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Notes bibliographiques

Pages 863 à 880

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(2002). Notes bibliographiques. Revue historique, 623(3), 863-880. https://doi.org/10.3917/rhis.023.0863.

« Notes bibliographiques ». Revue historique, 2002/3 n°623, 2002. p.863-880. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2002-3-page-863?lang=fr.

2002. Notes bibliographiques. Revue historique, 2002/3 n°623, p.863-880. DOI : 10.3917/rhis.023.0863. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2002-3-page-863?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.023.0863


Notes

  • [1]
    Martin Aurell estime que les porcs représentés sur les quatre sceaux de la fin du XIIe et du début du XIIIe (p. 611-614) ont une forme proche de celle des sangliers et une allure agressive et guerrière qui convient assez bien à des aristocrates. Mais est-ce exact ? Je trouve plutôt que le porc passant à droite du no 270 a l’allure fort civile d’un agneau paissant. Sans doute faudrait-il encore réfléchir sur l’image des Porcelet.

1— Zosime, Histoire nouvelle. Livres I et II, Paris, Les Belles Lettres, 2e éd., 2000 [1971], CXXVIII + 296 p. en partie doubles ( « Collection des Universités de France » ). — 
Cette nouvelle édition des deux premiers livres de l’Histoire nouvelle de l’historien byzantin du premier tiers du VIe siècle Zosime, comte et ancien avocat du fisc, nous permet de disposer dorénavant d’un établissement du texte, d’une traduction et d’un riche commentaire ayant bénéficié des recherches des spécialistes de l’Antiquité tardive durant ces trois dernières décennies. François Paschoud, son responsable, avait publié, de 1971 à 1989, une première édition intégrale de l’ouvrage de Zosime en cinq volumes qui avait été suivie de bout en bout, selon l’usage de la « collection Budé », par André Chastagnol auquel il rend hommage à la fin de son introduction (p. CX-CXI), profitant de la présente édition pour corriger, amender ou reformuler certaines hypothèses proposées précédemment. On lui doit également, en 1996, un volume de l’Histoire Auguste dans la même collection regroupant les Vies d’Aurélien et Tacite. On lui saura gré de préciser sa pensée concernant la datation de cette Histoire nouvelle (d’Auguste à l’été 410) en six livres restée inachevée et de résumer ses enquêtes sur les sources qui ont contribué à la rédaction de cet abrégé par un païen convaincu, ayant vécu pour partie à Constantinople sous le règne d’Atanase Ier. Les deux premiers livres nous conduisent de l’établissement du principat – l’histoire grecque et la République étant à peine esquissées –, à Constance II jusqu’à la catastrophe de Gallus en 354. D’une énumération rapide des règnes, on parvient à partir du deuxième tiers du IIIe siècle (avec les Gordiens et Philippe l’Arabe) à des narrations plus étoffées fondées essentiellement sur le récit d’Eunape. Rappelons l’interruption du premier livre vers la fin du règne de Probus, le quatrième quaternion de l’unique manuscrit ayant été perdu, le deuxième livre ouvrant sur une longue digression consacrée aux Jeux séculaires, tout à fait importante et largement utilisée par les historiens de la religion, pour reprendre le cours des événements après l’abdication de Dioclétien et Maximien en 303. L’ouvrage est très défavorable au chrétien Constantin, responsable de la décadence de Rome illustrée par l’absence de toute célébration des Jeux séculaires en 314. Il est possible de nuancer l’avis de F. P. qui penche désormais pour une influence quasi exclusive d’Eunape, et plus particulièrement de la première édition de son ouvrage, sur Zosime, déniant à ce dernier l’utilisation de toute érudition personnelle, même en ce qui concerne l’histoire religieuse païenne, à l’exception des quelques observations se rapportant à la décadence de l’Empire romain. De la même manière, l’apport jugé essentiel de Nicomaque Flavien, complété par Eunape, à la position idéologique de Zosime peut être moins grand, malgré la ferme conviction de l’a. exprimée dans son introduction (p. LXIX-LXX) qui prolonge son dernier avis concernant le rédacteur de l’Histoire Auguste. En ce sens, si l’on ne peut que saluer le travail accompli dans la présente édition, sur l’histoire du texte, la valeur historique de Zosime, ses sources, ou bien la mise à jour des références bibliographiques, il est loisible de regretter l’ampleur prise par l’annotation qui, notamment à propos de cette question historiographique toujours âprement débattue : l’ascension du Capitole par Constantin en 312, 315 ou 326 (Zosime, II, 29), prend la forme d’un véritable article, F. P. consacrant pas moins de sept pages très denses (p. 234-240) afin de répondre notamment aux arguments d’A. Fraschetti. On l’aura compris, cette présente édition de très grande qualité ne suscite guère de réserves sinon en raison de sa très grande richesse d’érudition, ce qui n’est, gageons-le, qu’une confirmation éclatante de l’importance des travaux de l’a., depuis sa belle étude sur Roma æterna parue en 1967. Une vie en grande partie mise au service des auteurs tardifs trouve une remarquable consécration avec le présent volume.

2Stéphane BENOIST.

3— Suger, Œuvres, t. II, texte établi, traduit et commenté par Françoise Gasparri, Paris, Les Belles Lettres, 2001, XLIX - 420 p. - 8 planches (« Les Classiques de l’Histoire de France au Moyen Âge », 41e vol.)

4Après les Écrits sur la consécration de Saint-Denis, l’Œuvre administrative et l’Histoire de Louis VII, F. G. achève l’édition des œuvres de Suger par ses lettres, ses chartes et la Vita que consacra à son abbé le moine Guillaume. Les érudits avaient l’habitude de consulter ce corpus dans l’édition donnée en 1867 par A. Lecoy de la Marche, mais celle-ci ne comporte pas de traduction ; il fallait remonter à 1640 (avec Jean Baudoin) ou à 1825 (avec François Guizot) pour trouver des versions françaises des principaux textes, certes utiles mais évidemment vieillies. L’attention portée au mot latin – dont témoigne un glossaire final – est le principal atout de cette entreprise qui met à la portée du plus grand nombre des matériaux de choix pour l’histoire de France du XIIe siècle. On y voit à l’œuvre un Suger « tenant les deux glaives » comme régent et vicaire apostolique pendant la deuxième croisade, mais qui reste moine et prêtre. La documentation conservée est bien sûr lacunaire (26 lettres de lui, 159 reçues par lui, concernant surtout les dernières années ; 16 chartes expédiées par Saint-Denis et 61 relatives à l’abbaye) ; au-delà de la gestion d’un immense temporel et d’importantes affaires de réforme monastique, on trouve, malgré les lieux communs du style diplomatique, la spiritualité et la culture de l’abbé, mais aussi sa démesure quand il s’agit, grâce à un faux diplôme de Charlemagne, de récupérer pour Saint-Denis le sacre et la primatie du royaume, lequel aurait été donné en fief à l’abbaye. Il ne faudrait pas cependant que cette prétention exorbitante dissimule la profondeur d’une pensée politique qui vise à l’unité indissoluble de la royauté et du sacerdoce, se soutenant l’un l’autre ; pensée somme toute carolingienne – le recours à l’empereur n’était pas aberrant – qui ne pouvait que s’opposer aux tenants rigoureux de la liberté de l’Église, comme Henri de France, frère du roi mais évêque cistercien converti par saint Bernard. La Vita, certes très apologétique, équilibre le portrait par les vertus de l’homme privé qui revendiquait la première place pour son église mais savait rester à la sienne devant Dieu. On ne peut s’empêcher de penser à son image prosternée, comme recroquevillée, sur un vitrail du déambulatoire, quand Guillaume, insistant sur sa petite taille, souligne qu’à la différence des autres prélats, après l’imposition des mains, il n’engraissa ni des joues ni du ventre, sans parler du cœur. C’est donc une documentation du plus haut intérêt que nous offre F. G. et les scories sont rares.

