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Compte rendu

De la femme blessée à la femme lumière Bianca Saury, Éditions Le Souffle d’Or, 2008

Page II

Citer cet article


  • Carpentier, A.
(2012). De la femme blessée à la femme lumière Bianca Saury, Éditions Le Souffle d’Or, 2008. Gestalt, 41(1), II-II. https://doi.org/10.3917/gest.041.0190b.

  • Carpentier, Anne.
« De la femme blessée à la femme lumière Bianca Saury, Éditions Le Souffle d’Or, 2008 ». Gestalt, 2012/1 n° 41, 2012. p.II-II. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-gestalt-2012-1-page-II?lang=fr.

  • CARPENTIER, Anne,
2012. De la femme blessée à la femme lumière Bianca Saury, Éditions Le Souffle d’Or, 2008. Gestalt, 2012/1 n° 41, p.II-II. DOI : 10.3917/gest.041.0190b. URL : https://shs.cairn.info/revue-gestalt-2012-1-page-II?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/gest.041.0190b


1 Lecture de Anne Carpentier

2 anne_lidia_carpentier@yahoo.fr

3 De la Femme Blessée à la Femme Lumière prend souvent, au détour du texte, la forme d’un conte ou d’un poème. L’auteure, Gestalt-thérapeute, y témoigne de son histoire personnelle d’enfant incestée et partage le parcours personnel et thérapeutique qui lui a permis de sortir pas à pas du traumatisme et de renaître à la vie.

4 L’expression poétique, vibrante, emphatique use de la métaphore pour exprimer l’intolérable : comment l’inceste annihile l’autre, l’enfant victime pris pour un objet (l’auteure dit avoir longtemps pensé être un « truc ») ; l’emprise abusive qui fait porter à la victime la culpabilité de l’abuseur et, par identification projective, la honte que l’abuseur ne ressent pas et que la victime introjecte ; la dévalorisation et la haine de soi qui en découle « je ne vaux rien » ; la blessure qui demeure active, mutilant la sexualité et façonnant les relations amoureuses en relations de dépendance ; la rupture amoureuse qui propulse dans un gouffre, écho d’un vide qui dépasse probablement l’abus sexuel — lequel se produit toujours dans un climat familial aux frontières troubles, souvent marqué par l’absence, et où l’interdit de l’inceste n’a pas été intégré par les générations précédentes.

5 Parfois aussi les mots sont dits : précis, rapides, pour nommer l’abus sexuel. L’inceste d’un père sur sa fille, dès sa toute première enfance. Il est juste que ces mots soient dits, illustrant ainsi l’un des premiers pas vers la reconstruction : sortir de l’indicible et du non-dit.

6 Par touches, au milieu de métaphores personnelles et de poèmes, l’auteure partage son parcours thérapeutique multiple (Gestalt-thérapie individuelle et en groupe, Rebirth…), illustrant les étapes majeures vers la réparation : se défaire progressivement de la culpabilité introjectée en se reconnaissant victime ; traverser le passage obligé de la victimisation puis en sortir pour gagner en liberté et responsabilité ; explorer les polarités (dégoût/désir, dire non/dire oui…), expérimenter une saine colère qui permet de se défendre, une saine agressivité qui permet d’aller vers. Travail psycho-corporel pour désactiver les engrammes des blocages sexuels, les formes propriocep tives qu’ils peuvent prendre (des « monstres dans le bas-ventre ») et la douleur physique et psychique qu’ils engendrent ; se réconcilier à son masculin intérieur et, avec le tantra, reconnecter la sexualité à sa dimension sacrée, dans la relation à l’autre — pour qu’ensuite, dans la rencontre avec un homme, l’union devienne possible sans la peur d’être annihilée dans la fusion…

7 Cette première partie du livre se termine sur une célébration lyrique de la vie, le plaisir, l’amour, la naissance… Jubilation de toute une vie sensorielle à se réapproprier, sentir le soleil et le vent sur la peau, humer les parfums, faire l’amour… qui donne la mesure de l’emprisonnement antérieur.

8 Entre chants et poèmes, dans un dernier court chapitre, l’auteure partage quelques « clés pour avancer sur son chemin de guérison ».

9 Ce livre peut aider les accompagnants et thérapeutes à percevoir, au-delà de l’empathie qu’ils peuvent ressentir spontanément, le monde intérieur fracassé d’une personne abusée. Ce témoignage peut surtout aider les victimes d’abus sexuel et d’inceste à reprendre espoir, en leur montrant un chemin possible de reconstruction. C’est pourquoi il m’a semblé que dans cet esprit, quelques éléments de plus sur le cadre de la psychothérapie, individuelle et en groupe, et plus spécifiquement sur le cadre de la relation psychothérapeutique, auraient été bénéfiques pour éclairer le regard du lecteur « non initié ».


Date de mise en ligne : 10/07/2012

https://doi.org/10.3917/gest.041.0190b