Compte rendu

Alun C. Davies, The Rise and Decline of England’s Watchmaking Industry, 1550-1930, New York & London, Routledge, Studies in Modern British History, 2022, 394 p.

Pages 113 à 114

Citer cet article


  • Turner, A.
(2023). Alun C. Davies, The Rise and Decline of England’s Watchmaking Industry, 1550-1930, New York & London, Routledge, Studies in Modern British History, 2022, 394 p. Histoire, économie & société, 42e année(4), 113-114. https://doi.org/10.3917/hes.234.0113.

  • Turner, Anthony.
« Alun C. Davies, The Rise and Decline of England’s Watchmaking Industry, 1550-1930, New York & London, Routledge, Studies in Modern British History, 2022, 394 p. ». Histoire, économie & société, 2023/4 42e année, 2023. p.113-114. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-histoire-economie-et-societe-2023-4-page-113?lang=fr.

  • TURNER, Anthony,
2023. Alun C. Davies, The Rise and Decline of England’s Watchmaking Industry, 1550-1930, New York & London, Routledge, Studies in Modern British History, 2022, 394 p. Histoire, économie & société, 2023/4 42e année, p.113-114. DOI : 10.3917/hes.234.0113. URL : https://shs.cairn.info/revue-histoire-economie-et-societe-2023-4-page-113?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/hes.234.0113


1 Malgré l’importante littérature consacrée à l’histoire de l’horlogerie depuis plus de deux siècles, il nous a manqué, jusqu’à maintenant, une vue d’ensemble de la fabrication des montres en Angleterre qui ne fût pas purement technique. Cela n’est pas étonnant. Ce n’est que dans la seconde moitié du xxe siècle que commencent à paraître des analyses socio-économiques sur ce sujet fondamental pour le monde moderne. On pense inéluctablement aux ouvrages de Carlo M. Cipolla, Clocks and Culture 1300-1700 (1967) et de David Landes, L’Heure qu’il est : les horloges, la mesure du temps et la formation du monde moderne (1983, 1987). Depuis, davantage d’études ont analysé l’horlogerie en relation avec l’émergence de la Révolution Industrielle, mais nous manquons de synthèses sur les grands centres régionaux de la fabrication des montres — l’Allemagne du Sud, la France, l’Angleterre, la Suisse, les États-Unis et, l’Extrême Orient. L’ouvrage d’Alun Davies, dans le sillage de Cipolla et de Landes, est donc le bienvenu.

2 Il raconte cette histoire en trois grandes parties : la formation de l’industrie à partir de ses origines dans la manufacture artisanale du xvie siècle jusqu’à son apogée vers 1800 ; la période de concurrence et des crises qui ont occupé les trois premières décennies du xixe siècle ; les étapes du déclin jusqu’à la disparition de l’industrie dans les années 1930. Pour Davies, la fabrication des chronomètres de marine fait partie de la fabrication des montres — approche qui lui offre la possibilité de comparaisons instructives avec la fabrication des montres plus ordinaires. Il raconte l’histoire à travers le prisme de quelques concepts fondamentaux comme l’offre et la demande, la productivité, les marchés, l’intervention de l’État, ou les structures commerciales. En même temps que l’auteur trace le développement propre de l’industrie, il n’oublie pas que beaucoup de ses structures caractéristiques, comme ses difficultés, sont communes avec d’autres manufactures, par exemple dans la division des tâches, (p. 64) ; dans sa comparaison avec la tentative de Thomas Mudge Jr de fabriquer les chronomètres de son père en série comme Eli Whitney aux États-Unis pour les mousquetons ; et avec Marc Brunel (pour les poulies) à Portsmouth (p. 90). Dans cet ouvrage la fabrication des montres est bien intégrée dans son contexte industriel.

3 Dans un narratif clair et bien structuré, Davies nous dresse un portrait de cette manufacture dans ses différentes phases. Inévitablement, étant donné que les sources pour les périodes les plus récentes sont beaucoup plus abondantes que pour la période de formation aux xvie et xviie siècles, et que les xixe et xxe siècles sont les périodes de prédilection de l’auteur, sa présentation de l’industrie pendant ses dernières décennies est la plus circonstanciée et détaillée. Il fait ressortir l’incapacité des fabricants de Clerkenwell à se débarrasser des méthodes traditionnelles de leur manufacture, et l’inaptitude des manufacturiers à Coventry, Birmingham, et Liverpool à intégrer les nouvelles méthodes de production en quantité dans les usines utilisant les machines dédiées. Ce manquement est bien mis en relief par un court, mais bien informé, chapitre où les méthodes suisses et américaines sont clairement expliquées. Dans l’ensemble, cet ouvrage est une belle étude de cas de l’incapacité d’une industrie à s’adapter à de nouvelles méthodes de manufacture et de marketing dans un marché en train de devenir mondial. En même temps, dans son analyse de cette situation, l’auteur prend bien garde à éviter les explications mono-causales. Son histoire est bien nuancée.

4 Dans un ouvrage qui brosse aussi largement que celui-ci, il faut s’attendre à quelques lacunes. Une discussion plus étendue du marché colonial des fabricants anglais aurait été la bienvenue, ainsi qu’une exploration du commerce avec l’Empire ottoman qui s’est peut-être tenu plus longtemps que les autres en raison du goût ottoman aussi conservateur que celui des fabricants de Clerkenwell. Le marché des montres d’occasion, ainsi que l’importance de la réparation pour beaucoup de fabricants, sont également peu abordés. Également, sur de nombreux points spécifiques on a envie de discuter avec l’auteur — spécialement dans la première partie concernant la formation de l’industrie. Néanmoins, cela n’entache en rien l’importance de l’étude qui brosse un tableau détaillé de la fabrication des montres en Angleterre solidement ancré dans le contexte d’autres industries artisanales comparables dans ses assises sociales, dans l’économie domestique et internationale, ainsi que dans le commerce mondial et ses défis. Agréable à lire, malgré un peu de répétition et un abus flagrant du génitif, l’ouvrage est orné de vingt et une illustrations et l’argument est renforcé par dix tables et une abondante bibliographie. On ne peut pas féliciter l’éditeur d’avoir placé les notes à la fin de chaque chapitre — place la plus difficile pour les utiliser — ni pour le prix exorbitant auquel il propose un ouvrage qui mérite une grande diffusion.


Date de mise en ligne : 20/12/2023

https://doi.org/10.3917/hes.234.0113