Article de revue

Anatomie d'un concours

L'organisation de l'examen d'admission à l'École polytechnique de la Révolution à nos jours

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Citer cet article


  • Belhoste, B.
(2002). Anatomie d'un concours L'organisation de l'examen d'admission à l'École polytechnique de la Révolution à nos jours. Histoire de l’éducation, 94(2), 5-5. https://doi.org/10.4000/histoire-education.827.

  • Belhoste, Bruno.
« Anatomie d'un concours : L'organisation de l'examen d'admission à l'École polytechnique de la Révolution à nos jours ». Histoire de l’éducation, 2002/2 n° 94, 2002. p.5-5. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-histoire-de-l-education-2002-2-page-5?lang=fr.

  • BELHOSTE, Bruno,
2002. Anatomie d'un concours L'organisation de l'examen d'admission à l'École polytechnique de la Révolution à nos jours. Histoire de l’éducation, 2002/2 n° 94, p.5-5. DOI : 10.4000/histoire-education.827. URL : https://shs.cairn.info/revue-histoire-de-l-education-2002-2-page-5?lang=fr.

https://doi.org/10.4000/histoire-education.827


Notes

  • [1]
    Je remercie Maurice Bernard et Annie Bruter pour leurs critiques et leurs remarques qui ont permis d’améliorer une première version de cet article.
  • [2]
    Voir T. Shinn : Savoir scientifique et pouvoir social. L’École polytechnique, 1794-1914, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1980, p. 185, tableau II ; V. Guigueno : « La formation d’une élite à l’épreuve », in M. O. Baruch et V. Guigueno : Le Choix des X. L’École polytechnique et les polytechniciens, 1939-1945, Paris, Fayard, 2000, pp. 27-77 ; C. Mercié : « Profils polytechniciens des Trente glorieuses », in B. Belhoste, A. Dahan-Dalmedico, D. Pestre, A. Picon (dirs.) : La France des X, deux siècles d’histoire, Paris, Economica, 1995, pp. 369-385 ; Enquête 2000. Le premier emploi des jeunes diplômés, École polytechnique, Palaiseau, 2001.
  • [3]
    Voir B. Belhoste, A. Dahan-Dalmedico, A. Picon (dirs.) : La Formation polytechnicienne, 1794-1994, Paris : Dunod, 1994 et B. Belhoste : La Formation d’une technocratie. L’École polytechnique et ses élèves de la Révolution au Second Empire, Paris, Belin, 2003.
  • [4]
    Voir D. Julia : « Le modèle méritocratique entre Ancien Régime et Révolution », in B. Belhoste, A. Dahan Dalmedico, D. Pestre, A. Picon : La France des X, op. cit, pp. 33-50.
  • [5]
    Le décret du 7 vendémiaire an III est reproduit, avec le rapport de Fourcroy à la Convention, dans J. Langins : La République avait besoin de savants, Paris, Belin, 1987, pp. 200-226.
  • [6]
    Sur ces examens, voir D. Julia : « Le modèle méritocratique entre Ancien Régime et Révolution », art. cit., et D. Julia : « Gaspard Monge examinateur », Histoire de l’éducation, n° 46, 1990, pp. 111-133.
  • [7]
    L’existence du jury d’admission est officialisée dans la loi du 15 fructidor an III (1er septembre 1795), qui change le nom de l’École centrale des travaux publics en celui d’École polytechnique.
  • [8]
    Lettre des membres du jury d’admission au ministre de l’Intérieur, 8 frimaire an IV (29 novembre 1795), A.N. F/17/1388.
  • [9]
    Lettre des membres du jury d’admission au ministre de l’Intérieur, 19 germinal an IV (8 avril 1796), A.N. F/17/1388.
  • [10]
    Arrêté du Directoire exécutif, 7 fructidor an VI (24 août 1796), A.E.P., II, 1, carton n° 1.
  • [11]
    Intervention de P. Appel à la sous-commission des mathématiques spéciales, séance du 20 février 1904. Voir aussi, dans le même esprit, H. Poincaré, Science et méthode, Paris, 1908, p. 137 : « Permettez-moi d’insister sur l’importance des devoirs écrits. Les compositions écrites n’ont peut être pas assez de place dans certains examens à l’École polytechnique, par exemple. On me dit qu’elles fermeraient la porte à de très bons élèves, qui savent très bien leurs cours, qui le comprennent très bien et qui pourtant sont incapables d’en faire la moindre application ».
