Compte rendu

Stefano Lodi et Gian Maria Varanini (dir.), Verona e il suo territorio nel Quattrocento. Studi sulla carta dell’Almagià, Vérone, Cierre, 2014, 276 p.

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  • Faggion, L.
(2017). Stefano Lodi et Gian Maria Varanini (dir.), Verona e il suo territorio nel Quattrocento. Studi sulla carta dell’Almagià, Vérone, Cierre, 2014, 276 p. Histoire & Sociétés Rurales, . 47(1), IV-IV. https://doi.org/10.3917/hsr.047.0181d.

  • Faggion, Lucien.
« Stefano Lodi et Gian Maria Varanini (dir.), Verona e il suo territorio nel Quattrocento. Studi sulla carta dell’Almagià, Vérone, Cierre, 2014, 276 p. ». Histoire & Sociétés Rurales, 2017/1 Vol. 47, 2017. p.IV-IV. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2017-1-page-IV?lang=fr.

  • FAGGION, Lucien,
2017. Stefano Lodi et Gian Maria Varanini (dir.), Verona e il suo territorio nel Quattrocento. Studi sulla carta dell’Almagià, Vérone, Cierre, 2014, 276 p. Histoire & Sociétés Rurales, 2017/1 Vol. 47, p.IV-IV. DOI : 10.3917/hsr.047.0181d. URL : https://shs.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2017-1-page-IV?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/hsr.047.0181d


1 Composé d’une introduction, due à Marica Milanesi, et de dix contributions, l’ouvrage dirigé par Stefano Lodi et Gian Maria Varanini concerne la plus grande carte réalisée en Italie au xv e siècle, un parchemin appelé « carte d’Almagià » (Archivio di Stato de Venise, Miscellanea mappe 1438), du nom du géographe et historien Roberto Almagià (1884-1962), professeur aux universités de Padoue et de Rome, qui l’a découverte, analysée et publiée en 1923 (« Un’antica carta topografica del territorio veronese », Rendiconti della R. Accademia Nazionale dei Lincei). Il s’agit du premier document cartographique de la ville de Vérone et de son territoire (Giuliana Mazzi, Gian Maria Varanini, Carlo Andrea Postinger, Isabella Lazzarini, Nello Bertoletti, Gianluca Poldi) qui intègre également le lac de Garde, la Vallagarina, le Trentin méridional et une partie du territoire de Mantoue (Stefano Lodi, Sandra Vantini, Susy Marcon), travail accompli avec une précision rare et dont les dimensions sont exceptionnelles (rectangle de 2 220 × 2 997 mm, près de 7 m2). Les différentes contributions l’examinent sous des approches différenciées (contexte politique et culturel, style et écriture, forme et support, ville et monde rural). Cette carte inestimable passe pour être l’exemplaire le plus ancien et, à maints égards, sans doute le plus important témoignage d’une nouvelle cartographie régionale qui trouve en Italie du nord au xv e siècle d’autres exemples extraordinaires de chorographie dépassant le mètre carré – la carte anonyme de la Lombardie, vers 1440 (Paris, BNF), celle signée par Giovanni Pisato en 1440 (Trévise, Biblioteca comunale) et, enfin, celle de Brescia (Biblioteca Queriniana).

2 De nombreuses sources prouvent que, dès le xiii e siècle, il existait en Italie et en particulier dans la plaine du Pô une riche cartographie locale qui ne cessa de se développer et dont subsistent aujourd’hui peu de documents. La représentation graphique de territoires et d’espaces de toutes dimensions, avec des objectifs différents, existe de façon diffuse au-delà de l’Italie, par exemple en Angleterre et dans les Pays-Bas actuels. Mais la cartographie produite par les seigneuries italiennes que l’on peut voir encore aujourd’hui est l’œuvre de professionnels du dessin et de la peinture ; elle est caractérisée par l’absence de références astronomiques et d’échelle, la priorité étant accordée à l’emplacement du bâti et des cours d’eau. L’élaboration de la carte repose sur l’enquête menée sur le terrain, fondée d’abord sur des instruments de mesure simples, puis, au xv e siècle, sur l’emploi de la boussole et l’évaluation soignée des distances, l’utilisation des instruments de la carte marine, ainsi que sur la tentative de restituer non seulement les éléments qui composent un territoire, mais aussi l’aspect qu’il revêt dans son ensemble. Ce sont des cartes dont l’orographie est générale, saisie grâce aux hautes vallées dessinées, et la représentation minutieuse de l’hydrographie contribue à cerner le territoire et son économie (centres habités, châteaux, fortifications, voies fluviales et terrestres).

