Thirteenth-century England VIII. Proceedings of the Durham Conference 1999, éd. Michael Prestwich, Richard Britnell et Robin Frame, Woodbridge, The Boydell Press, 2001, XI + 206 p.
Pages 755l à 861l
Citer cet article
- LACHAUD, Frédérique,
- Lachaud, Frédérique.
- Lachaud, F.
https://doi.org/10.3917/rhis.023.0755l
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- Lachaud, F.
- Lachaud, Frédérique.
- LACHAUD, Frédérique,
https://doi.org/10.3917/rhis.023.0755l
1 Le dernier volume de la série Thirteenth-century England est un bon témoignage du dynamisme de l’histoire politique, administrative et juridique de l’Angleterre au XIIIe siècle. Sur quinze communications, six portent sur les aspects politiques, quatre sur l’histoire du droit, trois sur l’histoire administrative et la logistique des armées. Cette répartition est toutefois un peu trompeuse, dans la mesure où certains auteurs n’hésitent pas à faire appel à l’interdisciplinarité. C’est le cas de la remarquable étude de David Carpenter sur la reconstruction de l’abbaye de Westminster, laquelle permet de comprendre l’étalement des travaux, la première date retenue pour l’inauguration de la nouvelle église étant la date anniversaire de la première translation d’Édouard le Confesseur, le dimanche 13 octobre 1258. La situation politique étant par trop défavorable, ce fut l’année 1269 qui fut ensuite retenue, la date de Pâques étant la même en 1163, 1258 et 1269. L’analyse du financement des travaux souligne aussi le rôle des barons dans cette reconstruction : en 1259, ils décidèrent d’autoriser la continuation des travaux, quitte à faire figurer leurs armes héraldiques dans le chœur, cette intervention étant sans doute destinée à modifier un programme iconographique jusque-là exclusivement « royal ». La crise politique du milieu du siècle est également au cœur du propos de Peter W. Edbury sur les membres de la famille de Montfort dans l’Orient latin : un passage des Gestes des Chiprois, sans doute dû à un chroniqueur au service de Jean de Montfort, cousin du comte de Leicester, présente un résumé de la situation politique anglaise en 1265 éminemment favorable au parti baronnial. D’autres communications reprennent des thèmes déjà bien connus des historiens, mais en donnent une lecture renouvelée. L’étude de Richard Huscroft sur le gouvernement de l’Angleterre pendant l’absence d’Édouard à la croisade, entre 1270 et 1274, souligne les aspects positifs de l’œuvre du gouvernement au cours de cette période, et propose de considérer les réformes engagées au retour d’Édouard dans la continuité de l’effort de Robert Burnell et de ses associés. Dans son article sur le rôle politique des chevaliers lors de la grande crise qui marqua la fin du règne de Jean sans Terre, Kathryn Faulkner étudie l’activité des chevaliers dans les comtés de Bedford, Cambridge, Huntingdon et Northampton. Elle rappelle l’importance des liens ténuriers et familiaux dans la position politique de cette catégorie, ainsi que le poids de l’intervention du gouvernement royal au niveau local, et conclut à une politisation croissante des chevaliers au début du XIIIe siècle. L’étude de Brendan Smith sur les événements politiques qui ont marqué l’Irlande entre 1220 et 1245 met en valeur la part de l’accident dans les destinées de l’île : si une bonne partie des dirigeants de l’aristocratie coloniale n’avaient pas disparu au début de la décennie 1240, il est probable que la présence anglaise se serait renforcée en Irlande, alors que les événements menèrent à une politique d’absentéisme de la part des magnats d’origine anglaise. La logistique de l’approvisionnement de l’armée royale à la veille de l’expédition gasconne de 1294 (Mark Kennedy Vaughn), le droit de frapper monnaie concédé par la royauté à certains ateliers ecclésiastiques (Martin Allen), la taille des Juifs par le gouvernement royal (Zefira Entin Rokéah) font l’objet d’analyses nouvelles. Cette dernière étude montre en particulier à quel point les documents relatifs à la taille de 1287 confirment l’hypothèse du déclin démographique et financier des communautés juives en Angleterre après l’énorme ponction de 1241.
2 Les contributions portant sur l’histoire du droit soulèvent des points importants d’histoire sociale. David Crook étudie l’évolution des concessions de droit de garenne pendant le règne de Henri III, et met en valeur la manière dont cette étape cruciale dans la limitation du droit de chasse contribua à définir un statut particulier pour la noblesse anglaise. Henry Summerson suit l’évolution de l’attitude face à la peine de mort entre 1200 et 1350, démontrant qu’il s’agissait là d’un droit symbolique de leur autorité pour de nombreux seigneurs et villes. Toutefois, l’étude des décisions des jurés montre comment ils pouvaient manipuler la présentation de certaines causes de manière à éviter la peine de mort aux accusés, ce qui souligne l’importance de l’étude de la nature du châtiment comme facteur dans l’exercice de la justice. Dans son étude des cours manoriales sur les domaines de l’évêché de Winchester dans la première moitié du XIIIe siècle, K. J. Stocks propose, entre autres, une discussion particulièrement intéressante des termes utilisés pour désigner la cour de justice du manoir, mettant en valeur le lien entre la salle et la cour. On peut rapprocher de ces trois études celle de Corinne Saunders, qui analyse à la lumière des sources juridiques le thème du rapt et du mariage forcé dans les romans du XIIIe siècle écrits en anglais.
3 Plusieurs communications ouvrent quelque peu l’éventail des thèmes choisis pour cette conférence : P. D. A. Harvey propose une analyse des cartes de Palestine dessinées par Mathieu Paris, suggérant que sa carte de la Palestine aujourd’hui conservée à Corpus Christi College, Oxford, qu’on peut voir comme la source d’inspiration pour les nombreuses cartes régionales qui illustrent son œuvre, est peut-être la copie d’une carte qu’un visiteur à l’abbaye de Saint-Albans aurait montré au chroniqueur. Nigel Morgan démontre que les usages liturgiques de Sarum touchèrent presque tous les diocèses relevant de l’archevêché de Cantorbéry dès le début du XIVe siècle. Le paradoxe est que ces usages, créés pour un clergé cathédral, furent imposés à un certain nombre d’églises paroissiales qui n’en avaient pas les moyens. Le résultat fut en tout cas une mise à l’écart de nombreux cultes de saints qui n’avaient pas leur place dans le calendrier de Sarum ni dans celui des églises cathédrales qui avaient adopté ce calendrier. Il faut pour finir souligner le caractère novateur de l’étude de Mark Ormrod : à partir d’une analyse du motif du senex amans dans les textes littéraires, mais aussi à la lumière des traités diplomatiques, il démontre comment plusieurs chroniqueurs justifièrent l’erreur diplomatique et militaire d’Édouard Ier face au roi de France en Gascogne par la passion sénile du roi d’Angleterre pour la demi-sœur de Philippe le Bel, Blanche, alors âgée de douze ans. Si l’histoire politique semble dominer les études de l’Angleterre au XIIIe siècle, il s’agit d’une histoire politique ouverte aux autres disciplines et novatrice dans ses méthodes.
4 Frédérique LACHAUD.