Sergio Tognetti, Da Figline a Firenze. Ascesa economica e politica della famiglia Serristori (secoli XIV-XVI), Florence, Opus Libri, 2003, 233 p.
- Par Ilaria Taddei
Pages 139x à 235x
Citer cet article
- TADDEI, Ilaria,
- Taddei, Ilaria.
- Taddei, I.
https://doi.org/10.3917/rhis.061.0139x
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- Taddei, I.
- Taddei, Ilaria.
- TADDEI, Ilaria,
https://doi.org/10.3917/rhis.061.0139x
1 Spécialiste d’histoire économique et sociale de l’Italie de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance, Sergio Tognetti, avec son troisième ouvrage, s’inscrit parfaitement dans les nouvelles études prosopographiques qui, depuis une trentaine d’années, ont beaucoup apporté à la recherche historique touchant particulièrement au cadre politique et institutionnel. D’une extrême richesse et clarté, ce volume va bien au-delà des centres d’intérêt privilégiés de l’auteur et juxtapose une analyse fine de la montée économique des Serristori depuis la seconde moitié du XIVe jusqu’aux premières années du XVIe siècle et une étude précieuse de leur intégration politique dans l’élite dirigeante florentine. Cela conduit l’auteur à s’intéresser aux profondes transformations des structures démographiques, économiques, sociales et politiques que Florence traversa en l’espace de deux siècles, et ses conclusions contribuent grandement à en enrichir la réflexion.
2 Tognetti ouvre son introduction par une remarque concernant l’origine de son livre : « Cet ouvrage, dit-il, est né presque par hasard » lors d’une recherche sur l’industrie florentine de la soie. Or une telle considération n’est ni un artifice rhétorique ni un détail sans importance, mais c’est le signe évident de la démarche de l’historien de « terrain », continuellement plongé dans les archives, qui, dans le cas de Florence, on le sait, sont particulièrement riches. La familiarité de l’auteur avec les sources documentaires florentines lui permet en effet de se déplacer aisément d’un fonds à l’autre et de croiser avec habileté documents de différente nature, tant publics que privés.
3 Son travail repose sur un dépouillement systématique des archives de la famille Serristori, constituées pour l’essentiel de testaments et de multiples livres de comptes, auquel s’ajoute l’étude ponctuelle des registres notariés (Notarile Antecosimiano), des sources fiscales, du fonds des Tratte où sont enregistrées les habilitations et les tirages au sort du personnel politique florentin et celui du tribunal de la Mercanzia, l’organisme se prononçant sur les contentieux entre marchands. Cette vaste gamme de documents, tous conservés aujourd’hui dans les Archives d’État de Florence, est complétée par les sources concernant les compagnies des Serristori gardées dans les Archives de l’hôpital des Innocents, l’établissement d’assistance pour l’enfance abandonnée que la puissante Corporation de la Soie finança en 1419.
4 L’auteur reconstitue avec brio et précision la genèse de la puissance économique et politique des Serristori, une famille de notaires originaire de Figline, dans la vallée supérieure de l’Arno, qui s’établit à Florence dans la première moitié du XIVe siècle. À cette époque, Figline – insiste Tognetti – n’était pas un bourg sans importance mais un centre rural situé sur un axe commercial majeur qui, par ses activités économiques (il comptait un marché de blé et de bétail et une production artisanale diversifiée) et par ses dimensions, se rapprochait de la physionomie d’une ville. Rappelons que, au début du Trecento, la Toscane, avec une population s’élevant à plus d’un million d’habitants, était l’aire la plus urbanisée d’Italie et probablement d’Europe. Cela signifie que même des petits centres ruraux comme Figline auraient pu être considérés ailleurs comme de véritables villes. La présence de nombreux notaires, dont ser Ristoro, est aussi un autre signe évident de son dynamisme.
