder, Berlin, De Gruyter, 1950, pl. 19. L’auteur propose d’identifier le héraut à Hermès, ce qui peut être contesté : cf. la fin de cette étude. Également Gérard Freyburger, Supplication grecque et supplication romaine, Latomus, 47, 1988, p. 501-525.
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[20]
Louvre Ma 697, LIMC, I (1981), Agamemnon, 2. Voir Karl Lehman-Hartleben, Cyriacus of Ancona, Aristotle, and Teiresios in Samothrace, Hesperia, 12, 1943, p. 115-134.
-
[21]
Musée du Vatican, cratère Astarita 565. Voir LIMC, VII (1994), Talthybios, 3, et Claude Bérard, Réception d’une ambassade en Grèce ancienne, Études de Lettres, série iii, t. 10, avril-juin 1977, p. 19-43.
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[22]
Musée national d’Athènes 5610. Voir LIMC, VIII (1992), Kerykeion, 3 ; Barbara Philippaki, Vases du Musée national archéologique d’Athènes, éd. Apollo, Athènes, p. 50-51.
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[23]
Christian Zindel, Vorhomerische Sagenversionen in der grieschiche Kunst, Diss. Basel, 1974, p. 54-55.
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[24]
Robert Zahn, MDAI (A), 23, 1898, p. 38-48.
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[25]
Anneliese Kossatz-Deissmann, LIMC, I2 (1981), Achilleus, 378, p. 90.
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[26]
Robert Manuel Cook, A list of Clazomenian pottery, ABSA, 47, 1952, p. 139, n. 71.
-
[27]
Il ne peut s’agir d’un sceptre car il redoublerait le caducée.
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[28]
Comme l’ont vu Barbara Philippaki, op. cit. (n. 22), et Annie-France Laurens, Hekabe, 9, LIMC, IV1 (1988), p. 475.
-
[29]
Musée de Bruxelles, M 831.
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[30]
Christian Zindel, loc. cit., utilise lui-même deux fois l’adjectif prächtig pour décrire la scène : cette « joliesse » nous éloigne de la tragédie.
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[31]
Sur le caducée, voir les articles Kerykeion de la RE, IX1 (1922), col. 330-342, et du LIMC, VIII1 (1997), p. 728-730 ; Ferdinand Joseph De Waele, The Magic Staff or Rod in Graeco-Italian Antiquity, 1927, Gent ; j’ai également consacré à cette question un chapitre de ma thèse, Les hérauts grecs, op. cit. (n. 5).
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[32]
Sur ces caducées retrouvés dans les fouilles, voir John Friedrich Crome, Kerykeia, MDAI (A), 63-64, 1938-1939, p. 117-126 et tab. 17-20 ; Gertrud et Wilhelm Hornbostel, Syrakusanische Herolde, dans Bathron. Festschrift H. Drerup, Saarbrück, 1988, p. 233-245.
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[33]
L’Olpê Chigi qui montre un caducée dans les mains d’Hermès est datée de 640 av. J.-C. Rome, Villa Giulia, 22679.
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[34]
Voir par exemple Georges Losfeld, op. cit., p. 172.
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[35]
Voir Euripide, Tragédies, t. 8 : Fragments, de Sthénébée à Chrysippos, texte et traduction par François Jouan et Herman Van Looy, Paris, Les Belles Lettres, 2002, p. 126.
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[36]
Ibid., p. 106, n. 47.
-
[37]
Voir aussi Hérodote, Histoires, VI, 106, et, pour un examen de cet épisode, Ernst Badian, The Name of the Runner, AJAH, 4, 1979, p. 163-165, Frank J. Frost, The dubious origins of the Marathon, Ibid., p. 159-166 ; Pierre Ellinger, Artémis, Pan et Marathon : mythe, polythéisme et événement historique, dans Synnøve des Bouvrie (ed.), Myth and Symbol I. Symbolic Phenomena in Ancient Greek Culture (Papers from the first international Symposium on symbolism at the University of Tromsø, June 4-7, 1998), Papers from the Norwegian Institute at Athens 5, Bergen, 2002, p. 313-332.
-
[38]
Pollux, Onomasticon, VIII, 103.
-
[39]
Robert Flacelière, Le bonnet de Solon, REA, 49, 1947, p. 235-247.
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[40]
Sur cet épisode, on peut se reporter à Onofrio Vox, Solone Autoritratto, Padoue, Antenore, 1984, p. 17-27 ; Gendarme Tedeschi, Solone e lo spazio della communicazione elegiaca, QUCC, 39, 1982, p. 41-46 ; Nicole Loraux, Solon et la voix de l’écrit, dans Les savoirs de l’écriture en Grèce ancienne, Marcel Detienne (éd.), PUL, 1988, p. 95-129 ; Jean-Marie Bertrand, De l’écriture à l’oralité. Lectures des Lois de Platon, Paris, Publications de la Sorbonne, 1999, p. 56-58.
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[41]
Wearing another Hat, op. cit. (n. 18). Il peut être aussi rapproché des Parthénies spartiates qui le brandirent en signal de révolte au dire d’Ephore, via Strabon, Géographie, VI, 3. Sur cet épisode, voir Bjørn Qviller, Reconstructing the Spartan Partheniai, SO, 71, 1996, p. 34-41, qui interprète les Parthénies comme des jeunes ayant échoué l’agôgê. Observons que ces Parthénies, sans père attitré, sont dans la même position qu’Héphaïstos, né d’une déesse sans collaboration masculine, et que ce dernier, comme les artisans qu’il patronne, porte fréquemment le pilos.
-
[42]
Louvre G 146 ; Beazley, ARV2, 458 . 2 ; LIMC, VII (1994), Talthybios, 4. Voir Rudolph Herdebey, Die Briseisvase des Hieron, AJA, 8, 1934, p. 133-136 et pl. XIV.
-
[43]
British Museum E 76 ; Beazley, ARV2, 406 ; LIMC, IV (1988), Eurybates, I, 5.
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[44]
Voir Ann Geddes, op. cit. (n. 11), p. 313.
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[45]
Gérard Siebert, Hermès, LIMC, V1 (1990), p. 382.
-
[46]
Berlin, Staatlisches Museum, 1969, 6. Arthur Trendall, The Red Figured Vases of Lucania, Campania and Sicily, Suppl. 3, 1983, 20. LIMC, VI (1992), Kopreus, 2.
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[47]
Le personnage n’est pas nommé dans le texte de la pièce, mais seulement dans l’hypothesis et en marge des manuscrits L et P.
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[48]
Voir la notice de Margot Schmidt dans le LIMC, VI (1992), Kopreus, 2.
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[49]
John Wilkins, The young of Athens : Religion and society in Herakleidai of Euripides, CQ, 40, 1990, p. 329-339.
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[50]
Notons que Marathon, lieu où a été retrouvée l’inscription en l’honneur d’Hérode Atticus, correspond au dème où Euripide situe la scène de supplication, et où le meurtre du héraut pourrait, par conséquent, avoir eu lieu.
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[51]
Sur ce texte de Philostrate et sur sa contradiction avec l’inscription en l’honneur d’Hérode Atticus, voir Pierre Roussel, Les Chlamydes noires des éphèbes athéniens, REA, 43, 1941, p. 163-165, qui a rétabli le sens du poème contenu dans l’inscription.
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[52]
On connaît au moins un autre épisode présentant un héraut éphèbe, dont le destin est proche de celui de Coprée chez Philostrate : c’est celui de l’apprenti héraut Dolon du chant X de l’Iliade, dont la seule qualité est la podôkeia et dont le destin est de mourir de la main d’un jeune adulte (neôtatos) parti en mission d’espionnage, Diomède. Je ne l’ai pas inclus dans mon échantillon pour la raison que l’épisode de la Dolonie est un épisode de « cryptie » où tous les personnages portent des vêtements en peau de bêtes liés au contexte rituel. Sur ce personnage de Dolon, voir Louis Gernet, Dolon le Loup, dans Mélanges Franz Cumont, Bruxelles, 1936, p. 189-208, repris dans Anthropologie de la Grèce ancienne, Paris, Flammarion, 1982, p. 201-223 ; Annie Schnapp-Gourbeillon, Lions, héros, masques. Les représentations de l’animal chez Homère, Paris, Maspero, 1981, p. 104-131, qui fait l’état de la question. Sur l’iconographie de Dolon, voir François Lissarrague, Iconographie de Dolon le Loup, RA, 1, 1980, p. 3-30.
