Le prince, le palais et la ville : Ségovie ou le visage du tyran dans la Castille du XVe siècle
- Par François Foronda
Pages 521 à 541
Citer cet article
- FORONDA, François,
- Foronda, François.
- Foronda, F.
https://doi.org/10.3917/rhis.033.0521
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- Foronda, F.
- Foronda, François.
- FORONDA, François,
https://doi.org/10.3917/rhis.033.0521
Notes
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[1]
Sur la question de la hiérarchie urbaine dans le royaume de Castille, on peut renvoyer aux ouvrages anciens, mais toujours utiles, de Jaime Vicens Vivens, Manual de Historia Económica de España, Barcelone, 1964 ; et de Charles Édouard Dufourcq et Jean Gautier-Dalché, Histoire économique et sociale de l’Espagne chrétienne au Moyen Âge, Paris, 1976. De façon générale, on peut consulter la récente synthèse proposée par Denis Menjot, Les Espagnes médiévales, Paris, 1996.
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[2]
Sur la ville de Ségovie à la fin du Moyen Âge, on peut consulter plus particulièrement les ouvrages de Manuel González Herrero, Segovia, pueblo, ciudad y tierra, Ségovie, 1971 ; et de María Asenjo González, Segovia. La Ciudad y su tierra a fines del Medievo, Ségovie, 1986. Pour davantage de détails sur l’histoire de la ville, on peut lire la chronique urbaine de Diego de Colmenares, Historia de la Ilustre ciudad de Segovia y Compendio de las Historias de Castilla (Segovia, 1638), Ségovie, 1984.
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[3]
Sur le réseau palatial de la monarchie castillane au Moyen Âge, on peut consulter les communications du colloque Los Alcázares reales. Vigencia de los modelos tradicionales en la arquitectura áulica cristiana, M. Á. Castillo Oreja (éd.), Madrid, 2001 ; et plus particulièrement la synthèse de Miguel Ángel Ladero Quesada, Los alcázares reales en la Baja Edad Media castellana : política y sociedad, p. 11-35. D’autre part, l’ouvrage de Rafael Domínguez Casas, Arte y Etiqueta de los Reyes Católicos. Artistas, residencias, jardines y bosques, Madrid, 1993, propose des synthèses quasiment exhaustives sur les transformations des résidences royales à la fin du Moyen Âge.
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[4]
La figure de ce roi fut, de son vivant, particulièrement controversée du fait de l’engagement politique des chroniqueurs chargés d’écrire son histoire. Sur cet aspect, on peut lire les articles de José Manuel Nieto Soria, La ideología política bajomedieval en la historiografía española, Hispania, 175, 1990, p. 667-681 ; d’Adeline Rucquoi, La lutte pour le pouvoir en filigrane de l’historiographie trastamariste, dans Genèse médiévale de l’Espagne moderne. Du refus à la Révolte, dir. A. Rucquoi, Nice, 1991, p. 127-144 ; et d’Ana Isabel Carrasco Manchado, Aproximación al problema de la consciencia propagandística en algunos escritores políticos del siglo XV, En la España Medieval, 21, 1998, p. 229-269. L’image de ce roi est restée particulièrement sombre comme l’atteste l’ouvrage, aujourd’hui curieux, de Gregorio Marañon, Ensayo biológico sobre Enrique IV de Castilla y su tiempo, Ségovie, 1916, qui dresse l’inventaire des déviances du roi. À présent, l’historiographie semble adopter une position plus raisonnable comme le montre les biographies récentes de ce roi : Rogelio Pérez Bustamante et José Manuel Calderón Ortega, Enrique IV de Castilla (1454-1474), Burgos, 1998 ; Luis Suárez Fernández, Enrique IV de Castilla. La difamación como arma política, Barcelone, 2001 ; José Luis Martín, Enrique IV de Castilla. Rey de Navarra, príncipe de Cataluña, Hondarribia, 2003.
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[5]
Sur les rapports noblesse-monarchie au XVe siècle, on peut lire les réflexions de Luis Suárez Fernández dans Nobleza y monarquía. Puntos de vista sobre la historia política de Castilla en el siglo XV, Valladolid, 1972 ; ainsi que leur actualisation dans Nobleza y monarquía. Entendimiento y Rivalidad. El proceso de construcción de la Corona española, Madrid, 2003. Les travaux de María Quintanilla Raso sur la noblesse s’imposent également, en particulier son article El protagonismo nobiliario en la Castilla bajomedieval (1984-1997), Medievalismo, 7, 1998, p. 187-233 ; et sa synthèse La sociedad política. La nobleza, dans Orígenes de la monarquía hispánica : propaganda y legitimación (ca. 1400-1520), J. M. Nieto Soria (coord.), Madrid, 1999, p. 63-103. Enfin, parmi les nombreux travaux abordant plus précisément le contexte de la guerre civile des années 1460 et la question des confédérations nobiliaires, des revendications et des attitudes de la noblesse face au roi et à l’autorité monarchique, voir María Isabel del Val Valdivieso, Los bandos nobiliarios durante el reinado de Enrique IV, Hispania, 130, 1975, p. 249-293 ; Isabel Beceiro Pita, Doléances et ligues de la noblesse dans la Castille de la fin du Moyen Âge (1420-1464), dans Genèse médiévale de l’Espagne moderne, t. III, p. 107-126 ; Dolores Carmen Morales Muñiz, Las confederaciones nobiliarias de Castilla durante la guerra civil de 1465, Anuario de Estudios Medievales, 18, 1998, p. 455-467.
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[6]
Sur les projets ségoviens du roi, on peut lire l’article de Palma Martínez-Burgos García, Enrique IV, mecenazgo y utopía en el siglo XV castellano, dans El arte español en época de transición, León, 1994, p. 315-320.
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[7]
Sur cet aspect, voir l’article de Miguel Ángel Ladero Quesada, 1462 : un año en la vida de Enrique IV de Castilla, En la España Medieval, 14, 1991, p. 237-274.
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[8]
Sur la relation entretenue par Henri IV avec Ségovie, on peut consulter l’ouvrage ancien d’Antonio Jaén Morente, Segovia y Enrique IV, Ségovie, 1916 ; et celui, plus récent, de Jorge Javier Echagüe Burgos, La Corona y Segovia en tiempos de Enrique IV (1440-1474), Ségovie, 1993.
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[9]
On peut lire ce texte dans deux éditions : Crónica de Enrique IV, A. Paz y Melia (éd.), Madrid, 1973, 3 vol. ; Gesta hispaniensia ex annalibus suorum dierum collecta, B. Tate et J. Lawrance (éd.), Madrid, 1998-1999, 2 vol. Cette édition, retenue pour cette étude (désormais notée Gesta...) comporte une édition du texte latin, une traduction en castillan et un appareil critique particulièrement riche.
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[10]
Sur Alfonso de Palencia, on peut renvoyer à l’article synthétique d’Antonio Antelo Iglesias, Alfonso de Palencia : historiografía y humanismo en la Castilla del siglo XV, Espacio, Tiempo y Forma, Serie III, H. a Medieval, 3, 1990, p. 21-40 ; ainsi qu’aux indications biographiques et bibliographiques regroupées dans l’édition précédemment citée de Brian Tate et Jeremy Lawrance.
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[11]
Sur cette fonction et son importance, on peut lire l’article de Brian Tate, El cronista real castellano durante el siglo XV, dans Homenaje a Pedro Sáinz Rodríguez, t. III, Madrid, 1986, p. 659-668.
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[12]
Alfonso de Palencia puise son inspiration aux sources habituelles de l’histoire humaniste de la fin du XVe siècle. Sur la formation italienne d’Alfonso de Palencia, voir Rafael Ferrer Alemany, En torno a los primeros años de formación y estancia en Italia del humanista castellano Alfonso de Palencia, Revista de Ciencias Humanas, 3, 1978, p. 61-72. Étant donné les sources, le ton et les recours narratifs employés par ce chroniqueur, la comparaison avec la chronique de Thomas Basin, Histoire de Louis XI, roi de France, et de son temps, Ch. Samaran (éd.), Paris, 1963-1972, 3 vol., s’impose d’autant qu’Henri IV de Trastamare est le contemporain de Louis XI, qu’il rencontre sur les rives de la Bidassoa, en 1463. Sur Thomas Basin, voir Georgette de Groër, La formation de Thomas Basin en Italie et le début de sa carrière, Bibliothèque de l’École des Chartes, 142, 1984, p. 271-285 ; Bernard Guenée, Entre l’Église et l’État. Quatre vies de prélats français à la fin du Moyen Âge, Paris, 1987, p. 301-435.
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[13]
Cet aspect a été particulièrement mis en évidence par les travaux que Madeleine Pardo a consacré à cet auteur et à son œuvre, voir notamment, Place et fonction du portrait du roi dans les chroniques royales castillanes du XVe siècle, dans Biographie et autobiographie, Razo, 10, 1990, p. 71-96 ; Des prologues et des rois. Le « roi » Alphonse, Cahiers de linguistique hispanique médiévale, 20, 1995, p. 97-158 ; et Alfonso de Palencia, historien. Études sur les Gesta hispaniensia, Atalaya, Revue française d’Études Médiévales Hispaniques, 10, 1999, p. 183-189.
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[14]
Sur Alphonse de Trastamare, on peut consulter les études de Juan Torres Fontes, El Príncipe don Alfonso de Castilla, Murcie, 1985, et de Dolores Carmen Morales Muñiz, Alfonso de Avila, Rey de Castilla, Avila, 1988.