5Dans un travail aussi important, il est inévitable que quelques coquilles échappent à la vigilance de l’auteur, ainsi p. XIV un « archevêque » de Salisbury alors que la cité n’était pas siège métropolitain ; p. 226, n. 17, « Clairembaud évêque de Soissons ne figure pas dans Gams », et pour cause, puisqu’il était évêque de Senlis ; p. 28, n. 2, l’archevêque de Reims Samson est mort le 21 septembre 1161 et non le 21 novembre ; ce prélat a été oublié p. 242, n. 9 parmi les officiants de la consécration ; p. 33, il faut lire dans l’analyse 3 000 livres et non 300. Peut-être aurait-il été possible d’aller plus loin dans l’identification des citations scripturaires, si fréquentes sous la plume d’un moine : p. 42, pro domo Israël murum nos opponamus (Ezech., XIII, 5), p. 69, in manu forti et brachio extento (Deut., V, 15), p. 89, visitet vos Oriens ex alto (Luc, I, 78, c’est le Benedictus chanté tous les matins à l’office), p. 299, vas in honorem rappelle le vas electionis par lequel les Actes des Apôtres (IX, 15), désignent saint Paul. Enfin, p. XXXIX, F. G. annonce que « d’autres originaux pourraient être découverts, surtout dans les fonds d’archives concernant les destinataires ». Nous pouvons lui en signaler un dans le fonds de l’abbaye d’Ourscamp (A. D. Oise, H 4123) à laquelle Suger a concédé l’exploitation des terres et des bois possédés par Saint-Denis à Bailleul-le-Soc et Grandvillers-aux-Bois (ar. Clermont, c. Clermont et Saint-Just-en-Chaussée). Cette charte a été publiée par A. Peigné-Delacourt, Cartulaire de l’abbaye Notre-Dame d’Ourscamp, Amiens, 1865, p. 35, sans les souscriptions du prieur Henri, du sous-prieur Guillaume, du prévôt Philippe et d’un pittoresque Radulfus osculans diabolum. En voilà donc une dix-septième, à prendre en compte pour la prochaine édition.

6Patrick DEMOUY.

7— Martin Aurell, Actes de la famille Porcelet (972-1320), Paris, 2001, 732 p. (« Collection des documents inédits sur l’histoire de France. Section d’histoire et philologie des civilisations médiévales », série in-8°, vol. 27).

8La bibliothèque de la ville de Carpentras conserve un recueil en deux volumes manuscrits des Titres et Mémoires pour servir à l’histoire de la famille des Porcelet réalisé à l’initiative de Nicolas Claude Fabri de Peiresc (1580-1637). Martin Aurell n’a pas la même passion pour l’observation du ciel que son devancier mais le travail qu’il vient de faire paraître est heureusement plus complet et plus rigoureux que celui du célèbre astronome et humaniste. Si Martin Aurell est surtout connu pour ses travaux d’historien, il ne faudrait pas oublier qu’il a passé beaucoup de temps à traquer les Porcelet dans les fonds d’archives du Midi de la France et de la Catalogne, ce qui lui avait permis de soutenir une thèse de 3e cycle à Aix-en-Provence et de publier son premier grand ouvrage, sous le titre : Une famille de la noblesse provençale au Moyen Âge, les Porcelet, Avignon, 1986. Il nous en livre ici les pièces justificatives dans un gros ouvrage de 732 pages qui montre que l’historien a su se plier à toutes les servitudes de l’érudition la plus exigeante : discussions brèves mais argumentées de l’authenticité de l’acte (nos 9, 22, etc.), identifications des citations de l’Écriture, etc.

9La tâche du chercheur était ardue. I1 ne s’agissait pas d’éditer un cartulaire ou un fonds classé, ni même des archives familiales pieusement rassemblées pour honorer la mémoire de la famille, puisque 12 actes seulement sur 637 (1,8 %) proviennent du chartrier des Porcelet, légué en 1921 à la Bibliothèque municipale d’Avignon par Paul Mariéton. Il a fallu donc dépouiller des documents dispersés dans les fonds d’archives de la Provence et de la Catalogne, dans les bibliothèques municipales du Midi de la France et les collections de manuscrits de la Bibliothèque nationale de France, sans parler des sources déjà éditées : à elle seule la liste de ces dépouillements occupe huit pages dans l’ouvrage, ce qui donne une idée de l’ampleur des recherches dans les archives.

10Le parti choisi pour constituer le corpus des Porcelet est simple : retenir tous les documents où figure un membre de la famille, ne serait-ce que comme témoin (comme on le voit dans le diplôme de Guilhem II, comte de Provence, d’avril 972, où apparaît Daidonat, l’ancêtre de la famille dont le surnom figure déjà dans un acte de 1040 [no 23]) ; éditer les actes inédits ou ceux qui ont fait l’objet d’une publication défectueuse et confidentielle ; analyser les autres. On peut se demander cependant s’il était bien nécessaire de reprendre la tradition, même en l’enrichissant : ou bien les éditions antérieures sont défectueuses et il faut les refaire ou bien elles sont bonnes et il n’est pas très utile de relever toutes les copies.

11L’édition obéit aux principes de l’École des chartes. Tout au plus osera-t-on lui reprocher de ne pas numéroter les lignes des actes originaux, d’introduire un brin de subjectivité dans le choix des copies d’érudits, de ne guère se préoccuper de généalogie et de n’indiquer explicitement ni le texte de base retenu, ni toutes les variantes. Martin Aurell a raison de ne pas amender le latin des scribes provençaux (voir cependant p. 28 n. b). Mais ici ou là, on souhaiterait que le chercheur soit guidé dans la compréhension du texte par une suggestion de « correction » (voir, par exemple, no 31, p. 20 : amissa persona, pour emissa persona qui éviterait à un débutant de chercher amittere dans le Niermeyer ou le Gaffiot).

12On peut reprocher surtout à cette édition de privilégier dans ses analyses la présence d’un Porcelet : que n’importe quel membre de la portée intervienne, ne serait-ce que comme témoin, dans un acte et il a droit à la place d’honneur dans l’analyse au détriment de l’auteur de l’acte. Ce choix est discutable dans la mesure où l’édition ne sera sans doute jamais plus utilisée pour écrire une nouvelle thèse sur les Porcelet. Il aurait mieux valu, me semble-t-il, marquer la présence d’un Porcelet dans le texte de la charte par l’emploi d’un astérisque ou de quelque caractère spécial. II convenait aussi, me semble-t-il, d’offrir au lecteur, souvent peu frotté de latin médiéval, des analyses plus développées qui éclairent tous les aspects de l’acte et en donnent, pour reprendre le conseil toujours valable de Maurice Prou, un résumé qui soit assez fidèle pour pouvoir éventuellement remplacer l’acte, au cas où il viendrait à se perdre. Aussi nous permettra-t-on de regretter l’absence dans l’analyse du no 99 (p. 52) de l’éventualité de la dévaluation de la monnaie de Melgueil. Ne fallait-il pas attirer l’attention de l’historien de la vie canoniale sur la mention précieuse au milieu du XIe siècle de la vie commune à Saint-Trophime d’Arles (no 38 [1053] : ibidem commune viventes), ou encore, dans un tout autre registre, l’exigence faite par l’archevêque d’Arles au détenteur de Montdragon de rendre le château à la réquisition du seigneur ? Parfois même, mais cela est tout à fait exceptionnel, le texte n’est pas compris, puisque acaptare (no 94, p. 49,) est rendu par prendre à cens, alors qu’il a le sens habituel d’acheter : un certain Jean (qui ne s’appelle pas Jean de Canonica) achète un bien à la canonica de Saint-Trophime, pour 40 sous, les chanoines se réservant, comme il convient, un cens purement recognitif de 12 deniers.

13Arrêtons la critique pour relever que l’éditeur s’est préoccupé de fournir au lecteur des instruments de travail remarquables : description et reproduction des sceaux des Porcelet [1], index des noms de personnes, de lieux, index rerum très complet (avec traduction en français des termes les moins usités). Ici ou là, peut-être avec trop de parcimonie, l’éditeur précise fort utilement le sens d’un mot tel que farnaria (no 52), decima employé avec tasca (no 151, p. 81, n. 1).

