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Compte rendu

Bernard Peschot, La chouannerie en Anjou, de la Révolution à l’Empire, Montpellier, Université Paul-Valéry, préface de F. Lebrun, 2000, 312 p.

Pages 755x à 861x

Citer cet article


  • Martin, J.-C.
(2002). Bernard Peschot, La chouannerie en Anjou, de la Révolution à l’Empire, Montpellier, Université Paul-Valéry, préface de F. Lebrun, 2000, 312 p. Revue historique, 623(3), 755x-861x. https://doi.org/10.3917/rhis.023.0755x.

  • Martin, Jean-Clément.
« Bernard Peschot, La chouannerie en Anjou, de la Révolution à l’Empire, Montpellier, Université Paul-Valéry, préface de F. Lebrun, 2000, 312 p. ». Revue historique, 2002/3 n°623, 2002. p.755x-861x. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2002-3-page-755x?lang=fr.

  • MARTIN, Jean-Clément,
2002. Bernard Peschot, La chouannerie en Anjou, de la Révolution à l’Empire, Montpellier, Université Paul-Valéry, préface de F. Lebrun, 2000, 312 p. Revue historique, 2002/3 n°623, p.755x-861x. DOI : 10.3917/rhis.023.0755x. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2002-3-page-755x?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.023.0755x


1 La chouannerie attendait son historien militaire, disait-on. L’auteur de ce livre a voulu relever le défi en prenant ce point de vue et en envisageant la chouannerie comme « une petite guerre » progressivement politisée et organisée. L’intérêt de ce livre consacré à la partie angevine de la chouannerie est de proposer une lecture synthétique des multiples petits faits qui découragent l’attention. Bon connaisseur de la bibliographie considérable sur le sujet, l’Auteur prend ses distances avec les courants historiographiques engagés, pour insister sur les manœuvres militaires des chouans, adeptes involontaires de la « petite guerre » (appelée plus tard guérilla). L’ouvrage confirme les périodisations bien connues : soulèvements en 1793, mais chouannerie véritable en 1794 pratiquée par de petits groupes et la clandestinité, puis après l’été 1794 les groupes se renforcent et malgré une paix fragile tiennent la contrée, enfin une dernière transformation a lieu avec l’arrivée des nobles qui militarisent la chouannerie après 1796, ceci débouchant sur le mouvement organisé de l’été 1799 ; après la pacification musclée imposée par Bonaparte ne durent que des réseaux encore influents et dangereux.

2 Le temps de la chouannerie proprement dite est incarnée par Coquereau, qui mène « sa guerre » selon des méthodes brutales aux desseins incertains – ses hommes étant eux-mêmes soumis à une grande violence – dans un petit territoire qui lui appartient littéralement. Ce sont les chefs d’Andigné, Tercier, La Frégeolière qui incarnent les temps suivants, encadrant les chouans, essayant de les discipliner pour faire la « grande guerre ». Ces efforts échouent en définitive lorsque les troupes chouannes ne peuvent pas s’imposer dans des manœuvres organisées et sont même écrasées en 1799 lorsqu’elles s’affrontent aux républicains. Pourtant ceux-ci se sont heurtés au bocage, faute de vouloir adopter des mesures pratiques (préconisées par Bonaparte fort de son expérience en Italie) et faute de contrôler les campagnes qui affament les villes. Les réactions des troupes républicaines sont disproportionnées et inefficaces face aux paysans, vus souvent sans discrimination comme des adversaires à abattre. Il n’y avait pas cependant de fatalité pour les bleus, pris davantage entre les contraintes de leur état-major et la réalité de la guerre, ceci explique que certains s’affranchissent, comme Hoche qui fait changer la tactique républicaine et conduit ses troupes au succès. Le jeune général a expérimenté la petite guerre lui-même et se souvient de cet apprentissage, en le liant à un esprit pragmatique et voltairien, dans le seul objectif de garder le pouvoir. Plus tard les observations de Le Mière de Corvey, ou de Jomini percent les habitudes de guérilla, qui entre-temps sera restée cependant victorieuse à Saint-Domingue comme en Espagne.

3 Dans l’immédiat, la compréhension de la tactique chouanne par les républicains et la militarisation et la politisation des chouans par leurs chefs nobles, conduisent à un arrangement en Anjou au moment de Brumaire, qui permet la liberté religieuse. Si bien qu’en 1800 la coopération entre chouans et troupes régulières est réelle même dans les opérations de police ! Les conflits politiques opposent dans un jeu triangulaire les anciens dirigeants jacobins, les tenants du nouveau régime et les anciens chouans, les deux derniers groupes ayant dorénavant un intérêt commun. L’auteur montre ici la nécessité qu’il y a de ne pas prendre au pied de la lettre les descriptions que les préfets donnent des Mauges après 1800, noircissant le tableau pour mieux peindre le nouveau régime en réparateur des errements passés. Cependant c’est avec ces hommes que l’État encadre à nouveau les populations, tout en veillant avec soin sur les anciens chouans qui jouissent toujours d’une grande notabilité. Cette situation explique la dégénérescence de la chouannerie en brigandage, celle-ci revenant d’une certaine façon à son état initial, sans vrai but politique, mobilisant des jeunes gens mal intégrés dans la société. Les explications de l’époque invoquent largement la théorie du complot pour expliquer ces mouvements, pourtant ce mouvement doit être compris, à juste titre, comme l’expression de la résistance d’une communauté face à l’État en constitution. L’auteur montre comment l’administration elle-même cesse progressivement d’employer le mot chouan pour qualifier les misérables bandes qu’elle traque en 1806, autant pour se conformer à la réalité que pour couper court aux risques de ressusciter les guerres. La guerre véritable est une « guerre sociale larvée ». Dans une perspective comparatiste, l’auteur montre comment les chouans se distinguent des guérilleros modernes, pour se rapprocher davantage des soulèvements « telluriques » qui n’ont été subversifs qu’inconsciemment, impliqués dans une dimension politique qui les a à jamais dépassés.

4 Ce livre fait donc un point méthodologique sur une partie de la chouannerie, donnant des clés de compréhension qui mériteraient d’être étendues à l’ensemble de la chouannerie, bretonne et normande, évoquées mais pas traitées. La présentation des acteurs principaux est très utile et les références aux auteurs classiques de l’historiographie, comme aux penseurs de la tactique guerrière sont d’une grande utilité. D’une lecture aisée, on regrettera cependant que le fil de l’ouvrage soit parfois rompu par des présentations de chefs ou de faits qui ne sont pas toujours inscrits fermement dans la démonstration, et que l’approche militaire légitime ne fasse pas pourtant plus de place à la présentation précise des mouvements, des combats et des alliances (on demeure sur sa faim à propos des calculs d’état-major et des rapports entre groupes chouans, notamment entre 1795 et 1797 ou en 1799 autour de Bourmont). On regrettera aussi que la discussion de la nature du mouvement chouan apparaisse aussi tard sans se confronter aux explications sociales qui avaient prévalu il y a une vingtaine d’années et qui avaient eu le mérite d’expliquer des raisons de mobilisation. La connaissance de la chouannerie a certainement progressé, le domaine n’est pas entièrement connu pour autant.

5 Jean-Clément MARTIN.


Date de mise en ligne : 01/02/2008

https://doi.org/10.3917/rhis.023.0755x