Du prix Staline au prix Lénine :
l'émulation honorifique dans la Russie soviétique
- Par Polly Jones
Pages 41 à 61
Citer cet article
- JONES, Polly,
- Jones, Polly.
- Jones, P.
https://doi.org/10.3917/gen.055.0041
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Notes
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[1]
Notamment Philomena Guillebaud, « The Role of Honorary Awards in the Soviet Economic System », American Slavic and East European Review, vol. 12, n° 4, 1953, pp. 486-505 ; Lewis Siegelbaum, « Dear Comrade, you ask what we need : Socialist Paternalism and Soviet Rural “Notables” in the mid-1930’s », Slavic Review, vol. 57, n° 1, 1998, pp. 107-133 ; Jeffrey Brooks, Thank you Comrade Stalin ! Soviet Public Culture from Revolution to Cold War, Princeton, Princeton UP, 2000, en particulier pp. 126-58. Et, plus généralement, David Hoffmann, Stalinist Values. The Cultural Norms of Soviet Modernity, 1917-1941, Ithaca, Cornell University Press, 2003.
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[2]
Merci à Catriona Kelly, Robert Service, Michael Froggatt et au personnel des Services d’archives pour leur aide. Signification des abréviations des archives : RGANI (Russian State Archive of Contemporary History – anciennement Archives du Parti communiste, Moscou) ; RGASPI (Russian State Archive of Social and Political History – anciennement Archives du Parti communiste, Moscou) ; GARF (State Archive of the Russian Federation) ; RGALI (Russian State Archive of Literature and Art).
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[3]
Sur ce point, voir R. Service, Lenin. A Biography, Londres, Pan, 2000, pp. 321-418.
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[4]
Sur ces prix, voir Georgii Kolesnikov, Ordena i medaly SSSR, Moscou, Voenizdat, 1978.
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[5]
Bol’shaia sovetskaia entsiklopediia, vol. 31, 1955, pp. 170-171.
-
[6]
Bol’shaia sovetskaia entsiklopediia, vol. 43, 1939, pp. 284-286 ; Bol’shaia sovetskaia entsiklopediia, vol. 31, op. cit., pp. 170-171.
-
[7]
Voir Richard Stites, « Introduction », Culture and Entertainment in Wartime Russia, Bloomington, Indiana University Press, 1995, p. 5.
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[8]
J. Brooks, Thank you Comrade Stalin !…, op. cit., pp. 127-128.
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[9]
Robert Tucker, Stalin in Power. The Revolution from Above, Londres, Norton, 1990 ; Katerina Clark, The Soviet Novel. History as Ritual, Chicago, University of Chicago Press, 1981 ; Moshe Lewin, The Making of the Soviet System. Essays in the Social History of Interwar Russia, Londres, Methuen, 1985 ; Hans Gunther, The Culture of the Stalin Period, Londres, Mcmillan, 1990.
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[10]
Sur le ressentiment généré par cette « caste privilégiée », voir D. Hoffmann, Stalinist Values…, op. cit., p. 140.
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[11]
L’expression est empruntée à Gabor Rittersporn et al. (éd.), Spharen von Öffentlichkeit in Gesellschaften sowjetischen Typs/ The Public Sphere in Soviet Type Societies, Francfort, P. Lang, 2003.
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[12]
Sur ces décorations, Adam Ulam, Stalin. The Man and his Era, Londres, Allen Lane, 1974, pp. 184 et suiv.
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[13]
Sur les cérémonies de remise de cette distinction, voir Dmitrii Volkogonov, Stalin. Triumph and Tragedy, Londres, Wiedenfield et Nicholson, 1991, pp. 25 et suiv.
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[14]
Dmitrii Shepilov, Neprimknuvshii, Moscou, Vagrius, 2001, p. 121.
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[15]
Bol’shaia sovetskaia entsiklopediia, vol. 52, 1947, p. 659.
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[16]
Literaturnaia gazeta, 15 mars 1952, p. 1.
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[17]
Les informations les plus détaillées se trouvent dans Evgenii Gromov, Stalin : vlast’ i iskusstvo, Moscou, Respublika, 1998, pp. 296-310 et pp. 400-409.
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[18]
Maria Zezina, « Crisis in the Union of Soviet Writers in the early 1950s », Europe-Asia Studies, vol. 46, n° 4, 1994, pp. 649-661, ici p. 650.
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[19]
Je suis redevable à M. Froggatt pour ces informations sur les prix scientifiques.
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[20]
Par exemple Konstantin Simonov, « Kak prisuzhdalis’ Stalinskie premii », Dialog, n° 4-5, 1992, pp. 16-17 ; ou pp. 107-121.
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[21]
De récents travaux sur archives ont montré comment Staline a progressivement établi cette domination sur le Politburo : Yoram Gorlizki, « Stalin’s Cabinet : The Politburo and Decision-Making in the Post-war Years », Europe-Asia Studies, vol. 53, n° 2, 2001, pp. 291-312.
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[22]
Aleksandr Surkov, « Za dal’neishii rost sovetskoi literatury », dans Sovetskaia literature na pod’eme, Moscou, Sovetskii pisatel’, 1951, p. 7.
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[23]
Sur ce débat, voir Sarah Davies, « Stalin on His Cult of Personality », manuscrit, communication donnée au colloque Stalin and the Lesser Gods, Institut universitaire européen, Florence, 15 mai 2003.
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[24]
Comme le relèvent K. Simonov, « Kak prisuzhdalis’… », op. cit., p. 16 et D. Shepilov, Neprimknuvshii, op. cit., pp. 110 et suiv., mais aussi E. Gromov, Stalin…, op. cit., pp. 296-305.
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[25]
Pravda, 21 décembre 1949, p. 1.
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[26]
Pravda, 24 décembre 1949, p. 1.
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[27]
Bol’shaia sovetskaia entsiklopediia, vol. 22, 1953, p. 162.
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[28]
Helen Rappaport, Joseph Stalin. A Biographical Companion, Santa Barbara, ABC-CLIO, 1999, p. 281. Voir aussi la Pravda du 24 décembre 1949, p. 1, qui décrit la création du prix comme « la plus claire preuve de l’amour de la paix propre à la politique étrangère de l’État soviétique ».
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[29]
RGANI f.5, op.28, d.274, ll.35, 41, 53.
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[30]
Ces arrangements funèbres sont détaillés par le procès-verbal du Comité central dans RGASPI f.558, op.11, d. 1487, ll.30-92.
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[31]
Les lettres proposant un Ordre de Staline parallèle à celui de Lénine se trouvent dans RGANI, f.5, op.16, d.593a, ll. 121, 134. Celles qui proposent de fondre les deux récompenses dans RGANI, f.5, op.16, d.593a, l.177 ; l.47 (« de sorte que dans cette plus haute distinction ces deux noms chéris se tiendront côté à côté ») ; RGANI, f.5, op.16, d.593b, l.103 (« Lénine et Staline sont immortels ! ») et RGANI, f.5, op.16, d.593b, l.102 (qui propose de changer l’Ordre de Lénine en Ordre de Staline et Lénine). La dimension commémorative de ces propositions est, on le voit, fortement marquée.
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[32]
RGANI, f.5, op.16, d.593a, l.206 (un travailleur d’usine non membre du Parti de Léningrad).
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[33]
RGANI, f.5, op.16, d.593a, l.247. Voir aussi RGANI, f.5, op.16, d.593b, l.178 (l’Ordre de Staline doit être le plus élevé des honneurs du travail et du courage militaire). Et RGANI, f.5, op.16, d.593a, ainsi l.38 (l’Ordre de Staline doit récompenser le double lauréat du prix du héros du travail soviétique et du prix du héros de l’Union Soviétique) ou l.112 (l’Ordre de Staline doit récompenser les héros).
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[34]
RGASPI, f.558, op.11, d.1487, l.5.
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[35]
Ibid.
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[36]
RGANI, f.5, op.16, d.593a, l.46. Voir aussi RGANI, f.5, op.16, d.593a, l.248. et RGANI f.5, op.16, d.593b, l.46 (l’Ordre de Staline doit récompenser ceux qui auront protégé le pays contre des agressions ennemies).
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[37]
En fait les autorités soviétiques ont essayé avant la mort de Staline (notamment en 1949) de créer un orden Stalina mais en ont finalement été empêchées par Staline lui-même (Edward Radzinsky, Stalin, Londres, Hodder et Stoughton, 1991, p. 540, qui se demande si ce refus était motivé par la vanité car cet ordre aurait été placé sous celui de Lénine).
