Le tourisme en Antarctique : un enjeu géopolitique ?
- Par Mathias Strobel
- et Frank Tétart
Pages 167 à 177
Citer cet article
- STROBEL, Mathias
- et TÉTART, Frank,
- Strobel, Mathias.
- et al.
- Strobel, M.
- et Tétart, F.
https://doi.org/10.3917/her.127.0167
Citer cet article
- Strobel, M.
- et Tétart, F.
- Strobel, Mathias.
- et al.
- STROBEL, Mathias
- et TÉTART, Frank,
https://doi.org/10.3917/her.127.0167
Notes
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[*]
Chargé de recherches et d’analyse au Laboratoire d’études politiques et d’analyses cartographiques (LEPAC, Paris), coauteur de l’émission Le Dessous des cartes (Arte).
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[**]
Chercheur à l’Institut français de géopolitique (université Paris-VIII) et analyste en géopolitique au Laboratoire d’études politiques et d’analyses cartographiques (LEPAC, Paris), coauteur de l’émission Le Dessous des cartes (Arte).
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[1]
Ne sont pas pris en compte les ice-shelves de Ross, Ronne et Amery. À noter aussi que l’océan Austral qui entoure le continent est gelé en permanence sur 3 millions de km2, et jusqu’à 18 millions durant l’hiver austral.
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[2]
Afrique du Sud, Argentine, Australie, Belgique, Chili, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Japon, Nouvelle-Zélande, Norvège et URSS (aujourd’hui Russie).
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[3]
L’espace intersidéral n’a en revanche pas été épargné par la guerre froide. La rivalité entre Soviétiques et Américains a conduit à une « course à la Lune » à partir du lancement du satellite Spoutnik par l’URSS en 1957, soit deux ans avant le traité sur l’Antarctique.
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[4]
Convention pour la conservation des phoques de l’Antarctique (CCAS) signée en 1972, et Convention sur la conservation des ressources vivantes marines (CCAMLR) signée en 1980.
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[5]
Ne sont pris en compte que les touristes emmenés par des tour-opérateurs affiliés à l’IAATO (International Association of Antarctic Tour Operators), ayant effectivement débarqué sur le continent. Si on ajoute ceux qui se rendent dans la région indépendamment de ces touropérateurs, ceux qui rejoignent des programmes scientifiques et les accompagnateurs (équipages), le nombre réel de touristes avoisine plutôt les 50000 par an.
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[6]
Le continent compte une soixantaine de zones de ce type, chacune possédant un plan de gestion (défini généralement pour une durée de cinq ans) qui n’interdit pas systématiquement la pratique d’activités touristiques.
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[7]
ATCM : réunion annuelle des parties consultatives du traité de l’Antarctique. Sont admis comme parties consultatives les douze pays signataires originaux du traité de 1959, ainsi que tous ceux qui font preuve d’un effort substantiel de recherche en Antarctique.
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[8]
Entretien avec Julie Maillot, juriste aux Terres australes et antarctiques françaises (TAAF).
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[9]
Résolution IV/2007 qui limite à 500 passagers le nombre maximum de touristes par bateau, limite à 100 le nombre de passagers pouvant être débarqués à terre en même temps, et impose un guide touristique par groupe de 20 personnes.
1En quête de nouveaux horizons à découvrir, les touristes s’intéressent aujourd’hui à des territoires hors des sentiers battus, qu’il s’agisse de pays et régions désertiques ou peu habités (Sahara, Mongolie, Sibérie, Namibie), ou des régions polaires arctiques et antarctiques. L’Antarctique, continent des extrêmes par son climat, son aridité, son altitude, son absence de peuplement, sa difficile accessibilité, est de fait devenu une nouvelle destination touristique, comme en témoigne le nombre de visiteurs. Si on en recensait moins de 5000 en 1990, ils étaient presque 25 000 dix ans plus tard !
