The Age of Edward III, éd. James S. Bothwell, Woodbridge, York Medieval Press, 2001, VI + 232 p.
Pages 755m à 861m
Citer cet article
- LACHAUD, Frédérique,
- Lachaud, Frédérique.
- Lachaud, F.
https://doi.org/10.3917/rhis.023.0755m
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- Lachaud, F.
- Lachaud, Frédérique.
- LACHAUD, Frédérique,
https://doi.org/10.3917/rhis.023.0755m
1 Les césures traditionnelles de l’histoire politique anglaise expliquent sans doute que, alors que la période correspondant au règne d’Édouard II apparaît aujourd’hui négligée par la recherche, du moins dans le domaine de l’histoire politique, les travaux sur le règne d’Édouard III se sont, ces dernières années, multipliés, sous l’égide d’historiens comme Mark Ormrod ou Chris Given-Wilson. Ainsi, la conférence tenue à York en juillet 1999 sous la direction de James Bothwell et Mark Ormrod permit à onze intervenants de mettre en valeur les facettes du « temps d’Édouard III » : sans remettre en cause les acquis fondamentaux de la recherche, ces contributions viennent considérablement affiner notre perception de la vie politique dans l’Angleterre du XIVe siècle et de l’activité diplomatique et militaire qui marqua ce règne. Cette dernière apparaît primordiale : la question du style royal et celle de la succession au trône de France font ainsi l’objet de plusieurs études, qui toutes démontrent le caractère secondaire des prétentions anglaises dans ce domaine par rapport aux autres buts de guerre d’Édouard III, c’est-à-dire la défense de l’Aquitaine et la liberté de manœuvre en Écosse. Grâce à l’analyse par Craig Taylor d’un dossier utilisé par les diplomates anglais à la conférence de paix d’Avignon de 1344, on voit cependant que ces prétentions firent l’objet d’une présentation particulièrement soignée, destinée à les rendre vraisemblables, et Mark Ormrod montre comment le roi adaptait sa titulature de manière à emporter l’adhésion d’audiences différentes. La contribution à l’histoire diplomatique du règne la plus audacieuse du volume se trouve toutefois dans l’article de Clifford Rogers, qui considère le Traité de Brétigny comme une victoire complète pour Édouard III, dans la mesure où l’on peut observer que ses buts initiaux furent atteints, et cela en dépit du recul que représentait, pour les Anglais, Brétigny en regard des demandes du second traité de Londres. Quant aux succès militaires d’Édouard III, ils furent bien tributaires de la collaboration des élites militaires à l’effort de guerre, et les contributions d’Andrew Ayton sur la carrière de Sir Thomas Ughtred, un chevalier du Yorkshire, et de David Green sur la retenue du Prince Noir mettent en évidence l’importance des liens informels tissés entre voisins et compagnons sous les armes, et permettent de mieux voir quel put être le contexte social et militaire des succès anglais en France. Cette collaboration reposait en partie sur la propagande royale, dont Alison McHardy analyse les moyens : les arts visuels, comme la fameuse « verrière de Crécy » de l’abbaye St Peter de Gloucester – aujourd’hui cathédrale de Gloucester – mais aussi les prières et les sermons, les writs royaux qui ordonnaient des campagnes de prédication fournissant au clergé, selon l’auteur, la matière même des sermons. Le volume reflète une conception de la période où la guerre et la diplomatie dominent, mais deux articles portent sur l’évolution politique interne de l’Angleterre : James Bothwell souligne l’efficacité de la politique d’Édouard III à l’égard de la noblesse, les élévations de 1337 étant perçues par l’auteur comme le moyen de légitimer des redistributions de terres controversées, tandis que l’étude de Caroline Shenton, centrée sur une analyse des comptes de John de Cologne, armurier d’Édouard III, qui supervisa en novembre 1330 la fabrication de plusieurs aketons de luxe destinés à un petit groupe d’hommes proches du roi, autorise une meilleure connaissance de ceux qui aidèrent le jeune roi dans sa prise de pouvoir en octobre de cette année-là. Anthony Musson et Richard Partington apportent une note originale à notre perception de l’importance du règne dans l’histoire de la législation et de l’administration anglaises : le premier propose de réévaluer l’activité d’Édouard III en matière législative, en suggérant que son règne vit des changements importants dans le domaine de la procédure, et que le roi continua à participer directement à l’activité législative. Quant à Richard Partington, il s’attache au groupe peu connu des sergents d’armes du roi, qui constituaient sa garde personnelle, mais dont la fonction évolua de manière à permettre au gouvernement royal d’intervenir de manière rapide et directe dans les localités, parfois contre les grands. Un certain consensus sur le caractère positif de cette période dans l’histoire de l’Angleterre se dégage de l’ouvrage, ce que la belle introduction critique au volume par Chris Given-Wilson et Michael Prestwich semble quelque peu regretter, et les aspects sociaux, économiques et culturels sont négligés, mais on appréciera la finesse des points de vue exposés et les nuances apportées à un tableau déjà bien connu des historiens.
2 Frédérique LACHAUD.