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[38]
RGANI, f.5, op.16, d.593a, l.239.
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[39]
Je décris ces premiers mouvements contre le culte de la personnalité dans Polly Jones, « De-mythologising Stalin, 1953-1956 », in Harold Shukman, (éd.), Redefining Stalinism, Londres, Frank Cass, 2003, pp. 127-48.
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[40]
Jan Behrends, « The Leader’s Multiple Identities. The Stalin cult in Peoples’ Poland and in the GDR (1949-1953) », manuscrit, communication au colloque « Stalin and the Lesser Gods », Institut européen de Florence, 15 mai 2003.
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[41]
RGANI, f.5, op.28, d.274, ll.35, 41, 53 (1954 correspondance sur les prix accordés à des pays non encore primés comme l’Indonésie, la Finlande et le Vietnam) ; RGANI, f.5, op.28, d.360, l.181 (1955 correspondance, détaillant des priorités similaires cette fois pour l’Égypte, la Syrie, l’Allemagne de l’Est et d’autres).
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[42]
Literaturnaia gazeta, 22 décembre 1953, p. 1. Un phénomène qui se répétera les années suivantes, voir par exemple Literaturnaia gazeta, 21 décembre 1954, p. 1.
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[43]
Literaturnaia gazeta, 21 décembre 1954, p. 1.
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[44]
Voir Literaturnaia gazeta du 6 février 1954, p. 2 (annonce d’une compétition littéraire) ; 25 février 1954, p. 3 (liste d’œuvres nominées) ; 1er avril 1954, p. 1 (bref compte rendu d’une rencontre le 31 mars pour délibérer sur les prix). Je n’ai trouvé aucune documentation d’archive se rapportant à ce refus d’organiser le prix, l’information doit encore être dans les dossiers non versés du Comité central.
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[45]
Roy Medvedev, Khrushchev. The Years in Power, Londres, Oxford University Press, 1976, p. 66.
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[46]
Sur la déstalinisation de la culture soviétique voir George Gibian, « Soviet Literature during the Thaw », in Max Hayward, Leopold Labedz, Literature and Revolution in Soviet Russia 1917-1962, Oxford, Oxford University Press, 1963, pp. 125-149 ; G. Gibian, Interval of Freedom : Soviet Literature during the Thaw, 1954-1957, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1960 ; M. Zezina, Sovetskaia kudozhestvennaia intelligentsia I vlast’v 1950-60-e gody, Moscou, Dialog MGU, 1999.
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[47]
Sur la critique modérée de Surkov des prix Staline comme étant occasionnellement non mérités, voir son discours au 2e Congrès de l’Union des écrivains (Literaturnaia gazeta, 16 décembre 1954, p. 5).
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[48]
Literaturnaia gazeta, 31 juillet 1954, p. 3.
-
[49]
Literaturnaia gazeta, 23 décembre 1954, p. 3.
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[50]
Literaturnaia gazeta, 26 décembre 1954, p. 2.
-
[51]
V. Gorokhov, « Vkusivshie piroga », Dialog, n° 4-5, 1992, pp. 16-24.
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[52]
RGANI, f.5, op.30, d.132, ll.5-6.
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[53]
RGANI, f.5, op.30, d.132, ll.13-18.
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[54]
RGANI, f.5, op.30, d.132, l.9.
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[55]
Biulleten’ ispolkoma Moskovskogo gorodskogo soveta deputatov trudiashchikhsia, n° 11, pp. 20-21.
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[56]
RGANI, f.5, op.30, d.132, ll.95-107.
-
[57]
Elena Zubkova, Russia After the War : Hopes, Illusions and Disappointments, 1945-1957, Armonk, NY, M. E. Sharpe, 1998 ; Iurii Aksiutin, « Popular responses to Khrushchev », in Abbott Gleason et al. (éd.), Nikita Khrushchev, New Haven, Yale University Press, 2000, pp. 177-208. Le Discours secret fut donné lors d’une session fermée de délégués du Soviet le 25 février 1956. Le texte complet n’a été publié en URSS qu’en 1956 bien que des copies passèrent à l’Ouest dès la fin de l’année. La plus précise est « O kul’te lichnosti i ego posledstviiakh. Doklad pervogo sekretariia TSk KPSS N. S. Khrushcheva XX s’ezdu KPSS, 25.2.56 », Izvestiia TsK KPSS, n° 3, 1989, pp. 128-171.
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[58]
« O kul’te lichnosti… », op. cit., p. 159.
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[59]
Compte rendu du New York Times du 10 juin 1956, p. 4. Les chercheurs ne pourront sans doute jamais complètement restituer le contenu oral de ce discours en l’absence d’un enregistrement sonore de la session. En revanche, des enquêtes sur l’auteur de cette intervention ont montré que la moitié au moins du discours, dont cette section, et la partie consacrée à la terreur des années 1930, avait été écrite par Nikita Khrouchtchev lui-même. Voir Vladimir Naumov, « K istorii sekretnogo doklada N. S. Khrushcheva na XX s’’ezde KPSS », Novaia i noveishaia istoriia, n° 4, 1996, pp. 147-168 ; I. Aksiutin, Aleksandr Pyzhikov, « O podgotovke zakrytogo doklada N. S. Khrushcheva XX s’’ezdu KPSS v svete novykh dokumentov », Novaia i noveishaia istoriia, n° 2, 2002, pp. 107-118.
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[60]
« O kul’te lichnosti… », op. cit., p. 159.
-
[61]
XX s’ezd kommunisticheskoi partii sovetskogto soiuza. Stenograficheskii otchet, Moscou, 1956), vol. 1, p. 396.
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[62]
RGANI, f.5, op.32, d.46, l.10 ; RGANI f.5, op.31, d.54, l.84.
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[63]
RGANI, f.5, op.32, d.45, l.149.
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[64]
RGANI, f.5, op.30, d.139, l.11.
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[65]
RGASPI, f.599, op.1, d.102, l.123.
-
[66]
RGANI, f.5, op.32, d.46, l. 9 (« désigner le prix Staline du nom du fondateur de l’État soviétique, le re-nommer prix Lénine », suggestion soumise à la question à Udmurtiia, Russie, avril 1956).
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[67]
GARF, f.7523, op.75, d.1583, l.38.
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[68]
« O pereimenovanii mezhdunarodnykh stalinskikh premii v mezhdunarodnye Leninskie premii ‘za ukreplenie mira mezhdu narodami », Vedomosti verkhovnogo soveta SSSR, n° 18, p. 488 ; Malaia sovetskaia entsiklopediia, vol. 5, 1959, p. 1099.
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[69]
Malaia sovetskaia…, op. cit., p. 1095.
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[70]
Vedomosti verkhovnogo soveta SSSR, n° 9, p. 243 ; n° 14, p. 440 ; n° 21, p. 630.
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[71]
RGANI, f.5, op.28, d.450, l.176 (lettre du Comité des prix au Comité central en date du 20 décembre 1956, suggérant d’annuler les réunions prévues sur le nouveau format jusqu’au printemps 1957). Voir une correspondance liée à cette réunion dans RGANI, f.5, op.28, d.502, l.75.
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[72]
La résolution sur l’établissement des prix Lénine se trouve dans « Postanovlenie TsK KPSS i soveta ministra SSSR o Leninskikh premiiakh za naibolee vydaiushchiesia raboty v oblasti nauki, tekhniki, literatury i iskusstva. 18.8.56 », dans KPSS v rezoliutsiiakh i resheniiakh s’ezdov, konferentsii i plenumov TsK, vol. 9, Moscou, 1986, pp. 136-138.
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[73]
Par exemple, « Le prix Staline tomba en désuétude après la mort du dictateur, mais en 1956 il revécut en tant que prix Lénine, se renforçant pour devenir le plus important et le plus riche des prix pour un livre en URSS », Abraham Rothberg, The Heirs of Stalin : Dissidence and the Soviet Regime, 1953-1970, Ithaca, Cornell University Press, 1972, p. 117.
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[74]
Harold Swayze, Political Control of Literature in the USSR, 1946-1959, Cambridge, (Mass.), Harvard University Press, 1962, pp. 242-243.
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[75]
Cet épisode est présenté par Vladimir Lakshin, Novyi mir vo vremena Khrushcheva. Dnevnik i poputnoe (1953-64), Moscou, Knizhnaia Palata, 1991.
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[76]
RGALI, f.2329, op.2, g.470, ll. 23-24. Le ministre de la Culture attaqua à son tour les prix : RGALI, f.2329, op.2, d.437, ll.3-60.