3 La rédaction de la carte d’Almagià est probablement due à un décret du Conseil des Dix, magistrature vénitienne chargée de la sécurité de l’État, composée de dix-sept patriciens. Ce décret a été promulgué en février 1460 et a été destiné à toutes les provinces de la Terre Ferme afin de mieux les gouverner. Cette carte est peut-être l’unique exemplaire qui subsiste d’un genre fragile comme le sont les parchemins de très grandes dimensions, surtout lorsque ceux-ci ont été suspendus pour être vus de loin, et non enroulés. C’est ainsi que le Conseil des Dix demanda aux recteurs du Stato da Terra, des patriciens élus par leurs pairs au Grand Conseil de la capitale pour siéger pendant seize mois dans les villes de l’arrière-pays, de réunir un corpus cartographique composé de cartes distinctes pour chaque province, qui devaient être gardées à Venise, soit dans la Chancellerie, soit dans la salle du Conseil des Dix. Il est probable que la carte devait être en réalité exposée aux seuls conseillers, une exigence qui répondait à la volonté du gouvernement vénitien de disposer d’une documentation précise, afin de contrôler différents secteurs de l’État, en particulier ceux se rapportant à la défense, aux fleuves et aux décharges de la lagune. La carte d’Almagià semble la seule qui puisse être potentiellement rattachée à la décision de février 1460, même si elle ne répond pas totalement aux critères habituels, la bibliographie des années 1970 suggérant de relier à cette loi, en reprenant l’hypothèse de R. Almagià, d’autres documents relatifs aux territoires de Padoue et de Brescia.

4 Quelles fonctions peut-on assigner à une iconographie (territoriale et urbaine) qui se développe au xv e siècle et à une cartographie dont les buts ne sont pas toujours aisés à saisir ? Le lien avec le décret de 1460 suppose une réelle connaissance des espaces et/ou d’une iconographie urbaine réalisées dans les lieux du pouvoir vénitien. Dans le Palais ducal, il y eut sans doute deux cartes (« carte di Cosmografia ») avant 1442, qui se trouvaient d’abord dans la salle des « Nappe » (Cartes), puis dans celle de l’Écu : une mappemonde – au lieu d’une représentation du territoire comme l’avait faussement affirmé Roberto Gallo et d’autres à sa suite –, et une représentation de l’Italie, disparues lors de l’incendie de 1483, et une seconde représentation de la péninsule copiée et perdue dans un autre incendie au xvi e siècle. Elles furent peintes en 1479 par le cartographe Antonio de Leonardis (ou Leonardi), expression d’un goût diffus au xvi e siècle qui conduisit au développement de thématiques destinées à visualiser des lieux liés à un personnage politique, le plus souvent le commanditaire du travail à exécuter. Au cours du xvi e siècle, une telle pratique explique, notamment en Italie, la réalisation de cartes et de vues (tapisseries, toiles, fresques) dont les sujets peuvent se rapporter à des domaines limités de l’organisation des territoires.

5 Au xv e siècle, persiste l’objectif chorographique, entendu comme une simple description des données géographiques, réalisable par le seul exercice de l’art du dessin et de la peinture, fondé sur des cartes à échelle réduite, emplies de détails topographiques, le langage utilisé étant pictural et qualitatif. La découverte de la perspective, la récupération de la tradition ptolémaïque, les écrits de Leon Battista Alberti, qui décrit pour la première fois la technique de la triangulation, de Piero della Francesca, de Léonard de Vinci et de Raphaël déplacent peu à peu, dans un processus qui se prolonge au xvi e siècle, l’exercice des enregistrements (urbains, territoriaux) dans la sphère de la géographie et, donc, de la cartographie accomplie grâce à des instruments de mesure, à des calculs précis et à des relevés effectués sur place. C’est en effet le cas de la carte d’Almagià qui rapporte des données géographiques et topographiques de façon plus complète que ce qu’il est possible de lire dans les autres documents graphiques produits par l’étude du relief que la République de Venise avait mise en œuvre au xv e siècle.