  • [12]
    En mathématiques, Tissot reste 18 ans (de 1872 à 1889), Transon 16 ans (de 1858 à 1873), Haton 15 ans (de 1864 à 1878), Laguerre 13 ans (de 1874 à 1886), O. Bonnet 11 ans (de 1861 à 1871), Marie 11 ans (de 1878 à 1888). Les mandats se raccourcissent après 1890 et ne dépassent plus 9 ans.
  • [13]
    Les examinateurs de Polytechnique continuent d’interroger les candidats à l’École forestière jusqu’en 1850.
  • [14]
    Circulaire de la commission des Travaux publics aux municipalités dans lesquelles l’examen doit avoir lieu, en date du 16 vendémiaire an III, A.E.P., X, II/c/11, registre n° 1.
  • [15]
    Voir en particulier le recueil des questions d’examen et des sujets de composition proposés aux candidats à l’École polytechnique publié chaque année de 1865 à 1903 sous forme de feuilles lithographiées par le libraire A. Morant (puis Croville-Morant).
  • [16]
    Voir Gazette des écoles, 16 septembre 1830 et 18 novembre 1830 et Le Lycée, 4 août 1831.
  • [17]
    Sur cette affaire, voir B. Belhoste : La Formation d’une technocratie, op. cit., pp. 94-97.
  • [18]
    Voir A.E.P., conseil d’instruction, séances du 11 juin 1841, 6 mai 1842, 28 avril 1843 et 17 mai 1844.
  • [19]
    F. Leroy : « En écoutant des oraux de l’X », Bulletin de l’Union des professeurs de spéciales, n° 24, décembre 1928, pp. 8-14.
  • [20]
    L. Thiberge : « Aux examens oraux de Polytechnique », Bulletin de l’Union des professeurs de spéciales, n° 8, décembre 1931, pp. 3-8.
  • [21]
    Circulaire de la commission des travaux publics aux examinateurs en date du 16 vendémiaire an III. Voir A.E.P., X, II/c/11, registre n° 1 ou A.N. F/17/1383. Des extraits de la circulaire sont cités par A. Fourcy : Histoire de l’École polytechnique, Paris, 1827, rééd. Belin, 1989, pp. 33-34.
  • [22]
    Voir l’état des notes d’examen de Bodson, A.E.P., VI/2/a/2, carton n° 1, et celui de Warenghien, reproduit par H. Tarry dans le « Mémorial de l’École polytechnique », Annuaire de l’École polytechnique pour l’année 1895, 1896, p. 338. L’état à remplir par les examinateurs pour le concours de l’an V est décrit dans des instructions imprimées (voir A.N. F/17/1386). Il comprend dix entrées : 1) Nom, prénom, âge du candidat ; 2) Domicile ; 3) Connaissances d’arithmétique ; 4) Connaissances d’algèbre ; 5) Connaissances de géométrie ; 6) Connaissances sur diverses sciences ; 7) Degré d’intelligence ; 8) Qualités morales et civiques ; 9) Qualités physiques ; 10) Divers.
  • [23]
    Sur l’évolution du concours entre 1799 et 1852, voir B. Belhoste : La Formation d’une technocratie, op. cit., pp. 54-58 et pp. 321-325.
  • [24]
    Une commission officielle, présidée par Eugène Caillaux, est nommée pour faire la lumière sur l’affaire. Son rapport, rédigé par Joseph Bertrand et publié dans le Journal officiel du 23 juillet 1876, s’emploie à disculper à la fois les candidats et l’École.
  • [25]
    Notons cependant que 10 % des candidats inscrits environ renoncent en fait à passer toutes les épreuves écrites.
  • [26]
    Les textes fondateurs parlent de « citoyens », la loi du 25 frimaire an VIII (16 décembre 1799) de « Français ».
  • [27]
    Décret du 1er février 1921. Sur les élèves étrangers à l’École polytechnique, voir A. Karvar : « L’École polytechnique et l’international : un bilan historique », Bulletin de la Société des amis de la Bibliothèque de l’École polytechnique, n° 26, décembre 2000, pp. 9-22.
  • [28]
    Depuis 1950, les candidats étrangers peuvent être dispensés à leur demande des épreuves de français, de langues vivantes et d’éducation physique.
  • [29]