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[77]
RGALI, f.2329, op.2, g.470, ll. 23-24. Plus d’informations sur ces institutions, Susan Reid, « De-Stalinisation in the Moscow Art Profession », in Ian Thatcher (éd.), Regime and Society in Twentieth-Century Russia. Selected Papers from the Fifth World Congress of Central and East European Studies, Warsaw, 1995, Basingstoke, McMillan, 1999, pp. 146-185.
-
[78]
RGANI, f.5, op.36, d.33.
-
[79]
RGANI, f.5, op.36, d.33, l.42.
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[80]
RGANI f.5, op.36, d.33, l.103.
-
[81]
RGALI, f. 2329, op.2, d.470, ll.21-24 (avril 1956 rapport au Comité central sur les préparatifs du 1er Congrès de l’Union des artistes), ici l.22. Aleksandr Gerasimov était particulièrement touché par les attaques sur son implication dans le culte et une campagne de propagande commença pour sauver sa réputation (GARF, f.7523, op.75, d.14, ll.124-31 – lettre au Soviet suprême de ces artistes, novembre 1956 ; ibid., d.15, ll.52-53 – voir aussi Yevgeny Vuchetich alléguant une chasse aux sorcières des « réalistes »).
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[82]
RGANI, f.5, op.30, d.173, ll.118-19.
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[83]
RGANI, f.5, op.36, d.132, ll.54-55 ; RGANI f.5, op.36, d.139, l.61.
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[84]
RGANI, f.5, op.36, d.132, l.55.
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[85]
RGANI, f.5, op.36, d.139, l.61.
1 Le système honorifique soviétique s’avère singulier par le rôle qu’y tient le parti unique. Non seulement le Parti communiste d’Union Soviétique (PCUS) désignait seul les « citoyens distingués » mais il exerçait un monopole sur la définition des régimes de distinction mis en œuvre. Dans ce cadre, les cérémonies de remise de prix agissaient comme un levier d’émulation. Elles venaient récompenser des citoyens « supérieurs » mais aussi diffuser une image idéalisée des vertus promues par l’État. De nombreuses études [1] ont montré comment cette machine de propagande utilisait les « lauréats », notamment les héros militaires ou les « prodiges économiques » (comme les travailleurs « stakhanovistes ») pour encourager chacun à des prouesses. Cependant ces enquêtes ont eu tendance à figer l’action de ces distinctions honorifiques, par une lecture synchronique qui faisait de l’exemplarité ou des mécanismes de reconnaissance des institutions presque immobiles.
2 C’est par opposition à cette posture que seront considérés ici les instruments du mérite soviétique [2]. L’objectif est de porter au jour les changements qu’a subis ce patronage honorifique d’État du fait des tensions propres aux rapports de force interne au Parti après la mort de Staline. Plus précisément, une double réflexion a été conduite : d’un côté, sur la « nature » de la vertu soviétique mise en récompense (quels types d’action devaient être considérés comme exemplaires) ; de l’autre, sur le sens politique de ces dispositifs de reconnaissance : le fait de distinguer des individus comme « exceptionnels » peut-il aller de soi dans un régime se revendiquant du marxisme-léninisme ? La réponse tient évidemment à la manière dont le système de récompense a été « stalinisé » entre les années 1930 et les années 1950, c’est-à-dire dont il a été organisé par le culte de la personnalité de Staline. La « déstalinisation » dans les années 1950 a introduit des transformations morphologiques au sein des deux prix les plus importants, le prix Staline et le prix Staline de la paix. C’est l’époque où les célébrations staliniennes furent dénoncées, la figure du « généreux donateur » étant, elle, l’objet de sévères mises en cause. Élever des citoyens en les honorant ne signifiait plus que Staline était lui-même un citoyen remarquable. Une volte-face qui entraîna un débat sur les modes de construction de cet acte de consécration : que signifiait le geste qui consistait à exemplariser des citoyens et des artistes ? Et de quelle vertu d’État les héros soviétiques pouvaient-ils désormais devenir l’emblème ?
Un patronage honorifique d’État
3 Dès sa création, le système de récompenses soviétiques a suscité de fortes tensions. L’idée même de distinguer des citoyens « exceptionnels » heurtait nombre de cadres du PCUS. D’autant que les avantages matériels accordés aux lauréats contrastaient singulièrement avec la condamnation du mode de vie bourgeois [3]. En fait, ce système de prix vit le jour sous Lénine. Avec un double objectif : rompre avec la tradition tsariste (tous les modes de distinction d’ancien régime furent abolis) ; récompenser le « courage » et le « sens de l’effort » des pionniers du régime [4]. On peut citer l’Ordre de la Bannière rouge créé en 1918 ou l’Ordre de la Bannière rouge du travail créé en 1920 : le premier valorisait les exploits militaires, particulièrement pendant la guerre civile (à noter que Staline fut l’un des premiers primés), l’autre les actions réalisées dans l’industrie, l’Université ou les arts [5].
4 Mais ce système ne fut formalisé que sous Staline. La « galerie des héros » issu de ces concours honorifiques apparaîtra d’ailleurs rétrospectivement comme l’une des caractéristiques du stalinisme. L’Ordre de Lénine (1930), l’Étoile rouge (1930), et le Héros de l’Union Soviétique (1935) viendront compléter ce dispositif en s’imposant très vite comme les distinctions les plus prestigieuses [6]. La Deuxième Guerre mondiale suscita de nouvelles créations, comme ces ordres qui reprenaient les noms des généraux russes Suvorov et Kutogov [7]. Tous conféraient d’importantes gratifications. Différents corps de l’État et du Parti, parmi lesquels le Conseil des ministres et le Soviet suprême intervenaient dans leur attribution. Les cérémonies de remise des prix, qui comprenaient dans nombre de cas une rencontre avec Staline, étaient organisées tout au long de l’année. De sorte que le nombre de personnes primées augmenta assez vite. Jeffrey Brooks va jusqu’à affirmer que les attributions étaient si fréquentes qu’elles créèrent une frontière au sein de la société : entre les milliers de serviteurs récompensés pour leur « loyauté » au régime, et ceux qui du coup semblaient avoir failli à cette exigence [8].
5 L’importance des héros dans le système de représentations stalinien a été soulignée par de nombreux chercheurs [9]. Ce piédestal avait comme objectif de faire naître une admiration dont il était escompté qu’elle stimulerait l’« effort » et la « bravoure » – à noter que ce projet a souvent eu des effets pervers [10]. Le développement de ce système de récompenses est également révélateur de l’importance des primes matérielles dans l’émulation stalinienne. Les avantages liés à chacune de ces distinctions honorifiques étaient un moyen d’inciter les citoyens soviétiques à plus d’efficacité au travail. Ces récompenses avaient un autre rôle : renforcer le contrôle de l’État sur la « sphère publique soviétique » [11]. C’est ainsi que les cérémonies de remise de prix furent l’occasion de célébrer les hauts faits de l’histoire du pays. Comme si les critères de l’héroïsme fournissaient des clefs d’interprétation du passé en le solennisant par des figures concrètes et familières : celles des citoyens décorés.
6 Tandis que travailleurs et soldats étaient différenciés du reste de la population en étant promus exemples de la vertu soviétique, Staline était, lui, glorifié en tant que « bienfaiteur », « chef militaire » ou « théoricien de génie ». D’où la légitimité associée à ces prix basés pourtant sur la sélection et la hiérarchie. Staline concentrait sur sa personne toutes les vertus soviétiques : en retour, il pouvait en répandre des rayons sur tel ou tel. Sorte de grâce laïque ajustée aux référents du PCUS. Cette position ne l’empêchera pas de recevoir à son tour les plus grands honneurs. Après la guerre civile, pendant laquelle Staline joua un rôle important, notamment lors de la bataille de Tsaritsyn, il fut décoré de l’Ordre de la Bannière rouge. Lors de son soixantième anniversaire, il reçut le titre de Héros du travail socialiste [12] et lors de son soixante-dixième anniversaire, une décoration de l’Ordre de Lénine [13].
7 Des distinctions prestigieuses qui permettaient d’affirmer l’autorité d’une figure : en rappelant ses exploits et en insistant sur la gratitude dont on lui était redevable. Mais ces honneurs permettaient également d’affirmer l’autorité du système de récompense lui-même. Cela dit, ces cérémonies eurent finalement moins d’impact sur le système de récompenses que la création de prix spécifiquement staliniens : comme le prix Staline et le prix Staline de la paix. Créés respectivement en 1939 et 1949, ils étaient, eux, directement liés à la personne dont ils portaient le nom. Une figure éponyme qui servait tout à la fois de grand témoin, de puissance d’accréditation et d’instance d’appel.