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[53]
Beth Cohen, Ethnic Identity, op. cit. (n. 10), insiste sur la fréquente adoption par les Athéniens de particularités vestimentaires étrangères qu’ils adaptaient à leur mise. La chlamyde et le pétase d’Hermès sont peut-être une version chic du costume héraldique, empruntée aux jeunes cavaliers athéniens.
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[54]
Sur ce costume des éphèbes dans l’imagerie vasculaire, voir Paule Roscam, Remarque sur l’éphébie attique, Platon, 21, 1969, p. 187-214. Sur le costume des jeunes chasseurs, voir encore Alain Schnapp, Le chasseur et la cité. Chasse et érotique en Grèce ancienne, Paris, Albin Michel, 1997. Sur les éphèbes en général, voir Chrysis Pelikidis, Histoire de l’éphébie attique des origines à 31 av. J.-C., Paris, De Boccard, 1962.
-
[55]
Pierre Vidal-Naquet, Le chasseur noir et l’origine de l’éphébie attique, dans Le chasseur noir. Formes de pensée et formes de société dans le monde grec, Paris, Maspero, 1981, p. 151-174.
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[56]
Sur ces qualités d’Hermès, voir Marcel Detienne et Jean-Pierre Vernant, Les ruses de l’intelligence : la métis des Grecs, Paris, Flammarion, 1974, et Laurence Kahn, Hermès passe ou les ambiguïtés de la communication, Paris, Maspero, 1978.
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[57]
Sur le genre du héraut, on peut se reporter à Catherine Goblot-Cahen, Le héraut à la frontière entre les genres, dans Violaine Sebillotte-Cuchet, Nathalie Ernoult (éd.), Problèmes du genre en Grèce ancienne, Paris, Publications de la Sorbonne, 2007.
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[58]
La tunique courte des jeunes filles concourant lors des fêtes d’Héra à Olympie a été interprétée comme une exomis masculine, soit le chiton court découvrant l’épaule droite des artisans : voir Nancy Serwint, The female Athletic Costume at the Heraia and Prenuptial Initiation Rites, AJA, 97, 1993, p. 403-422.
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[59]
Voir les sentences des Sept Sages gravées sur le temple de Delphes : metron ariston, « le meilleur est la mesure », et mêden agan : « pas trop ».
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[60]
Sur les satyres dans l’iconographie vasculaire, voir Frank Brommer, Satyrspiele. Bilder griechischer Vasen, Berlin, De Gruyter, 1944, et les études de François Lissarrague, en particulier De la sexualité des satyres, Métis, 2, 1987, p. 63-89.
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[61]
Bâton du héraut laconien, qui est aussi un symbolon de bois autour duquel on enroulait un message.
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[62]
Outre cette allusion d’Aristophane, on a conservé le titre d’une pièce du comique athénien Timoklès (IVe av. J.-C.) intitulée Konisalos (II, 461, Kaibel).
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[63]
Fr. 157, 158 et 159, Mette. Voir Bernard Desforges, Eschyle, poète cosmique, Paris, Les Belles Lettres, 2004, 2e éd., p. 132. Bernard Abraham Van Groningen, « Ad Aeschyli Kêkukas », Mnemosyne, 58, 1930, p. 134, a supposé que cette pièce était basée sur l’épisode de la geste d’Héraklès dans lequel celui-ci coupe les oreilles, le nez et les mains des hérauts envoyés par Erginos, roi des Myniens d’Orchomène, pour réclamer aux Thébains un tribut annuel de cent bœufs : voir Pierre Voelke, Un théâtre de la marge. Aspects figuratifs et configurationnels du drame satyrique dans l’Athènes classique, Bari, Levante, 2001, p. 324-325.
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[64]
Les Limiers reprennent le mythe du vol de bœufs de l’Hymne homérique à Hermès. La mission de skopoi (espions) que les satyres remplissent au profit d’Apollon fait partie des tâches des hérauts, comme le montre l’épisode de Dolon, fils de héraut, qui, au chant X de l’Iliade, part de nuit espionner le camp des Achéens.
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[65]
Fr. 17, Mette.
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[66]
Conservé au British Museum, E 768. Beazley, ARV2, 1566 et 446 . 262. Voir LIMC, V (1990), Hermès, 891 ; La cité des images. Religion et société en Grèce antique, Paris, Fernand Nathan, 1984, p. 122-123 ; François Lissarrague, op. cit. (n. 60), p. 71-72.
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[67]
Sur ce fragment de Dionysios Chalcous, voir Kerr Borthwick, The Gymnasium of Bromius. A note on Dionysius Chalcus, fr. 3, JHS, 84, 1964, p. 49-53.
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[68]
Voir LIMC, V1 (1990), Hermès, 891.
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[69]
Pierre Voelke, Un théâtre de la marge, op. cit. (n. 63).
-
[70]
Sur la sikinnis du satyre, voir Pierre Voelke, Un théâtre de la marge, op. cit. (n. 57), p. 138- 143.
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[71]
Skamon de Mytilène cité par Athénée, XIV, 630 b = FGrH, 472 F 2. Sur ce personnage de Thersippe, voir Pierre Voelke, Un théâtre de la marge, op. cit. (n. 57), p. 159-166.
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[72]
Arrien, Anabase, II, 14, 4.
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[73]
Héraclide du Pont, fr. 149 et 156 Wehrli (= Plutarque, Vie de Solon, 3, et De la gloire des Athéniens, 347 c).
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[74]
Lucien de Samosate, Pro lapsu inter salutandum, 3.
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[75]
Sur les hemerodromoi, voir l’étude de Yannis Tzifopoulos, Hemerodromoi, and Cretan Dromeis : Athletes or military personnel ? The Case or the Cretan Philonides, Nikephoros, 11, 1998, p. 137-170. On ajoutera au dossier présenté dans cette étude un passage de Philostrate, De la gymnastique, 4 (trad. Charles Daremberg, Paris, Didot, 1858, p. 13) : « L’origine de la course longue est celle-ci : des hérauts parcouraient fréquemment le chemin qui conduit de l’Arcadie à la Grèce proprement dite, pour porter des messages de guerre ; on leur défendait d’aller à cheval, et on leur enjoignait de courir eux-mêmes. Ainsi, l’habitude de parcourir continuellement dans une petite partie du jour autant de stades qu’en comprend actuellement le dolichos en fit de véritables hérauts coureurs et les exerça en même temps pour la guerre. » Ces hérauts qui se voient interdire l’usage du cheval, sans doute parce que leur condition sociale le leur défend, et qui se voient forcés d’accomplir à pied des missions de courrier rapide qu’on serait logiquement tenté d’attribuer à des cavaliers, évoquent fortement les centaures, les hommes-chevaux.
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[76]
Munich, Staatlische Antikensammlung, 2420 (J 377). Voir Wolfgang Decker et Jean-Paul Thuillier, Le sport dans l’Antiquité, Paris, Picard, 2004, p. 135. Pour d’autres exemples de représentations de hérauts proclamant des vainqueurs aux jeux, voir Panos Valavanis, La proclamation des vainqueurs aux Panathénées. À propos d’amphores panathénaïques de Praisos, BCH, 114/1, 1990, p. 325-359, et Aleksander Wolicki, The heralds and the games in archaic and classical Greece, Nikephoros, 15, 2002, p. 69-97. Le premier de ces auteurs présente au moins un cas d’image de héraut proclamant un vainqueur en costume classique de héraut, chiton, chlamyde et pétase, sur un cratère béotien du dernier quart du Ve siècle (Musée archéologique national d’Athènes, 12222).