6 Dans la carte d’Almagià, les signes relatifs aux éléments bâtis deviennent des représentations assez réalistes des lieux fortifiés et des édifices construits le long des routes, même si l’esprit de synthèse règne. La précision des différentes parties du territoire dessiné (routes, fleuves, rivières, bourgs fortifiés ou non, ponts, passages, cols, montagnes, collines) explique probablement les grandes dimensions de la carte qui semblent exclure une rédaction à une seule fin militaire. Il est vraisemblable que les indications sommaires sont dues à une pauvreté du support cartographique, et non à une quelconque négligence du dessinateur. À cet égard, il convient d’être prudent avec l’étude des cartes, car celles-ci répondent à des besoins spécifiques et ne sont donc jamais ni neutres, ni expression fidèle de toutes les informations qu’elles contiennent. La présence de mappemondes et de cartes dans le Palais ducal et l’enregistrement détaillé de l’arrière-pays commandé en 1460 pour la salle du Conseil des Dix confirment la double valeur acquise par les décorations géographiques : le patriciat tient à exalter la puissance de l’État dans les lieux accessibles aux visiteurs du Palais et à exposer la documentation pour l’exercice du pouvoir dans les salles où celui-ci était pratiqué, une documentation conçue selon une vision du monde en peinture (in pictura) qui pouvait se transformer en élément de décoration, ce qui explique sans doute l’appel à des peintres, aidés par les études géographiques des humanistes. Celles-ci étaient connues des principaux promoteurs de la loi de 1460, les patriciens Pietro Mocenigo, à maintes reprises Sage de Terre Ferme, condottière et doge en 1474 ; Bernardo Giustinian, fervent lecteur de textes antiques (Pline, Strabon, Diodore de Sicile, Ptolémée) ; et, enfin, Marco Donà. Il n’est pas exclu par ailleurs que, face à la difficulté de réaliser une entreprise devant concerner l’ensemble de la Terre Ferme et qui se rapporta probablement à la première et unique carte – Vérone et son territoire –, le programme ait été interrompu, le parchemin devenant dès lors l’expression d’une période culturelle dont elle constitue une des manifestations les plus claires et brillantes.

7 S’agit-il, comme le supposent certains, d’une carte à but militaire, étant donné la précision des éléments représentés (montagnes, collines, marais, fleuves, rivières, routes, centrés habités), disponibles dans les archives de l’époque ? Mais les indications de nature proprement militaire comme les châteaux, pourtant attestés à l’époque dans les sources, font défaut. Quel que soit l’usage de la carte, celle-ci a dû être suspendue à un endroit de la pièce, afin d’être lue de loin. Il est en définitive difficile d’attribuer une fonction unique à une carte, comme celle de la ville de Vérone et de son territoire, et à toutes les autres conçues à la même époque dans le reste de l’Italie, à l’instar de celles de la Toscane réalisées par Léonard de Vinci, qui se fonda sur une cartographie préexistante. Les chercheurs s’accordent à reconnaître que le dessin du Véronais résulte d’un ensemble de plans et de cartes locales, d’itinéraires et de descriptions écrites, d’informations de nature administrative, tous reproduits selon une échelle qui varie d’une aire à l’autre. La destination à des magistratures publiques paraît démontrée par la précision et la clarté de la représentation réalisée surtout avec des matériaux qui ne sont pas précieux, par des ambitions esthétiques peu élevées, ainsi que par la rédaction qui ne fut pas confiée à un copiste libraire, mais à un professionnel d’autres formes d’écritures, tels un secrétaire, un chancelier ou un cartographe – gagné par l’humanisme. Il n’est pas exclu, en outre, que, parmi les sources ayant permis la réalisation de cette carte, figurent également des dessins et des plans dus à des ingénieurs militaires. Il est difficile d’attribuer une fonction unique à une carte aussi composite que celle d’Almagià, fondée sur des sources hétérogènes et de valeurs différentes, tous les chercheurs s’accordant en effet à reconnaître que le dessin de la ville de Vérone et de son territoire est le produit d’une agrégation de différents plans et cartes.

8 Parchemin exceptionnel pour le xv e siècle, expression de la culture humaniste, la carte d’Almagià apparaît comme le premier document cartographique véronais dans lequel existe une représentation à la fois planimétrique et stéréométrique du bâti. Fondée sur la cartographie historique, l’étude iconographique, la recherche des informations livrées sur la pensée scientifique qui a sous-tendu la rédaction, l’approche anthropologique historique et culturelle, la chorographie, l’hydronyme et la toponymie, la nouvelle lecture faite 2014 du parchemin découvert et analysé par Roberto Almagià en 1923 s’avère d’un intérêt inestimable pour l’histoire du territoire à la Renaissance, pour la façon de considérer le monde et de le représenter. De façon brillante et érudite, les différents contributeurs de cet ouvrage passionnant et précieux ont livré à la connaissance d’un public d’historiens, de géographes et de curieux, l’état des dernières connaissances sur un parchemin d’une qualité rare.

9 Lucien Faggion


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Date de mise en ligne : 03/07/2017

https://doi.org/10.3917/hsr.047.0181d