5 Dans la Florence de la fin du Moyen Âge, les Serristori étaient donc une famille implantée de fraîche date et entrée tardivement dans l’arène politique florentine. À la différence d’autres lignages de l’élite dirigeante, tels que les Acciaiuoli, les Alberti, les Albizzi, les Corsini, les Guicciardini, les Médicis, les Strozzi, etc., qui participaient à la vie politique florentine depuis l’institution du Priorat des Arts en 1282, les Serristori n’eurent accès au gouvernement de la ville qu’à la suite du Tumulte des Ciompi (1378), lors de la mise en place du régime populaire ouvert aux « hommes nouveaux ». C’est donc dans les dernières décennies du XIVe siècle que cette famille de récente implantation, après avoir accumulé de grandes richesses, gagna une position politique de premier plan et un prestige social solide qui lui permirent de demeurer au sein de la classe dirigeante tout au long du XVe siècle sans subir les aléas des changements de gouvernement. Parallèlement, elle acquit une identité lignagère avec un nomen dérivant de son patronyme et, suite aux ramifications familiales, la branche la plus puissante se souda autour de leur ancêtre, ser Ristoro de Figline, le notaire immigré à Florence qui, dans son bourg natal, fonda l’hôpital de S. Maria Annunziata et choisit l’église franciscaine de Santa Croce de Florence comme lieu de sépulture. C’est ici à ses côtés que, selon une stratégie consolidée de légitimation dynastique, furent plus tard ensevelis ses descendants.
6 Le volume est composé de cinq chapitres dont chacun est consacré, une génération après l’autre, à l’une des figures majeures marquant une étape essentielle de la réussite individuelle et familiale. Dans le premier chapitre, l’auteur présente l’ancêtre des Serristori, le notaire Ristoro, immigré en ville peu d’années avant la Peste noire et déjà désigné comme citoyen de Florence en 1351. Son intégration dans la vie politique florentine va de pair avec le développement de sa carrière de notaire qui compte une clientèle de plus en plus nombreuse. Parallèlement, ser Ristoro, immatriculé entre autres dans l’Art de la Laine, investit des sommes considérables d’argent gagnées grâce à son intense activité de notaire dans les secteurs de la production et du commerce, notamment la manufacture textile. Ainsi, les honneurs publics – comme l’annonce le titre du paragraphe ( « Onori pubblici e affari privati » ) – et les affaires privées se chevauchent. Tognetti souligne le fait que l’apogée de la carrière professionnelle et politique du notaire, débutée au lendemain du Tumulte des Ciompi, se réalise pleinement sous le signe de la prétendue clôture oligarchique, et il considère cela « d’une certaine manière étonnant » (p. 27). Autrement dit, il interprète l’ascension économique et politique de ser Ristoro comme une brèche évidente dans le paradigme historiographique traditionnel fondé sur l’idée d’un resserrement de la classe dirigeante florentine à partir de la fin du « régime des Arts » en 1382. D’après cette thèse, largement soutenue par l’historiographie anglo-saxonne, la fermeture progressive de l’élite gouvernementale aurait entraîné un processus d’aristocratisation, transformé ses traits identitaires et mis un frein à sa mobilité économique et sociale. Tognetti récuse avec force cette interprétation et souligne que d’autres familles de parvenus, tels les Riccardi, exclus de la vie politique dans la Florence de Dante, partagèrent un siècle plus tard avec les Serristori le même sort heureux. Il s’agit là d’une question autant fondamentale que délicate, au cœur de la problématique que l’auteur pose avec clarté au début de son travail. Cela aurait peut-être mérité une discussion plus approfondie, capable de mieux rendre compte de la complexité de l’élite florentine dans un moment de profondes transformations, marqué par la naissance de nouvelles magistratures politiques.