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[77]
Pollux, Onomasticon, VIII, 103, 64-67 : « Il y a le héraut des Mystères, qui descend de Kêrux fils d’Hermès et de Pandrose fille de Cécrops, celui des jeux, ceux des processions qui sont du genos des Eunéides, ceux qui font les ventes sur les marchés. » Voir encore la scholie au Contre Timarque d’Eschine (20) : « À Athènes, il y a quatre sortes (ou genê) de hérauts : la première est celle des hérauts très sacrés des mystères, qui descendent de Kêryx fils d’Hermès et de Pandrose fille de Kékrops ; la deuxième est celle des hérauts qui officient dans les jeux ; la troisième, celle des hérauts qui officient dans les processions ; et la quatrième, celle des hérauts qui officient sur les marchés et pour les ventes. »
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[78]
Sur l’iconographie du dieu Hermès, voir Gérard Siebert, Hermès, LIMC, V1 (1990), p. 285-387, et vol. V2, p. 285 et s. pour les planches ; voir encore Paul Zanker, Wandel der Hermesgestalt in der attischen Vasenmalerei, Bonn, Rudolph Habelt Verlag, 1965.
-
[79]
Le rapport de « patronage » entre Hermès et les hérauts est marqué par plusieurs documents de natures variées. En voici 3 exemples : les vers d’Eschyle, Agamemnon, 514-515 : « Vénéré Hermès, cher Héraut et honneur des hérauts » ; une dédicace à Hermès du héraut Oinobios retrouvée sur l’Acropole (IG, I3, 776) : « À Hermès, le héraut Oinobios a dédié l’offrande que voici en reconnaissance pour sa mémoire » ; l’inscription du dème d’Erchia (SEG, XXI, 541) où le héraut joue le rôle de prêtre pour le sacrifice d’un bélier à Hermès.
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[80]
Voir Claire Miquel, Images d’Hermès, dans L’image en jeu de l’Antiquité à Paul Klee, Christiane Bron, Effy Kassapoglou (éd.), Yens-sur-Morges, Éd. Cabédita, 1992, p. 13-23.
-
[81]
On peut se demander toutefois si la gestuelle du dieu et celle du héraut ne sont pas largement interchangeables, comme le suggère une remarque de Claude Bérard, op. cit. (n. 21), p. 29 et fig. 5, qui rapproche le geste de Talthybios de tendre le bras gauche d’un geste identique effectué par Hermès sur une amphore attique de la Bibliothèque nationale. Face à une Théanô-Athéna, portant la quenouille, le cratère Astarita présenterait un Talthybios-Hermès, porteur du caducée.
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[82]
Cela explique pour une part la nature de notre échantillon. Je conteste cet a priori en faveur du dieu dans ma thèse, Les hérauts grecs, op. cit. (n. 5).
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[83]
Le seul type d’Hermès guerrier attesté par les sources (Pausanias, IX, 22, 1-2, et Tzetzes, schol. à Alexandre de Lycophron, 679), l’Hermès Promachos de Tanagra, en Béotie, est précisément le patron des éphèbes, censé avoir sauvé la cité d’une invasion érétrienne en prenant la tête d’un bataillon d’éphèbes armé d’une simple stlengis, l’instrument avec lequel les athlètes raclaient la poussière des palestres déposée sur leur peau : sur cet Hermès, voir Giovanni Costa, Hermes dio delle iniziazioni, CCC, 3, 1982, p. 277-295, et Albert Schachter, Cults of Boiotia, BICS, Suppl. 38, Londres, 1981, vol. 1, p. 44-50.
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[84]
Nonnos de Pannopolis, Dionysiaques, XIV, 113 : il s’agit de Pherespondos, Lycos et Pronomos : voir Marie-Christine Fayant, Hermès dans les Dionysiaques de Nonnos de Pannopolis, REG, 111, 1998 (1), p. 145-159.
-
[85]
Une exception aux personnages féminins ailés, en dehors des kourètes du relief de bouclier de l’Ida : le héros Persée, qui est même un des premiers personnages à recevoir des sandales ailées dans l’iconographie. Voir Nikolaos Yalouris, Pteroenta pedila, BCH, 77, 1953, p. 293-321.
1L’apparence costumée assigne une position à l’individu dans la société en rendant immédiatement repérables son sexe, son âge, voire son type d’activité ; bien plus, les gestes, les postures et les comportements qu’elle autorise, de même que les associations d’idées qu’elle suggère, signalent les dispositions, qualités et défauts, que la société attend de son porteur : c’est ce que Pierre Bourdieu [2] a défini comme l’habitus. L’ensemble formé par le costume et la façon de le porter ne laissait pas indifférents les Grecs qui lui attribuaient une signification, puisqu’ils le désignaient par le mot eidos [3]. Il est donc légitime de chercher à restituer cette signification.
2Le héraut constitue un cas particulièrement intéressant pour l’étude de l’eidos et de l’habitus qu’il dénote. Cet appariteur inviolable des rois puis des cités escorte les ambassades, intervient lors des pactes et des serments, invite au silence rituel avant la prière, autorise les orateurs à prendre la parole, transporte les objets précieux et transmet les messages [4] : c’est donc un homme que son métier appelle à remplir des tâches protocolaires au-dedans et au-dehors de la cité dans des contextes variés [5]. Son rôle officiel exigeant qu’il soit immédiatement reconnu pour ce qu’il est, il est nécessaire qu’il porte au moins un insigne ; au mieux, un costume qui permette de l’identifier. Les sources littéraires, qui ne s’intéressent pas aux hérauts pour eux-mêmes, ne décrivent pas leur tenue [6] : elles permettent seulement d’assurer qu’ils sont porteurs d’un caducée dans leurs missions diplomatiques. Toutefois, un dossier iconographique composé de reliefs et d’images de vases montre des hérauts revêtus d’un costume particulier : j’ai sélectionné un certain nombre de ces images qui m’ont paru représentatives de l’ensemble [7]. Cet échantillon permet de suivre sur plusieurs siècles une évolution qui fait apparaître que, bien qu’il varie au cours des âges, ce costume présente des caractéristiques constantes. Après les avoir dégagées, je m’efforcerai de les interpréter en termes d’habitus.
HABIT ET HABITUS DANS L’ATHÈNES CLASSIQUE
3Avant d’en venir à l’étude de ce dossier iconographique, je commencerai par me demander si ma démarche est fondée, en examinant s’il est possible de restituer un habitus social à partir d’une apparence costumée dans l’Athènes classique, c’est-à-dire la cité et l’époque pour lesquelles nous sommes le mieux renseignés. De prime abord, la panoplie des costumes de l’Athènes classique paraît mal se prêter à une catégorisation sociale des apparences. En effet, l’habillement athénien repose sur une pièce vestimentaire de base : le rectangle de tissu. L’absence de patron comme de couture restreint la variété des formes possibles. À partir de là, les variations de l’apparence, limitées, ne peuvent jouer que sur le drapé et le plissé, l’importance des parties du corps dénudées, la longueur du vêtement, les accessoires, ainsi que sur les matières des étoffes et leurs ornements. Même la différence des genres est, au total, peu sensible, puisqu’il existe des pièces de costume comme le chiton, tunique faite d’une pièce de tissu attachée aux épaules, et l’himation, manteau drapé, qui sont communes aux deux sexes.
4Le vêtement rend-il davantage visibles les catégories sociales ? Les indications qu’on peut tirer des travaux entrepris à ce jour sont contrastées. Pour Georges Losfeld comme pour Violaine Jeammet, le vêtement athénien est socialement neutre [8]. Violaine Jeammet y voit un possible effet de la démocratie, qui aurait tendu à homogénéiser les apparences et étudie deux exemples iconographiques qui lui paraissent vérifier cette idée de neutralité. En déplorant le fait qu’à Athènes, rien ne distingue dans l’apparence le maître de l’esclave, le Vieil Oligarque semble effectivement faire de cette uniformité des apparences un effet de la démocratie qu’il critique [9] : mais ses affirmations sont suffisamment polémiques pour qu’il faille s’en méfier. De son côté, Beth Cohen a montré que l’iconographie attique reflète des identités ethniques plutôt que des habitus sociaux : mais elle corrige ensuite cette première appréciation en montrant que certains accessoires de costumes perses, thraces ou scythes sont revêtus par des Athéniens qui peuvent éventuellement les porter pour signifier leur appartenance à un groupe socialement situé, comme celui des jeunes cavaliers athéniens revêtus d’un costume à la mode thrace [10].