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[15]
Outre les articles déjà cités sur l’image laissée par Henri IV dans l’historiographie castillane, on peut également signaler l’article de Brian Tate, La historiografía del reinado de los Reyes Católicos, dans Antonio de Nebrija : Edad Media Renacimiento, C. Codoñer y A. González Iglesias (éd.), Salamanque, 1994, p. 17-28. Cette « image » est inséparable de la politique historiographique mise en œuvre par les Rois Catholiques. Sur cet aspect, voir Ana Isabel Carrasco Manchado, Discurso político y propaganda en la corte de los Reyes Católicos : resultados de una primera investigación (1474-1482), En la España Medieval, 25, 2002, p. 299-379.
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[16]
L’événement retient l’attention de l’ensemble des chroniqueurs du règne d’Henri IV : Gesta, vol. II, p. 306-308 ; Crónica de Enrique IV de Diego Enríquez del Castillo, A. Sánchez Martín (éd.), Valladolid, 1994, p. 236 (Castillo...) ; Crónica anónima de Enrique IV de Castilla (Crónica castellana), M. P. Sánchez Parra, Madrid, 1991, p. 160-161 (Anónima...) ; Diego de Valera, Memorial de diversas hazañas, J. de M. Carriazo (éd.), Madrid, 1941, p. 98-99 (Memorial...) ; Lorenzo Galíndez de Carvajal, Crónica de Enrique IV, dans Juan Torres Fontes, Estudio sobre la « Crónica de Enrique IV » del Dr. Galíndez de Carvajal, Murcie, 1944, p. 238-240 (Carvajal...). On peut également signaler la traduction que donne Béatrice Leroy de la relation faite par Diego de Valera dans son Memorial de diversas hazañas dans Des Castillans témoins de leur temps. La littérature politique des XIVe-XVe siècles, Limoges, 1995, p. 107-109. Le rite de déposition a fait l’objet d’analyses, on peut notamment lire : l’article d’Angus MacKay, Ritual and Propaganda in Fifteenth-Century, Past and Present, 107, 1985, p. 3-43 ; ainsi que les analyses de José Manuel Nieto Soria dans Ceremonias de la realeza. Propaganda y legitimación en la Castilla Trastámara, Madrid, 1993.
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[17]
Jorge Javier Echagüe Burgos, Segovia y Enrique..., op. cit., p. 35-54.
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[18]
Miguel Ángel Ladero Quesada, 1462 : un año en la vida de Enrique IV..., art. cité, p. 242.
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[19]
Sur cet homme et sa famille, on peut consulter les études anciennes de Pablo Alvárez Rubiano, Pedrarias Dávila, Madrid, 1944 ; et de Francisco Cantera Burgos, Pedrarias Dávila y Cota, Capitán general de Castilla del Oro y Nicaragua : sus antecedentes judíos, Madrid, 1971. Plus largement, sur le rôle de la faveur royale dans l’ascension de nouveaux lignages et la constitution des patrimoines nobiliaires, voir le modèle interprétatif proposé par Emilio Mitre Fernández, Evolución de la nobleza en Castilla bajo Enrique III (1396-1406), Valladolid, 1968.
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[20]
Sur la privanza, je me permets de signaler mon étude La privanza dans la Castille du bas Moyen Âge. Cadres conceptuels et stratégies de légitimation d’un lien de proximité, dans Lucha política : condena y legitimación en las sociedades medievales (Madrid, 2001), I. Alfonso, J. Escalona et G. Martin (dir.), Cahiers de linguistique hispanique médiévale (sous presse). Sur cette question et ses prolongements à l’époque moderne, voir Francisco Tomás y Valiente, Los validos en la monarquía española del siglo XVII, Madrid, 1982 ; El mundo de los validos, J. Elliot et L. Brockliss (dir.), Madrid, 1999 ; Nicolas Le Roux, La faveur du roi. Mignons et courtisans au temps des derniers Valois (vers 1547 - vers 1589), Paris, 2000.
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[21]
Jorge Javier Echagüe Burgos, Segovia y Enrique..., op. cit., p. 78.
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[22]
Ibid., p. 31.
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[23]
Sur cette maison, on peut lire l’étude du Marqués de Lozoya, La casa segoviana, Ségovie, 1971.
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[24]
Outre l’article déjà cité de Palma Martínez-Burgos, on peut également lire les analyses d’Aurora Ruíz Mateos, Olga Pérez Monzón et Jesús Espino Nuño, Las manifestaciones artísticas, dans Orígenes de la monarquía..., op. cit., p. 341-368.
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[25]
Sur l’Alcázar de Ségovie, son histoire et les travaux réalisés sous le règne d’Henri IV, on peut lire les pages qu’y consacre Rafael Domínguez Casas, Arte y etiqueta..., op. cit., p. 311-315.
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[26]
Ces décors ont, en grande partie, disparu lors de l’incendie du château en 1862. Outre les quelques restes conservés au sein des reconstitutions effectuées par les restaurateurs, on peut consulter les collections iconographiques publiées par la revue Estudios segovianos : Elías Tormo Monzó, El álbum del alcázar, Estudios Segovianos, 13-14, 1953, p. 75-86 ; José María Avrial Flores, El alcázar de Segovia, Estudios Segovianos, 13-14, p. 87-111, et plus spécifiquement les planches 22-35 pour les statues royales. On peut également consulter l’ouvrage plus ancien, réédité en partie dans ce numéro de 1953 des Estudios Segovianos, d’Elías Tormo, Albúm cromolitográfico de las salas regias del Alcázar según los dibujos trabajados por don José María Avrial en 1844 antes del incendio del monumento, Madrid, 1905.
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[27]
La fonction d’apparat de cet ensemble aulique est clairement perçue par le chevalier bohémien Leon de Rosmithal de Blatna, lors de la visite qu’il effectue en 1466 ; voir dans José García Mercadal, Viajes de Extranjeros por España y Portugal, t. I, Madrid, 1952, p. 267.
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[28]
Sur ces travaux de 1465, voir Arte y etiqueta..., op. cit., p. 313-315.
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[29]
Sur ce palais urbain, voir ibid., p. 332-334 ; ainsi que l’article du Marqués de Lozoya, La Casa segoviana..., art. cité, p. 21-24. Un guide ancien de la ville recense ses traces et montre son insertion géographique dans le noyau urbain, Eugenio Colorado Laca, Segovia. Ensayo de una crítica artística de sus monumentos con un compendio de sus historias y algunas noticias curiosas y útiles al viajero, Ségovie, 1908. L’actuelle chambre du roi de l’Alcázar de Ségovie reprend quelques éléments du décor de l’ancien palais de San Martín, dont on peut se faire une idée plus précise grâce aux planches 23, 24, 25, 26 contenues dans Segovia pintoresca de José María Avrial Flores, Estudios Segovianos, 13-14, 1953, p. 29-73. Enfin, l’actuel musée d’art contemporain de la ville de Ségovie occupe une partie du périmètre de cet ancien palais et conserve également quelques restes architecturaux.
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[30]
La chronique du connétable de Castille est particulièrement riche de détails sur les transformations saisonnières de ces espaces palatiaux, voir Hechos del condestable don Miguel Lucas de Iranzo, J. de M. Carriazo (éd.), Madrid, 1940, p. 152-183. Pour quelques éléments de comparaison, voir l’article de Fernando Marías, Arquitectura y vida cotidiana en los palacios nobiliarios españoles del siglo XVI, dans Architecture et vie sociale à la Renaissance. L’organisation intérieure des grandes demeures à la fin du Moyen Âge et à la Renaissance. Actes du Colloque tenu à Tours du 6 au 10 juin 1988, Paris, 1994, p. 167-180.
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[31]
Sur ce sujet, voir les travaux de María Teresa Pérez Higuera, en particulier : Arquitectura mudéjar en Castilla y León, Valladolid, 1993, p. 73-120 sur la question des palais urbains ; Mudejarismo en la Baja Edad Media, Madrid, 1995 ; Los alcázares y palacios hispano-musulmanes : pardigmas constructivos de la arquitectura mudéjar castellana, dans Los alcázares reales..., op. cit., p. 37-57.
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[32]
Sur cette mode « sarrasine », on peut lire les analyses de Carmen Bernis, Modas moriscas en la sociedad cristiana española del siglo XV y principios del XVI, Bolétín de la Real Academia de la Historia, CXIV, 1955, p. 199-229.
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[33]
Sur ces campagnes, voir José Luis Pino García, Las campañas contra Granada durante los reinados de Juan II y Enrique IV, dans Actas del V Coloquio de Historia Medieval de Andalucía, Cordoue, 1988, p. 673-684.
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[34]
Sur l’existence d’appartements royaux dans les monastères, on peut consulter l’ouvrage de Fernando Chueca Goitia, Casas reales en monasterios y conventos españoles, Madrid, 1982. Le cas du monastère de Las Huelgas de Burgos est abordé par María Jesús Herrero Sanz dans son article Arquitectura áulica en el monasterio de las Huelgas, dans Los alcázares reales..., op. cit., p. 59-72.
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[35]
Sur ce monastère, on peut consulter les ouvrages de Joaquín Tello Giménez, El monasterio de Santa María del Parral, Madrid, 1929 ; de José Antonio Ruiz, El monasterio de El Parral, León, 1986 ; ainsi que le passage que lui consacre Rafael Domínguez Casas dans Arte y Etiqueta..., op. cit., p. 336.
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[36]
Sur San Antonio el Real, voir ibid., p. 334-336.
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[37]
Sur Valsaín, voir la thèse de María Angeles Martín González, El Real Sitio de Valsaín, Madrid, 1992.
