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Compte rendu

Fourteenth-Century England III, éd. W. M. Ormrod, Woodbridge, The Boydell Press, 2004, XII + 222 p.

Pages 627i à 703i

Citer cet article


  • Lachaud, F.
(2005). Fourteenth-Century England III, éd. W. M. Ormrod, Woodbridge, The Boydell Press, 2004, XII + 222 p. Revue historique, 635(3), 627i-703i. https://doi.org/10.3917/rhis.053.0627i.

  • Lachaud, Frédérique.
« Fourteenth-Century England III, éd. W. M. Ormrod, Woodbridge, The Boydell Press, 2004, XII + 222 p. ». Revue historique, 2005/3 n° 635, 2005. p.627i-703i. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2005-3-page-627i?lang=fr.

  • LACHAUD, Frédérique,
2005. Fourteenth-Century England III, éd. W. M. Ormrod, Woodbridge, The Boydell Press, 2004, XII + 222 p. Revue historique, 2005/3 n° 635, p.627i-703i. DOI : 10.3917/rhis.053.0627i. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2005-3-page-627i?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.053.0627i


1 La série Fourteenth-Century England se présente désormais comme un véritable périodique ; les contributions réunies dans le dernier volume de la collection ne sont liées que par le cadre chronologique, entendu largement, et on ne trouvera là ni introduction ni conclusion. On peut toutefois repérer, dans ce tableau de la recherche récente sur l’Angleterre au XIVe siècle, un certain nombre de thèmes majeurs : l’histoire culturelle et surtout politique domine largement le paysage, soutenue par un intérêt commun pour l’approche biographique et prosopographique et pour les chroniques. L’unique contribution du volume à l’histoire sociale est l’article d’Anthony Musson sur les constructions des hommes de loi comme reflet de leurs aspirations sociales, et la seule étude relevant de l’histoire économique est celle de Mark Page, sur l’administration des domaines de l’évêché de Winchester sous William Wykeham (1366-1404), connu par ailleurs pour sa politique édilitaire somptueuse. L’analyse fouillée que l’auteur offre de la comptabilité locale et centrale des officiers de Wykeham lui permet de démonter le mécanisme économique et financier d’une seigneurie qui fut parmi les plus riches de l’Angleterre à la fin du Moyen Âge. L’épiscopat de Wykeham, s’il n’innova pas, se distingue par la fermeté de son administration, l’évêque tentant de tirer, dans le cadre d’une conjoncture défavorable, le maximum de ses droits et de ses domaines, et refusant toute concession.

2 Les historiens familiers des thématiques des médiévistes d’outre-Manche retrouveront dans cet ouvrage des approches déjà rencontrées. Par exemple, Mark Arvanigian retrace l’évolution de l’ « affinité » de Jean de Gand, et démontre comment le fils cadet d’Édouard III parvint à construire un parti dynastique durable. Quant à David Green, il examine les liens entre le Prince Noir et l’East Anglia : si le prince ne développa pas, dans cette région riche, une forte affinité, de nombreuses personnes de son entourage y tenaient des terres, et l’analyse fine des liens qui les unissaient permet de voir comment l’appartenance à une retenue importante pouvait venir renforcer d’autres rapports. Un certain nombre d’épisodes de l’histoire politique anglaise du XIVe siècle, eux aussi bien connus, bénéficient ici d’un éclairage différent. Andy King revient sur la première dispute entre Thomas de Lancastre et Édouard II, suggérant qu’il faut chercher l’origine de la querelle dans un conflit local entre les hommes du comte de Lancastre et les officiers de la couronne, en particulier Gerard Salvayn, responsable de l’administration des échoites au nord de la Trent. Le programme d’opposition de 1311 n’est pas le premier à faire une place à la question du contrôle de l’activité des gardiens des échoites, mais il est certain que l’épisode illustre bien l’interaction entre conflits locaux et tensions au centre pendant le règne d’Édouard II. La dénonciation de Stephen Scrope de Castle Combe comme traître par John Kighley est replacée, elle aussi, dans le contexte des luttes locales du sud-est de l’Angleterre (Alastair Dunn). Toutefois, cette dispute locale eut des conséquences inattendues : Kighley fut, certes, débouté par la cour du connétable et du maréchal d’Angleterre, mais les soupçons reposant sur la loyauté de Scrope obligèrent celui-ci à accepter d’être mis à l’épreuve sur les frontières du royaume par le gouvernement lancastrien, et l’ensemble de l’affaire jette une lumière intéressante sur le climat qui suivit la révolution de 1399. L’importance du sentiment régional est également soulignée par Jane Beal : la réhabilitation, par le Cornouaillais John Trevisa, traducteur du Polychronicon de Ranulf Higden, de Geoffroi de Monmouth, que Higden critiquait, tient ainsi essentiellement à la place que Geoffroi accorde dans son ouvrage à la région des Cornouailles.