7 Christiane Klapisch-Zuber a récemment contribué à en clarifier les termes. Sur la base des données recueillies par Dale Kent, elle a rappelé qu’entre 1382 et 1433 le nombre des qualifiés aux offices majeurs de la République augmente décidément par rapport à celui de la période antérieure. Mais cet élargissement des éligibles s’accompagne d’un processus de concentration des charges aux mains des familles puissantes, ce qui réduit sensiblement la participation des représentants des Arts mineurs et des magnats aux postes clés du gouvernement. Alors que pour ces catégories les chances d’être admis dans les rouages du gouvernement s’amoindrissent, pour une élite de familles et d’individus appartenant aux rangs des populaires se déclinent des carrières politiques débridées où les charges gouvernementales se succèdent les unes aux autres sans discontinuité. C’est précisément ce qui ressort de l’annexe 1 illustrant les fonctions publiques exercées d’abord par ser Ristoro et ensuite par ses successeurs. Celui-ci, lorsqu’il obtient des offices publics, est en fait un riche notaire, doté d’une ample clientèle et jouissant de postes de responsabilité au sein de la Corporation liée à sa profession. Sa carrière politique, comme l’auteur lui-même le met bien en évidence, conçue en termes d’honneurs et de bénéfices matériels, vient en effet couronner le prestige de son ascension sociale et économique. Ces dernières remarques convergent donc avec les conclusions de Tognetti concernant la mobilité sociale de l’élite florentine.
8 Pour assurer le succès de sa descendance, ser Ristoro s’aligne sur un choix ancré dans l’élite florentine et dirige ses fils vers des carrières complémentaires : alors que Tommaso et Salvestro sont destinés à devenir des hommes d’affaires dans les secteurs de la production et du commerce de la laine, leur frère cadet Giovanni se tourne vers une profession juridique et, pour cela, est envoyé au Studium de Bologne où, en 1397, il reçoit le doctorat en droit civil. Mais, finalement, le décès de ses deux frères le ramène vers les affaires. Cet homme de mille ressources ( « un uomo dalle mille risorse » ) – pour reprendre le titre d’un paragraphe du deuxième chapitre – mena à la fois avec succès sa profession juridique et les opérations mercantiles et bancaires typiques des hommes d’affaires florentins. Il ouvrit une filiale à Barcelone et s’inséra dans les circuits commerciaux et financiers internationaux. Cette double activité ne l’empêcha pas, en outre, d’accepter des offices internes (intrinseci) au sein de la République florentine, les plus hautes charges dans la Corporation des Juges et Notaires, et, à la fin de sa vie, d’être appelé à intervenir dans d’importantes missions et ambassades, telle celle qu’il conduisit en 1409 au Concile de Pise.
9 La mort de Giovanni signe la fin de l’unité familiale créée par ser Ristoro et la division des Serristori en deux branches ayant dès lors des destins séparés : tandis que les fastes seront réservés à la descendance de Salvestre, les fils de Tommaso perdront une grande partie de leurs biens et seront relégués aux marges de la vie politique florentine. L’auteur lit dans ce choix entrepris par les successeurs de Giovanni comme un trait qui distinguerait cette famille de nouvelle souche de celles plus anciennes du Popolo grasso, tels les Acciaiuoli, Peruzzi, Ricci, Guicciardini, Strozzi et Médicis, dotées d’une tradition clanique et agnatique plus soudée. Mais, si l’on adhère à la vision « dynamique » de la famille florentine à la Renaissance élaborée par Francis W. Kent, ce partage pourrait être interprété comme l’une des étapes de l’évolution qu’au XVe siècle les grands lignages (tels les Capponi, Rucellai et Ginori) traversent avec les changements de générations. Dans cette optique, les transformations de la structure familiale patrilinéaire s’accompagneraient de celles touchant à d’autres types de relations, telles les alliances matrimoniales. C’est précisément ce que le fils aîné de Salvestro, Antonio, le protagoniste du troisième chapitre réalise en 1415 par le biais de son mariage avec Costanza, fille d’Averardo de Médicis. La décision de se marier encore jeune avec cette femme dont le père était le cousin de Côme l’Ancien souligne clairement sa volonté d’étendre l’influence de la famille et de consolider son pouvoir et sa position sociale à travers la création d’une nouvelle parenté liée à la faction des Médicis. L’anthroponymie souligne à l’envi l’importance de cette alliance influant sur le stock de prénoms où, depuis ce mariage, l’appellation d’Averardo se répète d’une génération à l’autre.