5En réalité, le vêtement, à Athènes, ne traduit pas mécaniquement les hiérarchies sociales, au moyen du prix qu’il paraît avoir coûté. Ann Geddes note ce paradoxe qu’au moment où Athènes atteint le comble de sa prospérité, ses citoyens, quittant le chiton long brodé des Ioniens, adoptent le vêtement le plus simple possible, consistant dans un himation porté le plus souvent à même le corps, qu’il va jusqu’à comparer, de façon un peu provocante, à l’uniforme bleu chinois de l’époque de Mao [11]. Mais il faut ajouter à ce constat que l’idéologie complique les choses : tout un courant de la pensée grecque, qui n’est pas particulièrement lié à la démocratie, condamne le luxe comme un comportement à la fois excessif et efféminé, voire scandaleux [12]. Une sorte de dandysme consiste même à travailler la sobriété de sa mise, à condition d’éviter toute forme de rusticité. Par conséquent, si le vêtement dénote une condition, il le fait de manière forcément plus discrète que la simple ostentation de luxe. La simplicité n’équivaut pourtant pas à la neutralité. Tout d’abord, elle peut masquer de subtiles distinctions. En contraste avec l’apparente uniformité d’ensemble du costume, le lexique grec, chez Aristophane par exemple [13], comprend une profusion de mots désignant des vêtements différents dont il n’est pas toujours possible de restituer les particularités, comme le montre l’étude de Georges Losfeld. L’uniformité apparente pouvait donc dissimuler une infinité de différences de détails. Entre l’himation et la chlaina, autre manteau drapé, plus moelleux et plus épais, les différences sont probablement assez subtiles pour ne pas être perceptibles sur les vases ou sur les statues, mais il n’est pas évident que l’œil exercé de l’Athénien n’ait pas su les repérer [14]. D’autre part, la façon de porter l’himation pouvait varier. La mesure seyant au citoyen dans le costume comme en toute chose, il ne convenait pas de le retrousser trop haut sur les jambes comme le rustre de Théophraste [15], mais il ne fallait pas non plus le laisser traîner à terre comme faisait Eschine [16]. À la tribune, les orateurs du temps de Périclès gardaient les deux bras dans leur manteau tandis que le populacier Cléon fut le premier à les en sortir pour gesticuler [17]. Il y a donc manifestement pour l’aristocrate (kalos) des manières subtiles de préserver sa distinction en combinant une opulence discrète avec des règles de bienséance. Le canon de l’ « honnête homme » d’Athènes à l’époque classique tel que je viens brièvement de l’évoquer peut servir de référent utile à l’étude d’autres habitus sociaux. Ces autres habitus existent en effet. Il ressort par exemple des études de G. Losfeld et de Maria Pipili qu’il existe un costume de l’artisan, de l’homme de métier manuel, du tâcheron : le chiton court ou sa variante l’exomide, qui laisse l’épaule droite dégagée, auquel s’adjoint fréquemment le pilos, un bonnet de feutre ou de cuir de forme conique [18]. On a donc bien affaire ici à un vêtement qui dénote une condition. Or, sous l’angle de l’habitus, le costume du héraut, cet homme à tout faire de la cité, s’avère aussi riche d’enseignements.
LES CARACTÉRISTIQUES DU COSTUME DU HÉRAUT DANS L’ICONOGRAPHIE
6J’étudierai deux séries d’images, dans l’ordre chronologique : quatre images archaïques datant des VIIe et VIe siècles, deux reliefs et deux vases à figures noires, puis deux vases attiques à figures rouges de la première moitié du Ve siècle qui se réfèrent tous à l’épopée homérique et présentent les hérauts d’Agamemnon et de Priam. Il ne s’agit pas d’étudier chacune de ces images pour elle-même mais de dégager de leur comparaison les traits constants de l’apparence du héraut.
7Un relief de bouclier d’Olympie du VIIe siècle [19] (fig. 1) montre un vieillard courbé vêtu d’un himation entre un personnage porteur d’un caducée qui se tient derrière lui et qui pourrait être son héraut et un guerrier nu et armé d’une lance qui lui fait face et dont il touche le menton dans un geste de supplication ; le corps d’un guerrier nu allongé au pied des trois personnages ferme la composition. Il est tentant de reconnaître dans cette scène Priam, accompagné par son héraut Idaios, en train de supplier Achille de lui rendre le corps d’Hector, épisode relaté au chant XXIV de l’Iliade. Le héraut est vêtu d’un chiton court très ajusté à la manière d’un justaucorps et muni d’un caducée : il fait un geste de salut. Sur un relief de Samothrace conservé au Louvre et daté des environs de 550-525 [20], le héraut Talthybios et l’architecte Epeios, identifiés par des inscriptions, sont postés derrière Agamemnon trônant. Tous deux sont revêtus de courts mantelets aux pans arrondis s’arrêtant aux genoux et Talthybios est, en outre, muni d’un léger caducée en gamma.
8Les hérauts des vases archaïques arborent le même genre de vêtements. Ainsi, un cratère à figures noires du Vatican [21] des environs de 560 av. J.-C. (fig. 2) montre deux rois (basileis), Ménélas et Ulysse, identifiés par des inscriptions, vêtus de longs chitones et armés de longues lances, assis l’un derrière l’autre sur les gradins d’un théâtre, précédés par Talthybios, identifié par l’initiale de son nom, muni d’un petit caducée, coiffé d’un pétase et d’un chiton court avec un mantelet en écharpe ; Théanô, fille d’Anténor, prêtresse d’Athéna, vient à leur rencontre à la tête d’un groupe de Troyens : l’image rappelle la scène d’ambassade évoquée au chant III de l’Iliade (v. 204-224). Sur le fragment d’une hydrie de Clazomènes à figures noires daté des environs de 510 av. J.-C. et conservé au Musée national d’Athènes [22] (fig. 3), un héraut tenant un caducée dans la main gauche et un objet oblong dans la main droite se tient face à un couple royal assis de profil sur un trône. Son visage de profil est tourné en arrière par-dessus son épaule. De cette direction surgissent deux chevaux, l’un noir et l’autre blanc, dont on ne discerne plus que le poitrail et les nasaux. Christian Zindel [23], suivant la suggestion antérieure de Robert Zahn [24], propose de reconnaître dans le couple trônant Priam et Hécube apprenant de la bouche du héraut la nouvelle de la mort de leur jeune fils Troïlos, tué par Achille. Il imagine en outre que le cheval noir était monté par Troïlos, fuyant devant son poursuivant : l’image présenterait par conséquent la séquence narrative en raccourci, le contenu de l’annonce du héraut étant figuré derrière lui. Cette hypothèse est jugée peu convaincante par Anneliese Kossatz-Deissmann [25]. Elle comporte en effet des invraisemblances. Comme l’avait déjà noté Robert Manuel Cook [26], le cheval noir ne peut être la monture d’un cavalier, puisqu’il est flanqué d’un cheval blanc et qu’il porte un harnachement qui le relie manifestement à un char. D’autre part, l’objet que le héraut porte dans sa main droite, dans lequel Christian Zindel voit un sceptre [27], est en réalité un encensoir (thymiaterion) [28], ce qui modifie notablement l’ambiance de la scène. L’argument principal de Robert Zahn et de Christian Zindel est d’ailleurs extérieur à l’image : ils invoquent un autre fragment du même vase, conservé à Bruxelles [29], qui représente Achille traînant le corps d’Hector. Mais une autre solution est possible. Plutôt que de relier le décor de l’hydrie à la geste d’Achille, nous proposons d’y lire une représentation de la geste d’Hector : la scène de la mutilation du cadavre conservée à Bruxelles formerait ainsi un contrepoint tragique à la scène du fragment d’Athènes. Plutôt qu’à l’annonce de la mort de Troïlos, celle-ci renverrait aux noces d’Hector et d’Andromaque chantées par Sapho (fr. 44 Voigt). En effet, l’encensoir du héraut, de même que le harnachement orné de pompons des chevaux et les visages souriants des époux royaux dénotent un contexte de fête [30]. La présence de l’encensoir évoque la mention de « la myrrhe, la cannelle et l’encens » qui s’élèvent à la rencontre des époux sur leur char de noces dans le poème. Chez Sapho, le rôle du héraut se borne à annoncer en avant du char l’arrivée des époux au couple royal, mais le peintre de l’hydrie, dans l’esprit de synthèse propre aux artistes de vase, peut en avoir fait le porteur de l’encensoir qui dispense aux participants les effluves propices de l’encens. Examinons donc la silhouette de ce personnage : sa fonction est immédiatement repérable au caducée qu’il porte dans la main gauche ; quant à son costume, il est constitué d’un pilos, bonnet de feutre à forme conique, d’un chiton moulant couvrant les bras jusqu’aux coudes et d’un court manteau porté en écharpe autour des épaules. Le roi qui lui fait face porte une longue tunique à fleurs.