Assigner le mérite
8
Une anecdote rapportée dans les mémoires de Dmitrii Shepilov, membre du Comité central chargé de l’agit-prop pendant la fin de l’ère Staline, révèle quelques traits essentiels du prix Staline. Lors d’une réunion tenue au Politburo à la fin des années 1940, organisée pour discuter de ce nouveau tribut de gloire, Staline demanda tout d’un coup aux présents si ces distinctions étaient plus honorifiques que les prix Nobel. On lui répondit qu’en effet les prix Staline étaient supérieurs. Il se tourna alors vers ses collègues :
Cette anecdote éclaire le rôle dominant de Staline dans l’attribution même des prix. Elle signale ensuite ce qu’était l’ambition associée par les dirigeants soviétiques à ces insignes instrumentant le mérite. Le prix Staline devait être le plus grand honneur au monde. Et son jury examiner les mérites avec rigueur et impartialité.« Dans ce cas, nos nominations doivent être avisées. Voyez-vous, nous ne sommes pas le genre à donner des prix par pure bonté de cœur (na milostyniu), nous jugeons les faits accomplis selon leur mérite (po zaslugam) [14]. »
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Leur première présentation publique eut lieu à l’occasion d’une des grandes célébrations de « culte de la personnalité » : les soixante ans de Staline en 1939. Les prix étaient attribués tous les ans dans différentes disciplines artistiques et scientifiques. Chaque lauréat était gratifié d’une importante somme d’argent (entre cent mille et vingt-cinq mille roubles pour les trois grades propres à chaque prix). Les prix Staline participaient de la mythologie du régime, notamment de sa prétention à « propager la culture ». Ceci est clairement affirmé dans une encyclopédie d’après-guerre, à l’entrée « prix » :
Preuves du bon goût de Staline comme de la renommée internationale de la culture soviétique, les lauréats représentaient « l’avant-garde » du pays : en somme, des motifs vivants d’encouragement. Lors de la dernière attribution, en 1952, il fut même affirmé que « les prix Staline donnés aux universitaires, chercheurs, inventeurs et écrivains sont des preuves du progrès sans fin qui attend notre pays » [16]. Il est vrai que les exploits de ces « heureux élus » étaient largement portés à la connaissance du public. Objets de louanges, ils suscitaient un travail important de mise en scène. L’information à leur sujet ne manquait pas, comme s’il s’agissait d’une véritable politique culturelle [17]. S’il y a eu beaucoup d’études sur les prix liés au mouvement stakhanoviste, il y en a eu très peu sur les prix Staline comme institution politique. Étrangement, même s’ils représentaient le plus grand hommage culturel décerné sous Staline, on ne les mentionne que de façon furtive. Tout juste apparaissent-ils objets de critique, dénoncés comme corrompus et « dépravés », ou comme un acte de propagande caractéristique du culte de la personnalité [18]. Les prix Staline dans le domaine de la science et de l’invention technique sont, eux, quasiment absents des travaux universitaires. Seraient-ils si peu pertinents ? Sans doute à certaines époques chaque scientifique éminent recevait une distinction de ce type. Toutefois, les critères d’attribution se basaient très peu sur le jugement de Staline [19]. Ce qui n’est pas le cas dans le domaine des arts, où les goûts du Père des Peuples étaient plus marqués. Reste que même dans ce domaine, la subjectivité d’un homme ne saurait rendre compte d’un fonctionnement largement bureaucratisé. Un fonctionnement qui impliquait des réunions, des jurys, des délibérations, toute une activité de standardisation et de classement du mérite.« La remise des prix Staline est devenue un signe clair de la force de la culture soviétique, dont les œuvres d’art ont toujours enrichi les trésors du patrimoine culturel mondial. Le titre de Lauréat du prix Staline est devenu l’un des titres les plus prestigieux de la nation soviétique. Reflets de l’essor de la culture soviétique, les prix Staline ont agi comme de puissants encouragements à aller encore plus loin [15]. »
10 Parmi les lauréats distingués figurent des artistes dont la renommée a duré (Dmitry Shostakovitch, Sergei Eisenstein, Mikhail Sholokhov) mais beaucoup d’autres aujourd’hui quasiment oubliés (Mikhail Chiaureli, Piotr Pavlenko, Semen Babaevskii). Les mémoires sont une bonne source pour comprendre le rôle politique et culturel de ces récompenses. Ils apportent notamment des éclairages sur les critères qui ont amené à « choisir » tel ou tel artiste [20]. Observons-le : le processus de nomination puis de sélection variait jusqu’à être complètement réinventé d’une année sur l’autre. Dans les premiers temps, des procédures formelles intervenaient. Les sélections, organisées de façon autonome, se déroulaient lors des réunions du Politburo : toutes pilotées par Staline. D’une année sur l’autre, Staline prit l’habitude de réduire ou d’augmenter le nombre de distinctions. Des récompenses qu’il accordait au gré de ses coups de cœur ou de ses antipathies. Les comptes rendus des réunions du Politburo montrent que, pour désigner les lauréats, son avis était devenu souverain. Certes, son pouvoir politique était infini. Mais surtout il nourrissait la conviction de connaître l’art contemporain, ce qui souvent lui donnait le statut d’un spécialiste pour désigner et défendre des œuvres en particulier – il profitait parfois de ces occasions pour moquer le manque de culture de ses collègues [21]. Même statut en tant que mécène de la littérature : ce rôle participait d’une image publique et d’un goût personnel tout à la fois. Une anthologie des lauréats du prix de 1949 met fièrement en exergue cette bienveillance en saluant le grand dirigeant et mentor du peuple soviétique qui daigne suivre l’évolution de la littérature « avec un regard d’amour paternel » [22].
11 Mais alors que la domination de Staline sur l’orientation des politiques d’attribution est indéniable, la nature de ses goûts culturels reste plus difficile à déterminer. La complexité de son attitude face à la culture y est pour beaucoup. Par exemple, il est difficile de connaître le rôle exact qu’il joua dans son propre culte : nécessité politique ou trait de caractère personnel ? Des témoignages ont récemment mis à mal la critique post-stalinienne des prix comme simples vecteurs du culte de la personnalité [23]. L’institution du prix avait sa logique qui ne peut être réduite à la psychologie d’un homme.
12 Certes, la présence d’œuvres représentant Staline (et ceci sous un jour toujours flatteur, comme l’exigeait la censure soviétique) parmi les lauréats, particulièrement dans le domaine des arts et de la poésie, inclinent à penser que les prix récompensaient d’abord ceux qui participaient le plus à son héroïsation. Le fait est incontestable. Cependant, on peut penser que d’autres critères ont joué. Parfois Staline avait une lecture strictement politique de l’art (et il tenait aux principes du « partiinost »), mais à d’autres moments il se laissait guider par des principes esthétiques (assez convenus d’ailleurs) [24]. Ces jeux d’échelle ont influencé la façon dont il traitait les artistes. Certes, l’homme était connu pour être le fidèle mécène de quelques personnalités. Il n’obéissait pas pour autant à des principes clairs et constants (du polygraphe S. Babaevskii aux artistes comme Mikhail Bulgakov, S. Eisenstein ou D. Shostakovitch). De sorte que les choix exprimés rendent compte tantôt de l’impératif politique, tantôt du souci de défendre tel ou tel parti pris esthétique.
Le prix de la paix
13 Autres récompenses directement liées à la figure de Staline, tout du moins aux yeux du public : les « Prix internationaux Staline pour la consolidation de la paix », plus connus sous le nom de prix de la Paix Staline. Ils furent créés en son honneur pour les cérémonies du soixante-dixième anniversaire du leader, en décembre 1949 [25]. Ces récompenses, tout comme les prix Staline, étaient destinées à associer la personne de Staline, et plus largement le régime soviétique, à l’idée de paix. Une idée fortement diffusée dans les premières années de l’après-guerre : elle servait de fondement stratégique à la politique d’expansion du bloc soviétique (par opposition à « l’agression américaine » du début de la guerre froide). L’éditorial de la Pravda, consacré à l’inauguration de ces prix de la Paix, l’affirme : « c’est le Commandant Staline qui a rassemblé les défenseurs de la paix au sein d’une force puissante ». Et de décrire les hommages publics comme « un nouveau facteur déterminant pour renforcer le combat pour la paix, un combat sacré et salutaire, correspondant aux intérêts de tous les pays et de tous les peuples, et mené par le Grand Staline » [26].
