S'abonner
Compte rendu

Anglo-Norman Studies XXVI : Proceedings of the Battle Conference 2003, ed. John Gillingham, Woodbridge, The Boydell Press, 2004, XII-189 p.

Pages 139y à 235y

Citer cet article


  • Lachaud, F.
(2006). Anglo-Norman Studies XXVI : Proceedings of the Battle Conference 2003, ed. John Gillingham, Woodbridge, The Boydell Press, 2004, XII-189 p. Revue historique, 637(1), 139y-235y. https://doi.org/10.3917/rhis.061.0139y.

  • Lachaud, Frédérique.
« Anglo-Norman Studies XXVI : Proceedings of the Battle Conference 2003, ed. John Gillingham, Woodbridge, The Boydell Press, 2004, XII-189 p. ». Revue historique, 2006/1 n° 637, 2006. p.139y-235y. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2006-1-page-139y?lang=fr.

  • LACHAUD, Frédérique,
2006. Anglo-Norman Studies XXVI : Proceedings of the Battle Conference 2003, ed. John Gillingham, Woodbridge, The Boydell Press, 2004, XII-189 p. Revue historique, 2006/1 n° 637, p.139y-235y. DOI : 10.3917/rhis.061.0139y. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2006-1-page-139y?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.061.0139y


1 Les actes de la conférence de Battle tenue en 2003 témoignent de la diversité de la recherche actuelle dans le domaine de l’histoire de l’Angleterre et de la Normandie aux XIe et XIIe siècles. L’ouvrage s’ouvre sur une mise au point, par Richard Barber, sur le legs anglo-normand dans l’histoire intellectuelle anglaise. Certains thèmes qui apparaissaient déjà dans les sources médiévales connurent une grande fortune aux XVIe et XVIIe siècles. On retiendra, par exemple, la faveur que connut, auprès des Levellers, le thème de l’imposition de la Common law par les envahisseurs comme moyen d’opprimer les populations anglo-saxonnes : la Conquête devint même, à leurs yeux, le moment de la création de la propriété privée, source de tous les maux. L’étude attentive de l’évolution des interprétations données à la Conquête normande permet peut-être de s’émanciper d’un cadre parfois trop contraignant. De manière semblable, c’est en replaçant l’expansion des contacts commerciaux, diplomatiques et militaires dans le contexte général du désenclavement économique et commercial de l’Occident que Clare Downham peut proposer un regard neuf sur la place de l’Irlande et des Irlandais dans l’histoire des îles Britanniques au XIe siècle. La chronologie de l’histoire religieuse de la Normandie et de l’Angleterre fait aussi l’objet de perspectives renouvelées : Julia Barrow offre une analyse de l’évolution du recrutement du clergé dans le cadre du diocèse de Hereford, qui permet notamment de souligner l’impact des idées réformatrices sur le clergé local, mais à une période bien postérieure à la grande vague de réformes, la politique des prélats étant marquée par un certain attentisme. Et pour Véronique Gazeau, qui s’attache, de son côté, aux destinées des abbés bénédictins de Normandie, c’est le règne d’Henri Ier qui marqua une césure dans l’évolution du recrutement et de la formation des abbés, désormais très proches du pouvoir, et utilisés à certains égards comme des officiers ducaux.

2 C’est toutefois dans le domaine des études textuelles et de l’histoire des mentalités que l’ouvrage apporte le plus de points de vue nouveaux. L’étude de J.-L. Grassi oblige à lire la Vita Ædwardi regis sous un angle inattendu : longtemps considérée comme un récit peu fiable, la Vita serait, au contraire, une source de premier plan pour les années 1050 et 1060, et il s’agirait vraisemblablement d’une commande de la reine Édith. Et c’est sans doute la reine qui renseigna l’auteur sur la vie scandaleuse d’Ægilfu, une fille illégitime de Godwine – peut-être s’agit-il du personnage représenté sur la Tapisserie de Bayeux –, comme sur le rôle de Harold dans la rébellion des Northumbriens contre son frère Tostig. Dudon de Saint-Quentin apparaît aussi comme un auteur dont la réputation auprès des historiens mérite d’être réhabilitée, et c’est ici le détour par l’étude de l’intertextualité qui le permet. Bernard S. Bachrach pose ainsi la question de la « plausibilité rhétorique » dans laquelle doit s’insérer Dudon lorsqu’il rédige l’histoire des ancêtres des ducs de Normandie : l’attribution à Rollon d’une stratégie de conquête territoriale n’avait sans doute rien pour choquer les contemporains de Dudon, qui étaient sensibles au ressort providentiel du récit. Et les emprunts à la Bible et aux auteurs latins, notamment Virgile, étaient destinés à renforcer la narration, à lui donner cette « profondeur rhétorique » que Neil Wright attribue aussi à la Chronique des comtes d’Anjou et aux Gestes des seigneurs d’Amboise, deux chroniques truffées d’emprunts aux auteurs classiques, en particulier Lucain et Salluste.

3 L’étude de la stratégie culturelle des établissements ecclésiastiques auprès des « communautés textuelles » est également très prometteuse. Jennifer Paxton, dans un article stimulant, reconstitue les efforts des grandes abbayes de la région des Fens pour convaincre les communautés de laïcs environnantes de contribuer à leurs besoins financiers : les chroniques monastiques faisaient sans doute l’objet de lectures publiques, et les miracles comme les chartes enregistrant les donations permettaient de faire connaître aux laïcs les avantages d’une collaboration avec l’abbaye. Une même manipulation de l’écrit et de l’histoire se rencontre auprès de la famille Warenne, étudiée par Elisabeth van Houts. La reconstruction des monuments funéraires familiaux, la composition, sans doute dans les années 1150, de la Chronique des Warenne, tout comme la formulation des chartes conservant la preuve des transactions opérées par la famille suggèrent une stratégie familiale destinée à faire face, en 1157, à la menace de la confiscation d’une partie de ses terres en Normandie par Henri II. C’est ce même environnement mental de l’aristocratie qu’évoquent Richard Sharpe et Neil Strevett dans le contexte des troubles civils en 1088 et en 1101. Sur la base de listes de témoins, Richard Sharpe examine comment Guillaume le Roux sut régler la situation explosive de 1088. Paradoxalement, ce fut le schisme anglo-normand qui permit d’exclure d’Angleterre les rebelles les plus tenaces, et qui permit un règlement rapide de la crise. Selon Neil Strevett, c’est bien, toutefois, dans le contexte des difficultés posées, pour une bonne partie de l’aristocratie, par la politique successorale de Guillaume le Conquérant, et en particulier par sa décision de séparer les gouvernements de l’Angleterre et de la Normandie, qu’il faut comprendre les crises politiques de 1088 et de 1101. Si la politique de Guillaume fut sans doute, en dernier ressort, due au sentiment qu’avait le roi de l’impossibilité de maintenir un gouvernement double sur les deux territoires, cette vision était loin d’être partagée par ceux qui avaient conservé des intérêts des deux côtés de la Manche, et qui finirent par constituer un groupe relativement stable d’opposants à un gouvernement royal favorable à l’idée de la partition.

4 Frédérique LACHAUD.


Date de mise en ligne : 01/12/2007

https://doi.org/10.3917/rhis.061.0139y