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Compte rendu

Simon Burrows, French Exile Journalism and European Politics, 1792-1814, The Royal Historical Society, The Boydell Press, 2000, 272 p.

Pages 755y à 861y

Citer cet article


  • Bertaud, J.-P.
(2002). Simon Burrows, French Exile Journalism and European Politics, 1792-1814, The Royal Historical Society, The Boydell Press, 2000, 272 p. Revue historique, 623(3), 755y-861y. https://doi.org/10.3917/rhis.023.0755y.

  • Bertaud, Jean-Paul.
« Simon Burrows, French Exile Journalism and European Politics, 1792-1814, The Royal Historical Society, The Boydell Press, 2000, 272 p. ». Revue historique, 2002/3 n°623, 2002. p.755y-861y. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2002-3-page-755y?lang=fr.

  • BERTAUD, Jean-Paul,
2002. Simon Burrows, French Exile Journalism and European Politics, 1792-1814, The Royal Historical Society, The Boydell Press, 2000, 272 p. Revue historique, 2002/3 n°623, p.755y-861y. DOI : 10.3917/rhis.023.0755y. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2002-3-page-755y?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.023.0755y


1 Simon Burrows, enseignant à l’Université de Leeds, amplifie dans cette étude le sujet de sa thèse soutenue à Oxford en 1992 et portant sur la presse française éditée à Londres de 1789 à 1814. Son ouvrage porte sur les 13 organes de presse qui, créés à Londres de 1776 (Courrier de Londres) à 1805 (Courrier d’Angleterre), ont connu une publication plus ou moins éphémère sous la Révolution et l’Empire. C’est dire si, à la suite des travaux d’Hélène Maspéro-Clerc notamment, il élargit le champ de nos connaissances sur les journaux et les journalistes français émigrés en Angleterre. Ses recherches minutieuses dans les archives anglaises, françaises, américaines, suédoises ou suisses lui permettent tout d’abord de révéler le succès des entreprises de presse montées par les royalistes français dans la capitale britannique. Le succès est réel, encore faut-il dire que le nombre total des lecteurs évalué à partir des abonnés tourne autour des 20 000 à 30 000 lors des meilleures périodes de vente.

2 Les abonnements sont tels que les budgets des entreprises sont équilibrés (500 pour le Courrier de Londres) ou dégagent des bénéfices (2 500 et plus pour le Mercure britannique). Le comité des princes fournit à l’occasion des subventions. C’est surtout le gouvernement britannique qui, à partir de 1804, procure des subsides réguliers sans exercer toujours un contrôle contraignant sur les rédacteurs. Les périodiques diffusés à partir de Londres ou parfois à partir du continent où on les réimprime sont lus non seulement par les Français, émigrés ou non, mais aussi par toute l’élite mondiale. Des Provinces-Unies à la Russie, de la Suède à l’Italie, de l’Espagne à l’Amérique du Nord et du Sud, ils offrent aussi bien aux hommes politiques qu’aux marchands ou aux personnes privées tout à la fois les informations provenant d’un vaste réseau de correspondants implantés en Europe et les thèmes de propagande contre-révolutionnaire des émigrés ou des états en lutte contre la Grande Nation.

3 Le succès est d’abord dû à la plume habile et expérimentée de nobles, de prêtres ou de roturiers qui, journalistes avant ou en 1789, transplantent en Angleterre les formats et le système rubrical jadis employé en France. Dans un monde où il s’agit tout autant de convaincre que de vaincre, les journalistes français en exil continuent l’action menée en France de 1789 à 1792 aux côtés de leurs confrères « amis du roi » pour ravir l’opinion publique aux jacobins. La guerre de propagande ainsi faite devient si vive et si efficace que le gouvernement du Premier consul emploie tous les moyens (y compris celui offert durant la paix par les tribunaux anglais) pour faire taire les journalistes de l’émigration. Ces derniers construisent bien avant 1815 la légende noire de Bonaparte, s’emparant, par exemple, de la mort du duc d’Enghien pour dénoncer la folie meurtrière d’un homme qu’ils comparent à Robespierre. Ils utilisent aussi les faits divers – pratique déjà mise en œuvre en 1789 – pour souligner la permanence de l’immoralité qu’ils disent née de la Révolution. Faut-il suivre Burrows lorsqu’il regarde la guerre de plume comme l’une des causes de la rupture de la paix d’Amiens et comme un obstacle à la réconciliation franco-anglaise ?

4 Réétudiant en particulier la trajectoire idéologique de l’abbé de Calonne, de Peltier, de Mallet du Pan et de Montlosier, Burrows suggère que les oppositions entre le comité des Princes, les monarchistes et les monarchiens furent, jusqu’en 1800, moins virulentes qu’on ne le soutient généralement. Les journalistes royalistes restent certes divisés quant aux causes de la Révolution, les uns adhérant toujours à la thèse théologique associée à celle du complot maçonnique mise en place dès 1789, les autres, avec Mallet du Pan, se montrant plus sensibles « à la force des circonstances ». Leurs lectures des événements révolutionnaires divergent elles aussi. Pour Peltier, il n’y a nul changement de 1789 à 1799 : des factions tout aussi sanguinaires se succèdent et, en définitive, des « philosophes bouchers » remplacent des « bouchers philosophes ». Pour Montlosier dont Burrows analyse finement la thèse des révolutions multiples, comme pour Mallet du Pan, la violence, à laquelle ils se sont d’abord ralliés contre une République portant atteinte aux propriétés, doit laisser place à la recherche d’un compromis et d’une prise de pouvoir légale. Mais les monarchistes rejoignent parfois les analyses des monarchiens : c’est le cas de l’abbé Jacques Ladislas de Calonne qui, en 1796, dans le Courrier de Londres, reconnaît la nécessité d’une constitution fixant les droits du roi lors de la restauration monarchique.

5 Le coup d’État du 18 brumaire marque pour Burrows la coupure véritable entre les deux familles politiques royalistes qui, jusqu’alors, se fréquentaient, échangeaient des idées et étaient tactiquement alliés. Les monarchistes vite déçus par un Bonaparte qui se refuse à jouer les Monk poursuivent le combat contre « l’usurpateur », restent « la voix » des princes et deviennent de plus en plus « la voix » du gouvernement britannique. Les monarchiens, Montlosier tout le premier, se rapprochent du Premier consul et finissent par se rallier à lui. Ils sont séduits par le retour à l’ordre, par la défense de la propriété et par l’accord religieux trouvé par l’héritier « de la révolution sage ». Ils se convertissent avec tant d’enthousiasme à la construction étatique de Bonaparte que Burrows se demande s’il ne faut pas mettre en doute leur anglophilie si souvent soulignée par les historiens.

6 L’ouvrage de Burrows suscitera la réflexion et, sans doute, la polémique. Il enrichit notre connaissance de la Contre-révolution de 1789 à 1815, renseignant en particulier sur l’impact que l’idéologie des émigrés français à Londres eut sur l’opinion publique et sur la politique européenne. On regrettera la place trop souvent limitée faite à l’historiographie française des dernières années et « les retours en arrière » qui, à l’intérieur des chapitres, désorientent parfois le lecteur.

7 Jean-Paul BERTAUD.


Date de mise en ligne : 01/02/2008

https://doi.org/10.3917/rhis.023.0755y