14 Ces prix de la paix furent tout particulièrement créés pour concurrencer les prix Nobel. La procédure de nomination ? Elle prenait en compte aussi bien les acteurs nationaux que les acteurs internationaux. Son comité, formé en décembre 1950, était composé de citoyens soviétiques importants (parmi lesquels des citoyens engagés dans des organisations nationales de promotion de la paix, comme l’écrivain Il’ia Ehrenbourg) et d’éminents étrangers aux convictions pro-soviétiques [27]. Les prix s’affichaient ainsi presque publiquement comme un instrument de politique étrangère. Ils avaient été créés dans le but non seulement de faire connaître la position soviétique mais d’inciter d’autres pays à adopter ce point de vue, voire à former alliance avec l’URSS. De sorte qu’ils étaient « un moyen pour diffuser une propagande contre les anciens alliés de guerre de Staline » [28]. Le Comité central, en collaboration avec le Comité pour les prix Staline de la paix s’assuraient que les distinctions allaient prioritairement à des « terres fertiles », soit pour y encourager les « mouvements pour la paix » (lorsque les lauréats participaient de groupes d’opposition pro-soviétiques) dans des pays hostiles à l’URSS, soit pour inciter telle ou telle nation à coopérer avec l’URSS [29].
« L’Ordre de Staline »
15 Les prix Staline n’étaient pas la préoccupation majeure des dirigeants dans la période qui suivit la mort de Staline, en mars 1953. En revanche, l’homme fut enterré le 9 mars avec tous les honneurs, notamment avec ses innombrables décorations : présents sur les milliers de peintures et de photos vouées à l’événement, ces insignes furent exposés sur son cercueil, à la vue de tous, lors de la procession de la Place Rouge [30]. Pendant les semaines et les jours qui ont suivi la cérémonie, les autorités soviétiques furent submergées de lettres réclamant d’honorer la mémoire de Staline. Parmi ces missives, on en compte beaucoup qui souhaitaient combler ce qui apparaissait déjà comme une faille du système de récompenses soviétiques : l’absence d’un « Ordre de Staline » (orden Stalina) égal, ou même supérieur, au prix Lénine (orden Lenina). Les propositions furent nombreuses et précises [31].
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Une lettre adressée aux autorités centrales présente un discours en parfaite adéquation avec la propagande liée au culte de la personnalité (qui avait progressivement mis en avant Staline aux dépens de Lénine). L’hypothétique récompense « Staline » y est décrite comme le nouvel honneur absolu :
Une autre lettre affirmait que l’ordre serait égal au prix de la « Victoire » (Pobeda), et récompenserait les actions réalisées « d’une façon stalinienne » [33]. Certains s’avançaient même sur le dessin de la médaille (adopter le profil du leader comme pour l’Ordre de Lénine) ou sur les critères de la décoration. Dans une lettre, un capitaine de l’Armée de Tula utilise ces arguments :« Il n’y aurait pas de plus grand honneur, pas de meilleure récompense, que d’être gratifié de “l’Ordre de Staline”. Porter sur le torse une médaille à l’effigie du grand Staline serait comme porter ses leçons et ses instructions [32]. »
Un certain Capitaine Matveev propose un modèle pour la médaille : imiter les symboles de l’État, tels que l’étoile rouge, la « couronne des républiques » (avec sa connotation familiale), ou la silhouette de Staline, déjà très présente dans l’iconographie populaire mais aussi sur plusieurs médailles créées du vivant de ce dernier. Dans ce projet, le détail le plus important était une copie de sa signature, pour rappeler, à ceux qui portaient ou voyaient cet insigne, « la main ferme avec laquelle il avait dirigé notre nation, d’une victoire à l’autre » [35]. L’emphase sur les exploits militaires de Staline était alors chose commune : dans une autre lettre, une Ukrainienne, qui avait perdu ses cinq fils à la guerre, propose de créer une médaille célébrant le chef de guerre :« Je souhaiterais créer [sic] un ordre symbolique qui, tel l’ordre le plus sérieux et le plus modeste du Comité central, l’Ordre de Lénine, décorerait les épaules des personnes de notre âge les plus nobles… pour que l’image de notre grand chef puisse à jamais nous éclairer sur le chemin qui mène à cet endroit où il n’a pu nous guider de son vivant [34]. »
Dans le contexte politique de l’après-stalinisme, cette revendication, celle d’un ordre décoratif spécifique, devait se révéler encombrante [37]. Certains correspondants ont réécrit au Comité central pour leur demander la raison du refus de créer un Ordre de Staline [38]. Difficile pour les dirigeants du Parti d’expliciter les tenants de la nouvelle politique de réduction du culte de la personnalité (kul’t lichnosti). Dès le 10 mars, le Parti avait pourtant mis en garde contre des louanges excessives ou des hommages trop appuyés [39]. Mais si le principe d’un Ordre de Staline était abandonné, que sont devenus les prix créés de son vivant ?« Grâce au nom de Staline nous allions combattre. Et seul ce nom était synonyme de victoire… [une médaille] servirait à conserver cette mémoire pendant des siècles [36]. »
17 Le destin de ces entreprises de certification du mérite pendant les premières années de la déstalinisation (avant 1956) est caractéristique d’une époque : l’ambivalence domine en l’absence d’un nouveau leadership partisan. D’un côté, l’attribution des prix Staline de la paix se poursuit : on la retrouve aux mois de décembre de 1953, 1954, et 1955. Institutionnalisé, ce mode de distinction pouvait se passer du charisme de son fondateur d’autant que ce dernier n’était guère impliqué dans la sélection des candidats qui restait le fait d’un jury international. Jouait également le souci de ne pas semer le trouble au sein du bloc soviétique : la déstalinisation a été plus lente, on le sait, dans les pays frontaliers de l’Empire qu’au centre [40]. Or, le mouvement pour la paix formait une pièce centrale du processus de « soviétisation » des pays de l’Est comme de la politique étrangère de l’époque. Séparer le mouvement pour la paix de l’image de Staline était un risque difficile à courir. Les prix Staline de la paix furent considérés, plus que jamais, comme des instruments de politique étrangère. Au point que les manœuvres pour décider, en coulisse, quel pays devait être favorisé se sont intensifiées [41]. D’un autre côté, une « déstalinisation » des cérémonies de remise de prix peut être observée dès décembre 1953. C’est ainsi que le nom de Staline ne fut pas mentionné une seule fois. Quant à la politique de recherche de la paix, elle ne fut plus qualifiée de « stalinienne ». Un écart sémantique qui en dit long sur les intentions des organisateurs [42].
Une si discrète abolition
18 Les hommages discrets, publiés à l’occasion de l’anniversaire de sa naissance, en décembre 1954, mentionnent longuement les prix Staline, même si l’on peut considérer que l’objectif était alors de rappeler la continuité du thème de la paix. À noter que dans ce même article d’« hommage », les prix Staline sont, eux, absents de la « liste » des récompenses portant le nom du leader [43]. Sachant que ces prix ne furent plus jamais décernés, cette disparition signifiait de facto leur abolition. En 1953, on n’attribua aucun prix Staline. En 1954, même si les Comités pour les arts, la littérature et pour les sciences annoncèrent à plusieurs reprises la publication des nominations de 1953 (prévoyant même des cérémonies pour mai 1954), aucune attribution ne fut réalisée [44]. Néanmoins, on ne reconnut jamais officiellement que les prix avaient été abolis. Par exemple, ils continuèrent à être mentionnés dans les ouvrages officiels. Cette décision fut largement interprétée comme la volonté des nouveaux dirigeants d’en finir avec le culte de la personnalité. « Il était évident, note Roy Medvedev, que l’explication officielle [les raisons économiques] ne reflétait en aucun cas le véritable état des choses [45]. » Ce refus des leaders soviétiques de renier les prix Staline contrasta avec une autre réaction : celle des organisations culturelles. Poussées par le « dégel » du régime, celles-ci attaquèrent les prix en tant qu’institution. Leur influence ? Elle aurait été « nuisible » sur l’art et la littérature soviétiques. Une critique qui s’inscrivait dans un débat plus large sur la possible renaissance de l’art soviétique (contre les tendances du grand style stalinien à « vernir » la réalité, à représenter un monde sans conflit ou à entretenir une certaine grandiloquence) [46]. Menées par des auteurs comme M. Sholokhov ou Valentin Ovechkin, suivies par des personnages assez conservateurs comme Aleksandr Surkov, les attaques visaient également la « vanité des lauréats », la « routinisation » du système de récompense (c’est-à-dire la décision sans imagination d’honorer sans cesse quelques individus) ou le fait qu’il s’agissait plus de distinctions d’État que de véritables distinctions culturelles [47].