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[38]
Pour une comparaison et l’inscription de la constitution de ce domaine dans un « moment » largement partagé dans l’Europe des princes, voir Corinne et Patrice Beck, François Duceppe-Lamarre, Parcs et jardins des ducs de Bourgogne au XIVe siècle. Réalités et représentations, dans « Aux marches du palais ». Qu’est-ce qu’un palais médiéval ? Actes du VIIe Congrès international d’archéologie médiévale (Le Mans-Mayenne, 1999), Le Mans, 2001, p. 97-111.
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[39]
On peut consulter sur ce sujet l’ouvrage de Juan Torres Fontes, Itinerario de Enrique IV de Castilla, Madrid, 1954.
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[40]
Sur ce chroniqueur, voir l’étude introductive d’Aureliano Sánchez Martín dans Castillo, p. 22-31.
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[41]
On peut lire les versions antagonistes de cet épisode dans Gesta, vol. II, p. 454 ; Castillo, p. 289-290.
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[42]
Sur ce point, voir les analyses de Madeleine Pardo dans Place et fonction du portrait du roi..., art. cité, p. 71-96.
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[43]
Maturescebat interim negotium ab archiepiscopo Toletano coeptum et magistro Sancti Iacobi solerter directum, ut Segobiensis urbs unice cara Henrico in potestatem Alfonsi regis traderetur. Quod uulnus letale si accipiret hostis, nullam sperare deinceps medelam credebatur. Est proculdubio Segobia ciuitas natura operibusque munitissima, et tam ciuium multitudine quam operibus magnifacienda ; sed inferior multo opinione Henrici, qui ibi nutritus, educatus altusque persuaserat sibi quod in orbe nulla ciutitas magnitudine, opibus, rerum copia ceterisque uel naturae uel fortunae dotibus equiparari posset. Igitur qui carrior Henrico cariorem tenebatur habere Segobiam ; et si quis dilectus moliri domum ex affectu cupiebat et sumptus edificandi ad uotum non suppetebant, in ea praesertim munificentia Henricus liberalissimus erat. Quamobrem centum fere prospiciuntur Segobiae domus more gentis aptissime habitationi nobilium ; quibus edificandis materia lignea ex pinetis subministrabatur permittente Henrico, qui nemorum perpetus erat custos et ideo singulariter Segobiam praeferre uoluit, quia circumsepta est pinetis mira proceritate, magnis necnon ilignetis atque roboretis, in quibus ut apri, ursi, cerui dameque uagarentur tute, audebat nemo uel ramorum branchas cedere. Itaque in locis bruma galcieque atque niue rigentibus quod ad humanum alimentum liberaliter natura largita est naturae hostis Henricus tan auare negabat, ut multi mortales uel multabantur grauiter quod arbores siluestres amputassent, uel metu pene extremum mortis damnum ob rigorem algoris incurerent. Hinc succesit ceruis aprisque tam insolens audacia, quod fruges cuiuis adiacentes contuentibus incolis deuastarent, quum hominum frequential iam sepe uidissent silere nec saltem mutire quempiam, presertim inter Segobiam et Gobiam montem a quo ea ipsa urbs apellationem sumpsit, radicibus nanque Gobie montis altissimi sempiternis niuibus operti sita est. Et inter Gobiam Segobiamque interiacent nemora, quorum partem magnam Henricus maceria muniri fecit ; et intra maceriam domum erexit amplam atque nobilem, qua seorsum a frequentia sese cum leonibus recludebat et cum illis conuicturus et feras innumerabiles circumspecturus. Quod si urbem regrediebatur, non tam austere quam in ceteris regni sui populis conspectum hominum fugitabat ; sed ilico etiam uetebat multitudinis accessum. Hoc tamen aliquantum honestauit fabrica sacrarum edium, scilicet Sanctae Marie del Parral ordinis beati Hieronimi in fauce suburbii secus Erezmam Fluuium, et Sancti Antonii ordinis Minorum mendicantium. Quorum qui ueram honestatem perpolitae fabricae templorum cellarumque preferebant dedignabantur structuras ad turpia diuerticula erectas, si Henrici intentionem qui contemplari uolebat. Ibi enim sepenumero recludebatur, et ianitoribus inhumanis arcebantur omnes praeter paucos qui priuilegio male dilectionis gaudebant. Ex ianitoribus quidem duo erant cariores, alter eorum manus ceu pomilio, alter Ethiops et rationis et decoris expers. Erat quoque Henrico patentior in urbe domus, mille diuerticulis ut dedalicus laberintus insinuata et posticum habens exeundum, quum plerunque fallere expectatem multitudinem curaret. In angulo deinde prorectae ciuitatis, supra rupes circum inaccssibiles nisi qua porta est arcis, antiqua extat arx, quam Henricus uoluit singularem in multis struere. Aulam enim regiam fabricauit a septentrione lacunaribus aureis et miro artificio insignem, statuasque regum post exactam Gothorum gloriam circunquaque statuit a Roderico Gothorum regum nouissimo, qui in ordine primus ibi habetur sicut Henricus ordinem quadranguli claudit. Sculpta ibi extat secundum praeceptum Henrici statua ipsum Henricum significans cum habito Sarracenico ab omni cultu fidelium abhorrente, quae iussio impudens atque imprudens aperte indixit regnicolis quid animo inesset inclinationis erga catholicam religionem, preter alios mores prorsum sinistros excidioque procliues turpissimo in auspicium infoelix omemque perlugubre. Nam prudentissimi quique id ita praesagiunt ubi Rodericum et Henricum a latere uno coherentes contemplatur, quod haud minor clades immineat Hispanis ob scelera Henrici quam ob infoelicitatem Roderici quondam accepta est quondam accepta est, quando paruo in tempore Mauri Arabesque transmarini ducibus Tarifio atque Muça Arabe uniuersam Hispaniam praeter Vasceos et aliquam Asturum partem occupauere, diripuere urbes, oppida uastauere atque nomina permanentium ciuitatum fluminumque corrupere. Altera in aula a meridie negligentius structa recondebatur thesaurus, qui quum crederetur infinitus est, haud secus male consumptus quam auare ac inique congestus (Gesta, vol. II, p. 450-451).
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[44]
Sur ce sujet, on peut lire les analyses d’Ariel Guiance, Los discursos sobre la muerte en la Castilla medieval (siglos VII-XV), Madrid, 1998, en particulier les pages 279-324.
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[45]
Anónima, p. 474-479, et plus spécialement les pages 477-478.
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[46]
Memorial, p. 294-295.
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[47]
D’autres rois se trouvent de la sorte « croqués » par les chroniqueurs. Par exemple, le Chancelier Pero López de Ayala insiste sur la richesse de Pierre le Cruel ou encore la piété d’Henri II ; voir Pero López de Ayala, Crónicas, J. L. Martín (éd.), Madrid, 1991, p. 434 et 507.
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[48]
Diego Enríquez del Castillo n’échappe pas à l’obligation du portrait, mais préfère l’utiliser afin d’ouvrir sa chronique, voir Castillo, p. 133-136.
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[49]
Cette chronique a été rééditée par la Real Academia de la Historia, Crónica de Juan II de Castilla, J. de M. Carriazo (éd.), Madrid, 1982.
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[50]
Sur ces coups de force, et leur caractère répétitif, pendant les règnes de Jean II et d’Henri IV, je me permets d’indiquer ma communication. Le pustch et ses rites dans la Castille du XVe siècle, dans ¿ Golpes de Estado a fines de la Edad Media ? Fundamentos del poder político en la Europa Occidental (Madrid, 2002), F. Foronda, J.-Ph. Genet et J. M. Nieto Soria (dir.), Madrid (à paraître).
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[51]
Les comptes de Juan de Tordesillas, chambrier du roi, mentionnent, pour l’année 1462, 25 cavaliers maures et morisques ; voir Miguel Ángel Ladero Quesada, 1462 : un año en la vida de Enrique IV de Castilla..., art. cité, p. 273-274.
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[52]
La présence des retraits, ou des cabinets, dans l’architecture palatiale tend à se multiplier entre la fin du Moyen Âge et le début de l’époque moderne, pour donner lieu au modèle de l’appartement royal. Pour la France, Monique Chatenet, signale, dans La cour de France au XVIe siècle. Vie sociale et architecture, Paris, 2002, p. 184-185, que le cabinet devient « une sorte de sanctuaire monarchique » sous le règne d’Henri III.
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[53]
Les comptes de Juan de Tordesillas témoignent de l’aménagement d’un retrait à côté de la chambre du roi au palais de San Martín, lors de travaux effectués en 1462 ; voir 1462 : un año en la vida de Enrique IV..., art. cité, p. 251.
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[54]
Sur ce point, je me permets de renvoyer à mes propres analyses dans Les lieux de rencontre. Espace et pouvoir dans les chroniques castillanes du XVe siècle, dans « Aux marches du palais »..., op. cit., p. 123-134. Sur la thématique de l’occultation, on peut lire l’article d’Alain Milhou, La chauve-souris, le nouveau David et le roi caché (trois images de l’empereur des derniers temps dans le monde ibérique : XIIIe-XVIIe s.), Mélanges de la Casa de Velázquez, 18/1, 1982, p. 61-78 ; ainsi que l’étude de José Manuel Nieto Soria, Del rey oculto al rey exhibido : un síntoma de las transformaciones políticas en la Castilla bajomedieval, Medievalismo, 2, 1992, p. 5-27.
