Éditorial
- Par Fernande Amblard
Pages 3 à 7
Citer cet article
- AMBLARD, Fernande,
- Amblard, Fernande.
https://doi.org/10.3917/gest.035.0003
Citer cet article
- Amblard, Fernande.
- AMBLARD, Fernande,
https://doi.org/10.3917/gest.035.0003
Notes
-
[1]
Alain Delourme, Edmond Marc et al., La Supervision en psychanalyse et en psychothérapie, Paris, Dunod, 2007.
1 Est-ce un hasard que la rédaction de cet éditorial m’incombe alors que je démarre dans cette activité de superviseur ? En effet, après un long parcours de thérapeute – individuel, couple et groupe – et alors que l’heure de la retraite sonne, j’endosse cette nouvelle responsabilité. Car la demande du supervisé, et ce quel que soit le domaine de la supervision – thérapies, coaching, équipe d’accompagnement ou de soins –, est d’être en confiance avec son superviseur. Il se doit d’être une personne d’expérience, avec une compétence professionnelle certes, mais aussi une capacité à accueillir, à partager autant qu’à transmettre sa propre expérience, et plus encore, à savoir se déprendre de son savoir pour apprendre de son supervisé et du surgissement de l’instant présent.
2 Le lecteur découvrira dans cet ouvrage beaucoup de témoignages de superviseurs et quelques-uns de supervisés. Mais de la même façon que chaque adulte a en lui les strates de l’enfant qu’il a été, tout superviseur a d’abord été supervisé ; il s’est construit dans ce rôle avec son expérience de supervisé et le bagage qui l’a amené au travail d’accompagnement de collègues. Françoise Rossignol témoigne de cette chaîne de transmission dont chacun est un maillon.
3 La nécessité d’une supervision semble être unanimement reconnue. Elle fait d’ailleurs partie du code de déontologie de notre profession : pour le SNPPSY, rappelle Patrice Ranjard, « le psychothérapeute se maintient dans un système de supervision ou de contrôle de sa pratique par un tiers qualifié » (article 1.4). La déontologie est l’ensemble des préceptes moraux appliqués à un groupe de professionnels en gardant à l’esprit qu’« il est plus facile d’enseigner la morale que de la fonder ». Il en est bien ainsi de l’obligation de la supervision : Patrick Colin nous amène à nous questionner sur cette évidence. Et cela peut conduire à suspendre momentanément la supervision jusqu’à en sentir le manque !
4 La nécessité d’être supervisé quand on est psychothérapeute s’appuie sur trois piliers :
- Le client et c’est bien sa protection qui fait inscrire la supervision dans le code de déontologie. En effet le thérapeute peut être en difficulté à cause de zones aveugles de ses propres impasses de contact restées dans l’ombre ; le travail thérapeutique semble « patiner ». Le client doit aussi être protégé d’un dérapage toujours possible vers une « toute puissance » du thérapeute.
- Le thérapeute qui pourra dans sa supervision repérer ses impasses et créer de la nouveauté. Il s’enrichira sur le plan théorique, méthodologique, et poursuivra la construction du thérapeute qu’il est. Il pourra aussi partager les difficultés liées à cet exigeant métier. C’est ce que Gonzague Masquelier appelle la fonction « poubelle » de la supervision.
- La profession – tellement malmenée actuellement ! – La supervision est un gage du professionnalisme de notre métier. Elle est aussi un lieu de « reliance » aux collègues et pour nous à la Gestalt-thérapie.
6 Tout au long de son parcours, le thérapeute utilisera la supervision dans différents cadres selon ses besoins : en individuel, en groupe, en covision entre pairs et de façon complémentaire en autovision selon la suggestion de Sylvie Schoch de Neuforn. L’aspect financier de cet investissement n’est pas neutre comme le notent Jean-François Gravouil et Patrice Ranjard.
7 Plusieurs auteurs rappellent que la supervision est née avec la psychanalyse dans l’interrogation permanente du transfert et du contre transfert. Dans l’ouvrage « La Supervision » [1], J.D. Nasio soutient la nécessité pour le psychanalyste débutant de se faire superviser par son analyste ce qui permet de poursuivre l’analyse didactique à travers le transfert au superviseur. Les superviseurs gestaltistes inclinent au contraire à ne pas « mélanger les casquettes » : ils avancent que l’inéluctable transfert sur le thérapeute fragilise le client-thérapeute quant aux remarques sur son travail ce qui peut altérer et le travail thérapeutique et le travail de supervision ; d’où la nécessité, pour eux, de bien différencier supervision et thérapie. Car, comme le souligne Edith Blanquet, la supervision peut être thérapeutique mais elle ne doit pas remplacer la thérapie. Le superviseur apprend à ne pas glisser d’un terrain sur l’autre.