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L’écrivain V. Ovechkin affirma catégoriquement, avant et pendant le Deuxième Congrès des écrivains (tenu en décembre 1954), que ces récompenses avaient accéléré la dégradation de la littérature soviétique – « de nombreux auteurs se mirent à écrire très vite, comme s’ils faisaient des crêpes… Tout cela pour ne pas rater la date limite d’inscription des candidatures » – que de nombreuses œuvres primées n’avaient pas survécu à l’épreuve du temps (proverka vremeni) [48]. Quelques mois plus tard, au congrès, le discours d’Ovechkin, de nouveau dressé contre les prix Staline, provoqua de nombreuses réactions notamment lorsqu’il déclara :
M. Sholokhov, un auteur beaucoup plus important (ancien lauréat lui-même), appuya cette critique radicale. Il fit un exposé très caustique sur les maux causés par les prix Staline qu’il décrit comme « un système de récompense de prix littéraires, qui, malheureusement, c’est dur à dire, existe toujours » [50] – une remarque qui montre combien la disparition de facto de ces prix ne parvenait pas à faire preuve de leur abolition. Suite aux rires dans le public – chose rare lors des congrès – M. Sholokhov dénonça l’attitude d’autocomplaisance que les prix encourageaient lorsqu’ils étaient attribués à des auteurs médiocres :« Le problème, ce ne sont pas les erreurs individuelles [les prix considérés individuellement, ce qui était une riposte à la critique modérée de Surkov]. C’est le système de récompense des prix littéraires qui était mauvais en soi. Il était globalement fondé sur des goûts personnels et n’était pas suffisamment démocratique [49]. »
Malgré cette acclamation, le Congrès, et même l’intelligentsia soviétique dans son ensemble, étaient loin d’être unanimes quant aux critiques qu’appelait ce système de prix. De nombreux artistes avaient pris part à l’ancien système. Il leur était difficile de changer brusquement face à la condamnation d’un système qui, somme toute, leur avait procuré une reconnaissance culturelle et économique pendant plus d’une décennie. Selon un observateur, qui décrit la vieille institution littéraire au lendemain de la mort de Staline, « en un instant, tout s’écroula… une époque arrivait à sa fin, un temps nouveau pointait. Et les lauréats en étaient transformés (perestraivalis) » [51].« Si le système continue d’exister, nous ne pourrons plus distinguer le bronze de l’or […] Un grand honneur ne devrait pas être donné avec légèreté… Sinon il cesse d’être grand. […] L’autre jour, je vis un homme avec un grand manteau, sa poitrine couverte de médailles en or… Camarades écrivains, il vaut mieux pour nous briller par nos livres que par des médailles (applaudissements prolongés). »
20 Les critiques à l’encontre du prix étaient typiques du contexte poststalinien. Elles évitaient notamment la mise en cause directe du Père des peuples. Autre trait : la volonté d’examiner non seulement les institutions en tant que telles (la nature des prix ou leurs emblèmes) mais aussi le mode opératoire dans son ensemble. C’est ainsi que les autorités soviétiques firent plusieurs tentatives pour changer le style stalinien de ces pratiques de distinctions. À partir de février 1954, M. Voroshilov commença à répertorier les « insuffisances » du système d’attribution, remarquant que le procédé était devenu mécanique et routinier sous Staline, pire : qu’il ne récompensait plus le véritable mérite. Certains secteurs de l’économie ou de la culture avaient construit un monopole d’accès à ces prix : cadres de l’agriculture, de l’économie ou de l’architecture, étaient largement surreprésentés dans le « tableau d’honneur » tandis que les ingénieurs et les chefs de travaux en étaient exclus [52]. Les données recueillies par le Comité central à partir des rapports des employés des ministères fournissent une image encore plus désolante. On pouvait distribuer les prix sans considérer la conduite de l’employé. L’Ordre de Lénine, en particulier, après avoir été prodigué à des individus peu méritants, ne commandait plus le respect comme le devait le plus grand des honneurs d’État [53].
21 Ces recherches continuèrent en 1955, suite à une résolution du Comité central contre les récompenses attribuées pour « longs services » [54]. Les réformes visaient à ouvrir ces prix à un plus grand nombre de citoyens (et non plus seulement à de simples employés travaillant depuis longtemps dans leur entreprise). À les « démocratiser » en réintroduisant des critères spécifiques de mérite : il fallait allouer les récompenses seulement à ceux qui avaient montré une « réussite exceptionnelle » (dostizheniia). Dans la même volonté, des résolutions furent adoptées par les commissions locales pour interdire les célébrations démesurées (comme les fêtes extravagantes) ou les cérémonies organisées sur des bases purement commémoratives (les dix ans ou les cinq ans de tel ou tel prix). On proposa à la place des standards plus modestes et le principe de ne retenir que les exploits vraiment remarquables [55]. Même si ces recommandations des commissions gouvernementales n’attaquaient pas directement Staline, les réformes prévues présentaient l’ancien système de prix comme prétentieux, corrompu, dégradé, en un mot comme incapable d’attribuer de vrais honneurs.
La renaissance des prix Lénine
22 À ces tentatives pour « revitaliser » le système des récompenses fit écho la décision de « ressusciter » les prix Lénine. Ceux-ci, créés peu après sa mort (juin 1925), étaient progressivement tombés en désuétude sous Staline (le dernier de ces prix avait été attribué à Lavrenti Beria, pour son histoire du Caucase notoirement « stalinienne »). Mais désormais, Staline n’était plus considéré comme l’étoile de la culture soviétique. En novembre 1955, la question de restaurer les prix Lénine, offerts par l’Académie des sciences pour des œuvres d’histoire et de philosophie remarquables, fut soulevée par l’Académie et le Comité central. Tous deux firent remarquer que la résolution de 1925 créant les prix Lénine était « tombée dans l’oubli » (eto postanovlenie bylo predano zabveniiu). Le secrétariat du Comité central proposa donc au président de les rétablir. Cependant, dans la même lettre, le secrétariat signale explicitement que cette distinction prendra le relais des prix Staline. De la façon la plus simple qui soit : en y incluant les domaines de la science, des « inventions », de la littérature et des arts qui étaient traditionnellement réservés à ces derniers [56]. Avant même le Discours secret, la déstalinisation des honneurs était en marche, à la fois dans les débats de l’intelligentsia et dans les couloirs du pouvoir soviétique.