14L’introduction est un modèle de précision, de clarté, d’élégance. De pédagogie aussi : entendons par ce mot, qui sonne parfois mal aux oreilles des savants, le souci permanent d’offrir au lecteur des tableaux de synthèse, des histogrammes, des conclusions vigoureuses en même temps que riches et nuancées. À la lumière des travaux récents sur les familles de la noblesse médiévale, l’auteur revient en quelques pages lumineuses sur l’histoire des Porcelet, l’ascension de simples alleutiers à la chevalerie au XIe siècle, la formation d’un lignage à la fois prolifique et solidaire qui se rapproche des familles de la vieille aristocratie, l’essor du patrimoine, les hautes fonctions militaires et politiques exercées auprès des comtes de Provence et des rois d’Aragon, l’apogée autour de 1200, suivi d’un déclin relatif et de l’éclatement du lignage au temps de la monarchie angevine, les Porcelet réussissant cependant à se maintenir en s’investissant dans l’État et dans l’Église.

15Plus intéressante encore parce que plus nouvelle est la présentation des actes au début de l’introduction. Non que l’auteur apporte des bouleversements dans la science diplomatique mais parce qu’il sait admirablement lier l’évolution des fonds et de la nature des actes aux changements institutionnels, sociaux et religieux de la Provence du Xe siècle au début du XIVe siècle. L’érudition ici se fait tout naturellement histoire.

16Georges PON.

17— Gabriel de Llobet, avec la collaboration de Jacqueline Hoareau-Dodinau, Le registre des informations des consuls de Foix (1401-1402), préface de Jean-Marie Carbasse, Limoges, Pulim, 2001, 225 p.

18Le livre proposé est essentiellement une publication de textes. Dans sa préface, Jean-Marie Carbasse souligne la relative rareté des documents de ce type qui nous sont parvenus. En effet, dans les villes de consulat, les enquêtes criminelles sont diligentées par les consuls eux-mêmes. Cela a dû donner lieu à une production, assez abondante dont il ne reste que quelques épaves. Le registre des consuls de Foix en est un très bon exemple. La présentation assez courte précise le contexte institutionnel, en présentant rapidement le comté de Foix, le consulat de Foix, la cour des consuls de Foix et la politique pénale. Il ne s’agit à chaque fois que de quelques indications rapides et générales. Il en va de même pour la présentation du manuscrit.

19C’est donc bien la publication du texte qui est l’objet du présent livre. L’ensemble représente un corpus de 43 textes, en laissant de côté les redites. On retrouve dans le texte un catalogue de la délinquance urbaine, vols plus ou moins violents, injures bagarres, peu de contentieux économiques. Le texte est accompagné d’analyses précises, d’un plan de la ville et du consulat, d’un relevé des injures et du vocabulaire des heures de la journée et, enfin, d’index analytique et onomastique.

20Au total ne boudons pas notre plaisir. Voici une belle et bonne publication de textes qui intéresseront les juristes, mais aussi les historiens des mentalités, de la délinquance ou de la ville.

21Jean-Pierre BARRAQUé.

22— Registres des Justices de Choisy-le-Temple et de Châtenay, 1448-1478. Édition des registres Z2 761 et 902 des Archives nationales édités par le Centre d’Étude d’Histoire juridique, Paris, Honoré Champion édition, 2000, 279 p.

23La présente édition fait suite à la précédente publication du Registre des causes civiles et criminelles de la justice de Choisy-le-Temple (1475-1478) par Marie-Claire Chavarot en 1992. Ce premier travail a donc été revu et complété par la transcription d’un autre registre des justices seigneuriales de la prévôté et vicomté de Paris, celui des Actes de la justice de Châtenay (1448-1457). Cette publication réalisée grâce au concours du Centre d’Études d’Histoire juridique s’accompagne d’une introduction et d’un index thématique. Ces documents conservés aux Archives nationales, et reproduits ici in extenso, ne constituent que des épaves des registres, l’essentiel ayant aujourd’hui disparu. Ces textes nous permettent de connaître l’activité quotidienne de modestes tribunaux, de ceux qui se situent à l’échelon le plus bas des juridictions locales.

24Le premier est un registre des minutes du greffe de la justice de Choisy-le-Temple qui s’échelonnent du 16 octobre 1475 au 16 septembre 1478. Le Grand Prieur de France détient la seigneurie et la justice haute, moyenne et basse à Choisy (aujourd’hui commune de Charny, Seine-et-Marne). Devant le tribunal, le bailli, fréquemment évoqué par le document, rend la justice en son nom. Du maire, lui-même représentant du bailli, au greffier en passant par les sergents qui font office de rapporteurs, apparaît ainsi tout le personnel judiciaire qui gravite autour de ces tribunaux locaux. Là sont jugées les causes ordinaires d’une juridiction seigneuriale. Les litiges évoqués, noyés dans la banalité d’une modeste cour, sont cependant d’une grande diversité et relèvent aussi bien du civil que du pénal. Une grande panoplie de délits s’y trouve représentée, vols, rixes, injures, blasphèmes sans oublier la multitude des infractions rurales (déprédations, divagations d’animaux...). Toutefois, la majorité des cas cités concerne des inexécutions d’obligations (dettes impayées, salaires non délivrés, travaux non exécutés...).

25Les mentions infrapaginales nous informent de l’issue des cas débattus. Les recours ou interventions extérieures sont rares (renvois, appels), mais les procédures d’arbitrage à la prison sont possibles, un cas est évoqué pour un « larron ». Cependant, la plupart des prisonniers sont élargis sous caution ( « eslargy a vive jouelle » ), souvent après un passage formel dans la geôle.

26Le grand nombre d’affaires portées devant le tribunal par ce petit monde de paysans révèle leur opiniâtreté, voire leur brutalité à défendre leurs biens et, accessoirement, leur penchant procédurier, qui marque l’époque de la reconstruction et de la prospérité succédant à la guerre de Cent Ans.

27Le registre d’audience de la justice de Châtenay (Val d’Oise) témoigne également du quotidien de ces petits tribunaux seigneuriaux. Le document indique cependant une activité judiciaire beaucoup plus réduite qu’à Choisy (une centaine de vacations sur une période de neuf ans du 30 juin 1448 au 18 janvier 1457 (a. st.). Le personnel attaché à la juridiction est lui-même limité en nombre. Le maire rend la justice devant la cour au nom du Grand Cellérier. Le monde des plaideurs laisse apparaître là encore l’univers de la petite paysannerie. Les individus sont tenaillés par les mêmes préoccupations que celles des paysans de Choisy. La représentation est plus restreinte à Châtenay, il y a peu de femmes à la cour et ce sont toujours les mêmes personnes qui accèdent au prétoire. Les injures et les rixes sont nombreuses, parfois sanglantes dès qu’il s’agit de défendre sa terre ou son honneur.

28Le juge joue un rôle essentiel et contrôle étroitement les sergents qu’il écarte de la connaissance des causes. La procédure est orale. La plupart des affaires se résument à une simple reconnaissance des faits par le défendeur et se soldent par le paiement d’une amende généralement « amodérée ». Mais les accords semblent se négocier ailleurs. La très faible activité du tribunal (peu de sessions et peu de cas) pourrait alors renvoyer à la fonction essentiellement pacificatrice du juge qui réglerait l’essentiel des petits contentieux en dehors de la cour. Jean Hilaire, dans son propos introductif, nous laisse précisément méditer sur le rôle de ces juges et de ces tribunaux appréhendés comme des modèles de justice de proximité.

29La banalité des affaires évoquées dans ces deux registres de greffe des justices seigneuriales explique le désintérêt dans lequel ils furent longtemps plongés. Or c’est précisément la modestie de cette quotidienneté qui nous permet de saisir, grâce un tel travail, à la fois le fonctionnement des petites juridictions seigneuriales et une certaine image du monde rural après la guerre de Cent Ans.

30Valérie TOUREILLE.

31— Thérèse B. Antar, Un traité arabe du XVe siècle : Kitab fi ma’rifat al-angham wa charhiha. Livre de la connaissance des tons et leur explication par Mouhammad Chams Al-Din Al Saydawi Al-Dimachqi (traduction et commentaire), Beyrouth, 2001, 206 p.

