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Compte rendu

Sergio Tognetti, Un’ industria di lusso al servizio del grande commercio. Il mercato dei drappi serici e della seta nella Firenze del Quattrocento, Florence, Biblioteca Storica Toscana, Leo S. Olschki, 2002, 218 p.

Pages 603p à 701p

Citer cet article


  • Roch, J.-L.
(2003). Sergio Tognetti, Un’ industria di lusso al servizio del grande commercio. Il mercato dei drappi serici e della seta nella Firenze del Quattrocento, Florence, Biblioteca Storica Toscana, Leo S. Olschki, 2002, 218 p. Revue historique, 627(3), 603p-701p. https://doi.org/10.3917/rhis.033.0603p.

  • Roch, Jean-Louis.
« Sergio Tognetti, Un’ industria di lusso al servizio del grande commercio. Il mercato dei drappi serici e della seta nella Firenze del Quattrocento, Florence, Biblioteca Storica Toscana, Leo S. Olschki, 2002, 218 p. ». Revue historique, 2003/3 n° 627, 2003. p.603p-701p. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2003-3-page-603p?lang=fr.

  • ROCH, Jean-Louis,
2003. Sergio Tognetti, Un’ industria di lusso al servizio del grande commercio. Il mercato dei drappi serici e della seta nella Firenze del Quattrocento, Florence, Biblioteca Storica Toscana, Leo S. Olschki, 2002, 218 p. Revue historique, 2003/3 n° 627, p.603p-701p. DOI : 10.3917/rhis.033.0603p. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2003-3-page-603p?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.033.0603p


1 L’histoire des entreprises, dans l’Italie de la fin du Moyen Âge et de la première Renaissance, en particulier à Florence, dispose d’archives exceptionnelles. Ce n’est pas tout à fait un hasard, puisque c’est ici que naît un premier capitalisme et que sont élaborées des techniques bancaires qui régiront le grand commerce presque jusqu’à aujourd’hui ; c’est la modernité même de Florence qui autorise une histoire impensable ailleurs. Sergio Tognetti, qui avait étudié une compagnie marchande-bancaire florentine du XVe siècle, il banco Cambini (Florence, 1999), à partir d’un des fonds les plus importants après celui de Francesco Datini, a voulu éclairer ici les liens entre ces milieux d’affaires, au rayonnement international, et le développement d’une industrie nouvelle, celle de la soie, appelée à se substituer à celle de la laine, comme élément moteur des activités urbaines florentines. Il s’agit là d’un apport important au renouveau des recherches sur la soie, marqué en particulier par les travaux de Bruno Dini, un numéro spécial de Studi Storici (1994), « La seta a Milano nel XV secolo », et la publication de deux recueils, La seta in Enropa, secc. XIII-XX (24e semaine de Prato, S. Cavaciocchi, Florence, 1993) et La seta in Italia, del Medioevo al Seicento (L. Mola, R. C. Mueller, C. Zanier, Florence, 2000).

2 L’industrie de la soie a bénéficié à Florence – comme à Venise, Gênes ou Bologne – de l’émigration lucquoise dans la seconde moitié du XIVe siècle ; mais ce sont, ici, les difficultés de la manufacture lainière qui rendent compte de son essor à partir de 1400, à un moment où le déclin démographique et la cherté de la main-d’œuvre favorisent une industrie où le prix de la matière première dépasse de beaucoup celui du travail. Deux autres phénomènes autorisent cet essor : la croissance d’une demande internationale vers les produits de luxe, permettant la naissance de ce qu’on appellera plus tard les produits Made in Italy ; et l’existence d’une classe marchande, en place depuis la fin du XIIIe siècle, capable d’investir massivement dans la nouvelle industrie. Cette structure portante de l’économie florentine ne fait pas que placer ses capitaux, elle apporte aussi sa maîtrise des marchés internationaux, sa capacité managériale et son avance technique dans le domaine de la banque et du commerce (lettre de change, comptabilité en partie double, escompte, assurance, découvert sur compte courant, etc.). Cette association étroite entre marchands et industriels, qui avait permis le succès de la manufacture lainière au XIVe siècle, va être à l’origine du grand essor de la soierie, à partir du milieu du XVe siècle, mais avec des marges de profit sans commune mesure : plus de 45 % annuel dans les années 1470-1480 pour la firme Serristori. Les difficultés rencontrées, dans la première moitié du XVe siècle, par le soyeux Andrea Banchi, étudié par Florence Edler de Roover (Archivio Storico Italiano, 1992), permettent de mieux saisir ce qu’apporte, après 1450, l’intervention des milieux d’affaires. La soie et bientôt le fil d’or, qui lui est associé dans les somptueux brocarts, constituent désormais la « nouvelle frontière » du capitalisme florentin. L’industrie de la soie devient alors vraiment, comme le titre du livre le propose, « au service du grand commerce », au service du grand capital marchand-bancaire.