    La loi du 2 mars 1894 fixe les limites d’âge à 17 ans au moins et 21 ans au plus au 1er janvier de l’année du concours et le décret du 26 septembre 1910 à 18 ans accomplis et moins de 21 ans au 1er octobre de l’année du concours. La loi du 25 septembre 1918, officialisant une mesure réglementaire appliquée dès le concours de 1916, ramène ces limites à 17 ans accomplis et moins de 20 ans au 1er janvier de l’année du concours. La limite d’âge supérieure est élevée d’un an en 1935.
  • [30]
    Conseil d’administration, séance du 1er février 1993.
  • [31]
    Voir B. Belhoste : Les Sciences dans l’enseignement secondaire, textes officiels, Paris, pp. 259-260.
  • [32]
    Un 1/2 a fait une année de préparation ; un carré ou 3/2 deux années, un cube ou 5/2 trois années, un bicarré ou 7/2 quatre années. Les nombres fractionnaires représentent les intégrales de x entre 0 et 1 (1/2), 1 et 2 (3/2), 2 et 3 (5/2), etc.
  • [33]
    Voir B. Belhoste : La Formation d’une technocratie, op. cit., p. 326.
  • [34]
    Ibid., p. 327 pour les années 1860. Pour les années 1930-1938 et 1946-1957, ce résultat est fondé sur des statistiques conservées dans A.E.P. II/1, carton n° 14. Le calcul consiste simplement à pondérer le nombre des candidats, en tenant compte des puissances 3/2, 5/2 et 7/2 parmi les admis (on néglige les puissances 1/2 ou supérieures à 7/2), ce qui suppose la même répartition entre les puissances des candidats et celles des admis.
  • [35]
    Voir B. Belhoste : La Formation d’une technocratie, op. cit., pp. 191-192.
  • [36]
    Sur l’enseignement préparatoire au xixe siècle, voir B. Belhoste : « La préparation aux grandes écoles scientifiques : établissements publics et institutions privées », Histoire de l’éducation, n° 90, mai 2001, pp. 101-130.
  • [37]
    Lettre du directeur de l’École polytechnique aux examinateurs de sortie du 14 nivôse an VII (3 janvier 1799), X II C 11 (2).
  • [38]
    Conseil d’instruction et d’administration, séance du 15 floréal an VII (4 mai 1799).
  • [39]
    Conseil d’instruction et d’administration, séance du 7 pluviôse an VIII (27 janvier 1800) et Le Moniteur, n° 179, 9 ventôse an VIII (28 février 1800), pp. 717-718. Voir également A. Fourcy, op. cit., pp. 203-209, et B. Belhoste : Les Sciences dans l’enseignement secondaire français, textes officiels, tome 1 : 1789-1914, pp. 73-77.
  • [40]
    Voir A.E.P. III/3/a, carton n° 3, documents relatifs à la révision des programmes d’admission en 1895-1896 et III/3/b carton n° 5, rapport spécial sur le projet d’admission arrêté par le Conseil de perfectionnement, 12 avril 1896.
  • [41]
    Le programme des classes de mathématiques spéciales a été révisé à deux reprises par des commissions interministérielles pendant cette période : en 1925 (arrêté du 18 juillet) et en 1956 (arrêté du 27 juin 1956).
  • [42]
    En 1963, les programmes des classes préparatoires sont modernisés (arrêté du 21 juin 1963). A la suite de la réforme des mathématiques modernes dans l’enseignement secondaire, ils sont entièrement revus en 1972 (arrêté du 4 février 1972). Les programmes de physique et chimie sont modifiés en 1981 (13 mai 1981).
  • [43]
    M. Bernard : « Réflexions sur l’évolution future du concours d’entrée à l’École polytechnique », Bulletin de l’Union des professeurs de spéciales, n° 158, février 1990, pp. 12-28.
  • [44]
    Ibid., p. 15.
  • [45]
    Arrêté du 23 novembre 1994. En 1991, la volonté exprimée par le ministre de l’Éducation nationale L. Jospin, conseillé par C. Allègre, de réduire d’un an la préparation aux concours, contre l’avis de la Conférence des grandes écoles et des enseignants des classes préparatoires, a provoqué un blocage, qui a retardé de quelques années la mise en place de la réforme.
  • [46]
    Le principe de ces mesures a été approuvé par l’École dès 1991. Voir Conseil d’administration, séance du 16 avril 1991.
  • [47]
    Rapport de Pierre Pétiau, Conseil d’administration du 23 avril 1992.
Français