32L’auteur du Kitab [traité] Fi ma’rifat al-angham wa charhiha est le théoricien Mouhammad Chams Al-Din Al Saydawi Al-Dimachqi, considéré, à son époque, comme « le savant des savants, l’unique de son siècle et le seul de son temps ». Thérèse B. Antar – après sa thèse de doctorat de 3e Cycle soutenue à l’Université de Paris-Sorbonne – a publié un manuel traitant l’Héritage de la musique orientale du Ier au XVIIe siècle. Son deuxième ouvrage a le mérite de mettre à la portée des musicologues orientaux et occidentaux les théories musicales concernant les modes dans leur rapport avec les sons et les couleurs, d’où le titre rajouté : « Exploitation de la couleur en musique par Mouhammad Chams al-Din... », grand musicien du XVe siècle dans le sillage de Al-Kindi, Al-Farabi, Safiy Al Din, théoriciens célèbres.

33Le mérite de Th. B. Antar a consisté à décrypter une notation au graphisme approximatif, à dégager une notion nouvelle : le point de départ fixe, selon les sons et les couleurs. La première partie aborde l’identité de l’auteur et du manuscrit sans oublier d’initier le lecteur à la terminologie technique spécifique (phonèmes, alphabet, abréviations) et indispensable à la compréhension de la traduction du traité faisant l’objet de la deuxième partie. La troisième donne un aperçu des formules mélodiques, à partir des schémas, cercles, signes et symboles. Enfin, la quatrième partie concerne essentiellement la seconde partie du traité.

34Cette étude s’impose par les qualités de sa présentation (typographie aérée, papier glacé, couleurs bien contrastées), par sa description codicologique précise, par son plan bien structuré (on peut regretter la numérotation non continue des chapitres – il y a ainsi quatre chapitres I –, quelques minimes fautes de saisie) et par sa bibliographie (200 titres). Ce volume donne notamment un aperçu des diverses formes et dérivés du Rast selon les régions ; il a fait l’objet de nombreuses copies. Déjà, le P. Mersenne, dans sa correspondance avec Peiresc, précisait ce qui suit : « Le livre de musique surtout m’a grandement satisfaict et vous m’avez faict merveilleux plaisir de me l’envoyer, ne regrettant si ce n’est que les figures peintes aux deux ou trois derniers feuillets n’estoient point accompagnées de l’écriture nécessaire pour leur déclamation... » (p. 16). Thérèse Antar a rempli cette lacune après de patientes et minutieuses recherches, et sa traduction commentée et accompagnée de nombreux tableaux et graphiques sera très utile.

35Édith WEBER.

36— Cultures italiennes (XIIe-XVe siècle), sous la direction d’Isabelle Heullant-Donat, Paris, Le Cerf ( « Initiations au Moyen Âge » ), 2000, 394 p.

37L’originalité et la qualité de ce livre tiennent à son projet même : faire connaître dans un pays où l’on traduit fort peu le dynamisme des études médiévales en Italie, pays voisin mais dont l’historiographie est souvent ignorée. C’est tout le mérite de l’entreprise d’Isabelle Heullant-Donat que d’avoir obtenu des meilleurs spécialistes de ce pays des synthèses originales sur un aspect donné de la culture ou des cultures de l’Italie médiévale : chacun des 12 chapitres fournit ainsi une mise au point solide, assorti d’une bibliographie de référence et de documents traduits et rapidement présentés.

38Au fil des chapitres se dessinent les structures, particulièrement précoces et dynamiques, d’encadrement ou d’accueil de la production culturelle (écoles et universités, cours en particulier pontificale et angevine), les spécificités de certains mouvements (comme l’humanisme) et enfin la forte physionomie culturelle de certains milieux professionnels (notaires et marchands notamment) ou de certains contextes culturels (la ville, les ordres mendiants, les milieux hérétiques). La ville, omniprésente dans l’Italie médiévale, apparaît à l’issue de ce parcours comme l’un des cadres dominants de l’émergence d’une culture multiple et originale.

39Parmi ces contributions de qualité remarquablement homogène, on soulignera l’importance de certaines soit qu’elles fournissent une synthèse dans un domaine en plein renouvellement (comme celui de la culture angevine), soit qu’elles témoignent de l’efficacité de certaines problématiques importées (la literacy des groupes hérétiques), soit enfin qu’elles annoncent la fécondité de nouvelles pistes de recherche (la culture notariale ou l’éloquence laïque et civile délaissée au regard de la prédication cléricale). Dans la plupart des cas et conformément à une pratique bien établie en Italie, les auteurs prennent la peine de replacer leur thème dans une perspective historiographique internationale qui ajoute à ce très beau livre une épaisseur supplémentaire.

40Souhaitons donc que ce volume pionnier puisse provoquer de nouvelles vocations d’étudiants (même si son prix risque bien de les décourager de l’acheter...), inciter à la multiplication des échanges universitaires entre ces deux pays et enfin convaincre les éditeurs de l’urgente nécessité des traductions scientifiques.

41Cécile CABY.

42— Georges Jehel, L’Italie et le Maghreb au Moyen Âge, conflits et échanges du VIIe au XVe siècle, Paris, PUF, 2001, 228 p.

43Cet ouvrage de Georges Jehel, qui s’inscrit dans la collection « Islamiques » des PUF, lie dans une même étude les versants chrétien et musulman de l’Occident méditerranéen en se proposant de décrire les relations entre l’Italie et le Maghreb du VIIe au XVe siècle. Il évite ainsi l’écueil qui consiste à poser de manière globale et anachronique l’islam face à la chrétienté, et privilégie l’analyse d’un espace de contact relativement restreint et constitué de deux territoires que la géographie comme l’histoire ont toujours rapproché. La synthèse est à la fois claire et précise : elle déroule dans un premier temps le récit chronologique de la longue relation faite de guerres et de trêves qu’ont entretenue l’Italie et le Maghreb, puis s’attache à préciser le détail des relations commerciales que ces deux zones, qui furent la plupart du temps divisées politiquement, n’ont cessé d’entretenir tout au long du Moyen Âge.

44L’ouvrage montre que si les républiques maritimes italiennes, Gênes, Venise et Pise au premier chef, tirèrent un plus grand profit du commerce avec l’Orient, elles ne négligèrent cependant jamais le Maghreb, riche en matières premières et relais indispensable sur les routes du grand commerce. Entre guerre et piraterie, croisade et commerce, les relations entre ces deux zones ont donc été constantes et denses, depuis la conquête du Maghreb par les Arabes jusqu’à la fin du Moyen Âge et l’implantation ottomane en Afrique du Nord. En privilégiant l’étude sur le temps long, le livre de Georges Jehel met en lumière les revers et les changements qui affectèrent le rapport de force entre Italie et Maghreb pour le contrôle de la mer. Si au Xe siècle, la Méditerranée est presque le « lac musulman » que décrivait Ibn Khaldûn, les Italiens dominent incontestablement l’économie de la région à partir du XIIe siècle. Les bouleversements politiques qui se déroulent de part et d’autre aux siècles suivants n’ont jamais interrompu totalement les rapports commerciaux entre ces espaces que la Méditerranée relie plus qu’elle ne sépare.

45Emmanuelle TIXIER-CACéRèS.

46— Pekka Masonen, The Negroland revisited. Discovery and Invention of the Sudanese Middle Ages, Helsinki, Academia Scientiarum Fennica, 2000, 599 p.

47Ce livre est une histoire de l’historiographie européenne sur le Soudan occidental au Moyen Âge. Le cadre géographique correspond donc à la bande sahélienne de l’Atlantique au Tchad. Quant à la période, elle s’étend des débuts de l’islam à la chute de l’Empire de Gao devant les armées marocaines à la fin du XVIe siècle. Il s’agit principalement des grands États et des cités commerçantes qui ont suscité la curiosité des Européens.

48Les œuvres sont présentées dans l’ordre chronologique et étudiées surtout en tant que témoins de la connaissance qu’avaient de l’Afrique les Européens de leur époque. Mais l’auteur ne néglige pas pour autant ce que ces documents peuvent apporter à l’histoire que nous faisons aujourd’hui (par ex., il réexamine la question très controversée de la conquête de Ghana par les Almoravides). Enfin, il s’attarde à décrypter les informations avec lesquelles ont été construites ces œuvres.