3 L’auteur propose deux case studies, afin de mieux comprendre comment le capital prend le contrôle de la soierie et comment s’articulent commerce international et artisanat local : la compagnie de soie des frères Serristori et le banco, la banque Cambini. Le cas Serristori montre le déplacement des capitaux marchands vers l’industrie de la soie au milieu du XVe s. À l’origine de l’étonnante réussite de cette famille, sur laquelle l’auteur se propose de revenir dans un prochain livre, on trouve un notaire originaire de Figline dans le val d’Arno, ser Ristoro, un de ces novi cives venus s’installer à Florence après la Peste noire. C’est son petit-fils, Antonio, qui développe sur une très large échelle les activités bancaires, tout en nouant une véritable alliance politico-financière avec le parti médicéen, décisive pour l’avenir de la famille. À sa mort, ses huit fils recentrent leurs affaires autour d’une bottega, d’une boutique de soie, avec un governatore, un associé actif directeur, rémunéré per la persona, le manager Tinoro Bellacci. La boutique de soie est au cœur d’une galaxie d’entreprises, qui placent ses draps sur les grands marchés européens et optimisent ses profits. La croissance des affaires de la compagnie de soie a en effet donné impulsion à une série de sociétés en commandite, à Bruges, Lyon, Londres et à d’autres affaires, à Florence même, en particulier à une boutique de batteur d’or, qui va devenir l’entreprise leader du groupe au tournant 1500, portée par la mode des draps d’or et de soie. À ce moment-là, la plupart des grandes maisons florentines possèdent à la fois des compagnies marchandes-bancaires et des entreprises de soie et de batteur d’or.

4 Le deuxième cas étudié par l’auteur concerne la banque Cambini et son rôle dans le commerce de la soie et des soieries. Disposant d’associés commandités, à Lisbonne et Valence, ou bien en relation avec de grands marchands locaux, comme Angelo Cuomo à Naples, la banque joue le rôle d’intermédiaire commercial, entre l’offre et la demande. Les clients sont aussi les fournisseurs ; soie et colorants contre draps à Florence, draps contre soie et colorants à Naples ou dans la péninsule Ibérique. Elle vend des tissus non encore fabriqués et joue le rôle d’une institution de crédit auprès des soyeux. Elle met aussi en place des mécanismes sophistiqués de compensation, où peuvent intervenir aussi bien la laine ou le sucre. L’exemple de la soie calabraise et la « théorie du marketing » du marchand ragusain Benedetto Cotrugli éclairent ce qui est au cœur de ce grand commerce, le baratto, la commutation, le troc. Contrairement à ce qu’on serait porté à croire, le troc est associé au fonctionnement même des entreprises les plus avancées de leur temps. C’est à travers lui que, d’une certaine manière, la banque créé la demande et « fait le marché ».

5 Ce beau livre ne comporte pas de conclusion. Il a le mérite, cependant, de préciser à partir de cas concrets la chronologie de la soierie florentine, dans ses étapes successives, insistant en particulier sur le milieu du XVe siècle. Il appelle par ailleurs une comparaison plus poussée, en particulier au niveau « entrepreneurial », avec les autres grands centres de la soie en Italie, Venise, Gênes ou Milan.

6 Jean-Louis ROCH.


Date de mise en ligne : 01/12/2007

https://doi.org/10.3917/rhis.033.0603p