2La présence croissante de touristes sur cette terre vierge et réservée à la recherche fait peser des risques sur un environnement jusqu’alors entièrement préservé. Mais ne risque-t-elle pas également de servir l’intérêt des États, dont les revendications territoriales sont officiellement gelées sur le continent, pour un jour pouvoir les légitimer ? Le tourisme, en tant qu’expression d’intérêts privés, sur ce territoire si particulier qu’est l’Antarctique, pourrait donc devenir un enjeu géopolitique ou du moins un facteur géopolitique, source de rivalités, en particulier dans la péninsule Antarctique, région la plus accessible du continent.
3S’interroger sur l’enjeu du tourisme en Antarctique au moment où se déroule la quatrième Année polaire internationale (2007-2008) souligne enfin l’intérêt porté par le monde de la recherche, y compris les sciences humaines, pour des régions aujourd’hui particulièrement sensibles aux évolutions climatiques, mais dont l’impact a déjà des retombées géopolitiques.
Le système antarctique, unique au monde
4Dernier continent à avoir été découvert, puis exploré, l’Antarctique est une terre grande comme vingt-deux fois la France (12,5 millions de km2 ) [1], recouverte d’une épaisse calotte glaciaire, et inhabitée. Il n’en a pas moins suscité des revendications territoriales de la part de sept États (Grande-Bretagne, France, Nouvelle-Zélande, Australie, Norvège, Argentine et Chili) qui les légitiment soit par la continuité ou proximité géographiques dans le cas du Chili, de l’Argentine, de l’Australie, soit parce qu’un de leurs ressortissants a participé à la découverte du continent (Cook, Bransfield, Smith, Ross pour la Grande-Bretagne; Dumont d’Urville pour la France; Amundsen pour la Norvège); soit par une participation active aux premières campagnes exploratoires et scientifiques (Australie et Nouvelle-Zélande). Ces revendications se chevauchent d’ailleurs parfois (carte 1).
5Or, depuis 1959, toutes ces revendications territoriales sont gelées. Pour préserver ce continent vierge de tout conflit et notamment ceux de la guerre froide, l’Antarctique a été transformé en continent de paix par le traité de Washington. Signé entre douze États [2], dont les États-Unis et l’Union soviétique, ce traité unique en son genre, qui couvre en fait l’ensemble de la zone située au sud du 60e parallèle, favorise la recherche scientifique sur le continent, et y bannit les activités militaires, y compris nucléaires, et l’élimination des déchets radioactifs, à un moment où justement les grandes puissances cherchaient de nouveaux sites de test pour l’arme nucléaire [3]. Il a été complété par plusieurs conventions sur la protection de la faune et de la flore [4], mais surtout par le protocole de Madrid (1991) qui a ajouté un volet environnemental au traité et établi un moratoire de 50 ans sur l’exploitation des ressources minières. L’Antarctique est ainsi devenu une « réserve naturelle consacrée à la paix et à la science ».
CARTE DE SITUATION DE L’ANTARCTIQUE
CARTE DE SITUATION DE L’ANTARCTIQUE
CARTE DES BASES SCIENTIFIQUES EN ANTARCTIQUE
CARTE DES BASES SCIENTIFIQUES EN ANTARCTIQUE
6Tout État partie au traité sur l’Antarctique a le droit de mener sur le continent des activités scientifiques. On recense actuellement 68 stations de recherche (dont 46 ouvertes toute l’année), entretenues par 25 pays différents (Hureau, 2005). Le lancement de la quatrième Année polaire internationale en 2007-2008 est l’occasion de valoriser la recherche scientifique dans différents domaines (climatologie, glaciologie, astrophysique, etc.). Mais cet événement pourrait aussi contribuer à l’augmentation, déjà très sensible, du nombre de touristes sur le continent.