49Les textes antérieurs au XVe siècle ne sont que l’écho de connaissances très générales ou très ténues, dont l’auteur décortique minutieusement la pertinence. Ainsi, la Chanson de Roland (dont il faut rappeler ici qu’elle n’a pas été écrite en provençal, mais en langue d’oïl) nous montre un roi africain non identifié mais couvert d’or, ce qui est conforme à l’image qu’en donnaient les géographes arabes dont certaines informations pouvaient filtrer. L’aventure d’Anselme d’Ysalguier, un Toulousain qui serait allé à Gao à la fin du XVe siècle et aurait épousé une princesse songay, est peut-être fictive mais le nom de l’héroïne est bien songay. Pour cette période, Pekka Masonen reprend en partie l’œuvre de Charles de la Roncière (La découverte de l’Afrique au Moyen Âge, 1925-1927), tout en laissant de côté l’étude de la cartographie majorquine.

50Des sources plus utilisables apparaissent à partir du milieu du XVe siècle avec les navigations portugaises et les auteurs qui y sont liés, au premier rang desquels le Vénitien Alvise da Mosto (improprement appelé Cadamosto) et le Morave Valentim Fernandes. Mais, au-delà du Sénégal, leurs informations ne sont que des aperçus. Il y a surtout Jean-Léon l’Africain à qui l’on doit la première description du Soudan parue en Europe, qui restera longtemps la base des connaissances européennes sur le sujet. Parmi les épigones de Jean-Léon, Masonen consacre un important développement à l’Espagnol Luis Marmól de Carvajal, dont il fait ressortir les apports originaux, tirés d’autres sources arabes. II aurait pu en signaler un autre, Giovanni Lorenzo Anania, qui introduit lui aussi des connaissances nouvelles, issues de voyages italiens effectués, par le Sahara, au XVIe siècle.

51Avec le XVIIIe et surtout le XIXe siècle, vient le temps des œuvres véritablement historiques (jusqu’à Marmól elles étaient ou se voulaient, malgré leurs anachronismes, des descriptions contemporaines). C’est aussi le temps des explorateurs, mais ceux-ci atteignent désormais une réalité différente puisque les grands Empires soudanais ont disparu. Aussi les tentatives de reconstruction historique sont-elles au moins autant tributaires de la découverte de la géographie arabe médiévale. Masonen montre bien comment les collectes de manuscrits arabes, les éditions et traductions échelonnées à partir de la publication d’Al-Idrîsî (édité à Rome en 1592, traduit en latin à Paris en 1619) jusqu’à la floraison orientaliste du XIXe siècle, ont permis le travail des historiens européens. Il inscrit dans ce contexte, en tant qu’œuvres majeures, celles de Francis Moore (1735), James Rennell (1790), Charles-Athanase Walckenaer (1821), Carl Ritter (1822), Friedrich Stüwe (1836). Surtout, il montre la qualité de l’œuvre de William Cooley (The Negroland of the Arabs Examined and Explained, 1842) dont la synthèse, essentiellement construite sur l’interprétation des sources arabes disponibles, reste encore pour une large part acceptable.

52Ensuite, pendant la période coloniale, la plupart des historiens s’intéressant au Soudan médiéval furent français (la majeure partie de l’espace concerné était alors sous domination française). Haut Sénégal - Niger (1912), de Maurice Delafosse, est la deuxième synthèse dominant l’historiographie du Soudan, après celle de Cooley. Masonen montre comment cette œuvre, ainsi que l’ensemble des œuvres de cette époque, est imprégnée de l’idée que les éléments civilisateurs, « à l’origine » des États, furent extérieurs, notamment orientaux, et en même temps marquée par une vision réductrice des sociétés, privilégiant l’histoire des origines et des migrations au détriment des dynamiques internes. La relativisation des résultats de l’historiographie coloniale française est aujourd’hui acquise, mais Pekka Masonen relativise aussi son importance dans son propre temps, en relevant celle de ses précurseurs immédiats, anglophones et germanophones, au premier rang desquels Cooley.

53Jean BOULèGUE.

54— Mohamed Touili, Archives nationales. Correspondance des consuls de France à Alger, 1642-1792. Inventaire analytique des articles A.E. B1 115 à 145, Paris, Centre historique des Archives nationales, 2001, LXXXIV, 904 p., 17 planches.

55Nul mieux que Mohamed Touili, fin connaisseur de l’histoire de l’Algérie et de la France, ne pouvait réaliser ce monumental inventaire, qui est à la fois un recueil de sources et un instrument d’initiation au jeu des relations internationales autour du bassin méditerranéen aux Temps modernes. Répertoriant dans des analyses très fines l’ensemble des informations contenues dans les pages des registres et dans les documents annexes, l’auteur en a rendu aisée l’exploitation par les chercheurs et historiens en mettant à leur disposition un ensemble de repaires et d’aides : une introduction qui précise les aspects originaux de cette correspondance consulaire, des notes historiques sur les institutions, un glossaire, une bibliographie et un recueil de planches. Viennent ensuite trente-huit pages de sources complémentaires, extraites de la publication des Sources de l’histoire du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord dans les archives et bibliothèques françaises, éditée par le Conseil international des Archives, Commission française du guide des sources de l’histoire des nations, Munich, 1984 et 1996. Enfin, des listes nominatives permettent d’identifier les fort nombreux intervenants : ministres de la Marine, secrétaires d’État des Affaires étrangères, ambassadeurs de France et consuls généraux à Constantinople, consuls de France et chanceliers du consulat à Alger, généraux et intendants des galères, sultans de l’Empire ottoman, pachas triennaux et deys d’Alger, listes complétées par un double index des noms de lieux et de personnes.

56Les documents analysés dans l’ouvrage sont conservés dans trente et un registres contenant la correspondance envoyée par le consulat d’Alger au secrétariat d’État de la Marine : transférés au ministère des Affaires étrangères après la Révolution française, ces registres furent versés aux Archives nationales en 1932 et 1933. Une autre partie du fond du consulat d’Alger, formée des pièces reçues par le poste consulaire, est par ailleurs conservée au Centre des Archives diplomatiques de Nantes : elle a fait l’objet d’une publication de Pascal Even, Papiers du consulat de France à Alger. Inventaire analytique des volumes de correspondance du consulat de France à Alger, 1585-1798. Ce fond qui présente de nombreuses lacunes peut être utilement complété en se reportant aux registres conservés à Paris : en effet, à la correspondance proprement dite, sont joints de nombreux documents couvrant la période qui va de 1642 à 1792. On y trouve ainsi une chronique, dite Journal d’Alger, qui rend compte de toutes les nouvelles du pays et des affaires traitées par le consul : celles-ci font l’objet d’une correspondance quotidienne expédiée à la cour, rendant compte des démarches entreprises sur instructions auprès du gouvernement algérien.

57La place de la France en Algérie bénéficie des relations privilégiées instaurées au XVIe siècle avec l’Empire ottoman. Une paix centenaire entre Alger et la France a été établie par le traité du 23 avril 1684. Elle favorise les intérêts français à une époque où la Méditerranée est devenue après la guerre de Hollande (1678) un espace d’affrontement entre Français, Anglais, Espagnols et les puissances italiennes, la Hanse, les pays scandinaves, la Russie et même les États-Unis d’Amérique. Le pavillon français assure en principe la protection des navires du roi contre les attaques des corsaires. Mais celles-ci demeurent nombreuses et entraînent de multiples interventions des consuls.

58L’activité économique est bien représentée dans cette correspondance. La Compagnie d’Afrique est installée au Bastion de France, à La Calle et dans ses comptoirs de Bône, Stora et Collo. Les principales maisons de commerce de Marseille entretiennent des succursales. Les Algériens affrètent des bâtiments français pour le Maroc et la Tunisie. Ils les chargent de conduire chaque année jusqu’en Égypte les pèlerins de La Mecque. Par ailleurs, les navires français viennent se fournir en blé pour faire la soudure des récoltes du Languedoc et de la Provence. De nombreuses marchandises sont importées en France : cire, peaux, laines et couvertures ; d’autres, comme le corail, sont réexportées vers la Russie, l’Inde et le Proche-Orient. La duchesse de Choiseul acquiert pour son domaine d’Amboise des brebis et béliers de Constantine.