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[55]
La question de l’accès au roi fait partie des récriminations habituelles... de ceux à qui cet accès est interdit, et, de la sorte, exclus du gouvernement monarchique. Plus généralement, l’argument devient, au cours du XVe siècle castillan, un véritable stéréotype de la dénonciation et de la diffamation politique. Ainsi, l’argument sert-il à la défense du connétable López Dávalos pour justifier l’entrée matinale dans le palais de Tordesillas, par laquelle l’infant Henri d’Aragon s’empare de Jean II de Castille, en 1420 (Yolanda Guerrero Navarrete, Proceso y sentencia contra Ruy López Dávalos, condestable de Castilla, Jaén, 1982, p. 61) ; à Alphonse V d’Aragon pour convaincre ses partisans de libérer Jean II de Castille de la tutelle de don Álvaro de Luna, en 1425 (lettre d’Alphonse V d’Aragon à Pedro Nuñez de Herrera, juin 1425, dans Memorias de Enrique IV de Castilla, Madrid, 1835-1913, pièce no 1, p. 2) ; aux infants d’Aragon pour dénoncer la tyrannie de don Álvaro de Luna, en 1440 (Fernán Pérez de Guzmán, Crónica del rey don Juan Segundo de Castilla y León, dans Crónicas de los reyes de Castilla, vol. II, Biblioteca de Autores Españoles, t. LXVIII, p. 560-562) ; au roi de Castille pour se scandaliser de l’oppression exercée par les infants d’Aragon, en 1444 (lettre de Jean II à Jean de Navarre, 10 septembre 1444, dans Isabel Pastor Bodmer, Grandeza y tragedia de un Valido. La muerte de Don Alvaro de Luna, Madrid, 1992, vol. II, p. 29-47) ; de nouveau, en 1453, mais pour justifier, cette fois, la condamnation de don Álvaro de Luna (lettre du roi au royaume du 18 juin 1453, dans Memorias de Enrique IV..., op. cit., pièce no 41, p. 80-92) ; enfin, à la ligue nobiliaire de 1464, de laquelle Alfonso de Palencia est extrêmement proche (lettre au roi du 28 septembre 1464, « Representación dirigida al Rey don Enrique IV por varios Prelados, Ricos-hombres y caballeros de Castilla y León, quejándose de los excesos de su gobierno », autrement nommé le Requerimiento de Burgos, dans ibid., pièce no 97, p. 327-334).
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[56]
Gesta, vol. I, p. 117 ; Anónima, p. 46-47 ; Memorial, p. 29 ; Carvajal, p. 109-110. Bien entendu, le chroniqueur henricien, Diego Enríquez del Castillo ne dit rien de l’événement.
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[57]
Sur la pratique du rapt à la fin du Moyen Âge, voir les analyses de Claude Gauvard pour la France, dans « De grace especial ». Crime, État et Société en France à la fin du Moyen Âge, Paris, vol. II, p. 573-612 pour la France ; celles de Martine Charageat pour l’Aragon, dans Mariage, couple et justice en Aragon à la fin du Moyen Âge, Paris, 2001, mémoire de thèse inédit, p. 201-205. Cette pratique est intimement liée à la question du consentement des familles comme le montre sa survivance et sa transformation en « fugue » amoureuse dans la société rurale de l’Andalousie du début du XXe siècle, voir sur ce point les remarques de Julian Pitt-Rivers, Anthropologie de l’honneur, Paris, 1997, p. 105-107. Toutefois, le rapt peut également, mais cela ne semble pas être le cas ici, être lié à l’approvisionnement de réseaux de prostitution comme le montre les travaux de Juan Miguel Mendoza Garrido sur la criminalité dans la Castille de la fin du Moyen Âge, Delincuencia y represión en la Castilla bajomedieval (Los territorios castellano-manchegos), Grenade, 1999, p. 399-409.
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[58]
Sur la question des rapports sexuels entre communautés dans la péninsule Ibérique, des prohibitions et de l’interprétation historique, sociale, politique et anthropologique qu’il est possible d’en faire, voir l’ouvrage de David Nirenberg, Comunidades de violencia. La persecución de las minorías en la Edad Media, Barcelone, 2001, p. 183-236.
-
[59]
Sur les relations entre les royaumes de Castille et de Grenade, voir plus spécialement José Enrique López de Coca Castañer, Castilla, Granada y la tregua de 1443, dans Estudios de Historia Medieval. Homenaje a Luís Suárez Fernández, Valladolid, 1991, p. 301-313.
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[60]
Sur la présence de chevaliers musulmans à la cour castillane, voir les exemples développés par Ana Echevarría Arsuaga, Los Elches en la guardia de Juan II y Enrique IV, dans Simposio Internacional de Mudejarismo VI, 1995, p. 421-428 ; et José Enrique López de Coca Castañer, Caballeros moriscos al servicio de Juan II y Enrique IV, reyes de Castilla, Meridies, 3, 1996, p. 119-136.
-
[61]
Gesta, vol. I, p. 114.
-
[62]
Sur cette question, voir l’article essentiel de Jacques Chiffoleau, Dire l’indicible. Remarques sur la catégorie du nefandum du XIIe au XVe siècle, Annales ESC, 1990, p. 289-324.
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[63]
En effet, la diffamation engagée par Palencia doit être naturellement comparée à celle que véhiculent les partisans d’Henri de Trastamare dans leur combat contre Pierre le Cruel, accusé lui aussi de philo-arabisme pour ses liens d’amitié avec les souverains de Grenade, mais aussi d’être un bâtard et le fils d’un juif. Sur ce sujet, voir les remarques de Joaquín Gimeno Casalduero, La imagen del monarca en la Castilla del siglo XIV. Pedro el Cruel, Enrique II y Juan II, Madrid, 1972, p. 73-152 ; d’Angel Sánchez, La imagen del rey don Pedro, Saragosse, 1994. De manière plus générale, sur le contexte de crise et d’opposition à l’autorité de Pierre Ier, voir l’article de Luis Vicente Díaz Martín, El preludio de la guerra civil : la traición nobiliaria en Castilla, dans Genèse médiévale de l’Espagne moderne. Du refus à la révolte : les résistances (1250-1516), A. Rucquoi (éd.), Nice, 1991, p. 31-50, 57-96 ; ainsi que son ouvrage Pedro I. 1350-1369, Palencia, 1995. En outre, l’audience vociférante que rapporte Palencia se tient, vraisemblablement, dans la cour de la Montería du palais musulman que Pierre Ier fait construire à Séville, devenue le lieu habituel des audiences royales lorsque le roi est dans cette ville. Sur ce point, voir Miguel Ángel Ladero Quesada, Los alcázares reales en la Baja Edad Media castellana..., art. cité, p. 26-27. Aussi, les cris et les pleurs que Palencia met en scène dans son récit du rapt peuvent également signifier l’horreur d’une communauté confrontée, dans ce décor monumental et musulman construit par Pierre Ier, entre 1353 et 1364, à une sorte d’épiphanie tyrannique. Néanmoins, l’islamisation entreprise par Palencia doit être également rapprochée de l’émergence d’un sentiment national qui, dans la seconde moitié du XVe siècle, s’accompagne d’une attitude de repli face au légat culturel hispano-arabe et débouche sur l’unité de foi qu’imposent les Rois Catholiques. Sur ce point, voir les remarques de Luis Fernández Gallardo, Alonso de Cartagena. Una biografía política en la Castilla del siglo XV, Madrid, 2002, p. 405-417.
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[64]
Sur les entrées royales castillanes, voir Rosana de Andrés Díaz, Las entradas reales castellanas en los siglos XIV y XV, segùn las crónicas de la época, En la España medieval, 4, 1984, p. 47-62 ; José Manuel Nieto Soria, Ceremonias de la realeza. Propaganda y legitimación en la Castilla Trastámara, Madrid, 1993, p. 120-133 ; et Álvaro Fernández de Córdova Miralles, La Corte de Isabel I. Ritos y ceremonias de una reina (1474-1504), Madrid, 2002, p. 304-329.
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[65]
Gesta, vol. I, p. 116-117.
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[66]
Le détournement idéologique des monuments ségoviens au profit d’un discours sur la tyrannie n’est pas propre à Palencia. Les œuvres des ducs de Milan, en particulier le Castello et la Ca’ Granda, subissent le même détournement. Sur ce point, voir Patrick Boucheron, Le pouvoir de bâtir. Urbanisme et politique édilitaire à Milan (XIVe-XVe siècles), Rome, 1998, p. 199-239.
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[67]
Gesta, vol. I, p. 6.
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[68]
Gesta, vol. I, p. 98.
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[69]
Gesta, vol. I, p. 155.
-
[70]
Sur le collectionnisme animalier des princes de la fin du Moyen Âge, voir les réflexions de Robert Delort, Le prince et la bête, dans Guerre, pouvoir et noblesse au Moyen Âge. Mélanges en l’honneur de Philippe Contamine, J. Paviot et J. Verger (éd.), Paris, 2000, p. 185-195. Sur la déviation du rapport de voration, thématique qui appartient également aux stéréotypes que véhicule le discours sur la tyrannie, voir Philippe Buc, Pouvoir royal et commentaires de la bible (1150-1350), Annales ESC, 1, 1989, p. 691-713.