NOMBRE DE TOURISTES DÉBARQUANT CHAQUE ANNÉE SUR LE CONTINENT ANTARCTIQUE [5]
NOMBRE DE TOURISTES DÉBARQUANT CHAQUE ANNÉE SUR LE CONTINENT ANTARCTIQUE [5]
La péninsule Antarctique, plus accessible et plus convoitée que les autres régions
7Les premières croisières maritimes dans la région Antarctique ont été organisées, dès la fin des années 1950, par le Chili et l’Argentine. Puis, à partir de 1966, le Suédois Lindblad organisa quelques expéditions, dans un esprit « éducatif et responsable » (Victor, 2007). Mais leur nombre est resté limité. Le tourisme a en outre été freiné par la chute d’un avion d’Air New Zealand sur les flancs du mont Erebus en 1979, causant la mort de 275 personnes. L’essor touristique dans la région est donc un phénomène récent, qui a été favorisé par la mise à disposition, au début des années 1990, d’une importante flotte de brise-glace de l’ex-Union soviétique reconvertis dans le tourisme (Simon, 2006). Certains tour-opérateurs proposent même aujourd’hui aux touristes de rejoindre en avion l’Antarctique pour être directement embarqués sur un navire et éviter ainsi les désagréments de la traversée du passage de Drake, très mouvementée (Frenot, 2007).
8Autrefois réservé à une élite, le tourisme en Antarctique est donc en train de se démocratiser progressivement. Néanmoins, en raison de la durée des séjours, mais aussi du prix, cette forme de tourisme s’adresse surtout à une clientèle fortunée, généralement retraitée, venue des pays occidentaux. Selon l’IAATO, l’association des tour-opérateurs en Antarctique, 36% des personnes ayant visité le continent en 2006-2007 venaient des États-Unis, 13,5% du Royaume-Uni, 12% d’Allemagne, 8% d’Australie, et 5,5% du Canada.
9La très grande majorité des croisières s’effectuent dans la région de la péninsule Antarctique et des îles environnantes (carte 2), car c’est le territoire le plus accessible : environ 1000 km séparent le cap Horn de la péninsule Antarctique, tandis qu’il faut 2600 km depuis la Tasmanie et 4000 km depuis l’Afrique du Sud pour atteindre le continent blanc. La péninsule attire d’autant plus les touristes qu’elle est riche sur le plan de la faune, et ce en raison de températures relativement clémentes : – 5 °C en moyenne sur l’année (contre – 50 °C dans les parties les plus froides du continent). Enfin, cette zone abrite un nombre important de bases scientifiques, comme la station uruguayenne Artigas, l’argentine Esperanza ou encore la base chilienne de Frei, qui accueillent volontiers les touristes. Plusieurs dizaines de sites sont régulièrement visités par des bateaux de croisière, parmi lesquels l’île Half Moon ou encore l’île de la Déception (carte 3). Cette dernière est devenue le lieu le plus visité du continent, alors qu’elle abrite deux zones spécialement protégées (ZSP) [6].
10Aujourd’hui, les activités touristiques en Antarctique ne se réduisent plus seulement à quelques débarquements en Zodiac pour fouler le sol et approcher la faune locale, mais se diversifient vers des activités à caractère sportif (trekking, kayak, ski, escalade, plongée sous-marine...). Grâce à des véhicules tout terrain, les touristes peuvent désormais s’aventurer plus à l’intérieur du sixième continent (Frenot, 2007).
Un enjeu pour la préservation de l’environnement
11Même si elle reste limitée dans le temps à quelques mois durant l’été austral (janvier-février), période où la banquise est la plus réduite, la présence accrue de touristes pose cependant plusieurs problèmes, à commencer par celui de la préservation de l’environnement. Comme toutes les activités menées en Antarctique, les activités touristiques doivent respecter un cahier des charges précis, incluant la réalisation préalable d’une étude d’impact sur l’environnement. Or, ce type d’études ne peut avoir qu’une portée limitée dans le cas d’une activité itinérante comme le tourisme.
12Pourtant, les risques environnementaux sont réels. Selon Yves Frenot, chercheur au CNRS, l’afflux touristique dans la péninsule Antarctique entraîne d’ores et déjà une perturbation de la reproduction des animaux et, à terme, « une mise en danger de certaines espèces ». D’autres risques existent, comme l’introduction d’espèces étrangères transportées accidentellement par les touristes, ou encore « la dégradation des zones de végétation sensibles au piétinement » (Frenot, 2007).