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Comparée à d’autres secteurs du fonctionnement de l’État, la déstalinisation de ces dispositifs de reconnaissance a été poussée assez loin. Et cela bien avant 1956. Le Discours secret de Nikita Khrouchtchev sur le culte de l’ancien dirigeant devait encore accuser le trait. Prononcé à l’occasion d’une réunion à huis clos à la fin du 20e Congrès du PCUS, il annonçait un renforcement des attaques contre Staline [57]. À la fin de cette intervention, N. Khrouchtchev évoqua les modes d’émulation mis en œuvre par son prédécesseur : « Prenez le cas des prix Staline. Même les tsars n’ont pas établi de tels prix, ou ne les ont pas appelés de leurs propres noms » [58]. Selon des comptes rendus qui ont filtré de cette réunion, la version orale aurait été plus cinglante puisqu’elle ajoutait que « plusieurs de ces prix avaient été attribués à ses sycophantes de Russie et d’ailleurs ». Si l’histoire complexe de la restitution de ce discours ne nous permet pas de vérifier ce point, un tel commentaire était clairement dans l’esprit de N. Khrouchtchev [59]. D’ailleurs, ce dernier attaqua plus tard le système des prix Staline sur un autre plan : en pointant la question de « l’oubli » des prix Lénine :
Le précédent discours de Surkov, président de l’Union des écrivains, qui, contrairement au discours de N. Khrouchtchev, fut donné lors d’une réunion officielle du Congrès, portait sur le même sujet. Il y mettait en cause les faiblesses esthétiques des œuvres récompensées ainsi que le nombre important – et à ses yeux, injustifié – de récompenses décernées à quelques auteurs favorisés (que Sourkov ne mentionne pas) [61]. Lors de la diffusion très contrôlée du Discours secret dans la société soviétique, certains auditeurs comprirent que les réformes des prix ne seraient pas une priorité pour le régime : au vu du ton badin de la critique et de son caractère assez discret. Par contraste, il fut réclamé avec véhémence que Staline soit dépouillé de ses honneurs, comme du titre de « Generalissimo » ou de la décoration de l’Ordre de Lénine. En revanche, concernant les prix Staline, il fut juste demandé ce que deviendraient les titres éponymes, étant entendu que l’institution ne survivrait pas aux insinuations officielles [62]. Si ces attaques restèrent finalement peu vigoureuses, l’explication doit en être cherchée dans le statut de ces distinctions : dans l’esprit de beaucoup, les prix Staline, de moindre importance – il ne s’agissait que d’honneurs culturels – n’avaient qu’un écho limité dans le grand public. Par contre, la propagande décrivant Staline comme l’homme soviétique le plus honorable (pochetnyi) et le plus honoré fut, elle, réellement mise à mal par les révélations de N. Khrouchtchev.« Et nous ne devons pas oublier la résolution du gouvernement soviétique du 14 août 1925, “Sur la création des prix Lénine pour les travaux universitaires”. Cette résolution fut publiée dans la presse, mais jusqu’à aujourd’hui, il n’y a pas de prix Lénine. Il faut rectifier cela [60]. »
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Dans les remarques faites à propos des prix Staline, c’est surtout l’idée d’illogisme qui apparaît régulièrement. À Gorky, parmi les questions soumises au Parti à propos du Discours secret, on note celle-ci :
Sans surprise, le destin de cette institution d’élite préoccupa surtout les représentants de l’intelligentsia. Les universitaires de Moscou remarquèrent ainsi que le fait de maintenir les prix Staline, après toutes les critiques à leur sujet, « pourrait désorienter le peuple soviétique » [64]. Les lecteurs du journal Kommunist proposèrent leur suppression : le véritable bénéficiaire de ces distinctions n’avait-il pas été le donateur lui-même ? Quant au prix, il n’était qu’une sorte de motet soviétique destiné à louer Staline [65].« Auparavant, le titre de “lauréat du prix Staline” était un honneur. Aujourd’hui ce titre est une gêne. Est-ce que ce titre va être remplacé par un autre, ou va-t-il rester tel quel et embarrasser ceux qui le portent, même si au départ il distinguait ceux qui avaient accompli un travail remarquable (doblestnyi) et profitable au pays ? [63] »
25 Beaucoup envisagèrent de remplacer le prix Staline par un titre moins contestable [66]. Ainsi un vétéran ukrainien, dans une lettre adressée au Soviet suprême en mars, sans critiquer directement l’ancien dirigeant – il est probable que les informations sur le Discours secret n’étaient pas encore parvenues jusqu’à Odessa – avança que Lénine, dont l’importance historique dépassait de loin celle de Staline, méritait seul d’avoir un prix à son nom (« Pourquoi est-ce que les lauréats du prix de la paix Staline existent, alors qu’il n’y a pas de prix Lénine ? » [67]). S’il y eut de nombreux échecs de la déstalinisation, opération politique soumise à de multiples tensions et rapports de force, comme dans l’iconographie publique – on n’enleva pas complètement les portraits et les statues du « Grand Homme » – ou dans l’historiographie officielle – on limita strictement les remises en cause – ce ne fut pas le cas avec ce patronage honorifique. Le système des récompenses fit bel et bien l’objet d’une réforme à la fin de l’année 1956.
26 Les prix Staline de la paix devinrent les prix Lénine de la paix en septembre 1956. Dans le décret, ce changement fut présenté comme émanant de la commission d’attribution des prix de la paix Staline, une commission internationale, et non comme une question domestique. Il est vrai que peu de questions étaient posées à propos des prix de la paix pendant les réunions du Parti [68]. Le décret précisait les rétributions de ce prix, les mêmes que pour les prix Staline (un certificat, une médaille en or, et une somme de cent mille roubles), et ouvrait pour les lauréats, primés entre 1950 et 1955, la possibilité d’échanger leur médaille et leur certificat contre de nouveaux signes d’honneur (célébrant la figure de Lénine). Une décision qui montre que les prix Staline de la paix paraissaient moins contaminés par le culte de la personnalité que les prix Staline. D’ailleurs, contrairement à d’autres symboles, le titre de prix Staline de la paix ne fut pas effacé des documents officiels. Cette « léninisation » rétroactive des anciens lauréats permettait au régime de s’approprier des figures internationales souvent très prestigieuses. Et donc de servir ses nouveaux objectifs : déstaliniser tout en continuant la « tradition » soviétique de promotion de la paix. Un seul exemple : à l’entrée « prix Lénine » de l’Encyclopédie soviétique publié en 1959, on pouvait trouver la liste complète des gagnants depuis 1950 [69].
Hiérarchiser des égaux
27 D’un point de vue strictement matériel, ces réformes des prix de la paix ont eu de nombreuses conséquences : il a fallu redessiner les médailles, approvisionner les stocks, renvoyer les anciennes médailles du prix Staline de la paix. Le Soviet suprême publia plusieurs décrets en 1956 et 1957 : pour décider du dessin de la médaille et organiser la production de ces instruments de la vertu soviétique [70]. En pratique, ce processus a causé nombre de difficultés au Comité du prix. En effet, le comité international a tenté de discuter du nouveau design du prix : une délibération a été reportée plusieurs fois à cause de la tension internationale créée par le Discours secret. Si bien que le remplacement du vieil emblème fût retardé [71]. Le design du nouveau prix n’était pourtant pas très différent : il ne s’agissait que de substituer la silhouette de Lénine à celle de Staline. On discuta également de la possibilité de faire des réformes plus profondes, comme l’attribution des prix Lénine par une instance collégiale renouvelée. Ces discussions sous-entendaient que la déstalinisation ne devait pas toucher seulement l’aspect des médailles, mais aussi leur processus d’attribution, qui devait être « démocratisé » et « dépolitisé » (entendons : séparé des exigences de la politique étrangère soviétique). Malgré tout, l’institution des prix continua à fonctionner comme avant : elle restait un moyen de porter et de diffuser la vision soviétique d’une politique étrangère de plus en plus dépendante de la scène internationale.
28 Les prix Staline furent, eux, remplacés bien que de manière seulement implicite par les prix Lénine à l’automne 1956 [72]. Plusieurs chercheurs ont vu dans l’inauguration des prix Lénine une « renaissance » des prix Staline disparus depuis la mort de Staline [73]. Cependant, même si le vocabulaire du renouveau fut utilisé lors de l’inauguration, il fut aussi clairement spécifié qu’il n’y avait pas de continuité entre les deux institutions, quand bien même elles récompensaient des catégories de mérite semblables. On insista pour dire que s’il y avait renaissance, c’était bien celle des prix Lénine (oubliés sous Staline), non des prix Staline (oubliés sous Khrouchtchev). Comme il en avait été décidé lors des réunions du Comité des prix Staline de 1953 et 1954, le processus de sélection des prix Lénine fut présenté comme plus démocratique et plus ouvert au débat public, ceci pour éviter l’apparence d’une simple machination : ils devaient récompenser « des œuvres exceptionnelles, qui avaient reçu la reconnaissance du grand public ». Cependant, comme le note Harold Swayse dans son étude de ces nouveaux prix, la plupart des projets de réforme ne furent jamais réalisés. Les lauréats jouissaient toujours de nombreux privilèges (la somme attribuée pour le prix était de soixante-quinze mille roubles) et les distinctions étaient toujours distribuées annuellement, contrairement à la recommandation d’Ovechkin, souhaitant que les œuvres passent l’épreuve du temps avant d’être récompensées [74]. Les promesses d’un prix Lénine plus libre et plus audacieux furent clairement démenties par le refus, en 1964, de décorer Aleksandr Soljenitsyne [75].
29 De toute évidence, la résolution d’août 1956 ne solutionnait aucun problème du passé : notamment, elle n’indiquait nullement ce que serait le statut des anciens lauréats. Suite au Discours secret, les critiques envers les prix Staline s’intensifièrent : les institutions officielles prirent ainsi le relais d’Ovechkin [76]. Dans un compte rendu d’une réunion préparatoire au premier Congrès des unions d’artistes, on peut lire une dénonciation virulente de l’influence du culte de Staline sur le développement des arts, ainsi qu’une critique très dure contre les prix Staline. On retrouve ces mêmes propos dans les comptes rendus d’autres institutions ou ministères. Dans un des comptes rendus de ce Congrès, il fut même soutenu que les prix avaient toujours été décernés à des « œuvres d’art fausses et prétentieuses, à la gloire de Staline » ; que les organisations artistiques étaient devenues victimes de ces critères douteux ; pire : qu’elles avaient été envahies par ces lauréats qui « faisaient, bon gré mal gré la propagande du pompeux art officiel », tels que Aleksandr Gerasimov ou ses amis Dmitry Nalbandian et Yevgeny Vuchetich [77]. Comme si le prix Staline n’avait été une institution fausse et corrompue que par le culte de la personnalité de Staline. C’était se refuser à ouvrir une autre question : celle de la légitimité à distinguer parmi des égaux. À quelles conditions pouvait-on déclarer supérieur tel ou tel citoyen soviétique ?
