Article de revue

L’« État investisseur »

ou la redéfinition contemporaine du rôle légitime de l’État

Pages 61 à 85

Citer cet article


  • Lepont, U.
(2024). L’« État investisseur » ou la redéfinition contemporaine du rôle légitime de l’État. Gouvernement et action publique, . 13(2), 61-85. https://doi.org/10.3917/gap.242.0061.

  • Lepont, Ulrike.
« L’“État investisseur” : ou la redéfinition contemporaine du rôle légitime de l’État ». Gouvernement et action publique, 2024/2 VOL. 13, 2024. p.61-85. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-gouvernement-et-action-publique-2024-2-page-61?lang=fr.

  • LEPONT, Ulrike,
2024. L’« État investisseur » ou la redéfinition contemporaine du rôle légitime de l’État. Gouvernement et action publique, 2024/2 VOL. 13, p.61-85. DOI : 10.3917/gap.242.0061. URL : https://shs.cairn.info/revue-gouvernement-et-action-publique-2024-2-page-61?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/gap.242.0061


Notes

  • [1]
    Le néo-libéralisme est défini comme un ensemble d’idées et de politiques diverses mais s’accordant sur le principe de la supériorité du marché dans l’allocation des ressources (Mudge, 2008). L’une des implications est la réduction des dépenses publiques, jugées inefficaces et obstacles à la croissance économique, en particulier lorsqu’elles socialisent les ressources. Les dépenses relatives à l’État-providence sont de ce fait particulièrement visées.
  • [2]
    Alain Juppé et Michel Rocard, 2009, Investir pour l’avenir. Priorités stratégiques d’investissement et emprunt national, rapport remis au président de la République.
  • [3]
    Pour une analyse détaillée du cas français, voir Lepont (2023).
  • [4]
  • [5]
    Ursula von der Leyen, A Union that Strives for More. My Agenda for Europe, Political Guideline for the Next European Commission, 2019-2024 [https://ec.europa.eu/commission/sites/beta-political/files/political-guidelines-next-commission_en.pdf].
  • [6]
    Cécile Boutelet, 2019, « Vers une nouvelle stratégie industrielle en Allemagne », Le Monde, 6 février 2019.
  • [7]
    Michael Nienaber, « Berlin envisage un “budget parallèle” pour emprunter plus », Reuters, 9 septembre 2019 [https://fr.reuters.com/article/idFRKCN1VU238-OFRBS].
  • [8]
    Discours de Mario Draghi à Jackson Hole, aux États-Unis, le 22 août 2014.
  • [9]
    Interview de Jean-Claude Trichet sur Europe 1, 31 octobre 2019 [www.europe1.fr/politique/ue-la-banque-centrale-europeenne-ne-peut-etre-la-seule-a-agir-explique-jean-claude-trichet-3928619].
  • [10]
    Voir F. Jason (2016), « The New View of Fiscal Policy and Its Application », conférence Global Implications of Europe’s Redesign, New York, 5 octobre.
  • [11]
    Voir par exemple Boone (2019).
  • [12]
    Voir Glachant et al. (2010) ; Plihon, Rigot (2018).
  • [13]
    Voir European Commission (2018), « EU Action Plan on Sustainable Finance » [https://ec.europa.eu/info/publications/180308-action-plan-sustainable-growth_en] ; European Investment Fund, 2016 ; Investment Plan for Europe [www.eif.org/news_centre/publications/investment_plan_for_europe_en.pdf] ; C. Juncker (2014), « Investing in Europe. Speech by President Juncker in the European Parliament Plenary Session on the € 315 Billion Investment Plan. Speech in Strasbourg, 24th of November 2014 » [https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/SPEECH_14_2160].
  • [14]
    Voir la présentation du plan de relance allemand sur le site du ministère de l’Économie et des Finances allemand intitulée « “Corona Folgen bekämpfen, Wohlstand sichern, Zukunftsfähigkeit stärken”. Ergebnis Koalitions Ausschuss, 3 Juni 2020 » [www.bundesfinanzministerium.de/Content/DE/Standardartikel/Themen/Schlaglichter/Konjunkturpaket/2020-06-03-eckpunktepapier.pdf?__blob=publicationFile&v=8].
  • [15]
    Voir la présentation du plan de relance français sur le site du ministère de l’Économie et des finances français [www.economie.gouv.fr/plan-de-relance/lancement-plan-relance-3-septembre-2020#].
  • [16]
    Voir la présentation du plan de relance européen « Next Generation EU » sur le site du Conseil de l’Union européenne [www.consilium.europa.eu/fr/policies/eu-recovery-plan/].
  • [17]
    Coutant et al. (2021) définissent l’« État actionnaire » comme la gestion par l’État de ses participations dans les grandes entreprises – via l’Agence des participations de l’État (APE) créée en 2004 – selon des critères et des manières de faire calqués sur les actionnaires privés. Les deux logiques de l’État actionnaire et de l’État investisseur peuvent cohabiter, avec un partage des tâches entre l’APE – qui a renforcé ses effectifs ces dernières années – dédiées aux grandes entreprises et Bpifrance dédiées aux PME.
  • [18]
    Pour un exemple de cette appréciation par un haut fonctionnaire, voir Delion (2007).
  • [19]
    Il est frappant par exemple d’observer qu’en France la réforme des retraites est à nouveau envisagée par le gouvernement dès l’automne 2020 au nom de la réduction des déficits, de la même façon qu’elle fut mise à l’agenda après l’annonce du Grand Emprunt à l’automne 2009.
  • [20]
    Voir par exemple : Commissariat général à l’égalité des territoires, « Note méthodologique : le critère de l’opérateur avisé en économie de marché », mai 2017 [www.europe-en-france.gouv.fr/fr/ressources/note-dinterpretation-sur-linvestisseur-avise-en-economie-de-marche].
Français

