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Compte rendu

The Lancastrian Court : Proceedings of the 2001 Harlaxton Symposium, Jenny Stratford (éd.), Donington, Shaun Tyas, 2003 (Harlaxton Medieval Studies, XIII), XXI-271 p., 65 planches.

Pages 383i à 463i

Citer cet article


  • Lachaud, F.
(2005). The Lancastrian Court : Proceedings of the 2001 Harlaxton Symposium, Jenny Stratford (éd.), Donington, Shaun Tyas, 2003 (Harlaxton Medieval Studies, XIII), XXI-271 p., 65 planches. Revue historique, 634(2), 383i-463i. https://doi.org/10.3917/rhis.052.0383i.

  • Lachaud, Frédérique.
« The Lancastrian Court : Proceedings of the 2001 Harlaxton Symposium, Jenny Stratford (éd.), Donington, Shaun Tyas, 2003 (Harlaxton Medieval Studies, XIII), XXI-271 p., 65 planches. ». Revue historique, 2005/2 n° 634, 2005. p.383i-463i. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2005-2-page-383i?lang=fr.

  • LACHAUD, Frédérique,
2005. The Lancastrian Court : Proceedings of the 2001 Harlaxton Symposium, Jenny Stratford (éd.), Donington, Shaun Tyas, 2003 (Harlaxton Medieval Studies, XIII), XXI-271 p., 65 planches. Revue historique, 2005/2 n° 634, p.383i-463i. DOI : 10.3917/rhis.052.0383i. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2005-2-page-383i?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.052.0383i


1 L’interrogation majeure qui sous-tend la publication du très beau colloque de Harlaxton sur la cour des rois Lancastre est la place de cette entité dans le corps politique anglais, particulièrement en comparaison de la cour anglaise au début de l’époque moderne. Les deux communications de synthèse qui encadrent l’ouvrage proposent une vision assez contrastée du phénomène curial au cours de la période. Gerald Harriss ne remet pas en cause la fonction fondamentale de la cour, centre de patronage et instrument manipulé par les rois pour faire appliquer leur politique, et rappelle que l’Hôtel d’Henri VI, par exemple, ne fut pas moins important en nombre que celui des premiers Tudor, mais il suggère que l’évolution de la cour reflète la personnalité et la situation politique de chacun des trois rois Lancastre. Son peu d’importance pendant une grande partie du règne d’Henri VI doit ainsi, bien entendu, être mise en rapport avec la jeunesse, puis l’incapacité du roi : la cour fut alors à la fois trop perméable et facilement manipulée, ou bien, comme le rappelle plus loin Anne Curry, rassemblée autour de grands nobles, tels le comte de Warwick à Rouen pendant le séjour français d’Henri dans cette ville, plutôt qu’autour de la personne royale. John Watts, par contre, peut-être en écho à la propagande des Lancastre qui liait les destins du roi et du peuple, remet en cause la pertinence de la notion même de cour pour la période étudiée, et cela au profit d’autres entités, comme le conseil, le parlement ou le royaume. On peut se demander dans quelle mesure, toutefois, les conclusions de cette étude subtile et provocatrice ne sont pas valables pour d’autres périodes, et on pourra trouver a contrario quelque peu monolithique la définition donnée par l’auteur de la cour aux XIIe et XIIIe siècles. Il est malgré tout certain que l’intervention de la cour dans les affaires de l’Université de Cambridge, par exemple, qui conduisit à la construction de King’s College, fut, comme le démontre Barrie Dobson, le fruit des manœuvres d’universitaires hostiles au cercle des Londoniens responsables de la fondation de God’s House, plutôt que le reflet de l’intérêt du roi ou de ses proches pour l’université. De la même manière, c’est peut-être dans des cercles distants de la cour des Lancastre que furent prises les initiatives les plus intéressantes dans le domaine culturel : ainsi, la traduction, sur l’ordre d’Humfrey, duc de Gloucester, du De re agricultura de Palladius, répond comme en un dialogue à celle du De consulatu Stilichonis de Claudien, pour Richard, duc d’York. Ces éloges respectifs de la retraite rurale et de la vie publique reflétaient les positions de leurs commanditaires et l’importance du livre dans la vie politique plutôt que l’activité de la cour royale (A. S. G. Edwards).