10 Dans le climat d’opposition entre le parti plus fermé des Albizzi et celui plus « démocratique » des Alberti et des Médicis, le choix de ce dernier camp – nous dit l’auteur – était « naturel ». De fait, comme il ressort clairement de la précieuse reconstruction des carrières politiques des Serristori que l’auteur nous livre à la fin de l’ouvrage, l’alliance politique et familiale avec les Médicis marqua un pas crucial pour la promotion de cette famille au rang des lignages les plus illustres de l’élite florentine. Le cheminement politique d’Antonio fut aussitôt accéléré et, avant l’âge de 30 ans, il fut déjà investi de charges administratives pour occuper ensuite les plus hauts offices internes. Grâce à cet appui, la position économique et politique des Serristori se consolida et cette famille fit partie du « inner circle » des fidèles des Médicis ayant un contrôle informel des rouages du gouvernement.
11 Antonio participa aux activités commerciales et bancaires internationales en tant que grand marchand doté – selon l’expression de Tognetti – d’un véritable know how, et, comme en témoigne son libro mastro où sont enregistrées toutes les actions financières, géra avec habileté des sommes importantes d’argent. Parmi ses nombreux débiteurs figuraient de puissants seigneurs comme les Malatesta de Rimini, la curie pontificale, le célèbre chancelier et humaniste Leonardo Bruni, l’État florentin lui-même et un vaste groupe de « parents et amis » dont beaucoup étaient originaires de Figline. Or la trame d’un ample réseau de liens d’intérêts financiers tissés dans la ville et en dehors pouvait facilement fonctionner comme une clientèle potentielle, et leurs débiteurs se transformer ainsi en fidèles alliés. De fait, durant l’exil des Médicis, les Serristori devinrent le point de référence à Florence de tous les fuoriusciti et gérèrent sans entraves les capitaux florentins du Banco des Médicis. Quant à Côme l’Ancien, il put guider son holding depuis Venise. À ce propos, Tognetti relève la dimension particulière, économiquement stratégique, que l’exil acquiert dans une société mercantile, telle Florence, dominée par des hommes d’affaires inscrits dans des circuits internationaux. Mais, mieux encore, les Serristori surent pour leur part échapper à cette condamnation. Tout en demeurant de fidèles alliés des Médicis, ils affichèrent une position modérée leur permettant de garder toujours une certaine autonomie politique.
12 Cela étant, ce fut avec le retour de Côme à Florence que, pour Antonio, s’ouvrit l’âge d’or. L’auteur nous livre une reconstruction éclairant au mieux l’accélération de sa carrière politique dès l’installation du régime médicéen : à partir de ce moment-là, Antonio alterna sans discontinuité offices internes (intrinseci) et externes (estrinseci) et participa assidûment aux nouvelles magistratures et aux assemblées extraordinaires nouvellement instituées. De même, tous ses fils, malgré leur jeune âge, furent d’emblée insérés parmi les éligibles aux offices majeurs de la République. À l’évidence, c’était pour les Médicis la façon de rendre hommage à la fidélité indéfectible de cette famille.
13 À la mort d’Antonio, vers la fin des années 1440, ses huit fils – faisant l’objet du quatrième chapitre – bénéficièrent de ce riche héritage. Les Serristori, une « fraternal joint-family » – autrement dit, une famille où les frères encore jeunes demeuraient sous le même toit jusqu’à l’acquisition de leur indépendance et la constitution de nouvelles cellules – furent constamment présents dans les postes clés de la République. L’auteur note qu’entre 1450 et 1460, chaque année, au moins un des frères siégea aux trois offices majeurs. Par la suite, sous le régime de Laurent le Magnifique, les Serristori furent parmi ses collaborateurs les plus étroits appelés à détenir les nouvelles magistratures. Giovanni, l’aîné d’Antonio et le plus riche parmi ses fils, eut un rapport privilégié avec Laurent dont témoignent les lettres de ce dernier. Cette attache fut si forte que même la célèbre conspiration organisée en 1478 par les Pazzi, apparentés aux Serristori, ne parvint pas à la briser.
14 Tognetti met très bien en évidence le lien congénital entre offices publics et honneurs individuels et familiaux. Les carrières des fils d’Antonio accumulant à la faveur des Médicis une longue série de hautes charges furent en effet une source inépuisable de prestige familial. Leur promotion dans l’élite florentine se manifeste entre autres sur le plan du marché matrimonial où les Serristori furent de plus en plus cotés. Ainsi, pour le mariage avec Alessandra, fille d’Antonio de Benedetto Strozzi, Averardo reçut une dot exceptionnelle de 2 800 florins.