9Ce qui permet d’identifier le héraut sur toutes ces images, c’est son caducée, ou kêrukeion, accessoire qui tire son nom du métier même du héraut dont il est l’insigne distinctif [31]. Sur ces exemplaires iconographiques qui sont parmi les plus anciens dont on dispose, le caducée apparaît comme une frêle baguette de bois fourchue, assez semblable au lagôbolon, instrument auquel les bergers et les centaures accrochent le produit de leur chasse, à cette différence près que ses brins sont croisés en gamma. Le matériau ligneux peut se déduire du fait que les dessins ne montrent ni motif sculpté, ni renflement aux extrémités, à la différence des caducées des vases à figures rouges postérieurs. De fait, comme la série des exemplaires métalliques de caducées attestés par les trouvailles archéologiques date pour l’essentiel du Ve siècle [32], alors que l’iconographie de ce même accessoire débute au VIIe avec les reliefs de boucliers d’Olympie et l’olpê (flasque) Chigi [33], il est logique de supposer que les premiers caducées étaient en bois plutôt qu’en métal. Sur le cratère du Vatican, ce léger accessoire manuel du héraut s’oppose à la longue lance des basileis, arme des héros et des champions qui peut constituer l’équivalent d’un sceptre : celui d’Agamemnon, au dire de Pausanias (Périégèse, IX, 40, 11), était vénéré à Chéronée sous le nom de doru (lance).
10Ce caractère raccourci, mince et léger se retrouve dans tous les aspects du costume du héraut. À commencer par la coupe de cheveux, sur les représentations archaïques des reliefs, où les personnages sont tête nue : dans les deux cas, le héraut porte les cheveux dans le cou comme les rois, mais sa chevelure est moins longue et moins fournie que la leur. Sur l’hydrie de Clazomènes, les visages des trois personnages sont très semblables, mais le héraut porte patte et barbiche tandis que le visage du roi est cerné par un épais collier de barbe. Quant au costume, quelle qu’en soit la forme, il apparaît plus court que celui des rois. Sur le Bouclier d’Olympie, le héraut porte un chiton court très moulant tandis que Priam porte l’himation ; sur le relief de Samothrace, il revêt un mantelet de forme arrondie qui s’arrête aux genoux. Les deux basileis du cratère du Vatican portent de longs chitones et de longs himatia tandis que le vêtement de Talthybios composé d’un chiton court et d’un mantelet porté en écharpe s’arrête aux genoux. On pourra être tenté de mettre ce trait particulier du costume du héraut en relation avec les exigences pratiques de sa fonction, qui l’amène à franchir des distances importantes, parfois au pas de course. On en fera alors une tenue de voyageur [34] : il ne me semble pas que cette interprétation épuise la question, même si elle ne doit pas être négligée. La taille du costume du héraut peut aussi être analysée en termes sociologiques : il apparaît dès lors moins majestueux, plus étriqué. La signification sociale de l’opposition entre le long et le court, entre l’ample et l’ajusté s’explique d’abord très simplement par la valeur du mètre de tissu. D’autre part, s’il est vrai que le costume court facilite la course, cette vitesse des pieds (podôkeia) ne doit pas être appréciée d’un point de vue purement fonctionnel, car elle est, comme nous allons le voir, une composante essentielle de l’habitus du héraut.
11La première particularité du costume du héraut est donc ce côté court-vêtu. La deuxième est sa coiffure. Si les hérauts des reliefs, les plus anciens, apparaissent tête nue, sur les vases, ils ont la tête couverte, tantôt d’un pilos, comme sur l’hydrie de Clazomènes, tantôt d’un pétase, chapeau plat du cavalier thessalien, comme sur le cratère du Vatican. Parmi les rares indications textuelles dont nous disposons sur le costume du héraut, plusieurs pointent en direction d’une coiffure voisine du pilos, le pilidion, ou petit pilos. Le pilidion était la coiffure du Télèphe d’Euripide si l’on en croit Aristophane (Acharniens, 439). Un fragment conservé de la pièce d’Euripide (fr. 148 Austin) fait allusion au kêrukeion qui aurait causé préjudice à Télèphe, Grec venu de Mysie, avant que celui-ci en soit reconnu comme citoyen. La traduction des Belles Lettres donne « décret » pour kêrukeion [35], alors même que les auteurs de la notice observent que « sur le plan dramatique l’existence d’un décret (kêrukeion) interdisant l’accès du camp aux non-Grecs n’apparaît pas dans nos fragments » [36]. Or il me semble plus satisfaisant de donner ici au mot kêrukeion le sens de « caducée » qu’il a ordinairement, la terminaison de la deuxième déclinaison s’appliquant toujours à des objets concrets tels que celui-ci, ou encore tels que « local des hérauts », « salaire du héraut », et convenant moins à un décret, plutôt désigné par le mot de la troisième déclinaison kêrugma. Qui plus est, d’après Pausanias (VIII, 54, 6-7), le lieu de naissance de Télèphe est le sanctuaire du mont Parthenion d’où le héraut Philippidès ramena le culte de Pan à Athènes après Marathon [37]. Il se pourrait par conséquent que ce sanctuaire ait été un sanctuaire de hérauts et que Télèphe ait été en rapport avec la gent des hérauts. Il est encore question chez Démosthène (Sur l’ambassade, 255) du pilidion que portaient les pitres de cortège après boire (komos) qui débitaient des insultes rituelles (loidoria) pendant les Dionysies, personnages que je pense pouvoir rapprocher des Eunéides, que Pollux présente comme un clan (genos) de hérauts d’Athènes préposé aux processions [38]. Finalement, Plutarque, dans sa Vie de Solon (VIII, 2 = fr. West, 1), décrit Solon montant sur la pierre du héraut pour réciter son élégie sur Salamine avec la tête coiffée du même pilidion. Robert Flacelière en fait un improbable bonnet de malade et de fou sur le modèle du bonnet d’Argan [39], mais il est plus satisfaisant de l’interpréter comme une coiffure de héraut. Solon qui, dans son élégie, se déclare « héraut de lui-même » (autokêrux), emprunte la posture et le costume de l’officiel inviolable, dont c’est le rôle de proclamer la guerre, pour oser enfreindre publiquement l’interdiction faite à tout Athénien d’évoquer la reconquête de Salamine [40]. S’il est véridique, cet épisode de la vie de Solon est significatif à plus d’un titre. Nous aurions là une preuve que cette coiffure du héraut n’est pas qu’un accessoire de voyageur, mais qu’il est plutôt un élément identifiant au même titre que le caducée : en effet, ce n’est pas pour partir en voyage que le législateur s’en coiffe, mais pour prendre la parole sur l’agora à la manière d’un héraut. Le pilos pourrait donc bien faire partie à cette époque de l’apparence costumée du héraut et signaler un habitus professionnel. D’ores et déjà, notons que le port de cette coiffure assez caractéristique situe le héraut à la fois parmi les personnages virils, car le chapeau est un accessoire exclusivement masculin, et parmi les rustres, car le pilos est dans l’iconographie la coiffure distinctive de l’artisan, du pêcheur, et du berger comme l’a montré Maria Pipili [41]. Mais, avant d’entrer dans une étude plus détaillée de cet habitus, il me reste à vérifier que les traits distinctifs que je viens de relever subsistent aux époques suivantes.
