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Compte rendu

Louis-Pierre Sardella, Mgr Eudoxe Irénée Mignot (1842-1918). Un évêque français au temps du modernisme, Paris, Les Éditions du Cerf, 2004, 743 p.

Pages 719zb à 768zb

Citer cet article


  • Béthouart, B.
(2006). Louis-Pierre Sardella, Mgr Eudoxe Irénée Mignot (1842-1918). Un évêque français au temps du modernisme, Paris, Les Éditions du Cerf, 2004, 743 p. Revue historique, 639(3), 719zb-768zb. https://doi.org/10.3917/rhis.063.0719zb.

  • Béthouart, Bruno.
« Louis-Pierre Sardella, Mgr Eudoxe Irénée Mignot (1842-1918). Un évêque français au temps du modernisme, Paris, Les Éditions du Cerf, 2004, 743 p. ». Revue historique, 2006/3 n° 639, 2006. p.719zb-768zb. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2006-3-page-719zb?lang=fr.

  • BÉTHOUART, Bruno,
2006. Louis-Pierre Sardella, Mgr Eudoxe Irénée Mignot (1842-1918). Un évêque français au temps du modernisme, Paris, Les Éditions du Cerf, 2004, 743 p. Revue historique, 2006/3 n° 639, p.719zb-768zb. DOI : 10.3917/rhis.063.0719zb. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2006-3-page-719zb?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.063.0719zb


1 Si Mgr Mignot utilise toujours des guillemets quand il se qualifie d’intellectuel, il est incontestable que l’auteur de cet ouvrage, fruit d’une thèse dirigée par Étienne Fouilloux, portant sur la position d’un prélat au sein du conflit entre la hiérarchie ecclésiastique et les « modernes », peut reprendre à son compte ce qualificatif. L’ouvrage est en effet un produit réussi de ce que peut apporter le regard d’un intellectuel sur l’histoire du catholicisme français. Certes, il est toujours possible de regretter que, dans la logique même du tempérament de son « héros », l’A. n’introduise pas de manière plus systématique les éléments clés de l’itinéraire du prélat. Dès l’introduction, le choix est posé clairement. Il s’agit d’analyser et de commenter la pensée de Mgr Mignot. Celle-ci est toutefois bien éclairée, dans la première partie, par la présentation de l’environnement familial et éducatif du futur évêque. De même, la seconde partie de l’ouvrage se concentre sur la période 1893-1914. S’y retrouvent alors le combat perdu de la double condamnation pontificale vis-à-vis de l’abbé Loisy mais aussi du Sillon que l’A. traite davantage au sein de la troisième partie. Ce qui fait l’intérêt décisif de cette recherche se situe dans la troisième partie où l’auteur réfléchit tout simplement au catholicisme de cet autodidacte devenu archevêque d’Albi en 1899. S’en dégage alors un portrait saisissant d’un homme en voie de marginalisation dans la hiérarchie alors qu’il représente une via media de plus en plus pratiquée au sein de l’opinion catholique. Comment, en effet, comprendre que dans un pays où plus des trois quarts de la population se réclament de la confession catholique, les positions officielles du pape Pie X, certes amendées préalablement par celles de Léon XIII, et des congrégations romaines n’aient pas abouti à un schisme comparable à celui de la Réforme ? La réponse offerte par l’A. est très éclairante sur les catholiques d’alors et sur la personnalité de Mgr Mignot. Les premiers se sont affranchis, depuis la Révolution et peut-être même avant, de l’obligation de soumission au jour le jour aux injonctions du Magistère ; le second a été qualifié d’ « Érasme moderne » par Jean-Marie Mayeur. En effet, à la différence de Mgr Lacroix, autre grande figure de la contestation de l’intransigeantisme dominant dont il est possible de s’interroger sur la réalité de la foi, Mgr Mignot, à l’école de Newman dont il est imprégné, ne doute pas de l’existence de Dieu, de la pertinence de l’Église, mais refuse de s’installer dans une posture de sujet obéissant perinde ac cadaver. Il se montre surtout sévère pour les relais de l’intransigeantisme, affirmant ainsi que « la Croix-Féron n’est pas celle de N.S. mais que c’est celle du mauvais larron » lors de la crise du Sillon. Il déplore les attaques contre l’abbé Lemire « que l’on traque comme une bête fauve ». Pourtant il se montre réservé sur la démocratie, assez conservateur à la mode anglaise dans ses choix politiques, mais il pressent le péril que représente l’Action française pour l’Église. Son fonds de gallicanisme le pousse à s’en prendre aux « prétentions de la Curie » et il n’est pas loin de partager le jugement de Loisy : « Le modernisme aurait voulu seulement que le catholicisme s’assouplît en humanité. » L’A., fort des relevés établis au fil des nombreux débats de Mgr Mignot avec ses confrères dans l’épiscopat, le baron von Hügel, et ses partisans ou adversaires clercs et laïcs, dresse le portrait d’un catholique de la via media qui refuse l’intransigeantisme au-delà de la simple apparence comme le pense Émile Poulat mais aussi le relativisme qui monte en puissance. Soucieux d’une Église à nouveau proche de l’humanité du siècle présent avec ses modes certes mais aussi ses exigences nouvelles, se méfiant du fidéisme, s’appuyant autant sur la tradition que sur la Bible, Mgr Mignot apparaît comme le partisan d’une vision sans cesse réactualisée du message évangélique nécessitant le développement du dogme au fil de l’histoire sans tomber dans la tentation historiciste. Bien qu’il ait évoqué la possibilité d’une démission sans y songer vraiment, Mgr Mignot souhaite contribuer à la mise en œuvre d’une harmonie profonde, durable, entre les exigences de la foi et celles de la raison.

2 Bruno BéTHOUART.


Date de mise en ligne : 01/01/2008

https://doi.org/10.3917/rhis.063.0719zb