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[71]
La question de la déviance sexuelle fait partie intégrante d’un discours sur la tyrannie. Sur la question de la « sexualisation » de l’autorité, on peut lire les articles d’Arturo Firpo, Los reyes sexuales (ensayo sobre el discurso sexual durante el reinado de Enrique IV de trastámara, 1454-1474), Mélanges de la Casa de Velázquez, 20, 1984, p. 217-227 ; et Los reyes sexuales (IIa parte), Mélanges de la Casa de Velázquez, 21-1985, p. 145-158. Cette thématique est attachée au discours sur la tyrannie depuis Hérodote et Xénophon. Sur ce point, on peut lire les analyses de Léo Strauss dans son édition De la tyrannie, Paris, 1954 ; ainsi que les analyses plus récentes de Vincent Azoulay, qui offre une lecture positive de ce discours, dans Xénophon, le roi et les eunuques, Revue française d’histoire des idées politiques, 11, 2000, p. 3-26. D’autre part, on peut raisonnablement considérer que Suétone a pu inspirer largement la façon dont Palencia rend compte de la tyrannie henricienne. On peut lire, en particulier, le portrait de Néron, voir Suétone, Vies des douze Césars, Paris, 1975, p. 303-346. Enfin, plus globalement, la question de la sexualité du pouvoir, ainsi que celle de la transgression des normes, renvoie aux fondements anthropologiques de l’autorité. Sur ce point, on peut relire l’article, déjà ancien, de Dean A. Miller, Royauté et ambiguïté sexuelle, Annales ESC, 1, 1971, p. 639-652.
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[72]
La « pureté » alphonsine est mise en scène par Palencia lors d’un dialogue dans lequel, notamment, il témoigne des circonstances de l’adultère de doña Juana, la reine, avec don Beltrán de la Cueva, un des privados d’Henri, voir Gesta, vol. II, p. 460-461.
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[73]
Sur don Álvaro de Luna, voir plus particulièrement, outre l’ouvrage Isabel Pastor Bodmer, Grandeza y tragedia..., op. cit. ; Nicholas Round, The Greatest Man Uncrowned. A Study of the fall of Don Alvaro de Luna, Londres, 1986 ; José Manuel Calderón Ortega, Alvaro de Luna : riqueza y poder en las Castilla del siglo XV, Madrid, 1998. On peut également lire, sur la question de l’image littéraire du favori, l’article de Cesar G. López, La caída y muerte del gran condestable de Castilla en el contexto de la literatura de su época, Miscelánea Medieval Murciana, 17, 1992, p. 243-267.
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[74]
Je me permets de renvoyer sur ce point à mes propres analyses dans Bravoure, norme et autorité en Castille au XVe siècle, dans L’individu et la guerre, S. Venayre (coord.), Hypothèses 1998, Paris, 1999, p. 29-36.
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[75]
Gesta, vol. I, p. 113. L’accusation rejoint ici le discours alimentaire sur la tyrannie. Pour une comparaison, voir l’article de Jean-Claude Mühlethaler, Le tyran à table. Intertextualité et référence dans l’invective politique à l’époque de Charles VI, dans Représentation, pouvoir et royauté à la fin du Moyen Âge, J. Blanchard (éd.), Paris, 1995, p. 49-62.
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[76]
Gesta, vol. I, p. 188.
-
[77]
Gesta, vol. I, p. 198-199.
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[78]
Gesta, vol. II, p. 460.
1Dans la seconde moitié du XVe siècle, Ségovie compte près de 11 000 habitants. Comparée à Valladolid ou encore à Séville, Ségovie est une ville secondaire [1], dont la prospérité repose, entre autres activités, sur l’industrie textile [2]. Toutefois, si la cité se révèle particulièrement importante, c’est d’abord parce qu’elle est une des principales places fortes du royaume, grâce à son alcázar à la pointe septentrionale de la ville [3]. Ce rôle stratégique s’affirme d’autant plus lors du règne d’Henri IV [4] (1454-1474), au cours duquel la Castille sombre dans une véritable guerre civile du fait de la résistance nobiliaire aux prétentions autoritaires du souverain [5]. Surtout, l’insistance d’Henri à faire de Ségovie un cadre particulièrement abouti de l’exaltation monarchique [6], la fréquence de ses séjours [7], et l’attention qu’il porte aux intérêts de ses habitants [8] deviennent l’occasion d’un discours : celui du chroniqueur Alfonso de Palencia qui, dans ses Décades [9] et par Ségovie, construit l’image du tyran.
2Alfonso de Palencia [10] n’est pas qu’un simple chroniqueur royal [11]. Ses références sont celles de l’humanisme italien du milieu du xve siècle qu’il découvre auprès du cardinal Bessarion. Tite-Live, Salluste, Plutarque ou encore Suétone [12] nourrissent le projet historiographique de Palencia qui, par l’histoire, fait œuvre d’auteur [13]. L’écriture devient dès lors le moyen d’une démonstration et l’occasion d’une posture, celle de l’orateur latin pourfendant les maux de la chose publique. Intellectuel, écrivain, Palencia se fait aussi politique lorsque, à partir du début des années 1460, il choisit définitivement le camp de la résistance nobiliaire. L’auteur devient acteur, il part à la recherche d’un roi idéal dont il croit trouver l’incarnation en la personne du demi-frère d’Henri, Alphonse [14], mais que la mort lui dérobe dès 1468. L’engagement se reporte alors sur Isabelle dont il aide à négocier le mariage avec Ferdinand d’Aragon. L’espoir renaît. Auprès de Ferdinand, Palencia joue les conseillers, il tient enfin son rôle. Toutefois, la méfiance grandissante d’Isabelle l’écarte de son roi à partir de 1476. Relégué, déçu, aigri peut-être, Palencia écrit son histoire à défaut de pouvoir peser sur la décision royale. Par là, il obtient réparation car son texte modèle largement la vision historiographique du règne d’Henri l’Impuissant, temps de ténèbres avant l’âge d’or des Rois Catholiques [15].
3Dominant sur son abrupt promontoire la confluence des rivières Eresma et Clamores, l’antique cité de Ségovie est le lieu de confrontation et de conjonction de plusieurs histoires : celle d’un pouvoir qui s’écrit dans la pierre, les plâtres et les maçonneries ; celle d’un auteur qui trouve dans ces mêmes signes les arguments d’une dénonciation ; celle d’une ville que la présence royale, réelle ou fantasmée, transforme en lieu de pouvoir. Dès lors, les visages se confondent. Les palais ségoviens dessinent le portrait du roi dans une guerre où le verbe compte autant que les armes. Stratégique, Ségovie devient aussi symbolique permettant ainsi à l’historien de revenir sur la relation nouée entre un roi et une ville, d’expliciter un dispositif narratif dont la ville constitue comme la clef de voûte, et d’interpréter ainsi quelques-unes des thématiques de la propagande anti-henricienne, plus largement de la diffamation politique à la fin du Moyen Âge.
LA VILLE DU ROI
4À l’aube du 17 septembre 1467, Ségovie tombe entre les mains des partisans d’Alphonse de Trastamare, proclamé roi de Castille deux ans plus tôt. À Avila, le 5 juin 1465, quelques-uns des grands du royaume avaient procédé à la déposition fictive d’Henri IV. Devant les murailles de la ville, ils avaient fait dresser une estrade afin d’y dépouiller une effigie de ses attributs royaux, puis les avaient remis à Alphonse. Dès lors, même si cette farce [16] ne remettait pas en cause le principe monarchique, le royaume de Castille se trouvait divisé entre deux obédiences rivales, déchiré entre deux frères ennemis. Intervenant deux ans plus tard, la prise de Ségovie marque un tournant, non pas tant d’un strict point de vue militaire ou stratégique mais bien davantage d’un point de vue idéologique.
5La ville qui tombe en 1467, ou plutôt qui se donne aux ennemis d’Henri qui trouvent ouverte, devant eux, une poterne du quartier canonial, constitue depuis une vingtaine d’années déjà le centre de gravité du pouvoir henricien. C’est dès 1440 que se noue la relation entre Henri et Ségovie, lorsque prince des Asturies, il se voit donner la ville par son père. Entre 1440 et 1450, Jean II, sans doute sur les conseils du connétable de Castille, don Alvaro de Luna, dote le prince héritier d’une imposante fortune territoriale qui fait de lui un homme clef de la politique castillane ainsi que le chef naturel d’une noblesse avide et remuante [17]. L’accession au trône et la rétrocession de la ville à la couronne, en 1454, ne change pas la domination politique exercée par Henri sur Ségovie. Le contrôle étroit est, en outre, renforcé par une présence régulière, à tel point qu’Henri de Trastamare fait tenir prêt en permanence un lit à Ségovie [18].
6Le coup porté, le 17 septembre 1467, par le parti d’Alphonse est d’autant plus douloureux pour le roi Henri qu’il résulte de la trahison d’un proche. L’homme est Pedro Arias Dávila, à qui Henri a confié la garde de la ville. Fils de Diego, juif converti devenu contador mayor du roi, frère de Juan, devenu évêque de Ségovie en 1461, Pedrarias est issu d’un lignage ségovien qui doit son existence, sa fortune et sa puissance, comme tant d’autres d’ailleurs, à la faveur royale [19]. Or, Pedrarias Dávila ne semble pas pouvoir pardonner à Henri l’arrestation dont il fût victime en 1466, au cours de laquelle il manqua de mourir. Au fond, la guerre civile qui déchire le royaume dans les années 1460 reste un conflit qu’il faut aussi recadrer dans les positionnements plus ou moins durables, plus ou moins certains et plus ou moins distants de la privanza, cette relation nouée au plus près du roi [20].