12De fait, sur les vases à figures rouges de la première moitié du Ve siècle, le vêtement du héraut reste sensiblement le même : simplement les chitones ne sont alors plus moulants mais plissés, les caducées paraissent métalliques, les mantelets deviennent des chlamydes, courts manteaux portés en capes, agrafés dans le cou ou sur l’épaule, et des bottes complètent souvent la tenue du personnage. Ainsi, sur un célèbre skyphos attique à figures rouges du Louvre signé du potier Hiéron et peint par Makron [42], daté des environs de 490-480 (fig. 4), on peut voir un personnage de héraut, repérable à son caducée, qui fait un geste de salut à un guerrier couronné vêtu d’une cuirasse entraînant une jeune femme voilée vers un pliant, qui vaut pour figurer la tente du guerrier ; barbu et trapu, le héraut est vêtu d’un chiton court et d’une chlamyde agrafée dans le cou, coiffé d’un casque conique, chaussé de bottes et muni d’un beau caducée en huit. Une inscription permet de l’identifier aisément comme Talthybios, héraut d’Agamemnon, qui vient de remettre la captive Briséis à son maître après être allé la réclamer à Achille, ce qui correspond à un épisode relaté au chant I de l’Iliade (v. 317-344). Une coupe à figures rouges du Peintre de Briséis, datée de 480 av. J.-C., conservée au British Museum [43], fait référence à la même scène de l’épopée, qu’elle illustre d’une façon plus littérale : bien qu’ils ne soient pas désignés par des inscriptions, on repère aisément les deux hérauts d’Agamemnon, Talthybios et Eurybate, barbus et casqués en chiton court et chlamyde, munis de caducées, qui encadrent Briséis et l’entraînent loin d’une baraque. De part et d’autre de cette baraque, se tiennent les protagonistes principaux de la querelle, Achille et Agamemnon, portant un sceptre et enveloppés chacun dans leur himation.
13Une source littéraire du Ve siècle, la Lysistrata d’Aristophane, corrobore le portrait de héraut qu’on peut tirer de ces images en montrant un personnage vêtu d’une chlamyde (v. 987). Certes, il s’agit d’un héraut laconien en mission à Athènes, et il est difficile de savoir s’il s’agit d’un costume de héraut ou de voyageur. Une fois encore, néanmoins, il me paraît réducteur d’en faire simplement l’attirail du voyageur, et plus intéressant de chercher à repérer l’habitus qu’il dénote. Si l’on infère du vêtement les gestes et les postures qu’il autorise, on remarque que le chiton court partiellement cousu et la chlamyde agrafée à l’épaule libèrent une gestuelle beaucoup plus expressive que l’himation drapé autour de la taille du citoyen. La science du drapé qu’implique le port de l’himation invite à une démarche mesurée et à une certaine économie de gestes : sur les vases, le citoyen apparaît ainsi souvent en arrêt, appuyé sur sa canne qui coince le manteau au niveau de l’aisselle gauche, l’empêchant de glisser [44]. Au contraire, le chiton et la chlamyde, vêtements attachés, composent le costume de personnages en mouvement : Gérard Siebert constate qu’Hermès, costumé comme un héraut, est le plus gesticulant des dieux [45]. Là encore, cette gesticulation, qui s’oppose à la posture fixe du citoyen, ne doit pas être interprétée seulement en termes d’exigences pratiques, mais aussi en terme d’habitus : on l’a vu plus haut avec l’exemple de Cléon, la pose qui convient à l’orateur soucieux de bienséance est l’immobilité, ostensiblement conservée en gardant les deux bras dans le manteau. Par son côté court vêtu qui souligne une propension à gesticuler, par son allure en mouvement, l’habitus du héraut semble donc bien s’écarter de celui du citoyen accompli. Est-il possible de trouver de nouveaux indices à l’appui de cette première impression ?
L’ÂGE DU HÉRAUT : HÉRAUTS ET ÉPHÈBES
14Un cratère à colonnettes lucanien conservé à Berlin et daté de la fin du Ve siècle [46] (fig. 5) montre un personnage de héraut éphèbe : imberbe, le visage rond, les cheveux courts et frisés, nu sous sa chlamyde attachée dans le cou, portant un caducée de la main gauche, il pose le pied sur un autel surmonté par une colonne ionique figurant un sanctuaire, et agrippe par le cou un vieillard assis sur cet autel, vêtu d’un costume barbare à manches orné d’étoiles et de palmettes ; devant celui-ci deux enfants nus se tiennent par le bras ; à gauche, une femme en chignon tournant le dos à la scène tient une petite statue cultuelle en bois (xoanon) entre ses mains, tandis qu’à droite deux jeunes cavaliers en chiton court se présentent devant le héraut et le vieillard en faisant un geste de salut. Un héraut éphèbe est une représentation assez singulière pour être remarquée. Sur toutes les autres représentations de ma connaissance, les hérauts sont représentés adultes et barbus. Parce qu’ils exercent un métier qui exige une période de formation et qu’ils sont appelés à remplir des missions de confiance, les hérauts sont des hommes d’âge mûr, dans tous les cas d’un âge apparié à celui de leur maître : l’exception représentée par ce vase mérite donc explication.
15Il est fort probable que cette image, dont la frontalité évoque la scène théâtrale, renvoie à une scène tirée d’une pièce d’Euripide, Les Héraclides, dans laquelle figure un personnage de héraut argien au service d’Eurysthée. Le nom de ce personnage, absent de la pièce [47], est mentionné dans l’Iliade (XV, 638-643) : il s’agit de Coprée, personnage dont le nom révèle la vile nature, et dont la mission est d’annoncer à Héraklès les travaux que son maître Eurysthée prescrit au héros du fond de la jarre où il se cache. Dans les Héraclides, il vient arracher Iolaos et les enfants d’Héraklès de l’autel de Zeus à Marathon où ils ont trouvé refuge et s’oppose à cette occasion à Démophon, fils de Thésée. L’image du vase a été rapprochée de cette scène de supplication [48], qu’elle évoque avec des variantes qui obéissent aux exigences propres de la représentation iconographique, comme la symétrie de composition et la synthèse des figures ou leur dédoublement. Ainsi, Alcmène, qui n’est pas présente dans la pièce, fait pendant à gauche aux cavaliers de droite dans le champ du vase : assise au pied de l’autel, elle tient entre ses mains un xoanon d’Héraklès ; deux enfants résument le groupe entier des Héraclides ; inversement, la figure de Démophon, fils de Thésée, est dédoublée par la présence de son jumeau Akamas. John Wilkins a montré que l’éphébie est le thème essentiel de cette pièce d’Euripide [49] : Démophon qui s’affronte au héraut est qualifié dans la pièce de pais, c’est-à-dire de jeune ; le sacrifice de Macarie, fille d’Héraklès, par lequel se termine la pièce, rappelle celui des Cécropides auxquels les éphèbes athéniens étaient liés, puisque c’est dans le sanctuaire de l’une d’elles, Aglaure, qu’ils devaient prêter serment. Le vase lucanien rend bien compte de cette thématique centrale en présentant le héraut, qui vient réclamer des éphèbes suppliants, comme un éphèbe qui doit s’affronter à deux autres éphèbes dans la personne des fils de Thésée.