59Les informations répertoriées dans les lettres sont des plus variées. Le compte rendu des transactions permet de connaître le cours des monnaies (piastres, sequins, aspres), les poids et mesures utilisés, les droits de douane correspondant à la provenance et à la nature des diverses marchandises. On y trouve également des renseignements concernant la mode, et l’on apprend que tel drap, de telle couleur, était particulièrement recherché pour les culottes d’hommes. Les incidents dramatiques, épidémies de peste, secousses sismiques, mais aussi les missions de savants chargés d’observer la flore du pays et ses insectes, ou encore de dresser une nouvelle carte des côtes, sont, bien entendu, soigneusement notés.

60Le sort des esclaves nécessite l’attention constante des consuls. On compte à Alger en 1749 trois mille esclaves espagnols, deux mille autres européens et seulement cent soixante français. À titre comparatif, l’auteur nous fait remarquer que l’on dénombre à Marseille en 1683 un millier d’esclaves algériens. Capturés en mer ou pris comme déserteurs, les esclaves peuvent être rachetés par les ordres religieux de la Trinité et de la Merci. Malades, ils sont pris en charge par l’Hôpital royal d’Espagne. Le consul de France s’efforce de maintenir pour eux des conditions d’emploi convenables, ce qui n’est pas toujours possible : certains jeunes gens sont victimes de la dégradation des mœurs qui règne en ce pays, alors que d’autres s’accommodent fort bien de leur situation et optent parfois pour le statut de renégat, qui, par l’adoption de l’islam, leur permet de trouver une activité libre. Fêtes musulmanes et fêtes chrétiennes sont pareillement célébrées dans les bagnes, où des banquets sont offerts aux esclaves et où sont célébrées des messes solennelles avec chœurs et orchestres.

61Ce survol de l’ouvrage ne peut donner qu’une image approximative de sa très grande richesse. Il suffit de parcourir l’exposé quotidien des affaires pour se laisser prendre à cette évocation d’un monde où le pittoresque voisine constamment avec l’information sérieuse qui sera un élément de prise de position politique. Cette remarquable somme d’érudition, mise pour la première fois à la disposition des chercheurs, est en outre rédigée dans un langage clair et élégant, ce qui n’est pas la moindre de ses qualités.

62Ivan CLOULAS.

63— Johann Gottfried Walther, Musicalisches Lexicon oder Musicalische Bibliothec. Neusatz des Textes und der Noten herausgegeben von Friederike Ramm, Kassel, Bâle, Londres, New York, Prague, Bärenreiter, 2001, 601 p.

64L’original de ce premier dictionnaire de musique en langue allemande avec des notices d’ordre bibliographique et théorique, présenté sur deux colonnes en caractères gothiques, a été publié à Leipzig en 1732. Son auteur, Johann Gottfried Walther, est né à Erfurt en 1684 (soit un an avant Jean-Sébastien Bach) et mort à Weimar en 1748. II a été actif comme compositeur, lexicographe, théoricien et organiste. Son « Lexicon » a été publié après le Dictionnaire de Musique de Sébastien de Brossard paru en 1713. Les deux publications sont d’une importance capitale pour comprendre la terminologie musicale en usage en France et en Allemagne dans le premier tiers du XVIIIe siècle.

65La présente édition (Studienausgabe) s’adresse aux musicologues et étudiants de notre temps ; elle est plus accessible, car les caractères gothiques ont été remplacés par la typographie moderne, les mots étrangers (c’est-à-dire latins, français...) et les titres étant en italique. Enfin, les exemples musicaux sont gravés en notation actuelle. La disposition sur deux colonnes a été maintenue. Le contenu concerne les noms propres (par ex. Amalaire se trouvera à Amalarius – oder Hamalarius) ; les fonctions sont précisées en latin (ex. Diaconus), ou en allemand (Cammer-Buchalter, respectant l’orthographe d’époque C et non Kammer). Les termes français, par exemple, « En pleurant », « Entonnement », « Eschelle », sont suivis de la mention : gall ; les mots grecs, de la mention gr (tetrachordum synemmenon) ; italiens, de la mention ital ou it (Eptacordo, Ettacordo)... J. G. Walther ne connaissait pas le prénom d’Annibal Gantès, ni son ouvrage : L’entretien des Musiciens, publié à Auxerre en 1641.

66À feuilleter ce gros volume, on réalise non seulement l’état des connaissances musicales et théoriques au début du XVIIIe siècle, mais encore les progrès accomplis par la Musicologie, d’abord affaire des musicographes et des historiens, avant de devenir une science au sens de « Musikwissenchaft » faisant le point des connaissances (wissen : savoir, connaître) dans une perspective globale. Avec un corpus de plus de 3 000 entrées, ce lexicon représente une source inépuisable de renseignements dans divers domaines : monographies, musiciens, compositeurs, auteurs, formes, conceptions, techniques, interprétation, organologie... En tenant compte de sa date de parution et de l’orthographe allemande devenue archaïque, il peut, encore de nos jours, être consulté avec profit, et reste un incontournable vademecum.

67Édith WEBER.

68— Heinrich Christoph Koch, Musikalisches Lexikon, Kassel, Bâle, Londres, New York, Prague, Bärenreiter, 2001, 1 805 p.

69Ce lexique musical représente une source de renseignements sur la musique et ses divers contextes dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, faisant, en quelque sorte, suite au Musicalisches Lexicon de Johann Gottfried Walther, publié en 1732, soit soixante-dix ans auparavant. Le présent volume est une réédition en facsimile, donc en caractères gothiques, avec une introduction de Nicole Schwindt, d’après l’édition parue à Francfort-sur-le-Main, en 1802 (une deuxième édition a été publiée à Heidelberg, en 1817 ; une troisième, à Copenhague, en 1826 ; puis, à nouveau, à Heidelberg, par A. von Dommer, en 1865, ce qui atteste l’importance accordée, au XIXe siècle, à ce « Lexique »).

70Heinrich Christoph Koch est né en 1749 à Rudolstadt (soit un an avant la mort de Jean-Sébastien Bach), il est décédé dans cette même ville en 1816. Il a été compositeur, violoniste à la Cour, puis « Hofmusikus » et « Kammermusikus ». Il est surtout connu par ses écrits théoriques comprenant une introduction à la composition, un dictionnaire (Wörterbuch) de musique, un manuel d’harmonie. Son Musikalisches Lexikon tient compte des données et faits du passé (XVIIIe siècle) et du présent (tout début du XIXe siècle). Il comprend de nombreux tableaux synoptiques, des exemples musicaux (dans les clés anciennes), des calculs de proportions... Il traite la théorie des modes d’Église à partir des noms topiques grecs, par exemple le phrygien bénéficie non seulement de définitions et d’explications, mais encore de la mention de chorals luthériens adaptant légèrement les formules modales traditionnelles (ex. p. 1153). D’autres illustrations musicales concernent les ornements, les techniques (piccolo...), des réalisations de basses continues avec leurs chiffrages. Les formes musicales sont représentées dans leur terminologie respective allemande, française (selon l’orthographe, par ex. : Polonoise, plaisanterie...). Les renvois sont précis : l’article Point d’orgue (col. 1158) renvoie à Orgelpunkt ; Reprise, à Wiederholung. Différentes acceptions d’un mot sont définies, par exemple : Concert, etc.

71Ce dictionnaire ou lexique suit l’ordre alphabétique des noms communs ; il est disposé sur deux colonnes paginées. Il reflète les conceptions de l’Aufklärung (fin du Siècle des Lumières) – comme le remarque Nicole Schwindt –, souhaitant rendre la culture et la science plus accessibles (avec une finalité sociologique). II a sa place de choix dans la littérature lexicographique, en Allemagne (depuis les publications de J.-G. Walther ; en France, depuis celles de Sébastien de Brossard (1713), de Jean-Jacques Rousseau (1768), entre autres). En 1802, Heinrich Christoph Koch espérait que « ses efforts rencontrent l’assentiment du public et que le connaisseur ne soit pas laissé pour compte ». Son vœu a été réalisé, et les lecteurs qui lisent l’écriture gothique, en tireront profit.

72Édith WEBER.

73— Beate Angelika Kraus, Beethoven-Rezeption in Frankreich von ihren Anfängen bis zum Untergang des Second Empire, Bonn, Verlag Beethoven-Haus, Bonn, 2001, 368 p.