De nombreux travaux ont commencé à pointer un renforcement de l’interventionnisme économique depuis 2008, conduisant à la redéfinition du rôle de l’État dans l’économie et de la relation État/marché. Cet article cherche à montrer que cette redéfinition n’est pas limitée à la sphère strictement économique mais dessine les contours d’un nouveau cadre d’action publique en général, que nous proposons de caractériser par le concept d’« État investisseur ». Par ce concept, nous désignons la propension à envisager le rôle de l’État en tant qu’« investisseur », en référence aux investisseurs financiers privés, mais aussi à faire de l’investissement au sens économique et financier du terme le principal registre de légitimation de son action. De fait, la valorisation contemporaine de l’« investissement public » a pour corollaire la délégitimation et le maintien de politiques d’austérité pour tous les domaines d’action publique qui ne sont pas considérés comme contribuant à l’investissement « productif ». Sont concernés au premier chef tous les secteurs qui relèvent de l’État-providence. Ainsi, les politiques d’austérité, loin d’être en contradiction avec l’État investisseur, sont au cœur de sa logique. Le cadre d’analyse proposé a principalement été élaboré à partir du cas français mais l’autrice défend une application plus large, en particulier au niveau de l’Union européenne.

  • austérité
  • État investisseur
  • France
  • interventionnisme
  • politique budgétaire
  • politiques d’investissement public
  • politiques industrielles
  • néo-libéralisme
  • union européenne

Mots-clés éditeurs : austérité, État investisseur, France, interventionnisme, néo-libéralisme, politique budgétaire, politiques d’investissement public, politiques industrielles, union européenne


English

The investor State: the contemporary redefinition of the legitimate role of the State

Many studies highlight a strengthening of economic interventionism since 2008, leading to the redefinition of the state’s role in the economy and the state/market relationship. This article seeks to demonstrate that this redefinition is not limited to the strictly economic sphere but outlines a new framework for public action in general, one which we propose to characterize by the concept of the “Investor State.” By this concept, we refer to a strong tendency to view the role of the state as an “investor,” in reference to private financial investors, but also to make investment – in the economic and financial sense – the primary basis for legitimizing its action. In fact, the contemporary valorization of “public investment” entails the delegitimization and maintenance of austerity policies for all areas of public action that are not considered to contribute to “productive” investment. This primarily concerns all sectors that fall under the welfare state. Thus, austerity policies, far from being in contradiction with the Investor State, are at the heart of its logic. The proposed analytical framework has primarily been developed based on the French case, but the author argues for a broader application, particularly at the level of the European Union.

  • Austerity
  • economic interventionism
  • European Union
  • fiscal policies
  • France
  • industrial policies
  • investor State
  • neoliberalism
  • public investment policies

Mots-clés éditeurs : Austerity, economic interventionism, European Union, fiscal policies, France, industrial policies, investor State, neoliberalism, public investment policies


Date de mise en ligne : 20/09/2024

https://doi.org/10.3917/gap.242.0061

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