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La profession littéraire vécut un changement d’attitude similaire. La déstalinisation n’appelait pas seulement à subir les accusations des autres, mais aussi à faire sa propre critique (samokritika, une grande tradition soviétique). Lors d’une réunion de grands écrivains soviétiques au Comité central en mai 1957, des tensions au sein du camp des lauréats apparurent. Plusieurs écrivains s’exprimèrent à propos du changement de statut des prix lors d’une discussion pour savoir qui était coupable d’avoir participé au culte de Staline [78]. L’écrivain Fedor Panferov, l’une des personnes désignées comme « responsables », s’irrita de ces tentatives de diviser la profession entre innocents et coupables (« oui, nous aimions tous Staline, nous nous inclinions tous devant lui… et nous pouvons nous le reprocher, mais ce serait une histoire sans fin » [79]). L’écrivain conservateur Nikolai Gribachev souhaitait, lui, que l’on dise clairement si les prix étaient honorifiques ou honteux :
À l’inverse, l’écrivain Konstantin Simonov était plus catégorique : il méprisait les prix Staline, affirmant qu’il n’aurait jamais dû recevoir ces plus hautes distinctions d’État, car ses œuvres n’en étaient pas dignes. Courants, de tels discours s’inscrivaient dans la lutte entre les conservateurs et les radicaux. Une lutte dont l’histoire est évidemment beaucoup plus complexe qu’une simple opposition entre lauréats et non-lauréats (puisque de nombreux auteurs avaient eu le prix Staline, mais avaient, lors de la déstalinisation, assumé une opinion négative à ce sujet). Pour rester sur le seul terrain des prix Staline, il faut noter qu’ils occupaient une place ambiguë dans les divisions liées à la « politique de dégel ». D’une part, parmi les lauréats les plus conservateurs (les « staliniens »), certains, comme les peintres A. Gerasimov et Vuchetiv, se sentirent extrêmement blessés par une disgrâce aussi soudaine [81]. Leur titre de distinction les tenait autant qu’ils y tenaient. D’autre part, il faut noter que les nouveaux prix Lénine modifièrent bien peu le système de récompense. Tant et si bien que les dirigeants soviétiques furent obligés de modérer leurs critiques des prix Staline. N. Khrouchtchev annonça ainsi, lors d’une réunion des écrivains soviétique en 1957, que la plupart des prix avaient été correctement décernés et étaient mérités.« Beaucoup d’écrivains qui ont reçu le prix ressentent un sentiment de honte, comme s’ils avaient participé à quelque chose d’honteux (pozornyi)… Comment devons-nous considérer les prix Staline ? [80] »
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L’embarras des autorités, qui ne savaient que faire des prix Staline et du statut des anciens lauréats, persista lors du 20e Congrès du Parti, et plus encore lors du 21e Congrès, où l’on critiqua Staline de façon plus forte et plus ouverte. Juste après ce congrès, en mars 1961, parmi les lettres envoyées aux autorités centrales figure celle d’un ingénieur de Moscou, lauréat du prix Staline en 1950. Son attitude par rapport au prix est un curieux mélange d’ancienne fierté et de honte naissante :
Dans sa lettre, ce lauréat exprime la volonté de séparer l’image de Staline du prix Staline, tout en reconnaissant les mérites et de l’institution d’une distinction et des lauréats qui avaient été récompensés. Ainsi, si l’on avait prouvé que Staline était mauvais, il ne fallait pas mettre les lauréats dans le même sac : la distinction honorait ceux qui l’avaient honorée tout en se détachant de celui par qui elle était venue car les lauréats méritaient vraiment ce prix. Mais le retard pris pour remplacer les emblèmes créait, lui, un amalgame déshonorant en interdisant à ses détenteurs de l’arborer en public. La solution trouvée par les autorités soviétiques ne résolut pas cette difficulté, à savoir conserver le statut et les mérites des anciens lauréats du prix Staline. Suite à une discussion du secrétariat du Comité central, les dirigeants décidèrent, mi-novembre, d’échanger les anciens certificats et médailles contre ceux d’un nouveau prix d’État de l’URSS [83]. Ces changements semblent indiquer que les autorités étaient pressées de se débarrasser de tous les symboles du prix Staline. La pression des décorés restait forte. Cela permettait aussi d’éviter toute équivalence ente les deux prix (même si c’était le comité du prix Lénine qui s’occupait de l’échange). Les prix Staline étaient dévalorisés puisque les réalisations des anciens lauréats n’étaient reconnues qu’à travers un prix d’État, c’est-à-dire, dans la hiérarchie des récompenses soviétiques, d’une distinction beaucoup moins prestigieuse que celle du Parti. Par ailleurs, la récupération du prix Staline et son remplacement par un autre prix ne furent pas annoncés publiquement : tout resta discret et équivoque. Les nouveaux emblèmes ? Ils furent attribués lors de fêtes locales et sans aucun cérémonial [84]. Coup du sort ou pas, le comité d’échange dut même faire face à des incidents qui vinrent ternir la réputation des prix. On découvrit ainsi que les nouvelles médailles du troisième prix étaient trop sensibles à la corrosion. Elles devaient être récupérées et l’on devait y rajouter une couche d’antirouille plus efficace [85]. Même les emblèmes semblaient comploter pour rendre les prix Staline et leurs lauréats bien peu glorieux.« Ce prix, en tant que signe de reconnaissance du parti et du gouvernement pour nos travaux accomplis pour le bien du peuple soviétique, nous est encore, aujourd’hui, très précieux. Mais après le XXIIe Congrès du Parti, je ne veux plus et ne peux plus porter sur moi cette image d’un homme qui a apporté tant de malheurs à notre peuple. Il faut absolument résoudre cette question, et éliminer les restes du culte de la personnalité de Staline, en remplaçant les certificats et les médailles du prix par d’autres emblèmes qui ne seraient pas liés à ce personnage cruel et injuste [82]. »
32 En définitive, le système de récompense de l’Union Soviétique représente un mode de consécration du mérite particulièrement instructif. Si ordres et décorations se développèrent très rapidement pendant l’ère stalinienne, depuis la fin des années vingt où l’on commença à apporter une attention particulière à de tels instruments de mérite jusqu’au développement du système stalinien, c’est en rapport direct avec l’affirmation puis la consolidation d’une structure de pouvoir hiérarchisée. L’« héroïsation » des citoyens soviétiques ne permettait pas seulement de diffuser le contenu des valeurs staliniennes mais également de cultiver un rapport de déférence de type pyramidal dans le culte de la personnalité qui entourait Staline. Au sein de ce système, les prix portant le nom du Père des peuples forment un objet d’étude particulièrement utile. Les formes et les modes d’allocation du prestige, mises en place notamment par le prix Staline et le prix Staline de la paix, reflètent un mode d’exercice de l’autorité. Encore faut-il en comprendre le destin spécifique. Dans la période poststalinienne, si l’un fut vilipendé et rejeté et l’autre discrètement renommé, c’est en raison d’impératifs politiques. La notion de « paix » resta une constante de la stratégie soviétique sur la scène internationale, pendant et après Staline. D’où le peu de changement qui affecta ce prix. À l’inverse, l’engagement très fort de Staline dans les prix Staline (à travers le contrôle du processus de nomination et l’influence du culte de la personnalité sur la reconnaissance des œuvres) provoqua en retour une forte pression de l’intelligentsia et du Parti pour en finir avec le « style stalinien » : ce qui explique pourquoi les prix Staline furent parmi les premières victimes de la déstalinisation. Un processus qui ne doit pas occulter pour autant les permanences du système de récompense soviétique, stalinien et poststalinien. La volonté affichée, pendant les années Khrouchtchev, de récompenser avec plus de modestie, d’évaluation et de sélection, resta largement lettre morte. Les nouvelles distinctions, les prix Lénine et les prix d’État, démontraient que le Parti rêvait toujours de contrôler, de célébrer et de récompenser des vertus qui servaient au mieux ses objectifs.
33 Traduction Camille Delalande