16Les éphèbes athéniens se trouvent encore rattachés au personnage de Coprée par le port rituel d’une chlamyde noire durant leur période de séparation aux confins de l’Attique : Philostrate (Vie des Sophistes, II, 1, 5), lorsqu’il relate l’initiative prise par Hérode Atticus de doter les éphèbes d’une chlamyde blanche pour mettre fin à cette coutume, explique cette dernière par le deuil du héraut Coprée mis à mort par Thésée lors de l’épisode de la supplication. Il est le seul à présenter cette version des faits, ignorée tant par Euripide que par une inscription de Marathon en l’honneur d’Hérode Atticus (IG II2, 3606) [50] qui explique la couleur de la chlamyde éphébique par l’oubli de Thésée d’abaisser la voile noire à son retour de Crète [51]. Mais seule la logique interne de l’anecdote m’intéresse ici : si les éphèbes étaient censés porter le deuil de ce héraut, c’est peut-être parce qu’ils avaient quelque chose en commun avec lui, comme le suggère l’image du vase [52].
17Le rapport spécial entre le héraut Coprée et les éphèbes athéniens m’amène à faire une remarque plus générale : il est frappant de constater que le costume du héraut sur les vases, chiton court, chlamyde, pétase, bottes, qui constitue à l’origine le costume du cavalier thessalien [53], a été adopté au Ve siècle par les jeunes cavaliers athéniens à l’époque où l’on voit les hérauts s’en vêtir à leur tour ; réciproquement, la chlamyde est devenue au Ve s. le costume distinctif de l’éphèbe, à la différence près que l’éphèbe ne porte pas de caducée, mais le plus souvent, sur les vases, lorsqu’il est représenté en jeune chasseur, deux javelots [54]. Par le biais de ce rapprochement, on rejoint de nouveau l’habitus du héraut. Car ce vêtement dont je viens d’énumérer les pièces exprime les qualités profondes du jeune chasseur noir, mises en évidence par Pierre Vidal-Naquet [55] ; ces qualités sont les mêmes que celles qui sont prêtées au héraut et à son patron Hermès : célérité, adresse, mobilité et ruse [56]. La similitude de mise du héraut et de l’éphèbe s’explique encore par un même genre de vie : les uns comme les autres doivent traverser les eschatiai, zones incultes et désertes aux marges des cités, et y affronter solitairement les dangers de la nature sauvage. La rapidité est une qualité ambivalente : si elle permet de poursuivre avec succès une proie, elle prédispose aussi à prendre la fuite plutôt qu’à faire face au danger. N’est-ce pas le talon, où se condensent les qualités du coureur, où viennent s’ajuster les ailes des dieux rapides, qui était la faiblesse d’Achille, par où il devait mourir en pleine jeunesse d’une flèche tirée par-derrière ? Le coureur rapide est, par conséquent, toujours suspect de lâcheté.
18Le héraut arbore donc l’apparence de l’éphèbe, mais, à la différence de l’éphèbe, cette apparence n’est pas transitoire, il la conserve durant toute sa carrière. Homme de métier et d’expérience, c’est cependant bien un adulte, comme le montre le fait qu’il porte ordinairement la barbe. Le paradoxe du héraut, c’est d’être un adulte qui a conservé l’allure d’un éphèbe.
LE SEXE DU HÉRAUT : HÉRAUTS ET SATYRES
19Avec la barbe, on aborde l’habitus du héraut sous un autre angle : celui du genre [57]. Car la barbe est non seulement signe d’âge mûr, mais elle est encore signe de virilité. Dans l’apparence du héraut, plusieurs éléments viennent souligner de manière redondante cette virilité : la barbe, le port constant d’un bâton et d’un chapeau, accessoires réservés aux hommes, et le costume court, qui, s’il est caractéristique de l’éphèbe, est aussi strictement masculin, du moins hors du stade [58], à la différence du chiton ou de l’himation longs qui peuvent aussi être portés par des femmes. Or l’accomplissement est conçu par les Grecs comme une forme de mesure, résultant de la maîtrise de soi : toute qualité doit être modérée, et s’exprimer ni trop, ni trop peu [59]. Par conséquent, l’excès de virilité revient à une espèce d’inaccomplissement. Cela revient à expliquer d’une autre manière l’allure d’éphèbe du héraut : il est immature, car sa virilité, ayant besoin d’outrer son apparence, ne peut être que caricaturale et superficielle.
20La combinaison particulière d’éléments ostensiblement virils et de traits d’immaturité présentée par le héraut se rencontre chez un autre personnage, fictif celui-là, cible de dérision et de caricature, le satyre, qui figure sur des décors de nombreux vases et forme les chœurs des drames satyriques [60]. On pourrait relever plusieurs exemples de hérauts satyres, comme le héraut laconien de Lysistrata (980-992) pris pour un Konisalos par le prytane qui l’accueille, parce que, en tenant sa scytale [61] sous sa chlamyde, il paraît en érection. Au mot konisalos, le lexicographe Hésychius donne cette explication : « Danse satyrique qui [est exécutée] les parties honteuses en érection. » Konisalos est donc un danseur satyrique de type priapique qui semble être devenu personnage de comédie [62]. Les auteurs de drames satyriques semblent se complaire à représenter des personnages de hérauts : c’est le cas du Rhésos d’Euripide dont Dolon, l’apprenti héraut du chant X de l’Iliade, est le personnage principal, et d’un drame satyrique d’Eschyle dont nous n’avons conservé que quelques fragments, intitulé Les Hérauts [63]. Les Limiers de Sophocle, partis sur les traces d’Hermès à la solde d’Apollon, ont encore des affinités avec les hérauts [64], ainsi que les satyres du chœur des Athlètes isthmiques, autre pièce perdue d’Eschyle, que Silène apostrophe avec violence en ces termes : « Clouez-y chacun l’image de votre belle figure, messager, héraut muet, épouvantail à voyageurs. » [65]
21Dans le champ de l’iconographie, un personnage de héraut satyre pourrait se trouver sur le décor d’un beau psykter, vase à rafraîchir le vin, attribué par Beazley au peintre Douris [66] (fig. 6). Tout autour de la panse se déploient les évolutions acrobatiques d’une ronde de satyres buveurs ithyphalliques, dont l’un porte un canthare sur son pénis en érection : on se trouve là dans l’ambiance du « gymnase de Bromios » dont il est question dans un poème de Dionysios Chalcous, poète athénien à peu près contemporain du vase de Douris [67]. L’un d’entre eux, nu sous un manteau thrace (zeira), pétase sur la nuque, bottes montantes à revers, qui salue en brandissant un caducée métallique, donne le sens de lecture de la scène. Ce personnage a été interprété par Gérard Siebert comme un Hermès déguisé en satyre [68]. En l’absence de tout détail autorisant cette identification de manière sûre, l’interprétation du personnage comme un satyre héraut me paraît tout aussi fondée. Je suggérerai d’y voir un exarchos, conducteur d’un chœur satyrique de parodie, la parodie consistant ici dans le décalage manifeste entre la nature obscène des amusements auxquels se livrent les personnages et leur élégance détachée d’athlètes : certains ont le pénis ligaturé comme au gymnase, et leur maintien est assez conforme aux critères de l’apparence aristocratique (kalokagathia), tels qu’ils sont décrits par Aristophane dans Les Nuées (v. 1011-1014) : « Tu auras toujours la poitrine robuste, le teint clair, la langue courte, la fesse grosse, la verge petite. » Les accessoires du satyre, museau camus, queue de cheval et oreilles d’équidés, greffés sur ces silhouettes élancées, prennent une allure postiche.