74Après ses études à la Sorbonne et l’obtention de son doctorat à l’Université de Hambourg, Beate A. Kraus collabore actuellement aux recherches beethoveniennes menées à Bonn, au « Beethoven Haus », éditeur de sa thèse considérablement élargie. Lors de son séjour à Paris, elle avait rassemblé une vaste documentation concernant l’accueil de l’œuvre de Beethoven en France, et détecté des sources non encore utilisées. Elle aborde ainsi un sujet neuf, qui nécessite – comme tous les travaux relatifs à la réception (Rezeptionstheorie) et à son histoire – une méthodologie appropriée. Après avoir résumé l’état de la question, l’auteur dissocie chronique portant sur la vie musicale et histoire des idées ; elle constate que les problèmes de la « réception » sont considérés comme un secteur de la musicologie (p. 15) dans la mouvance de H. H. Eggebrecht, C. Dahlhaus, Chr.-H. Mahling, L. Finscher ; elle prend en considération trois facteurs : l’espace, le temps et la recherche des sources.

75Pour commencer, B. Kraus précise le cadre historique de la France de l’Ancien Régime : la position de la Cour, de la Ville, de Paris, en tenant compte de la démographie comparative (Vienne et Berlin, et d’autres villes françaises), de l’industrialisation sous le Second Empire (en parfaite connaissance des sources bibliographiques françaises : J.-P. Poussou, A. Corvisier). La capitale attire les musiciens, influence la vie musicale au-delà de l’hexagone. Avant le XIXe siècle, l’œuvre de Beethoven est pratiquement inconnue en France. Lors de la monarchie de Juillet, ses admirateurs augmentent et son image se forge peu à peu. La Révolution de 1848 freine les activités artistiques. Ensuite, la fondation de nombreux orchestres est favorable à Beethoven jusqu’à la Guerre de 1870.

76Les sources sont fournies par la presse musicale, mais l’Almanach musical et le Calendrier musical universel (1788-1789) ne citent pas encore Beethoven ; il faudra attendre 1803, avec la Correspondance des Amateurs musiciens (1802-1805) pour trouver la première mention. Un tableau synoptique (p. 27) réunit les titres des publications minutieusement exploitées (jusqu’en 1870) qui ont permis à l’auteur de contribuer efficacement à l’histoire de la critique musicale française et à son apport significatif en tant qu’instrument d’investigation musicologique.

77L’enquête menée avec rigueur porte sur les principaux faits, les œuvres : l’interprétation, les institutions, les publics, le répertoire, notamment l’opéra Fidelio dans sept théâtres et dans les salles de concert (Conservatoire, diverses Sociétés de concerts) ; œuvres religieuses, musique de chambre, etc. ; sans oublier les manifestations beethoveniennes en province et l’impact de ses Symphonies, surtout les nos 1, 2, 4, 7, 8 et le déroulement musical de la « IXe », ainsi que les réactions prises sur le vif.

78Pour conclure cette magistrale étude systématique, B. Kraus propose une synthèse ramassée mais percutante, rendue possible par l’ « épluchage » de la presse musicale, des programmes, des critiques de concerts. Les traits marquants de l’image beethovenienne étaient déjà dégagés avant 1848. En peu de temps, sa musique, d’abord ressentie comme « difficile à jouer », s’imposera comme une « idole » ; Beethoven sera « accepté » dans les cercles cultivés, grâce aux diverses institutions, notamment le Conservatoire, car, en France – comme le souligne l’auteur –, « l’histoire et la réception de la musique va de pair avec l’histoire des institutions ». Le Conservatoire reste au centre de l’interprétation de sa musique symphonique, sa musique de chambre a été diffusée par Habeneck ou le violoniste Baillot. La pratique beethovenienne s’intensifie ; dans l’ensemble, ses œuvres sont appréciées, et notamment ses mouvements lents. L’engouement pour ses IXe et Ve Symphonies est bien connu. Le principe de la musique à programme influencera Berlioz et Saint-Saëns. Une bibliographie thématique (sources, écrits sur Beethoven, divers), un index copieux avec les principaux acteurs de la vie musicale, complètent ce livre bien présenté qui a le mérite (non implicite dans le titre) d’associer à l’histoire de la réception, non seulement la pratique, l’esthétique et la critique musicales, mais encore l’histoire institutionnelle dans la France du XIXe siècle.

79Édith WEBER.

80— Klaus Kropfinger, Beethoven, Kassel, Stuttgart, Bärenreiter, Metzler, 2001, 334 p. (coll. « MGG Prisma »).

81Ce livre paru avant le 175e anniversaire de la mort de L. Van Beethoven (1770-1827), d’après l’Encyclopédie Die Musik in Geschichte und Gegenwart, représente un digest de ce que l’honnête mélomane devrait savoir sur ce musicien allemand, sa vie, ses crises d’identité, son œuvre. L’historien de la musique sera sensible au tout dernier état de la question, aux documents de première main, à la critique des sources, à la remise en ordre et à la typologie des œuvres (catégories, structures, techniques compositionnelles).

82Cet ouvrage, de consultation facile (nombreux sous-titres et titres courants infrapaginaux), bien structuré, comprend une chronologie très détaillée, une abondante bibliographie à jour (jusqu’en 2000), un catalogue raisonné de l’imposante production beethovenienne, des illustrations et citations judicieusement sélectionnées. La conclusion porte sur les problèmes d’interprétation et, selon les tendances actuelles, de « réception » au XIXe siècle (échange de lettres avec ses éditeurs Breitkopf & Härtel, Peters, réactions par exemple de Rochlitz dans l’Allgemeine Musikzeitung, 23 juillet 1828) faisant état de méfiance ou de distance ; et, au XXe siècle, de réactions politiques, de querelles esthétiques (difficultés techniques, problèmes de tempo), des attentes du public, en distinguant l’auditeur, le lecteur de partitions, l’analyste. Grâce à Klaus Kropfinger, le mythe Beethoven, revu à travers le prisme du recul du temps, prend sa vraie dimension.

83Édith WEBER.

84— Michel Philippot, Diabolus in Musica. Les Variations de Beethoven sur un thème de Diabelli, Paris, L’Harmattan, 2001, 500 p. (coll. « L’Itinéraire »).

85Claude Helfer, préfacier de ce bel ouvrage posthume, ami de Michel Philippot (1925-1996), rappelle qu’ils partageaient « la même admiration pour le Beethoven des derniers opus » auxquels appartiennent les Variations Diabelli (opus 120). L’auteur, « qui ne transige pas avec le respect de la musique, estime que cette œuvre est d’accès difficile », « qu’elle se présente à nous comme une sorte d’interrogation permanente..., comme une énigme..., comme une invitation à une méditation sur tout ce que la musique implique pour Beethoven » et se demande si ces 33 Variations – plus exactement Veränderungen, c’est-à-dire transformations –, ne sont pas par elles-mêmes un traité de composition (p. 13) ; elles révèlent l’imagination créatrice de Beethoven, les audaces stylistiques, les changements par rapport à la tradition de la technique du thème et variations.

86Michel Philippot précise d’abord la situation historique, le rôle d’Anton Diabelli (1781-1858), compositeur et éditeur autrichien, qui souhaite offrir aux mélomanes viennois « un florilège musical avec presque tous les compositeurs de l’époque ». Beethoven, préoccupé par sa Missa solemnis et sa IXe Symphonie, ne réagit pas immédiatement. Le manuscrit original a disparu, mais il en existe des esquisses et un autre exemplaire avec des corrections de la main du musicien. Le thème fait l’objet d’une minutieuse analyse musicale ; son apparente simplicité et sa banalité en feront sa génialité (p. 47). Du point de vue de la perception, la forme est prégnante et bien construite avec ses différents éléments constitutifs. La mélodie simple, élaborée à partir de motifs précis, avec son schéma harmonique bien organisé, aboutit à une forme plus complexe et parfaitement maîtrisée et M. Philippot en souligne toutes les potentialités de développement et, comme il le démontre au fil des pages, « il ne s’agit pas seulement d’un thème avec variations au sens traditionnel du terme : c’est aussi une suite de développements et de commentaires » (p. 469) ou encore « de la pensée à l’état pur exprimée avec des sons ».