2 En dépit du sentiment de doute qui parcourt l’ouvrage, c’est, malgré tout, une vision assez spécifique et positive de la royauté des Lancastre et de leur cour qui résulte de la lecture des différentes communications. L’encouragement donné par les rois Lancastre à des activités comme la chirurgie (Carole Rawcliffe) ou la distillation, branche traditionnelle de l’alchimie (Linda Ehrsam Voigts), nous rappelle l’ouverture de leur cour aux courants scientifiques et techniques contemporains. Mais ce fut le souci de l’assertion de la légitimité de la dynastie qui semble avoir dominé la culture de cour pendant cette période : l’héraldique exprimait ce souci de manière privilégiée, ainsi que le rappelle Lucy Freeman Sandler au sujet du fameux groupe des manuscrits « Bohun ». John Cherry démontre aussi que la présence, sur le second grand sceau d’Henri IV, des rois Edmund et Édouard le Confesseur reflète la volonté du premier roi Lancastre de mettre en valeur ses liens du sang avec Henri III, dont la dévotion pour ces deux saints est bien connue, alors que le projet de canonisation d’Alfred le Grand, analysé par Nicholas Rogers, suggère que l’entourage d’Henri VI fut également très sensible à cette thématique de la continuité. Au-delà du rôle de la cour comme support pour l’assertion de la légitimité de la dynastie, on voit qu’elle put aussi opérer comme instrument politique à part entière. L’analyse par Margaret Kekewich du séjour de Marguerite d’Anjou et de son fils à Kœur, en Lorraine, de 1463 à 1470, montre que la cour, même réduite à la portion congrue, continua d’être fréquentée par des hommes de savoir, tels George Ashby, auteur de deux traités d’éducation pour le jeune prince, et bien sûr John Fortescue, et qu’elle fut capable de fonctionner comme point de ralliement, comme centre diplomatique et comme base pour les projets d’expédition en Angleterre. La recherche d’une image publique grandiose pour la royauté lancastrienne parcourt également son histoire, et apparut ainsi pleinement lors du couronnement du jeune Henri comme roi de France en décembre 1431 : l’entrée du roi à Paris fut célébrée par un certain nombre de tableaux, dont un lit de justice, financé par l’administration anglaise, et qui figurait au centre un enfant, avec deux couronnes suspendues au-dessus de la tête, entouré d’acteurs habillés comme les pairs de France et d’Angleterre (Anne Curry). La revendication d’une souveraineté active sur l’ensemble des îles Britanniques accompagna longtemps ces prétentions françaises, ce dont témoigne la chronique de John Hardyng, que son auteur illustra de cartes de l’Écosse qui sont autant de plans de conquête (Alfred Hiatt). La procession funéraire d’Henri V de Vincennes à Westminster (Lisa Monnas) comme l’importance du culte posthume d’Henri VI, dont Richard Marks montre qu’il fut particulièrement intense à l’intérieur d’un « territoire de grâce » correspondant à l’East Anglia et au Kent, suggèrent finalement que l’entourage des rois Lancastre parvint à projeter une image de la royauté dans l’au-delà, et à faire fusionner dévotion et politique, ce dont l’extraordinaire représentation du collier aux « SS » entourant un écu aux stigmates dans un manuscrit aujourd’hui conservé à Saint-John’s College, Oxford, est une illustration éclatante (Nigel Morgan). Point de propagande ici, pour Derek Pearsall, mais plutôt un phénomène d’autoreprésentation publique particulièrement efficace, renforcé par la position particulière de certains auteurs proches de la royauté, tels John Lydgate, dont l’œuvre les situe à la jonction entre allégeance à la dynastie et défiance au gouvernement royal dans le conseil politique qu’ils dispensent dans leurs œuvres (Nicholas Perkins).

3 Frédérique LACHAUD.


Date de mise en ligne : 01/01/2008

https://doi.org/10.3917/rhis.052.0383i