22Ces identifications occasionnelles entre hérauts et satyres ne peuvent obtenir d’effet de vraisemblance sur l’imagination du spectateur que parce que celui-ci peut postuler une affinité entre l’habitus social du héraut et la nature imaginaire du satyre. Dans son étude sur le drame satyrique, Pierre Voelke a montré que le satyre était une figure de l’intermédiaire à divers points de vue : intermédiaire entre la bête et l’homme, bien sûr, puisqu’il est pourvu d’oreilles et de pattes d’équidés ; mais aussi entre l’adulte dont il arbore la barbe et l’enfant dont il semble avoir conservé la nature : il est en effet souvent qualifié de garçon (pais), tout comme l’esclave [69]. Le monde où il évolue est celui des marges incultes et sauvages (eschatiai) où se retrouvent encore le héraut et l’éphèbe et sa qualité principale est la vitesse à la course (podôkeia), qui s’exprime volontiers par les bonds qu’il sait exécuter, par exemple dans la sikinnis qui est la danse des chœurs satyriques sur scène, consistant en bonds reproduisant ceux du chasseur ou du gibier [70]. Selon Skamon de Mytilène, la sikinnis aurait été inventée par un personnage au nom bestial évoquant fortement le centaure, un certain Thersippe [71]. Gageons qu’un tel nom aux allures de surnom pouvait être aisément appliqué à un dromokêrux (héraut coureur) : de fait, chez Arrien, un messager d’Alexandre envoyé auprès de Darius porte ce même nom [72]. Héraclide du Pont connaît deux Thersippe [73] dont le second n’aurait été autre que le dromokêrux annonçant à Athènes la victoire de Marathon, que Lucien confond avec le Philippidès envoyé auprès des Spartiates [74]. Quoi qu’il en soit de ce Thersippe, l’anecdote pourrait révéler qu’un rapport était spontanément établi entre la sikinnis du satyre et l’activité du dromokêrux, du fait de la parenté de leurs activités, l’une étant en quelque sorte la transposition chorégraphique de l’autre. Les dromokêrukes, coureurs professionnels, présentent d’autre part de fortes affinités avec les éphèbes auxquels on réservait durant les guerres les missions d’hémérodromes, c’est-à-dire de courriers ou d’estafettes [75].
23Il est donc possible de parler d’un habitus du héraut, dès lors qu’on relève une telle adéquation entre son apparence corporelle et vestimentaire, son mode d’action spécifique et l’évaluation sociale des qualités que ce mode d’action met en jeu. Cette allure d’homme léger, court vêtu et gesticulant, s’adapte en effet autant aux qualités qu’on prête au bon héraut, soit la célérité et la débrouillardise, qu’aux défauts auxquels son métier paraît le prédisposer : il n’a ni les qualités requises pour faire un bon hoplite, puisqu’il doit par profession rester à l’écart des combats, ni celles pour exercer le commandement direct qui est le fait du magistrat, puisqu’il doit rester subordonné à ce dernier. Il convient toutefois de complexifier notre propos. Le dossier que nous avons utilisé n’est qu’un échantillon, qui ne présente que des personnages de hérauts de l’épopée ou de la tragédie. D’autre part, la variété des missions qui pouvaient être confiées aux hérauts était telle qu’ils constituaient un groupe social large et contrasté. Si le type du dromokêrux nous paraît se situer clairement du côté du rustre et du satyre, il existait des hérauts bien plus huppés, tels les hérauts sacrés d’Éleusis. L’iconographie des vases présente d’ailleurs une exception notable au type du héraut court vêtu et coiffé que nous décrivons dans cette étude : c’est celui du héraut proclamant le nom du vainqueur aux jeux qui apparaît sur certains vases comme une hydrie à figures rouges de Munich datée de la fin du VIe siècle [76], qui présente un héraut proclamant puis couronnant un vainqueur à la course et au discobole. Lorsqu’il fait sa proclamation, le personnage, tête dressée et menton relevé, est étroitement enroulé dans son himation qui recouvre ses bras et monte jusqu’au cou ; lorsqu’il applique les bandelettes et la couronne au vainqueur, il porte l’himation dégageant la moitié droite du torse. Les hérauts athéniens des jeux constituaient au dire de Pollux une catégorie à part [77], au même titre que les hérauts d’Éleusis. Les spondophores d’Olympie célébrés par Pindare dans sa IIe Isthmique étaient aussi d’influents personnages. Toutefois, ces hérauts sacrés ou ces hérauts des jeux à la noble allure pouvaient retrouver les qualités sociales de leur métier résumées dans la figure du héraut ou de l’Hermès alerte, court vêtu et haut coiffé des vases.
24Il faut noter en effet, pour finir, que, dans l’iconographie [78], le héraut se distingue malaisément de son patron divin [79]. Par l’allure ingambe comme par le costume court, le chapeau et le caducée, Hermès ne diffère en rien d’un de ses protégés, si ce n’est par une tournure un peu plus élancée et des jeux de mains plus variés [80]. Certains éléments iconographiques fonctionnent parfois comme des indices de l’identité divine : ce peut être un chapeau ou des chaussures agrémentés d’ailes, dénotant ses dons de circulation rapide ; ou la pardalide, tunique de peau tachetée, attribut ordinaire de Dionysos, qu’Hermès porte sur certains vases à figures noires ; ce peut être un geste, comme celui qui consiste à ouvrir trois doigts de la main, ou une posture, comme la pose assise de profil sur un siège pliant [81]. Mais, le plus souvent, seul le contexte permet de déterminer si l’on a affaire au héraut divin ou au héraut humain. Pourtant, lors même que le contexte ne comporte aucun élément épique ni mythique qui permette de trancher, les iconologues ont tendance à privilégier le premier par rapport au second [82].
25La similitude entre Hermès et son protégé se retrouve également sous l’angle de l’habitus : le dieu manifeste en effet, à la manière métonymique et superlative qui est celle des divinités, toutes les qualités qui nous ont paru caractériser le héraut. Ainsi, bien qu’il soit souvent barbu, en particulier dans l’iconographie la plus ancienne, il est en même temps le benjamin des dieux, à la nature d’adolescent. Ses moyens d’action relèvent davantage de la ruse propre aux éphèbes que du courage guerrier dont il est singulièrement dépourvu [83]. Père du rustre Pan, mais également père de trois satyres chez Nonnos de Pannopolis [84], il manifeste encore une forme de priapisme sous son apparence de pilier hermaïque pourvu d’un appendice ithyphallique. Pourtant, les ailes dont sont parfois pourvues ses bottes, ses sandales ou son pétase le rapprochent de divinités ou d’entités féminines, telles Iris ou Nikê, autres porteuses de caducées [85]. Les ailes connotent en effet des qualités de messager rapide, et la rapidité, on l’a vu plus haut, est une qualité opposée au courage guerrier de celui qui fait front : chez le dieu comme chez son émule humain, l’excès de virilité, du côté de l’obscénité plutôt que de l’andreia (courage viril), semble être la contrepartie d’un manque. Ainsi, dans la personne d’Hermès, qui exprime les qualités héraldiques sur le mode superlatif que permet l’affranchissement des contraintes d’une nature mortelle, l’habitus s’incarne dans un Ideal-typus qui me semble receler une partie de la nature même du dieu.
26Un groupe social peut donc se reconnaître dans un Ideal-typus, même si l’habitus exhibé par celui-ci n’est plus adopté par tous les membres de ce groupe. Les différences de condition à l’intérieur du groupe des hérauts se trouvent ainsi subsumées dans un habitus commun à tous ses membres. Le vêtement du héraut, très codifié, sous son apparente banalité, est une pièce essentielle de cet habitus. Le chiton court et ajusté suggère l’agilité et les qualités du coureur, mais amoindrit la prestance ; le caducée, accessoire manuel de bois proche de la baguette du pédotribe ou du bâton de berger, évoque l’homme de métier ; le couvre-chef signale le voyageur, le coursier, l’intermédiaire ; l’ensemble concourt à façonner un eidos particulier, très masculin tout en étant léger, un peu mince, un peu étriqué. On lui prête aisément les qualités et les défauts qui sont ceux d’Hermès : adresse, célérité, astuce, goût pour la parole, et leur contrepartie de roublardise, lâcheté, déloyauté et hâblerie. L’allure et les manières qui lui sont associées, à l’opposé de l’habitus hoplitique ou royal, sont celles d’un éphèbe attardé, d’un homme voué aux fonctions subalternes.
Mots-clés éditeurs : Grèce classique, héraut, Hermès, iconographie, identité, vêtement
Date de mise en ligne : 01/12/2007
https://doi.org/10.3917/rhis.072.0259