87L’auteur ne perd jamais de vue les contextes historiques et l’atmosphère musicale qui ont présidé à l’élaboration de ces Variations Diabelli. En un style vivant et clair – prouvant son sens inné de la pédagogie –, après les analyses des différentes variations, cette publication – qui se présente comme une leçon de style et d’interprétation pour le pianiste et comme une leçon de composition musicale pour les futurs créateurs –, prolonge admirablement l’enseignement pluridimensionnel tant apprécié du regretté Michel Philippot, au Conservatoire national supérieur de musique de Paris.

88Édith WEBER.

89— Carmes et carmélites en France du XVIIe siècle à nos jours, Actes du Colloque de Lyon (25-26 septembre 1997) réunis par Bernard Hours, Paris, Le Cerf, 2001, 478 p.

90Bernard Hours a eu l’heureuse idée de mener une enquête historique limitée à la période moderne et contemporaine sur un ordre religieux composé de branches masculines et féminines et d’un tiers-ordre qui a existé en France depuis le XIIIe siècle et qui est bien vivant aujourd’hui. À défaut de posséder une histoire de l’ordre, cette enquête a rassemblé lors d’un colloque une vingtaine de communications de spécialistes d’histoire religieuse qui nous éclairent sur divers aspects de la vie carmélitaine et sur le rayonnement d’une spiritualité originale pendant les quatre derniers siècles.

91Plusieurs communications portent sur la vie matérielle et spirituelle de couvents insérés dans la société de leur temps. Celle de Françoise de Noirfontaine évoque la résistance de certaines carmélites à la bulle Unigenitus condamnant le jansénisme, celle de Patrick Cabanel décrit l’aventure originale des carmels missionnaires au Japon entre 1933 et 1960. Deux études, celles de Christian Renoux et de Madeleine Foisil portent sur l’introduction en France de la réforme de Thérèse d’Avila par Mme Acarie. Deux communications, celles d’Étienne Fouilloux et d’Henry Donneaud traitent d’une revue influente des années 1930 du XXe siècle, les Études carmélitaines de Bruno de Jésus-Marie. Enfin Bernard Delpal retrace le conflit moral entre juifs et chrétiens, né de la présence à Auschwitz d’un carmel, et conclut sur la solution intervenue et sur la portée universelle du drame d’Auschwitz.

92Cet ouvrage très riche doit inciter les chercheurs à entreprendre d’autres travaux en particulier sur les congrégations et les instituts séculiers issus de la spiritualité carmélitaine. La bibliographie finale leur suggérera utilement un certain nombre de pistes.

93Yves-Marie HILAIRE.

94— Stephen A. Schuker (dir.), Deutschland und Frankreich. Vom konflikt zur Aussöhnung. Die Gestaltung der westeuropäischen Sicherheit 1914-1963, München, Oldenbourg, 2000, 280 p. (« Schriften des Historischen Kollegs. Kolloquien », 46).

95Le collège historique de Munich, foyer de recherche de haut niveau, invite périodiquement un universitaire et le charge d’organiser un colloque international. Stephen Schuker, de Virginie, hôte de la fondation en 1997, a choisi pour thème les relations franco-allemandes dans la première moitié du XXe siècle. Autour de lui se sont rassemblés dix-huit historiens qualifiés, dont les contributions, rédigées en allemand, en anglais ou en français, s’attachent à cerner les étapes successives qui ont conduit les États riverains du Rhin « du conflit à la réconciliation ». C’est une mise au point bien informée, qui précise certains épisodes à partir des travaux récents.

96Si le souci d’assurer la sécurité revient souvent, l’accent est mis ici sur les facteurs économiques : tantôt domine la concurrence des intérêts, tantôt se concluent des accords commerciaux. Entre 1914 et 1918 les belligérants avancent de part et d’autre des buts de guerre ambitieux, quand les combats leur paraissent favorables. Étienne Clementel et Hugo Stinnes envisagent aussi un développement des échanges par des ententes de type nouveau. Au temps de Locarno, se développe une approche multilatérale : France et Allemagne cherchent à lier l’autre par l’intervention du tiers britannique. Des figures ressortent : Aristide Briand, souple et pragmatique, Louis Loucheur, inspirateur des cartels, Carl von Schubert, le secrétaire d’État de Gustav Stresemann, allié par sa famille aux industriels sarrois Stumm. I1 est ensuite montré comment l’irruption d’Adolf Hitler déconcerte et bouscule la diplomatie, à Londres comme à Paris. L’hégémonie nationale-socialiste des années de guerre, abondamment étudiée ailleurs, n’est pas examinée dans ce colloque.

97Après 1945, le slogan « L’Allemagne paiera » s’efface derrière l’appel « Retroussons nos manches ». Surtout, le dialogue franco-allemand est réorienté par l’apparition en force sur le théâtre européen des deux superpuissances : États-Unis et Union soviétique. L’administration de Washington, note l’ambassadeur Maurice Dejean, « est parfaitement consciente du fait que notre pays constitue la pièce maîtresse de toute construction continentale » et elle « est, d’autre part, très frappée de cet autre fait que le Parti communiste français est le second Parti communiste du monde ». Jean Monnet est un médiateur qui sait obtenir l’appui des dirigeants américains aux regroupements européens. Un article relève dans la CECA le programme de décartellisation, qui rallie les industriels de la métallurgie de transformation ; un autre porte attention à l’accord nucléaire triparti de 1957 (auquel l’Italie est associée), tentative interrompue par le retour au pouvoir du général de Gaulle.

98On ne cherchera pas dans ce recueil, l’analyse des mutations de mentalité en profondeur. Toutefois, un regard d’ensemble est porté sur le retournement des esprits qui a transformé en partenaires amis les « ennemis héréditaires » de jadis. Parmi les diplomates qui y ont travaillé avec succès, relevons la relève des générations au sein de certaines dynasties : les Margerie et les Seydoux en France, les Maltzan en Allemagne.

99Pierre BARRAL.

100— André Nouschi, La France et le pétrole de 1924 à nos jours, Paris, Picard, 2001, 451 p. (coll. « Signes du temps »).

101On manquait d’un ouvrage de synthèse sur la politique pétrolière de la France, rendant accessibles sous un format réduit les nombreux travaux qui ont consacrés au sujet, en particulier par l’auteur lui-même et ses élèves de l’Université de Nice. C’est désormais chose faite. En un plan chronologique classique (1924-1945, 1945-1973, 1973-2000), sont analysées les principales étapes de l’action de l’État, mais aussi l’évolution du secteur et des principales entreprises, ainsi que la place occupée par le pétrole dans la vie nationale. Dans une perspective pédagogique, la part belle est faite aux encadrés, tableaux récapitulatifs, statistiques de productions et d’importations, de prix et d’investissements, aux fiches biographiques, aux textes originaux aussi qui rendent accessibles des documents comme la lettre d’intentions adressée par Raymond Poincaré en septembre 1923 à Ernest Mercier au sujet de la fondation de la CFP, ou encore des témoignages comme celui de Bernard Tricot sur le rôle joué par les problèmes pétroliers dans les négociations entre la France et le FLN qui ont mis fin à la guerre d’Algérie. Des indications sur les fonds disponibles permettent d’orienter l’apprenti-chercheur dans les archives consultables sur le sujet. L’auteur ne cherche pas à dissimuler ses convictions. Déplorant l’abandon récent du cadre dirigiste mis en place durant les années 1920, ainsi que l’absence de politique pétrolière européenne, il voit dans le recours au marché une soumission aux « mercantis qui détiennent aujourd’hui le devant de la scène » et aux « rois tout-puissants du pétrole ». La vigueur de telles affirmations, par lesquelles s’achève l’étude, suscitera sans doute le débat. C’est en tout cas l’un des mérites de l’ouvrage que de fournir au lecteur toutes les pièces nécessaires pour qu’il puisse se forger ses propres conclusions, en un domaine plus que tout autre propice aux passions extrêmes et aux engagements contrastés.

102Jean-François ECK.


Date de mise en ligne : 01/02/2008

https://doi.org/10.3917/rhis.023.0863