3 Kris Towson explique la dispute entre Henry Percy et Jean de Gand, en 1381, par le contexte volatile de l’année qui vit la révolte des paysans, et l’auteur suggère de voir là le résultat, entre autres, de mauvaises communications entre les nobles pendant les troubles. Surtout, l’épisode fut, pour le jeune roi, le moyen d’affirmer publiquement son autorité et son rôle de pacificateur de la noblesse. Il s’agissait là d’une fonction fondamentale de la royauté, que le Richard de la maturité semble avoir été incapable, curieusement, de remplir, une carence qui contribua à sa déposition. Finalement, Kelly DeVries suggère que la fameuse « croisade » de Henry Despenser, évêque de Norwich, en Flandre, à l’été 1384, fut détournée de son véritable objectif, l’attaque contre les terres tenues par les fidèles du pape Clément VII, et cela grâce à l’action des révoltés gantois, qui se portèrent à la rencontre de Despenser à Calais et lui firent briller la perspective d’un soulèvement général de la Flandre en faveur des Anglais.

4 Deux contributions font appel à l’histoire de l’art pour renouveler certains aspects de l’histoire des pouvoirs. Dans son article sur le Diptyque de Wilton, Lisa Monnas suggère que ce tableau fut commandé pour les dévotions privées de Richard II, pratiquées par le roi dans son propre oratoire ou dans un réduit proche de la chapelle où se déroulait la messe, et qu’il était destiné, notamment, à commémorer le souvenir de la défunte Anne de Bohême. D. M. Palliser, dans son étude de l’abbaye de Westminster comme mausolée royal, avance que cette fonction ne fut en fait remplie qu’assez tard, aux XIVe et XVe siècles. On ne peut discerner, au XIIIe siècle, d’intention, chez les rois, de créer un véritable panthéon familial à Westminster, et les parents immédiats d’Henri III n’y furent pas inhumés. Le point tournant est en fait constitué par le règne d’Édouard Ier, qui commença à montrer un intérêt pour Westminster en 1290, alors même qu’il se détournait de l’abbaye de Vale Royal.

5 On insistera ici sur deux excellentes contributions, qui présentent des points de vue véritablement novateurs. L’article de Craig Taylor sur la lecture de la déposition de Richard II dans les sources françaises du XVe siècle nous permet de voir comment cet événement fut exploité au gré des circonstances politiques comme en fonction des nécessités idéologiques du moment, une monarchie française aux abois trouvant par exemple dans la dénonciation des Lancastre comme usurpateurs un argument supplémentaire en faveur de sa propre légitimité. Et l’étude par Christian D. Liddy des rapports entre Bristol et la couronne au début du règne d’Édouard III constitue certainement l’une des contributions les plus stimulantes de l’ouvrage. Bristol joua un rôle de premier plan dans les événements de 1326 : Édouard II crut pouvoir s’y réfugier, mais la ville choisit le camp d’Isabelle et de Mortimer, et fut ensuite le théâtre d’événements décisifs qui menèrent à la déposition du roi. Dans les années qui suivirent, la ville ne put toutefois tirer parti de cet avantage politique : le gouvernement royal avait pris l’habitude de l’exploiter pour récompenser certains serviteurs de la royauté, et Isabelle et Mortimer appuyèrent les revendications du magnat local, Thomas Berkeley, dans sa dispute avec Bristol au sujet du faubourg de Redcliffe. La prise de pouvoir personnel par Édouard III permit à Bristol d’obtenir satisfaction sur un certain nombre de points, mais il fallut en fait attendre les années 1370 pour voir cette ville assumer une place nouvelle dans les affaires du royaume, grâce à son rôle commercial et naval.

6 Frédérique LACHAUD.


Date de mise en ligne : 01/12/2007

https://doi.org/10.3917/rhis.053.0627i