13Surtout, l’augmentation du nombre de bateaux dans la région Antarctique accroît statistiquement les risques d’accidents et de naufrages. Ce qui pose d’abord un problème de sûreté : en cas de naufrage, le sauvetage des passagers incombe aux compagnies de tourisme elles-mêmes, et il n’est pas certain que les États, ou les scientifiques présents en Antarctique, soient en mesure d’intervenir. Mais ce type d’événements fait aussi peser un risque sur l’environnement, comme ce fut le cas après le naufrage d’un navire norvégien au large de l’île de la Déception, le 30 janvier 2007, entraînant le déversement de plusieurs centaines de litres de fioul en mer.
14Il existe donc un profond conflit d’intérêts entre scientifiques et compagnies touristiques qui fréquentent les mêmes lieux, riches sur le plan de la biodiversité. À tel point que, comme l’explique Yves Frenot, l’accroissement du tourisme peut aller jusqu’à « contraindre les scientifiques à abandonner certains sites au profit des touristes » (Frenot, 2007). De façon plus générale, la question qui se pose est de savoir si, dans des régions fragiles sur le plan environnemental comme l’Antarctique, la profession touristique peut s’autoréglementer.
PRINCIPAUX SITES TOURISTIQUES DE LA PÉNINSULE ANTARCTIQUE ET DES ÎLES ALENTOUR
PRINCIPAUX SITES TOURISTIQUES DE LA PÉNINSULE ANTARCTIQUE ET DES ÎLES ALENTOUR
15À ce titre, le cas de l’IAATO est intéressant. Créée en 1991, cette organisation sert à promouvoir les intérêts des tour-opérateurs en Antarctique, tout en respectant le droit en vigueur, notamment en matière d’environnement. Présente aux réunions de l’ATCM [7], où elle a un siège d’observateur, elle fait pression pour éviter l’adoption de nouvelles mesures qui contraindraient le développement de l’activité touristique. L’IAATO s’appuie pour cela sur les États anglo-saxons, généralement plus favorables que les autres au tourisme dans la région Antarctique. Le Chili et l’Argentine le sont aussi, pour des raisons économiques, dans la mesure où ils constituent les pays de départ de la plupart des croisières. À l’inverse, certains pays comme la France considèrent que les activités touristiques ont un impact majeur sur l’environnement, et doivent de ce fait être étroitement encadrées [8].
16En conséquence, si le tourisme représente aujourd’hui un enjeu central pour l’environnement, la question de sa limitation ne fait pas l’objet d’un consensus. Ainsi, lors de la dernière réunion de l’ATCM au printemps 2007, une résolution limitant le nombre de touristes par bateau a certes été adoptée [9], mais celle-ci n’est pas contraignante, et en pratique certaines croisières comptent toujours plusieurs milliers de touristes. De son côté, la proposition visant à interdire la construction d’infrastructures touristiques sur le continent n’a pas abouti, alors qu’il existe plusieurs projets hôteliers dans la péninsule Antarctique.
Un enjeu géopolitique
17Au-delà du clivage entre intérêts privés et intérêts publics, l’essor du tourisme en Antarctique risque aussi de soulever des tensions entre États. Dans la péninsule Antarctique, où se chevauchent les revendications territoriales de trois États (Argentine, Chili, Royaume-Uni), on assiste déjà, en raison de l’accessibilité plus grande de la zone, au développement d’infrastructures quasi permanentes sur les bases (école, hôpital, poste, banque...) que ne connaissent pas les autres parties du continent. C’est le cas sur la base chilienne de Marsh, contrôlée d’ailleurs par les forces armées du Chili, qui comporte, entre autres, hôtel, hôpital, école, garderie, une poste et une banque. Sur la base argentine d’Esperanza partagée entre militaires et civils, des personnes habitent désormais à l’année. Elles disposent d’une école de trois classes pour les enfants d’hivernants. C’est là qu’a eu lieu en 1978 la première naissance sur le continent (Simon, 2006).
18Alors que 98% des touristes venant en Antarctique ne visitent que cette zone, on peut imaginer que la croissance du nombre de visiteurs va encore contribuer au développement de ces bases, par la construction de boutiques de souvenirs, de lieux de restauration, voire d’hôtels. Dès lors, il sera plus aisé aux États « possessionnés », ceux qui ont émis une revendication territoriale sur cette zone, de faire valoir leurs droits, jouant de l’argument, bien rodé à l’échelle du monde, « j’étais là avant !». Pour l’Argentine comme pour le Chili, les territoires Antarctiques sont intégrés à leur découpage administratif sous les noms respectivement de « Antartida argentina » et de « Territorio Antarctico chileno », et sont d’ailleurs représentés sur leurs cartes nationales.
