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Compte rendu

José Manuel Nieto Soria (dir.), Orígenes de la monarquía hispánica : propaganda y legitimación (ca. 1400-1520), Madrid, 1999, 607 p.

Pages 965k à 1056k

Citer cet article


  • Foronda, F.
(2001). José Manuel Nieto Soria (dir.), Orígenes de la monarquía hispánica : propaganda y legitimación (ca. 1400-1520), Madrid, 1999, 607 p. Revue historique, 620(4), 965k-1056k. https://doi.org/10.3917/rhis.014.0965k.

  • Foronda, François.
« José Manuel Nieto Soria (dir.), Orígenes de la monarquía hispánica : propaganda y legitimación (ca. 1400-1520), Madrid, 1999, 607 p. ». Revue historique, 2001/4 n° 620, 2001. p.965k-1056k. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-historique-2001-4-page-965k?lang=fr.

  • FORONDA, François,
2001. José Manuel Nieto Soria (dir.), Orígenes de la monarquía hispánica : propaganda y legitimación (ca. 1400-1520), Madrid, 1999, 607 p. Revue historique, 2001/4 n° 620, p.965k-1056k. DOI : 10.3917/rhis.014.0965k. URL : https://shs.cairn.info/revue-historique-2001-4-page-965k?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhis.014.0965k


Notes

  • [1]
    Sur ce programme, on peut lire le bilan dressé par Jean-Philippe Genet dans son article « La genèse de l’État moderne. Les enjeux d’un programme de recherche », Actes de la recherche en Sciences sociales, 118, 1997, p. 3-18.
  • [2]
    Ce projet a donné lieu à trois publications coordonnées par Adeline Rucquoi : Genèse médiévale de l’État moderne : la Castille et la Navarre (1250-1370), Valladolid, 1987 ; Realidad e imagenes del poder : España a fines de la Edad Media, Valladolid, 1988, et Genèse médiévale de l’Espagne moderne. Du refus à la révolte : les résistances, Nice, 1991.
  • [3]
    Je pense notamment à quelques articles de José Manuel Nieto Soria – « Origen divino, espíritu laico y poder real en la Castilla del siglo XIII », Anuario de Estudios Medievales, 27, 1, 1997, p. 43-101, et « Ideología y poder monárquico en la península », dans La Historia Medieval en España. Un balance historiográfico (1968-1998). XXV Semana de Estudios Medievales, Estella-Lizarra, 14-18 julio 1998, Pampelune, 1999, p. 335-381 – qui répondent aux analyses de Peter Linehan – notamment son article « Frontier Kingship Castile 1250-1350 », dans La royauté sacrée dans le monde chrétien, Colloque de Royaumont, 1989, Paris, 1992, p. 71-79, et dans History and the Historians of Medieval Spain, Oxford, 1993 – ou encore à celles d’Adeline Rucquoi – plus particulièrement dans « Los reyes que no son taumaturgos los fundamentos de la realeza en España », Relaciones, 51, 1992, p. 55-100, ou dans « El rey sabio : cultura y poder en la monarquía medieval castellana », dans Repoblación y reconquista, Aguilar del Campoó, 1993, p. 77-87, et dans « Spanish Medieval History and the Annales. Between Franco and Marx », dans The work of Jacques Le Goff and the challenges of medieval history, Woodbridge, 1997, p. 123-141. Ces travaux contenaient déjà des réponses et une réfutation d’une partie des thèses exposées par José Manuel Nieto Soria dans des publications antérieures, Fundamentos ideológicos del poder real en Castilla (siglos XVII-XVI), Madrid, 1988, ou Ceremonias de la realeza, Madrid, 1993, qui contredisaient les études effectuées par Teófilo F. Ruiz, Une royauté sans sacre : la monarchie castillane du bas Moyen Âge “, Annales ESC, 39, 3, 1984, p. 429-453,  ou Denis Menjot, « Les funérailles des souverains castillans du bas Moyen Âge racontées par les chroniqueurs : une image de la souveraineté », Annales de la Faculté des lettres et sciences humaines de Nice, 39, 1983, p. 195-209, et « Un chrétien qui meurt toujours. Les funérailles royales en Castille sur la fin du Moyen Âge », dans La idea y el sentimiento de la muerte en la historia y en el arte de la Edad Media, Saint-Jacques-de-Compostelle, 1987, p. 127-138. Ce dernier est revenu dernièrement à la question des fondements du pouvoir royal en Castille dans les conclusions de son article « Los dichos de los sabios y la enseñanza de la sabiduría en la Castilla bajomedieval », dans Saber y conocimiento en la Edad Media, Cuadernos del CEMYR, 5, 1997, p. 13-31. Pour compléter ce panorama, qui est loin d’être exhaustif, on peut également souligner les remarques formulées par Béatrice Leroy dans l’introduction de son article « L’avènement royal en Castille du XIIIe au XVe siècle : des cérémonies particulières », Le Moyen Âge, 3-4, 1998, p. 473-493.

1 L’ouvrage dirigé par José Manuel Nieto Soria rend compte des travaux entrepris dans le cadre d’une enquête lancée, en 1996, au sein de l’Université Complutense de Madrid. Ce programme de recherche, centré sur les origines de la monarchie hispanique, la question de la propagande et des processus de légitimation a permis de réunir une équipe nombreuse (19 personnes), diverse du fait du caractère multidisciplinaire du projet (outre de nombreux médiévistes, on trouve aussi des modernistes, des juristes, des historiens d’art et des philologues) et efficace à en juger par l’importance du travail réalisé. En effet, en plus des synthèses élaborées, ce livre propose un nombre important de pièces justificatives (79 documents), ainsi qu’une bibliographie pratiquement exhaustive sur les questions abordées.