15 Toutefois, tous ces honneurs n’éloignèrent pas les Serristori des activités commerciales et bancaires. Bien au contraire, les fils d’Antonio renouvelèrent leur compagnie et diversifièrent les activités manufacturières et commerciales allant du nouveau secteur de pointe de la soie aux investissements dans l’élevage du bétail dans la Maremme. Leur style de vie, souligne l’auteur, ne fut donc jamais celui du rentier replié sur ses biens fonciers, et ils gardèrent constamment l’esprit typique du mercator, toujours prêt à se risquer dans de nouveaux marchés.
16 Dans le dernier chapitre, Tognetti traite des succès que les fils d’Averardo – ceux qui gagnèrent le leadership de la famille – connurent entre la fin du Quattrocento et les premières années du siècle suivant. Dirigés par leur père vers des carrières professionnelles intégrées aux affaires familiales, ils développèrent la production et le commerce international des tissus de luxe, en particulier de la soie, avec des filiales dans les principaux centres de l’Europe occidentale, créèrent une nouvelle compagnie à Londres à laquelle collaborèrent tous les frères, et ouvrirent des ateliers de cuir dans le bourg natal de la famille. Aux profits tirés des activités manufacturières et mercantiles s’ajoutaient les rentes foncières des biens que les Serristori avaient éparpillés à plusieurs endroits du contado. L’auteur en vient à juste titre à considérer leur puissance économique comme l’une des raisons premières de leur influence politique allant au-delà du camp des partisans des Médicis. En 1494, la fuite de Pierre de Florence, en effet, n’annonça pas le déclin des Serritori qui, dans la République de Jérôme Savonarole, occupèrent toujours des postes importants dans le gouvernement.
17 Le livre se termine ainsi par les événements que les Serristori connurent dans les premières années du XVIe siècle, au moment où les descendants de ser Ristoro, comme d’autres puissants lignages, transformèrent leur maison familiale en un véritable palais. Voici donc tracée l’évolution de cette famille immigrée du contado à Florence depuis un siècle et demi et devenue entre-temps un grand lignage soudé autour de son patronyme, fort d’une identité que l’on peut dire dynastique.
18 Quelques remarques en conclusion. Le livre de Tognetti, qui se distingue aussi par son style clair et alléchant à la fois, marque un pas important dans les débats historiographiques sur la Florence de la Renaissance. Ce qui ressort avec force de son ouvrage, ce sont avant tout les capacités de mobilité sociale et de dynamisme économique dont font preuve ser Ristoro et ses descendants. Cette étude devient alors exemplaire de nouvelles tendances interprétatives vers lesquelles convergent désormais tous les spécialistes d’histoire économique s’opposant à une vision catastrophique de la « crise » du XIVe siècle frappant l’Occident médiéval. L’étude des Serristori montre sans ambiguïté que, aux derniers siècles du Moyen Âge, Florence, longtemps prise comme l’exemple par excellence de ce temps de crise, ne se signale pas par une stagnation mais plutôt par une reconversion économique qui se traduit par l’émergence de nouveaux secteurs se substituant aux anciens en crise. De même, l’oligarchie florentine ne se replie pas entièrement sur elle-même et garde toujours des marges d’ouverture envers les « hommes nouveaux », susceptibles, à travers le commerce, la banque, la manufacture et les rentes immobilières, de cumuler, comme les Serristori, d’énormes richesses en quelques décennies. Cela conforte l’image d’une élite florentine moins figée que d’autres, à l’exemple de l’oligarchie vénitienne, qui garde moins longtemps cette remarquable fluidité. Ce qui frappe finalement, c’est ici le pouvoir de l’argent qui demeure dans la Florence de la Renaissance un moteur essentiel des dynamiques sociales et du succès des carrières politiques. Les florins, comme l’auteur le dit très bien, furent la meilleure arme que les Serristori eurent à leur disposition pour instaurer un rapport privilégié avec les Médicis, tout en gardant d’amples sphères d’autonomie.
19 Ilaria TADDEI.