7Or, Ségovie semble devenue un terrain particulièrement propice à l’affirmation de la privauté. Selon Alfonso de Palencia, Henri pousse ses privados à s’y installer et à y bâtir des palais, poussant l’incitation jusqu’à financer une partie de la construction [21] ou à autoriser la coupe du bois alors même qu’il limite l’exploitation forestière de la terre ségovienne à partir des années 1450 [22]. La proximité entre le roi et ses privados ne se résume donc pas à la possibilité d’une accessibilité permanente, elle s’affirme aussi dans l’espace de la ville, par la distance qui sépare les demeures seigneuriales des résidences royales. C’est d’ailleurs dans le quartier de San Martín, dans ce qui semble constituer le centre civique de la ville, près de l’église, là où Henri se fait bâtir un palais, que les Arias Dávila se font construire leur demeure [23]. Ville du roi, de ses favoris et de ses créatures, Ségovie supporte un projet : peut-être celui d’un roi à la recherche d’une capitale, en tout cas et plus sûrement, celui de signifier dans Ségovie et par les résidences royales la puissance de l’autorité monarchique [24].
8En effet, de 1440 à 1465, dans et autour de la ville, Henri, comme saisi d’une fièvre architecturale, dote Ségovie d’un dispositif palatial pluriel. À l’alcázar [25], Henri reprend le réaménagement initié par Catherine de Lancastre, veuve d’Henri III, en 1412. Entre 1452 et la fin des années 1460, le château-forteresse est doté d’un ensemble d’apparat que réalise, en style mudéjare, le maître d’œuvre du roi, Xadel Alcalde, maure aragonais. À la salle de la Galera s’ajoute celle des Piñas en 1452, puis celle du Solio en 1456 et celle du Cordón en 1458. Toutefois, c’est dans la salle des Rois qu’est réalisée l’œuvre la plus imposante, la plus manifeste aussi d’une volonté d’affirmation de la grandeur monarchique. Henri y reprend le vieux projet alphonsin : représenter l’ensemble des rois de Castille et de León. Au total, c’est une dizaine de statues qui sont exécutées, à moins que le roi n’ait aussi ordonné le remplacement des statues existantes [26]. Henri ne se contente pas de l’intérieur de l’alcázar dans lequel il fait garder et montre son trésor [27]. Il améliore les fortifications, notamment en faisant approfondir le fossé qui sépare l’alcázar de la ville. Les travaux ont lieu en 1465 [28], dans un contexte de méfiance qu’explique aisément la farce d’Avila.
9Néanmoins, l’alcázar n’est qu’une partie du dispositif résidentiel dont dispose Henri à Ségovie. À partir de 1455, Henri fait édifier, dans la ville, le palais de San Martín. Si l’ensemble est assez mal documenté et les restes rares, il est néanmoins possible d’en préciser les contours [29]. La structure semble être double, un palais pour le roi et un palais pour la reine, l’ensemble s’articulant autour de patios et de jardins. Ce palais urbain, comme la demeure que fait construire Don Miguel Lucas de Iranzo à Jaén, autre privado du roi et connétable de Castille, semble doté d’un étage, permettant l’utilisation d’appartements d’hiver et d’été [30]. La décoration est encore de style mudéjare [31], confiée de nouveau à Xadel Alcalde, ce qui tend à créer dans Ségovie un ensemble architectural perçu comme un palais musulman. L’effet n’est pas anodin, surtout mis en rapport avec les vêtements « sarrasins » [32] dont sont vêtues les statues de la galerie des rois. On pourrait ajouter à cette perception, l’impression désastreuse provoquée par les campagnes contre le royaume de Grenade à la fin des années 1450 [33], lorsque le roi, entouré d’une garde maure, multiplie les signes d’un goût pour les coutumes mahométanes.
10Au palais-forteresse de l’alcázar, au palais urbain de San Martín, il faut encore ajouter d’autres aposentos afin de compléter le dispositif palatial ségovien. En effet, Henri dispose d’appartements dans deux monastères de la ville [34]. À Santa María del Parral d’abord, au nord-est de la ville, fondé en 1445 afin d’en faire un panthéon royal [35]. À San Antonio el Real ensuite, fondé en 1455 dans un palais qu’Henri s’était fait construire en 1440 comme maison de chasse [36]. À la fonction d’apparat et de représentation de l’alcázar, à celle plus privative de San Martín, Henri ajoute celle plus spirituelle des palais-monastères. Enfin, dernier élément du dispositif ségovien : le roi dispose à Valsaín [37], à une douzaine de kilomètres de la ville, d’un palais de chasse au milieu d’un domaine boisé qu’il protège par des murs afin de s’en réserver l’usage [38].
11Palais-château, palais-urbain, palais-monastique, palais de chasse : « le palais » ségovien d’Henri IV est pluriel parce que les fonctions palatiales sont cumulatives. L’ensemble est utilisé régulièrement tout au long du règne, la fin des années 1460 et le début des années 1470, marquant peut-être une préférence pour les appartements situés dans les monastères et Valsaín [39]. En outre, le roi n’est pas seul à assumer la présence royale dans la ville : sa famille, ses privados et ses criados sont là aussi pour finir de transformer Ségovie en véritable cité palatine. En 1467, cet ensemble palatial est, sans doute, le plus complet dont dispose la monarchie castillane. Or, c’est l’intégralité de ce dispositif qui passe aux mains d’Alphonse et de ses partisans, au matin du 17 septembre 1467, par la trahison de Pedrarias Dávila.
LA VISION DU CHRONIQUEUR
12Si cette date fait événement, c’est aussi pour une raison purement narrative. Lorsque les troupes alphonsines s’emparent de la ville et de ses faubourgs, deux écuyers tombent sur le bagage d’un homme qui s’apprête à fuir, pour rejoindre Henri IV. Il s’agit d’un ségovien resté fidèle à Henri, Diego Enríquez del Castillo, chapelain du roi et chroniqueur [40]. Les hommes d’armes s’emparent de sa chronique [41] et la portent à l’archevêque de Tolède. Le prélat confie le texte à Alfonso de Palencia pour qu’il rectifie les mensonges de Diego Enríquez del Castillo. C’est donc à Ségovie que naît le projet des Décades, comme une entreprise de rétablissement de la vérité au profit de la contestation nobiliaire. Dès lors, à la commémoration, dans la ville, de la puissance royale répond une autre commémoration, dont Palencia se charge, celle d’une désobéissance légitime au tyran. Or, dans ce projet d’écriture, Ségovie devient un moment clef de la première Décade d’Alfonso de Palencia. Au chapitre premier du dixième livre, consacré au triomphe de la cause alphonsine, Palencia ouvre une des plus larges parenthèses de sa chronique en faisant le portrait de Ségovie. Le passage est d’autant plus significatif que les portraits ont tendance à se trouver dilués dans les Décades de Palencia [42]. Partant, les palais ségoviens, la ville et son territoire se muent en point d’ancrage d’un espace exclusivement henricien.
Cependant, le projet échafaudé par l’archevêque de Tolède et habilement dirigé par le maître de Saint-Jacques était sur le point d’aboutir : il s’agissait, par la trahison, de réduire Ségovie, si chère à Henri, au pouvoir du roi Alphonse. Ils croyaient que si l’ennemi recevait ce coup mortel, il ne pourrait plus espérer aucun remède à sa ruine. Ségovie est, sans aucun doute, une ville très forte par son site et ses défenses ; admirable par le nombre de ses habitants et ses édifices ; mais inférieure de beaucoup à l’idée qu’en avait Henri, qui nourrit, élevé et éduqué en elle, était parvenu à se persuader qu’il n’y avait pas au monde de ville aussi grande, riche, opulente et si bien pourvue en dons par la nature ou la Fortune. Ainsi, celui qui voulait obtenir une place dans l’affection d’Henri se voyait obligé d’aimer aussi la ville ; et si quelque favori, par affection, souhaitait s’y faire construire une maison mais sans en avoir les moyens, Henri y pourvoyait avec la plus grande des libéralités. C’est pourquoi Ségovie compte près de cent palais dignes des plus belles maisons nobles de notre nation. Pour les construire, Henri permettait qu’on utilisât le bois de ses pinèdes, bien qu’il eût toujours jalousement protégé les forêts ; sa prédilection particulière pour Ségovie s’expliquait par la présence, dans ses environs, de superbes pinèdes, de grandes chênaies et de rouvraies, où nul n’osait couper la moindre branche afin de ne pas troubler la paix des sangliers, ours, cerfs et daims qui y demeuraient. Dans ces lieux transis de brume, de neige et de glace, Henri, d’une impitoyable avarice, refusait aux hommes ce que la nature leur prodiguait avec largesse, si bien que quiconque voulait couper du bois s’exposait à de lourdes sanctions ou, par crainte du châtiment, devait s’exposer à la rigueur d’un froid mortel. Les cerfs et les sangliers devinrent si hardis, qu’ils dévastaient les fruits à leur portée en présence même des paysans, car souvent ils avaient vu des hommes les observer en silence sans qu’aucun n’ose ne serait-ce qu’un murmure, notamment entre Ségovie et le mont Gobie qui donna son nom à cette ville, située au pied de la haute montagne aux neiges éternelles. Henri fit clore de mur une grande partie des forêts situées entre le mont Gobie et Ségovie, et il y fit construire une demeure vaste et magnifique où il s’enfermait souvent avec ses mignons pour festoyer et contempler les innombrables bêtes sauvages. À son retour en ville, Henri ne fuyait pas aussi rigoureusement le regard des hommes que dans le reste de son royaume mais il interdisait toujours que la foule ne s’approchât de lui. Il se donna une certaine honorabilité par la construction de monastères, c’est-à-dire le couvent hiéronymite de Santa María del Parral, aux abords du faubourg près de la rivière Eresma, et San Antonio de l’ordre des mineurs. Mais ceux qui préféraient la véritable honnêteté à la somptueuse construction de temples et de cellules dédaignaient ces bâtiments voués à de secrètes turpitudes pour qui connaissait les véritables intentions d’Henri, car il s’y enfermait souvent et ses portiers féroces ne permettaient à personne de s’approcher sauf aux quelques-uns qui jouissaient du triste privilège de son affection. Parmi ces portiers, deux lui étaient particulièrement chers, l’un, nain ou pygmée, l’autre, un Éthiopien aussi laid qu’idiot. Henri disposait dans la ville d’un plus vaste palais, dédale labyrinthique aux mille recoins, dont une poterne lui permettait de sortir en échappant au regard de tous. À l’extrémité de la ville, sur des rochers de toutes parts inaccessibles, si ce n’est par la porte de la forteresse, se dresse l’antique alcázar qu’Henri voulut rendre sans pareil. Au nord, il édifia la salle des rois dont les lambris dorés étaient d’un merveilleux effet ; sur chacun de ses quatre côtés se trouvaient les statues des rois ayant succédé aux Goths, de Rodrigue, dernier de la dynastie gothique mais ouvrant la série qui s’achève avec Henri. Sur sa volonté, Henri s’y est fait représenter en ce costume sarazin, odieux à la religion des fidèles ; cette disposition, impudente et imprudente, rendit manifeste à ses sujets son état d’esprit envers la foi catholique. Malheureux auspice et lamentable augure qui, ajoutés à d’autres mœurs non moins sinistres, présageaient la plus infâme des chutes. De fait, les plus avisés, regardant Rodrigue et Henri côte à côte, prévoyaient, à cause des méfaits d’Henri, qu’une catastrophe imminente menaçait les Espagnols, comparable à celle que provoqua le malheur de Rodrigue, lorsqu’en très peu de temps les Maures et les Arabes d’au-delà des mers, commandés par Tariq et Musa occupèrent l’Espagne entière, à l’exception de la Biscaye et de certaines parties des Asturies, détruisirent les cités, ravagèrent les villes et corrompirent le nom des rivières et des villes encore debout. Au sud du palais, une autre salle construite avec moins d’attention, renfermait le trésor qui s’épuisa bien qu’on le crût inépuisable, dilapidé d’aussi mauvaise façon qu’il avait été amassé avec cupidité et iniquité... [43].