Depuis sa fondation, en 1794, l’École polytechnique recrute ses élèves par un concours. L’article présente une étude détaillée de l’organisation de l’examen et de son évolution, des origines jusqu’à nos jours. Sous la Révolution se met en place le système des centres d’examen, puis des tournées d’examinateurs. Pendant longtemps, l’examen est exclusivement oral. C’est seulement à partir du milieu du xixe siècle que des épreuves écrites sont organisées. Ces épreuves ne jouent un rôle majeur, pour l’admissibilité, qu’après la Seconde Guerre mondiale. Plus généralement, le concours se transforme progressivement en une machinerie complexe assurant de manière uniforme et impersonnelle le filtrage et le classement des candidats. Alors qu’à l’origine, l’examen oral roule exclusivement sur les mathématiques, d’autres connaissances et compétences sont peu à peu prises en compte, à l’écrit et à l’oral. Depuis le début des années 1990, l’ouverture de l’École à de nouveaux candidats
– jeunes filles, élèves issus d’autres filières de formation, étrangers – a tendu à remettre en cause l’hégémonie des mathématiques et, plus largement, les principes sur lesquels reposait l’organisation du concours de l’École polytechnique depuis sa fondation.


English

Since it was founded in 1794, the École polytechnique has recruited its students through a competitive entrance examination. This article offers a detailed study of how this examination has been organized and has evolved up to the present days. Under the 1789 Revolution, examination centres and later on tours of examiners were set up. This examination long remained exclusively oral. It is only from the middle of the 19th century onwards that written tests have been organized. These tests had a significant role for the eligibility to sit the oral part of the exam only after the Second World War.
More generally this competitive examination has gradually been transformed into a complex machinery which now carries out the grading and screening of candidates in a uniform and impersonal way. Whereas the oral exam was originally only related to mathematics, other skills and knowledge have gradually been taken into account both in oral and written tests. From the beginning of the 1990s the Ecole has been open to new candidates – young women, pupils from other training courses and foreigners–, which has tended to call into question the hegemony of mathematics and to a greater extent, the principles on which the entrance examination for the École polytechnique has been organized since its foundation.


Deutsch

Seit seiner Gründung im Jahr 1794 rekrutiert die Ecole polytechnique in Paris seine Anwärter mit Hilfe einer Eingangsprüfung. Der Beitrag versucht die ursprünglichen Zielsetzungen dieser Prüfung und ihrer Entwicklung bis heute möglicht detailgetreu nachzuzeichnen. Während der Revolution werden feste Prüfungsstätten eingerichtet, die später einem Modus weichen mussten, bei dem die Prüfer im Land umherreisten. Über lange Zeiträume war die Prüfung selbst ausschließlich mündlich; erst um die Mitte des 19. Jahrhunderts ging man dazu über, schriftliche Prüfungen abzunehmen. Bis zum Ausgang des zweiten Weltkriegs spielen diese Prüfungen aber als Zugangsvoraussetzungen keine ausschlaggebende Rolle; erst danach entwickelte sich die Eingangsprüfung zu jenem hoch komplexen Räderwerk, das bis heute uniform und unpersönlich die Kandidaten nach ihren individuellen Leistungen selektiert und klassifiziert. Während die mündlichen Prüfungen der Anfangsjahre ausschließlich mathematische Kenntnisse im Blick hatten, wird später sowohl bei der schriftlichen als auch bei der mündlichen Eingangsprüfung eine Fülle anderer Kenntnisse und Kompetenzen vorausgesetzt. Seit Beginn der 1990er Jahre wird – bedingt durch die Öffnung der Schule für andere Anwärtergruppen : Mädchen, aus anderen Schultypen und –zweigen kommende Schüler, Ausländer – die Hegemonie der Mathematik und diverse andere Prinzipien, an denen sich die Zulassungsprüfung seit ihren Anfangszeiten orientierte, zunehmend in Frage gestellt.


Date de mise en ligne : 01/02/2010

https://doi.org/10.4000/histoire-education.827

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