2 Naturellement, le titre même de l’ouvrage, les problématiques abordées dans les diverses contributions – en particulier celle de la création d’un consensus par et autour de l’édifice monarchique, sorte de fil directeur commun – forcent à établir un lien avec d’autres projets de recherches : celui lancé, en 1984, par Jean-Philippe Genet sur la genèse de l’État moderne [1] et, plus spécifiquement, celui coordonné par Adeline Rucquoi sur la genèse médiévale de l’État moderne dans la péninsule Ibérique [2]. Sans vouloir se livrer à une comparaison point par point des résultats obtenus par ces divers projets, on peut toutefois noter la « spécificité castillane » des travaux dirigés par José Manuel Nieto Soria, du fait des origines universitaires des auteurs (pratiquement tous appartiennent à l’Université Complutense), en raison surtout du rôle assumé par la monarchie castillane dans l’édification d’une monarchie hispanique.

3 Beaucoup, notamment parmi les médiévistes français de la péninsule Ibérique, avaient critiqué les analyses que proposait José Manuel Nieto Soria, notamment dans sa façon de « plaquer » à la réalité castillane du bas Moyen Âge un modèle interprétatif seulement valable, et avec nuance, pour d’autres monarchies occidentales. Il ne s’agit pas, pour ma part, d’ajouter une nouvelle voix aux débats, ou aux empoignades polémiques, dont témoignent quelques études, articles ou notes infrapaginales, plus spécialement autour des fondements idéologiques de la monarchie castillane et de la question de sa sacralité [3]. Dans Orígenes de la monarquía hispánica... les analyses proposées sur la sacralité monarchique sont plus fermement liées à la question des instruments de propagande dont dispose le pouvoir royal.

4 Il est bien entendu impossible de rendre compte dans le détail de chaque contribution. La première partie traite de la société politique. On peut souligner l’attention portée par José Manuel Nieto Soria, dans son chapitre consacré à la royauté, au phénomène de distanciation et au recours accru aux cérémonies par le pouvoir, à la question des ajustements entre le projet politique de la monarchie et les intérêts des diverses forces de la société politique. Dans le chapitre consacré à la noblesse, María Concepción Quintanilla Raso revient sur la définition de la noblesse, s’attache aux processus de rénovation, montre la place centrale occupée par la noblesse dans l’édifice monarchique par sa capacité à nouer des relations verticales et horizontales. María Asenjo Gonzalez souligne, entre autres questions, l’importance de la relation entretenue par les villes et le pouvoir monarchique, la complicité des oligarchies urbaines dans la mise en place d’une fiscalité royale et le rôle pacificateur des officiers royaux dans les conflits urbains. Enfin, Ana Arranz Guzmán s’intéresse au rôle de la propagande, ses modalités et ses objectifs, au sein de l’Église. Cette première partie souffre néanmoins d’une tension entre le souci de présenter une synthèse sur les composantes de la société politique et celui de sauvegarder la problématique initiale liée à la question de la propagande. L’hésitation donne lieu, dans le cas de la contribution d’Ana Arranz Guzmán, à des analyses intéressantes mais quelque peu décalées par rapport à la question de la société politique. Une définition préalable de la société politique aurait peut-être permis d’éviter ce problème, de même qu’une présentation un peu moins classique de la noblesse et de son rôle.

5 La deuxième partie est consacrée aux instruments institutionnels. Juan Manuel Carretero Zamora analyse la représentation politique et l’instrumentation progressive des Cortes. L’analyse en termes de vérité officielle, d’occultation et de silence, est particulièrement intéressante pour juger des limites de ce système représentatif. Remedios Morán Martín et Eduardo Fuentes Ganzo étudient, pour leur part, le rôle de la justice et de la monnaie dans la création d’un consensus monarchique, et soulignent, entre autres éléments, le poids de la sollicitation dans l’exercice de la puissance normative par le pouvoir royal. Enfin, María del Pilar Rábade Obradó étend le questionnement d’ensemble aux judéoconverses et à l’Inquisition. On peut regretter que les instances gouvernementales ne soient pas davantage évoquées dans la partie consacrée à la représentation politique. De même, on peut se demander si la question de l’Inquisition ne mérite pas d’être liée au chapitre consacré au clergé, d’autant que celui-ci insiste sur des mises en scène dont l’Inquisition se montre particulièrement avide.

6 Enfin, sous le vocable des rhétoriques propagandistes, la dernière partie aborde la question de l’écriture (Elisa Ruiz García), de la littérature (Angel Gómez Moreno) et des manifestations artistiques (Aurora Ruiz Mateos, Olga Pérez Monzón et Jesús Espino Nuño). Le traitement consacré à l’écriture et à ses professionnels est particulièrement probant. En revanche, le chapitre consacré à la littérature s’apparente un peu trop au chapitre d’un manuel sur la littérature au bas Moyen Âge. Enfin, il est sans doute malheureux d’avoir détaché l’étude des manifestations artistiques des chapitres consacrés à leurs promoteurs.

7 La plupart des critiques formulées proviennent sans doute de la difficulté, face à l’ambition de départ, d’obtenir une collaboration lisible y compris dans l’écriture des contributions. Bien entendu, ces différences sont aussi source de richesse et permettent de nuancer de façon convaincante les résultats des travaux entrepris par cette équipe.

8 François FORONDA.


Date de mise en ligne : 01/02/2008

https://doi.org/10.3917/rhis.014.0965k