8 D’ailleurs, la fragilité du thérapeute qui s’expose dans le cadre de la supervision est un souci constant chez les superviseurs. Marie Léon rappelle que le problème de la honte est « la non conscience de comment nous la créons et l’absence de soutien à celui qui la vit ».
9 C’est dire que le métier de superviseur s’apprend même s’il est parfaitement possible d’être un bon superviseur sans formation spécifique comme l’affirme Patrice Ranjard. Et comme pour la psychothérapie, la formation à la supervision enrichira la personne du superviseur dans sa spécificité et son originalité d’être. De ces « regards croisés » est née la diversité des articles de ce numéro : chaque auteur aborde la question avec son regard unique et mettra ainsi davantage l’accent sur ce qui lui est important : le fondement philosophique dans la posture de champ, le ressenti du thérapeute, la reproduction, voire un regard plus psychanalytique etc. sans exclusion des autres points de vue. Ainsi, Edmond Marc concentre son attention de superviseur sur le contre transfert, dans une compréhension intégrative de cette notion, à l’origine psychanalytique. C’est ce point de rencontre avec la Gestalt thérapie qui a incité le comité de lecture à inclure cet article dans ce numéro.
10 Pour chaque auteur, je pourrais dire pour chaque superviseur, l’objectif reste le même : aider le thérapeute à repérer et à développer sa propre spécificité, ses propres forces dans la conscience que, dans l’espace thérapeutique de son cabinet, il est, avec son client, cocréateur de ce qui advient dans le champ.
11 C’est dire aussi que dans le champ de la supervision où le client est en fond, les impasses de contact se rejouent entre superviseur et supervisé. Et c’est en s’appuyant sur la prise de conscience des surgissements du ça de la situation de supervision que pourra s’éclaircir, en retour, la difficulté rencontrée dans le cabinet : du nouveau pourra advenir. C’est en cela que réside la spécificité de la supervision gestaltiste. Pierre-Yves Goriaux fonde son travail de superviseur sur l’actualisation de la situation et Katouchka Collomb illustre poétiquement ce point de vue.
12 Anne-Christine Decas apporte son témoignage de supervisée et comment elle se nourrit du travail expérientiel et contenant du groupe. C’est d’ailleurs la thèse de Jean-Marie Delacroix : bien autant que le superviseur, le groupe a une fonction supervisante.
13 Ce thème de la supervision a mobilisé tant d’écrits que le comité de lecture a regretté de ne pouvoir tous les inclure dans ce livre. Et par manque de place mais à regret, nous ne pouvons pas publier de documents « hors-dossier ». Nous souhaitons que cela ne décourage pas les auteurs ! Il est vrai que la Revue Gestalt n’est pas parue depuis un an puisque, entre-temps, les actes des EGGT, « Polyphonie », ont constitué une œuvre commune. L’énergie et la synergie créée alors se retrouve dans ce numéro où s’expriment des auteurs de différentes tendances gestaltistes.
14 Délibérément nous avons mêlé ces articles sans autre « fil rouge » que la variété de l’état émotionnel que soulève leur lecture : nous souhaitons que votre intérêt et votre curiosité soient stimulés article après article !
15 Et que ces pages nourrissent votre réflexion sur la supervision qui, malgré son aspect « obligatoire », doit rester l’instance première d’un ressourcement permanent autant que nécessaire à la pratique d’un métier aussi complexe et difficile que la psychothérapie !
La synchronicité fit qu’au moment où nous cherchions des illustrations sur le thème de la supervision, Béatrice Grandjean exposait une collection de sculptures expressives. La variété de ces silhouettes évoque les déclinaisons possibles de la relation entre superviseur et supervisé : accueil, confiance, attente, patience, conseil, autonomie, dépendance, déception, confluence, transformation, emportement, enthousiasme, sérénité… Cette artiste a l’art de donner une forme plastique aux émois relationnels. « Être thérapeute » ne se fait pas tout seul, mais émerge et se lance à partir du support d’un autre, comme le figure la danse de la couverture.
Béatrice Grandjean nous avait déjà permi d’apprécier ses talents de calligraphe et d’aquarelliste sur le thème de l’awareness (revue GT n° 27, 2004).
Chantal Masquelier-Savatier, Mai 2009