13Comparé à la façon dont d’autres chroniqueurs castillans du règne d’Henri IV intègrent la description de Ségovie dans leur relation, le mode d’insertion utilisé par Alfonso de Palencia apparaît comme décalé. En effet, Palencia n’est pas le seul à décrire la passion du roi pour la ville et la constance avec laquelle il y fait construire des monuments ; en revanche, il est bien le seul à ouvrir la parenthèse ségovienne au moment de la prise de la cité par les troupes du roi Alphonse, le 17 septembre 1467. Hormis la chronique de Diego Enríquez del Castillo, évoquant Ségovie tout au long du texte, lorsque le roi y réside ou bien qu’un événement l’entraîne vers la ville, les autres chroniques du règne esquissent une tradition qu’on peut aisément rapporter aux rites narratifs de la mort royale [44]. En effet, dans la Crónica anónima [45] et dans le Memorial de diversas hazañas [46], la description de la ville permet aux chroniqueurs de dresser le portrait du roi au moment de sa mort. Ainsi, la ville permet-elle de « croquer » le roi, de l’installer dans le panthéon monarchique [47] comme un prince bâtisseur de forteresses, de palais et de monastères entre autres caractéristiques [48]. En opérant un déplacement, Alfonso de Palencia subvertit le modèle. En effet, en choisissant d’ouvrir la parenthèse ségovienne en 1467 et non lors de la mort du roi, Palencia donne à la prise de la ville le sens d’une mise à mort. Dès lors, l’auteur entraîne sa chronique vers une réalité fictionnelle, dans laquelle la mise à mort fictive fait écho à la déposition virtuelle de 1465. Pourtant, aucun de ces deux événements ne parvient à abattre le tyran que combat Alfonso de Palencia : Henri ne meurt qu’en 1474, soit six années après la mort du roi Alphonse, celui-là même que l’auteur fait entrer en vainqueur dans Ségovie. En écrivant sa chronique à la fin des années 1470, Palencia a pu trouver dans ce tour de main narratif un moyen de rendre l’histoire plus conforme à ses souhaits.
14Si la description de Ségovie fait sens, c’est aussi parce que le système narratif des Décades renvoie à un dispositif fonctionnel de l’espace royal dans lequel l’aparté occupe la première place. D’une façon générale, les chroniques du xve siècle castillan se font le témoin d’un progressif enfermement royal. La chronique de Jean II [49], le père d’Henri IV, n’est qu’une suite ininterrompue de coups de force dans laquelle la chambre royale se mue en espace stratégique de l’autorité [50]. Contrôler la chambre et ses accès permet de s’assurer de la personne royale et donc d’exercer le pouvoir. Or, Henri IV semble échapper à cette vision traditionnelle d’une autorité royale soumise à l’étroite surveillance des grands du royaume. Grâce à sa garde maure [51], aux portes dérobées qu’il ménage dans ses palais, Henri s’esquive. Ce faisant, le roi devient inaccessible, se cachant dans des retraits dont la multiplication contribue à vider la chambre du sens que lui assigne la noblesse [52]. L’impression narrative se fonde-t-elle sur une réalité architecturale ? En partie seulement [53]. Ce qui compte c’est plutôt l’effet produit, celui d’un isolement de plus en plus net du souverain, en aparté des lieux traditionnels de l’activité royale que sont la chambre et la salle [54]. Lorsque l’aparté s’écrit, il trouve dans le retrait son lieu idéal de fixation. L’originalité d’Alfonso de Palencia tient d’abord dans la systématisation de cette catégorie du retrait à tout type d’espace, interne ou externe. Ainsi Ségovie se mue-t-elle tout entière en retrait. Ses montagnes, ses forêts et ses palais deviennent le symbole de l’inaccessibilité royale. Tout se passe comme si la pluralité du dispositif résidentiel de la ville ne servait qu’à une chose : taire la présence royale, la dissimuler derrière ses signes. Au fond, la multiplication des lieux de résidence ne tend qu’à raréfier les rencontres. Ségovie se fait le témoin d’une fuite, toute politique, dont l’objectif est de préserver l’autorité royale de la pesante tutelle nobiliaire. Par ce système narratif, Alfonso de Palencia devient un parfait héraut de la contestation nobiliaire étant donnée la similitude des revendications, notamment celle d’un accès plus aisé à la personne royale [55], avec les thématiques activées dans les Décades.
15Ce qui est simplement souhaité par tous, réclamé y compris en proclamant un autre roi, revendiqué en s’attaquant à l’inaccessible ville de Ségovie, obtenu virtuellement en nouant le portrait du roi à celui de la ville, c’est d’être au plus près de la personne royale. Ainsi, parce que le roi se cache à Ségovie, la ville est-elle le seul lieu capable de contenir le tyran. De ce point de vue, un parallèle entre Ségovie et Séville s’impose. En effet, à Ségovie, la ville du roi, répond Séville, la ville où Palencia s’installe pour écrire sa chronique. L’opposition n’est pas seulement affaire de circonstances, elle permet à Palencia de mieux mettre en scène l’inapprochable roi. Vers la fin juillet de 1455, à Séville, une jeune pucelle est enlevée par l’homme qui la convoite [56]. L’événement pourrait tenir du fait divers, d’une fugue orchestrée pour forcer l’assentiment des parents de la jeune fille à un choix d’amour qu’ils ne réprouvent pas complètement mais qu’ils ne peuvent pour autant accepter [57]. Néanmoins, l’événement se situe bien au-delà du fait divers, de la simple obtention d’un consentement familial que l’honneur interdit, pour se convertir en preuve inaugurale de la tyrannie du roi.
16Logé chez des marchands de Séville, un maure de la garde du roi profite de l’absence de ses hôtes pour enlever leur fille dont il s’est épris. De retour chez eux, les parents alertent, par leurs cris et leurs pleurs, le voisinage et s’en vont au palais pour implorer justice. Là, le roi entend l’affaire, vitupère les parents pour leur irresponsabilité puis, courroucé par le redoublement des pleurs et l’appel à la justice divine de ceux-ci, ordonne qu’ils soient fouettés publiquement. Indignés par le mandement du roi, quelques Grands s’interposent, disent au roi ce qu’ils pensent de sa justice, irritent un peu plus Henri IV qui se retire, tandis que les parents de la victime sont invités à partir. Réfugié dans le royaume de Grenade, le maure du roi fait de la jeune chrétienne son épouse, au mépris de la foi catholique. Ainsi l’événement bruit-il d’un double scandale : le rapt d’abord, la réaction du roi à la plainte des parents ensuite. L’énormité du cas constitué par l’enlèvement de la jeune pucelle ne tient pas tant de l’accomplissement d’un rapt que du fait qu’il ait été commis par un maure. De la sorte, ce n’est pas tant le rapt qui est en cause que la transgression d’un tabou et d’une prohibition légale, d’autant plus violente que le maure a agi avec préméditation, bafouant les règles de l’hospitalité, du royaume et de la foi ; s’en prenant, par l’honneur d’une vierge, à une communauté tout entière, désormais souillée au fondement même de son identité, et que les cris des parents ont tôt fait de rassembler [58].