19Les tensions dans la péninsule Antarctique sont d’autant plus probables, si le tourisme favorise l’implantation humaine, que l’Argentine et le Chili partagent une histoire chargée par les tensions et conflits, y compris en Antarctique. Ainsi, le 18 janvier 1949, des coups de feu furent échangés entre Argentins et Chiliens dans la péninsule. Aujourd’hui, la rivalité entre ces deux pays prend des formes différentes : les Chiliens cherchent à empêcher l’accès de leur base de Frei, qui dispose d’une importante piste d’atterrissage de 1,3 km de long, aux scientifiques argentins. De son côté, le Royaume-Uni aussi entend faire valoir ses revendications sur cette région, et sa rivalité avec l’Argentine est entretenue par la guerre des Malouines de 1982.
20Aujourd’hui, le traité de Washington interdit toute revendication officielle de souveraineté sur l’Antarctique. Mais il ne court que jusqu’en 2049. Et, avant même cette échéance, de futures tensions sont possibles, en raison de l’ambiguïté même sur laquelle repose le traité. En effet, rien dans le traité ne peut être interprété comme une renonciation de la part des États possessionnés à exercer leurs droits; mais rien non plus ne peut conduire les autres parties (parmi lesquelles figurent les États-Unis, la Russie, l’Inde, la Chine) à les reconnaître (Gaudin, 2007).
21La France a officiellement renoncé à exercer une souveraineté sur l’Antarctique, mais, comme les autres États dits possessionnés, cela ne l’empêche pas de maintenir une revendication territoriale sur la Terre Adélie. Celle-ci forme, avec les îles subantarctiques (Kerguélen, Crozet et Amsterdam), un territoire d’outre-mer, placé sous la responsabilité d’un administrateur supérieur des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF). Au nom de cette compétence territoriale, la France peut donc, théoriquement, soumettre tout bateau de croisière débarquant en Terre Adélie au droit interne français.
22En définitive, si la question de l’exploitation minière en Antarctique a pendant un temps été au cœur des discussions entre États, avant d’être réglée par le protocole de Madrid en 1991 (qui interdit toute activité extractive), aujourd’hui c’est le tourisme qui apparaît bien comme l’un des enjeux les plus prégnants. Il souligne d’abord une contradiction : la nécessité, pour les opérateurs, de concilier essor touristique et préservation du caractère « naturel » et sauvage de l’Antarctique. Ensuite, au-delà de son impact sur l’environnement, le tourisme reflète les limites et les insuffisances du traité de Washington. Il vient rappeler que l’Antarctique n’est pas indemne de rivalités entre États. Ce qui, d’ailleurs, n’est pas nouveau, si on considère que les activités scientifiques elles aussi, loin d’être une fin en soi, sont également un moyen pour ces États d’affirmer leur présence sur le continent (Panou, 2004).
Bibliographie
- FRENOT Y. (2007), « L’émergence d’un tourisme de masse en Antarctique », site de l’Institut polaire français (IPEV): <www. institut-polaire. fr>.
- GAUDIN J.-C. (2007), Se donner les moyens de l’excellence : la recherche polaire française à la veille de l’Année polaire internationale, rapport de l’OPECST (Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques), n° 230,14 février 2007.
- HUREAU J.-C. (2005), « L’Antarctique, un continent voué à la science ?», in ANDRÉ M.-F. (dir.), Le Monde polaire. Mutations et transitions, Ellipses, Paris.
- PANOU S. (2004), Grand Sud, reportage en Antarctique, Éditions Marines/IPEV, Brest.
- SIMON A. (2006), « Géostratégie du Grand Sud : les enjeux autour de l’Antarctique », Diplomatie, n° 22, septembre-octobre 2006, p. 44-45.
- VICTOR J.-C. ET P.-E. (2007), Adieu l’Antarctique, Robert Laffont, Paris.