LES MAUX DU TYRAN
17La présence de musulmans dans la suite du roi n’est pourtant pas une nouveauté. Depuis Jean II, des chevaliers musulmans s’intègrent à la cour, deviennent les nourris du roi, comme n’importe quel jeune noble d’ailleurs, en raison des liens de vassalités que le royaume de Grenade entretient avec la couronne castillane [59]. Comme la Cour de son père, celle d’Henri IV est pour les jeunes princes et pour les nobles de Grenade un lieu de fréquentation, parfois un lieu d’asile aussi, qui leur permet d’échapper aux poursuites sanglantes que provoquent les luttes de factions dans le royaume nasride [60]. La transgression ne tient donc pas tant à la présence de ces hommes qu’à l’attitude du roi à leur égard. Aux alentours de Cordoue déjà, vers le début du mois de mai, quelques jeunes nobles s’indignent de l’incapacité du roi à mener la guerre contre Grenade. Pour ceux-ci, qui n’hésitent pas à comploter pour s’emparer du roi, la raison tient essentiellement aux crimes innomables dans lesquels Henri IV s’abandonne depuis son enfance [61]. Aussi, le rapt de Séville contribue-t-il à grossir le stéréotype du nefandum [62] : excusée de son inconséquence par une légèreté que Palencia attribue naturellement aux femmes, la jeune fille est soumise à une corruption dont le véritable artisan n’est autre que le roi, dont la permissivité à l’égard des lois humaines et divines devient une invitation à la transgression. Classique, la diffamation engagée par Palencia n’en témoigne pas moins d’un glissement qui tend à « islamiser » davantage encore la dénonciation du tyran, jusqu’alors également marquée par des stéréotypes anti-juifs [63]. L’épisode prend place après une entrée royale ratée [64], celle que les Sévillans préparent pour le roi tandis que celui-ci s’esquive en pénétrant dans la ville par une poterne de l’alcázar [65]. Roi fuyant, sourd aux cris de ceux qui réclament justice, Henri trouve refuge à Ségovie parce que la ville constitue un retrait absolu. Là, dissimulé à l’abri des épaisses forêts ou enfermé dans les recoins de ses palais, le tyran peut vivre à visage découvert.
18Partant, Palencia détourne la finalité des œuvres ségoviennes d’Henri IV. Valsaín, San Martín ou l’Alcázar sont autant d’édifices à partir desquels l’auteur réactive la propagande anti-henricienne. En d’autres termes, ces monuments ne sont plus ceux de l’exaltation monarchique mais davantage les misérables témoins de la tyrannie d’un prince contre lequel le soulèvement est devenu légitime [66]. Dès le chapitre II du livre I de la première Décade, le chroniqueur dresse un portrait physique et moral du souverain. Les yeux, féroces, expriment la cruauté ; le nez, difforme, donne au roi un profil simiesque [67]... le visage est celui d’un monstre à qui Palencia nie toute espèce d’humanité. Or, Valsaín donne au chroniqueur l’occasion de réactiver cette thématique. Non seulement le roi s’y retire pour admirer les bêtes sauvages, mais il pousse le vice jusqu’à s’entourer d’autres monstres. Plus largement, c’est l’ensemble de la topographie ségovienne qui autorise l’enfermement de la figure royale dans la monstruosité. En effet, Palencia n’hésite pas à opposer le goût commun des hommes pour le plat pays au plaisir qu’éprouve le roi à être dans des lieux reculés et sauvages [68]. Ainsi, les montagnes et les bois de Ségovie ne sont pas sans rappeler avec quelle audace Henri pénètre dans des territoires inaccoutumés, comme lors de son voyage de 1457 en Biscaye [69]. Fort logiquement, le monstre entretient un rapport spécifique avec le monde animal. La politique de protection des domaines de chasse témoigne de la bestialité d’un roi qui préfère protéger les animaux plutôt que de permettre aux hommes de se nourrir. Partant, Henri trouble l’harmonie du monde. En accordant la première place aux animaux, le collectionnisme royal renverse l’ordre naturel, empêchant la voration pratiquée par l’homme, au profit d’un plaisir stérile, celui de la contemplation [70].
19Comme par tuilage, à la bestialité du tyran se superpose une autre accusation, celle du dérèglement sexuel, de l’impuissance et de l’inversion [71]. L’évocation du palais de San Martín permet à Palencia de décrire un lieu monstrueux du pouvoir, fantasmé sans doute, mais dont l’effet permet de nouer névrose architecturale et perversion sexuelle. Non seulement, le roi cache sa face parce qu’elle est celle d’un monstre, mais il s’enferme au plus loin des hommes parce qu’il est sodomite. Le dédale du palais urbain n’a pas d’autre but que de dissimuler ce terrible secret. Fort heureusement, la noblesse du royaume a su choisir en Alphonse, un roi chaste et pur. La vision de l’auteur semble pourtant contredite par certains membres de la noblesse qui semblent penser que la dépravation reste un excellent moyen pour amollir la rigueur morale de « leur » roi [72]. Ainsi, le discours de Palencia devient-il plus complexe. Il partage avec les membres de la coalition nobiliaire la haine du tyran sans adhérer pour autant au projet d’affaiblissement de l’autorité monarchique. Ennemi de la tyrannie, Palencia rêve d’un pouvoir fort. Or, c’est justement par le lieu où le pouvoir s’exprime avec le plus de force que l’auteur rend manifeste l’ultime argument de sa démonstration destructrice.
20Revêtues de costumes musulmans, les statues de la salle des rois de l’alcázar de Ségovie proclament la trahison d’Henri à la foi catholique. Ces statues permettent aussi au chroniqueur d’établir la véritable filiation du roi, en faisant de don Álvaro de Luna [73], le privado de Jean II, le père spirituel d’Henri IV et son initiateur en « maurophilie ». Au tyran déchu et décapité succède un tyran devenu impuissant, à force de se comporter comme les musulmans. Partant, les campagnes militaires conduites par le roi pour achever la Reconquista sont donc vouées à l’échec. Henri évite le combat, réprimande les jeunes chevaliers qui profitent de l’occasion pour faire acte de bravoure [74], et s’écarte de ses troupes pour savourer par terre les mets que lui apportent les infidèles [75]. Dans cette construction, les œuvres de Santa María del Parral et de San Antonio el Real révèlent la profonde hypocrisie royale, consistant à aménager dans des monastères des lieux dans lesquels il dissimule ses turpitudes. Alfonso de Palencia peut désormais transformer la révolte légitime contre le tyran en acte salvateur, en établissant le parallèle entre les statues de Rodrigue et d’Henri. La prise de Ségovie de 1467, l’insertion de cet épisode dans les rites narratifs de la mort du roi permet à l’auteur d’enrayer le processus de ruine. Du même coup, Ségovie devient le lieu d’une régénération qu’accomplit le triomphe alphonsin. Celle-ci est annoncée dans les Décades par une série de prodiges qui, à Ségovie, préparent la fin prochaine de la tyrannie d’Henri. En 1458, dans le palais du roi, en pleine nuit, l’entourage royal entend d’horribles lamentations et voit des fantômes. À l’aube une fissure parcourt l’édifice sans qu’aucun tremblement de terre n’explique le phénomène [76]. En 1460, toujours dans le palais du roi, les lions de la ménagerie s’attaquent ensemble au plus grand, le tuent et le dévorent [77]. Par la seule magie des mots, Alfonso de Palencia transforme le prodige en présage. De manière significative, la chasse pratiquée par Alphonse, l’anti-roi, dans les domaines réservés d’Henri, marque un retour à une voration naturelle, que les Grands, déjà compromis dans leurs négociations avec le tyran, tentent de contenir [78].
21Dès le 28 septembre 1467, Henri faisait son entrée dans l’alcázar de Ségovie puis engageait les négociations avec les alphonsistes : la prise de la ville ne réglait rien de la lutte engagée deux ans plus tôt. Le véritable événement est ailleurs, dans les mots d’un chroniqueur qui transforme la prise de la ville en un moment capital de sa première Décade. Lieu et enjeu de pouvoir, Ségovie doit son importance au fait que s’y croisent une réalité et un discours. La réalité, c’est celle d’une volonté parvenue à doter la ville d’un dispositif palatial dont la complétude préfigure celui de l’Espagne moderne. Le discours, c’est celui d’une résistance qui trouve dans ce système le moyen de dénoncer une attitude. Ville qu’il faut aménager pour le roi, ville qu’il faut ravir pour abattre le tyran, Ségovie n’est guère qu’un instrument, un élément passif dans une relation complexe et plurielle, politique et militaire, stratégique et symbolique, idéologique et narrative. Aussi, la ville disparaît-elle au profit d’un effet, d’une démonstration implacable qui pousse sa logique jusqu’à percevoir dans les formes du paysage le sinistre profil d’une autorité menaçante. Contenu dans ces montagnes réfrigérantes, retenu par ces forêts et ces palais dans lesquels il se retire, le tyran devient saisissable, incapable d’échapper à la reconstruction d’un chroniqueur qui réussit ce que les Grands du royaume n’avaient aucun intérêt à faire : tuer la bête. Pour cela, Alfonso de Palencia fait preuve d’un tour de main qui doit beaucoup aux lectures romaines de son voyage humaniste, au cours duquel il se frotte, comme d’autres, aux stéréotypes de la tyrannie, qu’il concilie ensuite aux traditions castillanes de la diffamation politique. Les emprunts n’interdisent pas l’originalité, ménageant, dans cet ajustage au tyran immédiat des habits du tyran de toujours, l’expression d’une communauté d’inquiétude face à l’autorité monarchique dans l’Europe de la fin du Moyen Âge.
Mots-clés éditeurs : Alfonso de Palencia, Castille, diffamation, Henri IV, Ségovie, tyrannie, XVe siècle
Date de mise en ligne : 01/12/2007
https://doi.org/10.3917/rhis.033.0521